La BSG – Post it n°24

Post it n°24

 La BSG

 Il faisait bon tout à l’heure à la Bibliothèque Sainte Geneviève.

Je venais de finir de déjeuner avec un ami, et j’hésitais sur le reste de l’après-midi : Cinéma ? Balade ? Sieste ? Bistrot-écriture ? Une grosse pluie soudaine a interrompu mes réflexions et, comme j’étais devant le Panthéon, je me suis rappelé que, dans mon portefeuille, entre une carte Vitale, une carte Visa et une carte Velib, il y avait aussi une carte de la Bibliothèque Sainte Geneviève. Je suis allé m’y mettre à l’abri.

Ma carte de la BSG est rouge. Cette couleur m’a été attribuée en raison des nombreuses années qui se sont écoulées depuis ce jour de 1942 où, quelque part dans le 9ème arrondissement, je suis né. Elle me donne la priorité sur toutes ces étudiantes et tous ces jeunes clampins qui, eux, ont vraiment besoin de la bibliothèque. C’est comme ça.

Je me suis installé à la place 446 entre, à ma droite, une jeune fille noire penchée sur un boisseau d’intégrales triples, à ma gauche, un tas de papiers, de bouquins de maths et de mystérieux formulaires, soigneusement étalés pour montrer que la place est occupée, et sérieusement s’il vous plait, et face à deux jeunes filles bardées de Codes Civils, de cours de droit et d’ordinateurs Apple.

Il est d’usage, quand on s’installe à l’une des sept cents places de la salle de lecture, de le faire le plus silencieusement possible et, en tant que nouveau venu, de répondre par un regard timide et souriant au coup d’œil tolérant, interrogatif ou indifférent de ceux qui vous ont précédé et qui vont vous entourer pour les deux ou trois prochaines heures. Ce cérémonial accompli, vous serez accepté, intégré au groupe et vous pourrez à votre tour faire partir du comité d’accueil du prochain arrivant.

L’atmosphère de la grande salle est chaude et chaleureuse, propice au travail et à la rêverie. Moi, je viens pour écrire, mais parfois je lève les yeux et j’observe. Tous jeunes, moins de vingt ans pour la plupart. Beaucoup lisent, d’autres écrivent, certains réfléchissent, hésitent sur une page, dorment ou discutent à voix inaudible. Que deviendront-ils ? Avocat, professeur, journaliste, employé de mairie, dentiste, enthousiaste, généreux, célibataire, amoureux, aigri, vieux… ? Jamais un livre ne tombe, ni une chaise ne grince, ni un téléphone ne sonne. Quelques rares toux, ces jeunes gens sont en bonne santé, parfois la musique d’ouverture de Microsoft ou d’Apple aussitôt étouffée et suivie d’un murmure d’excuses précipitées. De temps en temps, un bruit mécanique dans les hauteurs. Ce sont les stores des grandes fenêtres qui montent ou descendent en fonction du soleil.

Quand je me lève pour partir, j’aime ces regards que, distraits par le passage de ma silhouette, ces jeunes gens me jettent. Pas un qui semble se demander ce que je fais en ce lieu, pas un à vouloir me faire comprendre qu’en étant là, je prends la place d’un véritable étudiant. Quand, devant le portillon de sortie où je dois montrer ma carte à un robot à l’œil rouge et indiquer en même temps la durée estimée de ma sortie, embarrassé par ce choix multiple, j’hésite, je piétine, m’énerve et recommence pour finalement me retourner confus vers celle qui attend derrière moi, j’aime que, sans montrer d’impatience aucune, elle me prenne doucement ma carte des mains et effectue pour moi la manœuvre avec aisance et un gentil sourire.

Il faisait bon tout à l’heure à la Bibliothèque Sainte Geneviève.

ET DEMAIN, DU BIDON ARCHITECTURAL (Critique aisée n°137)

 

Une réflexion au sujet de « La BSG – Post it n°24 »

  1. Mauvaise expérience pour moi, que la bibliothèque municipale !
    …Je menais avec assiduité des recherches de curiosité sur les grands mouvements de populations autour de la méditerranée à trois périodes riches en mouvements de population autour de la méditerranée, justement, tant qu’à faire : vers les douze cent av. JC, avec les invasions des Peuples de la mer, entre cent av JC et cent après avec l’Empire romain, et vers 800, empire de Charlemagne -lequel déporta beaucoup au passage et causa la vente de nombre d’esclaves blondes sur le marché de Verdun, en direction de Bagdad – et celui d’Irène de Byzance – qui résista beaucoup et fit crever les yeux de son fils pour régner à sa place – afin de m’expliquer la diversité des peuples et religions du moyen-orient, notamment du Liban.
    Intéressant, non ?
    Bon, j’abrège, sinon on y est pour des plombes.
    Le tenancier de la bibliothèque avait une gueule d’acariâtre prof de philo un peu chtarbé (je ne sais pas ce que chtarbé veut dire exactement). Un panonceau discret demandait aussi de travailler en silence mais la recommandation ne valait que pour les indigènes et les moeurs tribales du Tarn-et-Garonne car un noir dégingandé, provocant et sans doute illettré se mit à mener grand tapage et jouer au basket, juste pour faire chier le peuple.
    Au bout d’un moment je me levai et lui opposai EN SILENCE ma carrure déterminée, lui désignant la sortie et lui suggérant : »Viens dehors, on va se la donner » mais il se mit à glapir des trucs à la mode africaine comme quoi ma mère et toussa toussa.
    Aussitôt l’acariâtre prof de philo au teint de jaunisse vint me prendre à partie, me menaçant de m’interdire le lieu, en dépit du service que je rendais à la communauté, sous quelques regards approbateurs, mais discrets (ne pas se mouiller sinon racisme, takaouoir, moi qui cherche à comprendre !).
    Je rangeai aussitôt tout le foutu bordel de documents et jamais plus une bibliothèque municipale ne me revit.
    Je m’en fous, je préfère bêcher mon jardin.

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