Le Théâtre de l’Athénée-Louis-Jouvet

Il y a quelques jours, j’étais à l’Athénée
Avecque mon épouse, une femme bien née.
Nous allions voir Caubère dans son dernier spectacle.
Mais j’ai déjà tout dit de cette vraie débâcle.

Ce dont je veux parler ce soir, c’est du théâtre.
Attention ! Pas de l’art dont Thalie est la Muse,
Car vous savez que je n’en suis pas idolâtre.
J’ai beau tenter souvent, c’est rare qu’il m’amuse.

Mais laissons ce sujet et parlons de la salle.
Elle est à l’italienne et c’est ça qui m’emballe,
Ça et la devanture qui est de l’Art Nouveau.
Cela se voit très bien sur ma belle photo.

Inaugurée en dix-huit cent quatre-vingt-seize,
Elle abrita longtemps la comédie française,
Pas l’Illustre Théâtre, non, le genre théâtral.
Quand Louis Jouvet en fit son quartier général,
De mille neuf cent trente-quatre jusqu’à cinquante et un,
On y vit Giraudoux, Molière, Jules Romains,
Corneille, Achard, Genet et Jean-Paul Sartre enfin,
Amphitryon trente-huit, L’Impromptu de Paris,
Electre et Don Juan, L’Annonce faite à Marie,
La Folle de Chaillot, et Tartuffe, et Ondine,
Enfin tout pour réjouir les foules citadines.
C’était toute une époque, j’aurais aimé en être,
Mais c’est vrai qu’on ne peut avoir été et être.

Jouvet fut un génie : comédien au théâtre,
Acteur au cinéma, directeur opiniâtre,
Et au Conservatoire, découvreur de talents,
Rigoureux, sans pitié, et sans équivalent.
Dans cet établissement, disait François Perier,
« Voir Jouvet enseigner, l’écouter, l’observer,
Etait une expérience unique, un festival
De brio et d’intelligence théâtrale 1 « .

Aujourd’hui, c’est bien triste, tout ça a disparu.
Jouvet, Anouilh, Achard, Giraudoux ne sont plus.
Et nous avons Baffie, et Riquier et Weber
Qui servent chaque soir des spectacles pépères.
C’est bien dommage ! Enfin, il faut s’en contenter.
Ce sera ça ou bien regarder la télé.

Note 1 :
Ceci est la transcription exacte de la citation de François Perier qui, quand il le voulait, parlait en alexandrins. Quel talent !

ET DEMAIN, LE PASSÉ ANTÉRIEUR

6 réflexions au sujet de « Le Théâtre de l’Athénée-Louis-Jouvet »

  1. Non non non Philippe, je suis sincère. Je pense que la Mairie de Paris avec ce que j’en sais et ce que je sais des histoires que tu as déjà écrites avec des personnages caricaturaux, provençaux, parisiens ou autres, que cette Mairie et ses serviteurs offriraient les trois unités nécessaires pour écrire une bonne pièce de théâtre: unité d’action (reste à trouver une bonne intrigue mais elle existent), unité de temps et unité de lieux vont de soi. Moi-même je rêve d’une pièce du même type, écrite en anglais américain, dont l’action se situerait évidemment à la Maison Blanche de Donald. Ce serait une tragy-comédie, mélange Corneillen-Racinien-Molièrien. Mais je connais mes limites et du rêve à la réalité il y a un gouffre infranchissable. A ce propos, Poirot s’est peut-être trompé pour une fois. Ces petites cellules grises lui disaient que l’auteur anonyme de l’article paru dans le NYT de la semaine dernière ne serait pas un mais plusieurs, comme l’arbre qui cache la forêt (de Birnam), un complot quoi, mais elles l’ont trahi. J’imagine aujourd’hui que cet auteur anonyme n’est autre que Donald lui- même cherchant à entretenir le chaos qui lui permet de gouverner tyranniquement tout en plaidant l’excuse du seul contre tous (having to drain the swamp!)

  2. Quel hommage, bravo! Quel grand talent, mazette!
    Digne d’être imprimé en journal ou gazette…
    Que j’aime ce théâtre, et la beauté des lieux,
    Et le fait de savoir qu’y jouèrent les dieux
    Des mots et du verbe, de la littérature,
    Géants légendaires d’une immense stature.

    Quelques défauts pourtant, dans tes alexandrins:
    Défauts de fins de vers, masculins, féminins;
    En raison de tes « e », pieds au nombre de treize,
    Voire même quatorze (heureusement pas seize!).
    Le classique est un genre ardu, oui, j’en conviens,
    Mais c’est avec joie que je vois que tu y viens.
    Les règles sont parfois quasi mathématiques
    Mais les alexandrins peuvent être hypnotiques
    Lorsqu’ils sont bien ourlés, dans le respect de l’art.
    Le vers contemporain est celui du flemmard
    Et le vers libéré, lui, est encor bien pire,
    Et la plupart du temps peu agréable à lire.

    Néanmoins ton hommage au lieu que j’aime tant
    Quoiqu’un peu maladroit, est plus que méritant.
    Du poème vraiment, oui, je te félicite.
    Versifier classique est le fait d’une élite.

  3. Merci Jim !
    Ah ! les pièces de théâtre… Etre Giraudoux ou Sagan, André Roussin ou Jean Poiret, et pourquoi pas, le summum, Georges Feydeau ou William Shakespeare… Soyons sérieux, juste essayer d’écrire une pièce de théâtre, deux heures de dialogue, pas trop de grosses ficelles ni de mélo, éviter le cliché, l’ordinaire et le grandiloquent…
    J’ai essayé. Le plus facile, ça a été la parodie de la tragédie grecque avec Homéotéleute et Polyptote. Mais, trop long, peu structuré, trop référencé, ce texte n’a pas soulevé les foules.
    J’ai fait une autre tentative, il y a un an avec Le Vent sans les Voiles. Dans le genre Boulevard, ça ne partait pas trop mal avec la première scène. Elle me plaisait tant que je l’ai publiée sans avoir écrit la deuxième scène, ni même savoir ou irait le premier acte. J’ai donc écrit la deuxième scène, plus faible, que je n’ose pas publier et, depuis, c’est la panne.
    C’est vrai que chaque fois que je vais voir une pièce de boulevard, quand je sors, déçu ou pas, je me dis que ce ne devrait tout de même pas être trop difficile d’écrire un truc comme Boeing-Boeing ou le Diner de con. Eh bien non, malgré le peu d’estime que je porte à ces deux succès phénoménaux du Boulevard, j’admets que ce n’est pas si facile. Il faut une idée, si possible plusieurs, de l’imagination, la capacité de faire vivre en même temps plusieurs personnalités différentes, pas mal d’humour, un peu d’esprit, mais surtout, surtout, du souffle. Et ça…

  4. Chapeau! Très bel éloge, en vers s’il vous plaît, du théâtre de l’Athénée à Paris, mais surtout du théâtre d’une certaine époque et de ses serviteurs, dont Louis Jouvet bien sûr.
    A ce propos, oserais-je exprimer ici un commentaire que je pense depuis longtemps? Le voilà. Bien que j’apprecie souvent les textes en prose de Philippe, dont le style d’ailleurs s’affirme au fil du temps, je pense qu’il ferait un excellent auteur de pièces de théâtre, comédies plutôt que tragédies, théâtre de boulevard quoi, dans lesquelles s’associeraient l’intrigue, originale comme nous en démontrèrent la possibilité dans plusieurs textes précédents, les réparties entre des personnages bien typés, et le style, en vers pourquoi pas? Je lui en commanderais bien une qui se déroulerait à la Mairie de Paris!

  5. C’est vrai que c’était de la belle ouvrage. J’aurais aussi aimé en être, mais j’aurais raté l’informatique et les progrès foudroyants de notre époque.
    « C’était donc mieux avant mais pas en tous domaines :
    En nos jours furieux se multiplient les haines ».

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