Un peu de Vialatte, ça peut pas faire de mal – Critique aisée 111

Critique aisée 110

Dans son émission du 9 décembre dernier, Guillaume Gallienne a rendu hommage à Alexandre Vialatte. Il était temps. Depuis bientôt huit ans que « Un peu de lecture, ça peut pas faire de mal » existe, pas une citation, pas une mention, pas une référence à cet écrivain majeur, « notoirement méconnu » comme il le disait lui-même.

J’ai déjà beaucoup écrit ici-même sur Vialatte, je l’ai beaucoup cité et parfois même pas mal imité mais, disons-le tout net, je n’ai jamais espéré convaincre beaucoup de monde de se lancer à sa découverte. Mais voilà que Gallienne s’y met. Tous les espoirs sont permis. C’est le moment d’acheter. Commandez sur Amazon tous les volumes restants des Chroniques de La Montagne et revendez-les la semaine prochaine au marché noir.

L’émission de Gallienne s’est ouverte sur une interview, malheureusement posthume, de Pierre Desproges. Il y racontait qu’il avait découvert Vialatte, alors qu’il était bidasse en partance pour l’Algérie, en lisant sa chronique qui commence par « Le loup est appelé ainsi à cause de ses grandes dents« . Il disait que cet aphorisme, presque aussi impressionnant que « L’éléphant est irréfutable » qui me sert de devise depuis bientôt trois décades, l’avait marqué pour la vie et influencé tous ses écrits au point qu’  » aujourd’hui encore, il cherchait à chasser de ses textes toutes les Vialatteries  » qu’il y plaçait inconsciemment. Quelle honnêteté chez Desproges ! On aimerait que les humoristes vespéraux de Canal+ et matinaux de France Inter en fissent autant. Il faut dire à leur décharge, bien qu’il m’en coûte, qu’ils ne connaissent pas Vialatte et n’ont l’impression que d’imiter Desproges.

Donc, Gallienne a consacré tout une heure à mon Auvergnat préféré (avant même Pascal) en s’en partageant la lecture avec François Morel qui, sans reconnaitre l’influence pourtant évidente de Vialatte sur ses propres chroniques, le lit quand même très bien.

Vous pouvez écouter cette heure d’humour et de perfection de style en cliquant la dessus : VIALATTE

Vous pouvez aussi relire ma propre exégèse de l’auteur de cet autre trait de génie selon lequel « La femme remonte à la plus haute antiquité » en cliquant sur LE VIALATTE EST-IL INNÉ OU ACQUIS

Ou, si vous avez la flemme, vous pouvez vous contenter de lire ci-dessous ces quelques perles :

Le cheval a quatre jambes : deux devant, deux derrière, deux à droite, deux à gauche, et ces jambes sont si longues que, comme celles de la vache, elles descendent jusqu’au sol. 

La vieillesse est l’âge le plus beau. Malheureusement elle passe trop vite. 

Nous vivons une époque où l’on se figure qu’on pense dès qu’on emploie un mot nouveau

Plus le singe monte haut et plus il montre son derrière (Proverbe hindou)

On a tout essayé, le roman sans histoire, le roman ennuyeux, le roman sans talent, peine perdue, on n’est parvenu qu’à créer le roman sans lecteur.

Le bonheur date de la plus haute antiquité. Il est quand même tout neuf car il a peu servi. 

Le pédalo est un trône à pédales, et parfois même à frein sur jante, qui distingue l’homme du XXème siècle des Romains de l’Antiquité. Le pédalo permet au penseur de réaliser son double rêve : ressembler à Louis XIV* en même temps qu’à Louison Bobet**. 

et enfin

Voilà tantôt quarante ans que j’écris, des articles ou même des romans ou plutôt pour être plus précis, comment dire, des machins -c’est l’expression que Colette employait – et je n’ai jamais eu de mal à trouver le commencement, non plus qu’à écrire l’épilogue. Il n’y a qu’à mettre n’importe quoi, je l’ai déjà dit. J’ai donc toujours su faire avec grande aisance la page une et la page quatre cent quatre. Mais ce qu’il faut mettre dans les quatre cent deux autres pages, on ne me le demande jamais car je ne l’ai jamais su. Toute expérience professionnelle à ses limites : il y a deux pages que je sais faire dans un livre. Qu’on ne m’interroge pas sur les autres. 

Notes
*Roi de France
**Champion cycliste

ET DEMAIN, UN COLLAGE

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