Retour sur la piazza Navona – 2

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Deuxième partie : Marco Ruscone, scootériste et dragueur

Le soleil s’est rapproché de ma table. Un serveur s’excuse de me déranger pour déployer le velum un peu plus. Penché sur mon clavier, je n’ai pas vu arriver le jeune homme qui me tourne le dos. Il est planté debout au milieu des jeunes américaines et il leur parle en anglais. Sa voix est agréable et son accent italien a beaucoup de charme. Il doit le savoir et il est en train d’en user autant qu’il le peut. Il dit que l’année prochaine, il devrait aller à Chicago. Il a un cousin là-bas. Aussitôt, deux des filles s’exclament qu’elles sont justement de Chicago. Il faudra absolument qu’il vienne les voir. Des adresses s’échangent… Je connais bien ce genre de dragueur romain ; il porte un pantalon ajusté et une chemise à manches courtes gris foncé ; il n’a jamais eu l’intention de s’expatrier et les adresses de Chicago ne l’intéressent pas. Ce qu’il veut, c’est savoir où toutes ces filles vont dormir ce soir. Il saura rapidement repérer celle d’entre elles qui se prendra pour Audrey Hepburn et à qui il fera voir la nuit romaine sur son scooter.

Il s’appelle Marco Ruscone. Il a vingt-sept ans. Lui et son frère ainé vivent chez leur mère dans le quartier populaire de Pineto, derrière la Cité du Vatican. Tous les matins, il monte sur son scooter pour rejoindre le Centro Storico où il passera la journée à chasser l’étrangère. Son territoire, c’est le triangle sacré entre le Castel Sant’ Angelo, la piazza Navona et le Campo dei fiori. Selon les jours et les occasions, il sera un pauvre étudiant sympathique et joyeux, enthousiaste à l’idée de faire visiter sa ville sur son scooter, ou un journaliste débutant à la recherche de matière pour son article sur le tourisme et prêt à faire visiter Rome sur son scooter, ou un fils de famille romantique qui accepterait de faire visiter Rome sur son scooter. Il pourra varier les personnages et les histoires, mais le scooter sera toujours là. Il y a longtemps qu’il a compris qu’à Rome, la Vespa est irrésistible. Bien sûr ça ne marche à pas tous les coups, mais il n’a pas à se plaindre. Ce n’est pas l’argent de ses touristes qui l’intéresse. Tout ce qu’il accepte de ses rencontres, c’est au plus un diner au restaurant. S’il faisait ça pour l’argent, il s’attaquerait à des femmes plus âgées. Selon son cousin Mario, elles ne manquent pas. Mais, le métier de gigolo, ça ne lui dit rien. Alors, c’est pour le plaisir qu’il part en chasse tous les matins, parce que ses amis le font, parce que c’est ce qui se fait quand on est jeune, pauvre et qu’on habite la plus belle ville du monde… Aujourd’hui, ce devrait être un bon jour : il y a cette fille de Chicago qui l’observe depuis un moment. Il le connait, ce regard ; ce devrait être un bon jour… 

Mais tout à coup, le dragueur frappe dans ses mains et annonce : « Mesdemoiselles, maintenant, nous allons marcher jusqu’au Campo dei fiori. Vous verrez un très joli marché et nous pourrons y déjeuner en plein air avant d’aller visiter San Pietro. Allons-y !… ». Il se retourne et je vois le col blanc serré dans la petite échancrure de sa chemise. C’est un prêtre. Les filles, disciplinées et joyeuses, se lèvent et s’éloignent en entourant leur guide.

A SUIVRE, après demain… : Andrea Gnecchi-Rampa, marquis et collectionneur

 MAIS DEMAIN, CE SERA UNE DEUXIÈME VÉRITÉ PREMIÈRE :

À QUOI ÇA TIENT, QUAND MÊME !  (2)

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