Archives mensuelles : février 2018

Dernière heure : Salut au héros

Dernière heure : Salut au héros
Mercredi 28 février

Trump ordonne un défilé pour célébrer son acte d’héroïsme hypothétique dans l’école de Floride

 WASHINGTON — Peu de temps après avoir déclaré qu’il serait entré désarmé dans un lycée de Floride pour y arrêter un massacre, Donald J.Trump a annoncé qu’il préparait un défilé à Washington, D.C., pour célébrer son hypothétique acte d’héroïsme.

« Tout un chacun peut agir avec bravoure sur le moment, » a déclaré Trump aux journalistes à la Maison Blanche. « Mais ce n’est qu’un genre très spécial de héros qui peut raconter aux gens quelles choses incroyablement courageuses il aurait accomplies plusieurs semaines après les faits. »

Il a ajouté que le fait qu’un éperon osseux au pied l’ait empêché de combattre au Vietnam était l’un de ses plus grands regrets, « parce que les actes qu’il aurait accompli pendant cette guerre auraient dépassé en courage tout ce que l’on peut trouver dans les annales.

« Dès le début de l’offensive du Tet, j’aurai foncé désarmé en plein milieu de ce foutoir, a-t-il dit. « Il est probable que nous aurions gagné la guerre juste après. »

Trump a dit que le défilé qu’il ordonnait était destiné à honorer non seulement sa personne mais aussi tous les « héros d’après la bataille » d’Amérique.

Selon un nouveau sondage d’opinion, la déclaration de Trump selon laquelle il serait entré désarmé dans le lycée de Floride a été crue par sa fille Ivanka.

The Borowitz Report – 26 Février 2018 – The New Yorker

Traduction JdC (non autorisée)

 

La phrase de Proust

Si vous voulez savoir ce que je pense de Marcel Proust, allez lire ma critique « Ne lisez jamais Proust !« 

Mais  si vous voulez savoir ce que Paul Morand pensait de la longue phrase caractéristique du petit Marcel, lisez ce qui suit:

« Cette phrase chantante, argutieuse, raisonneuse, répondant à des objections qu’on ne songerait pas à formuler, soulevant des difficultés imprévues, subtile dans ses déclics et ses chicanes, étourdissante dans ses parenthèses qui la soutiennent comme des ballons, vertigineuse par sa longueur, surprenante par son assurance cachée sous la déférence, et bien construite malgré son décousu, vous engaine dans un réseau d’incidents si emmêlés qu’on se serait laissé engourdir par sa musique si l’on avait été sollicité soudain par quelques pensées d’une profondeur inouïe ou d’un comique fulgurant. »

Si vous voulez un bel exemple de la phrase proustienne, cliquez sur Proust à longueur de phrase

Dernière heure : Tino Rossi est mort

Dernière heure : Tino Rossi est mort.
Mardi 27 février

« Quand Tino Rossi est mort, j’ai repris deux fois des moules » avait dit Pierre Desproges.
Moi, quand Johnny Halliday est mort, je n’ai rien fait de ce genre.
Discrétion, dignité, respect…

Il faut dire que je n’avais jamais vraiment apprécié Johnny Halliday. Au copié-collé des rockers américains, je préférais la bonne humeur d’Eddy Mitchell, la tendre sophistication de Françoise Hardy, la nonchalance alcoolisée de Dutronc, le doux humanisme de Delpech.
Elégance, Indifférence, détachement…

Alors quand Johnny est mort, je n’ai rien fait. Je ne suis pas allé à la Madeleine, je n’ai pas allumé la télévision…rien. Quand les discussions venaient à porter sur son enterrement, sa vie privée, sa carrière, je ne disais rien…
Calme, retenue, sobriété…

Et maintenant que la famille de feu Jean-Philippe Smet se déchire, maintenant que chacun doit se définir partisan de Laetitia ou partisan de David et Laura, je ne dis toujours rien…

Mais je n’en pense pas plus.

L’Univers, ses lois, ses principes et autres âneries (5) -Le principe d’Heinsenberg

Le principe d’Heisenberg

—Dis-donc, je viens d’en entendre une bonne. Y a un savant, un allemand, Wurtemberg je crois qu’il s’appelle, ou quelque chose comme ça, il a dit qu’en principe, c’est pas possible connaitre en même temps la vitesse et la position d’un truc qui se déplace un peu vite. Non mais, j’y crois pas ! C’qu’ils vont pas chercher quand même ! En tout cas, si c’est vrai, il faudra le dire aux flics ! Parce qu’ils arrêtent pas de m’envoyer du papier pour me dire que, j’sais plus quand, j’étais Porte de la Chapelle à 129 kilomètres-heure sur le Périphérique. Y doivent pas en avoir entendu parler, de Gutenberg ! Eh, garçon ! Un aut’ Calva, siouplait ! Tu r’veux un café ?

—Non, merci. Il s’appelle Heisenberg, Werner Heisenberg.

—Qui ça ?

—Eh bien, le savant dont tu parles. C’est un physicien : Heisenberg. Pas Gutenberg, ni Wurtemberg : Heisenberg.

—Ah bon …

—Et ce dont tu parles, c’est de son principe, le Principe d’Heisenberg. C’est de la science.

—Comme le Principe d’Archimède, alors ?

—C’est ça. On dit aussi Principe d’Indétermination ou Principe d’Incertitude.

—T’es certain ? Non, j’rigole ! Et c’est bien ça qu’y dit, Machinberg, qu’on peut pas savoir en même temps où on est et à quelle vitesse on va ?

—Si on veut, mais ça ne s’applique qu’à des particules.

—Des trucs tout petits alors ?

—C’est cela, de la taille de l’atome, ou plus petit encore.

—Alors, ça ne s’applique pas aux voitures ?

—Ni aux voitures, ni aux hommes, ni à rien d’autre que des particules.

—Donc, c’est fichu pour mon PV. J’peux pas leur sortir Furstemberg et son principe pour le faire annuler ?

—Non.

—Dommage ! Mais c’est sûr, ça, qu’on ne peut pas mesurer en même temps la position et la vitesse ? Moi, je crois que s’ils prenaient des télescopes électroniques, des microscopes télescopiques, des radars, des sonars, et tout le bazar de la NASA, ils y arriveraient.

—Même avec les meilleurs instruments, les plus précis du monde, ils n’y arriveraient pas.

—Incroyable !

—Mais non, pas incroyable. Difficile à comprendre, mais pas incroyable. Le principe d’incertitude ne découle pas d’une insuffisance expérimentale, mais d’une propriété fondamentale de la matière.

—C’est vache, quand même !

—C’est comme ça.

—Mais, dis-moi, à quoi ça sert le Principe de Goldenberg ?

—Heisenberg, le principe d’Heisenberg !

—Bon d’accord, le Principe d’Heisenberg. Bon, ben, celui d’Archimède, je vois bien à quoi il sert : à flotter, et ça, c’est drôlement utile. Mais, celui-là, à quoi y peut bien servir ?

—Eh bien, il sert à aller plus loin dans la construction de la théorie quantique, à mieux expliquer certains phénomènes, par exemple l’intrication quantique, la superposition quantique, la dualité quantique, l’effet tunnel quan…

—Oh ! Eh ! Oh ! Pas si vite ! Et d’abord, c’est quoi, ça, l’imbrication quantique ?

—Pas l’imbrication, l’intrication… Eh bien, c’est le phénomène dans lequel deux particules ont des états liés, autrement dit ce qui arrive à l’une arrive à l’autre quelle que soit la distance qui les…

­—Sans blague ! Et l’effet tunnel ?

—C’est la propriété qu’ont les particules quantiques de traverser des obstacles infranchissables comme s’il y avait…

—Marrant ! Et la dualité quantique ?

—C’est la propriété des particules d’être à la fois corpuscules et ondes, c’est-à-dire…

—Formidable ! Et tu comprends tout ça, toi ?

—Absolument pas.

—Et les autres ?

—Je n’en suis pas sûr.

—Ah bon ?

—Ecoute : il y a un prix Nobel de Physique, Richard Feynman, qui a dit : « Si vous croyez comprendre la mécanique quantique, c’est que vous ne la comprenez pas »

—Mais alors, pourquoi y font tout ça, ces savants ?

—Tu vas comprendre ; le même Feynman a dit aussi : « La physique, c’est comme le sexe : ça peut donner naissance à des résultats concrets, mais ce n’est pas pour ça que nous la pratiquons. »

—Et le Prix Nobel, là, Rainman, il y comprenait quelque chose ?

—Feynman, pas Rainman, bon sang de bonsoir ! Feynman ! Pas davantage. Il a même dit au cours d’une conférence :  « Croyez-vous vraiment que je puisse vous expliquer tout cela de manière que vous le compreniez ? Non, ce n’est pas sérieux : vous n’allez certainement pas comprendre. Mais alors, direz-vous, pourquoi vous donnez-vous tant de mal ? Pourquoi passer tant de temps devant nous, si c’est pour que nous ne comprenions rien à ce que vous allez dire ?
Précisément, je me suis fixé comme objectif que vous restiez ici à m’écouter. Car pour ne rien vous cacher, les étudiants non plus n’y comprennent rien. Pourquoi ? Tout simplement parce que je n’y comprends rien moi-même. Personne d’ailleurs n’y comprend rien. »

—Ah ben, ça, ça m’rassure !

 

ET DEMAIN, UN TABLEAU DE 60 PAR 43 CENTIMETRES DE SEBASTIEN COUTHEILLAS

¿ TAVUSSA ? 39 – La Saint-Valentin en Floride

C’est dans une école de Parkland, Floride, que le nouveau massacre de la Saint-Valentin a eu lieu.
Dix-sept morts parmi les élèves et les professeurs
tués par un élève de 19 ans
avec une arme automatique
un AR-15
désigné dans l’armée comme le fusil d’assaut M16
acheté en toute légalité
par quelqu’un qui n’aurait même pas eu le droit de s’acheter une bière.

Quelques jours plus tard, le sénateur républicain Marco Rubio et la représentante de la National Riffle Association, Dana Loesch, sont venus à Parkland faire face à une assemblée d’élèves et de parents d’élèves.
CNN était là, bien sûr.

C’était émouvant de voir ces jeunes gens exprimer leur incompréhension et leur colère devant l’inaction des politiques depuis tant d’années, depuis tant de morts. C’était émouvant et en même temps dérisoire de les voir tenter d’arracher des promesses à ces deux personnages politiques expérimentés.
Émouvant et dérisoire.

C’était pathétique de voir le sénateur Rubio, qui fut candidat aux primaires républicaines, patauger dans les circonvolutions pour dire que ce massacre était désolant, qu’il n’aurait jamais dû arriver, que lui-même était pour toute loi qui renforcerait le contrôle psychologique préalable à l’achat d’une arme, mais que le strict contrôle des armes n’était pas la solution. C’était pathétique de le voir dix fois refuser de dire que désormais il n’accepterait plus d’argent de la NRA.
Pathétique et inquiétant.

C’était désolant de voir Madame Loesch, déclarer qu’étant que mère de famille elle-même, elle était tout aussi touchée par cet événement dramatique qu’une autre , puis reprendre presque dans les mêmes termes que le sénateur la litanie selon laquelle ce terrible évènement n’aurait jamais dû arriver et que la NRA était en faveur d’un renforcement du contrôle psychologique préalable à l’achat des armes.
Désolant et terrifiant.

Et tandis que se déroulaient ces débats sans espoir, tandis que l’on pouvait voir la calme colère de ces élèves et de ces parents, tandis que l’on pouvait constater la froide habileté dans la fausse compassion des politiques face à leurs accusateurs, pendant ce temps, les éléments de langage adéquats étaient distribués dans les milieux républicains, et ils étaient répétés à longueur d’interview à qui voulait ou ne voulait pas les entendre : ces jeunes gens qui interpellaient Rubio et Loesch, qui exigeaient d’eux des engagements, des actions, ceux-là n’étaient que des enfants, de stupides idéalistes, manipulés par la gauche et les partisans du contrôle des armes. Il n’était pas possible qu’ils s’expriment de cette façon si articulée, si calme, si volontaire. Des spécialistes leur avait donc dicté ce qu’ils disaient. Et d’ailleurs, comment auraient-ils pu avoir l’argent pour les bus qui les emmenaient vers les lieux de manifestation, si ce n’est par le lobby anti-armes ?

Et pendant ce temps-là, le Donald trouvait la solution pour empêcher les futurs massacres. Cette solution est composée pour le moment de trois dispositions.
-La première : interdire les dispositifs qui permettent de transformer une simple arme automatique en arme d’assaut.
-La deuxième : monter l’âge minimum légal pour acheter une arme à 18 ans.
-Et enfin, la troisième, particulièrement géniale : armer les professeurs.

Il y aurait beaucoup à dire, et surtout à ironiser, sur ces mesures. Mais cette chronique est déjà bien assez longue comme ça et je sens que vous vous lassez. Alors, je me limiterai aujourd’hui à quelques courtes observations sur la troisième mesure.
Armer les professeurs ?
-ce serait encore davantage d’armes en circulation,
-ce serait, aux dépens des écoles publiques et privées, une augmentation du chiffre d’affaire des fabriquant d’armes,
-et ce serait, j’ose à peine plaisanter, aussi une menace mortelle pour les cancres, chahuteurs et autres persécuteurs de profs.

Si vous avez encore une minute, laissez-moi vous donner quelques chiffres :
NRA : 4.300.000 membres et 202.000.000 $ en dons annuels.
USA : Entre 250 et 350.000.000 d’armes à feu, 5000 foires aux armes à feu par an.
Les USA représentent 4% de la population mondiale, mais les américains possèdent 30% des armes à feu existant dans le monde.
Aux USA, il y a eu 18 fusillades en milieu scolaire depuis le début de l’année, soit une tous les 3 jours.
Cela fait huit jours qu’il n’y en a pas eu.

ET DEMAIN, SERA VENU L’AGE DE SE TAIRE

Le Crapaud, la Tortue et le Canard

Morceau choisi
Le texte qui suit est la traduction non autorisée et bénévole de « The Toad, the Turtle, and the Duck », une petite fable de David Sedaris(*), extraite de « Squirrel Seeks Chipmunk, a modest bestiary »- 2010 – Little & Brown, publishers

 Le Crapaud, la Tortue et le Canard

La queue des réclamations commençait au bord du marais et s’étirait vers l’ouest, pour finir là où la tortue venait enfin d’arriver, au pied d’une souche de pin calcinée. Elle avait trouvé sa place derrière un crapaud à l’œil vitreux et entrepris un bâillement à se décrocher la mâchoire quand un canard se pointa et pris place derrière elle en grommelant « Quelle bande de crétins. »

La bouche encore ouverte, la tortue acquiesça de la tête.

« C’est la deuxième fois que je fais cette queue, vous pouvez croire ça ? », râla le canard. « D’abord, ils m’ont dit que je n’aurais pas besoin de pièce d’identité, et puis, après presque trois heures, voilà que cette casse-couilles de rate de rivière me dit ‘Je suis désolée, Monsieur, mais si vous n’avez aucun justificatif d’identité, je ne peux rien faire pour vous’.

« Alors, je fais : ‘Bordel de merde, pourquoi vous ne m’avez pas dit ça plus tôt ?’ Et elle me fait genre « Si vous ne pouvez pas rester poli, je crains de devoir vous demander de partir. ‘ »

La tortue gémit de sympathie, car quelque chose de semblable lui était déjà arrivé. « C’est un vieux truc », dit-elle. « Ils merdouillent, mais en fait, c’est de votre faute. »

« Je lui ai dit, ‘Vous voulez de la politesse, essayez donc de travailler pour une société qui ne fasse pas Continuer la lecture de Le Crapaud, la Tortue et le Canard 

Dernière heure : La voie sur berge rive droite

Dernière heure : La voie sur berge rive droite
21 février 2018

Le tribunal administratif de Paris a annulé aujourd’hui la délibération du 26 septembre 2016 du Conseil de Paris qui déclarait l’intérêt général de l’opération d’aménagement des berges de la rive droite de la Seine. Selon le tribunal, cette délibération a été adoptée à la suite d’une étude d’impact qui « comportait des inexactitudes, des omissions et des insuffisances concernant les effets du projet« .

Le tribunal est gentil, car il aurait pu ajouter que les inexactitudes, les omissions et les insuffisances étaient bien connues des auteurs et du  commanditaire de l’étude, qui était donc manifestement truquée. J’avais commencé à aborder le sujet dans un article « Qousque tandem Hidalgo »  du mois de juillet dernier. On attend avec impatience la réaction de la Reine Maire. Automobilistes, riverains, parisiens, craignez la vengeance de Cruella car elle a certainement plus d’un tour dans son sac à main et n’a pas dit son dernier mot.

En attendant, le Tribunal pourrait-il se pencher sur la décision d’implanter devant le Musée d’Art moderne un bouquet de marshmallows incomestibles de douze mètres de hauteur offert à Paris par Koons pour 3 ou 4 millions d’Euros. (On apprend que l’oeuvre est en cours d’achèvement en Allemagne, mais qui donc a passé commande ?). Voir l’article « Assez de Kooneries »

ET DEMAIN, UN CRAPAUD, UNE TORTUE ET UN CANARD