Archives mensuelles : novembre 2017

Ah ! Les belles boutiques – 20

Tabac Arago
53 Boulevard Arago Paris 13ème
Le Tabac Arago est un archétype du café-tabac des années cinquante des quartiers populaires. Il a été racheté il y a quelques années par une famille asiatique. Elle n’a absolument rien changé lors de sa prise de possession des lieux : même velum sali et de guingois, mêmes vitrines étroites couvertes d’affiches, même carrelage jaunasse, même peinture, mêmes toilettes…. Serait-ce par respect envers un décor en voie de disparition ? En tout cas, c’est pour cette raison que j’ai choisi de l’inclure dans cette série des belles boutiques. Et pourtant …

La série « Ah ! les belles boutiques »
L’objectif : rendre hommage aux commerçants qui réussissent à conserver l’aspect traditionnel de leur façade de magasin, et les encourager à persévérer.
Le contenu : une photo de la devanture d’un magasin, avec si possible l’adresse et, très éventuellement, un commentaire sur la boutique, ou son histoire, ou son contenu, ou sur l’idée que s’en fait le JdC.

ET DEMAIN, POURQUOI TOUT VA TOUJOURS MAL ET POURQUOI CELA NE PEUT QU’EMPIRER

Complainte amoureuse

Oui dès l’instant que je vous vis
Beauté féroce, vous me plûtes
De l’amour qu’en vos yeux je pris
Sur-le-champ vous vous aperçûtes
Ah ! Fallait-il que je vous visse
Fallait-il que vous me plussiez
Qu’ingénument je vous le disse
Qu’avec orgueil vous vous tussiez
Fallait-il que je vous aimasse
Que vous me désespérassiez
Et qu’enfin je m’opiniâtrasse
Et que je vous idolâtrasse
Pour que vous m’assassinassiez

Alphonse Allais

ET DEMAIN, LE PLUS BEAU CAFE-TABAC DE PARIS

 

 

La Chose dans la Vallée de la Mort

La Chose dans la Vallée de la Mort
Nous avions quitté Las Vegas et le Golden Nugget vers deux heures du matin après une demie nuit de jeu effréné : J’avais gagné dix dollars d’argent à ma quatrième tentative sur une machine à sous et j’avais jugé qu’il était temps de m’arrêter. Ensuite, j’étais resté à danser d’un pied sur l’autre devant une table de black jack ou de roulette sans oser risquer le moindre de mes derniers cent dollars. Les trois autres avaient connu des fortunes diverses, c’est à dire qu’ils avaient perdu plus ou moins d’argent. Vers une heure du matin, une sorte d’accord tacite s’était fait entre nous quand nous nous étions retrouvés errant sous le gigantesque cow-boy lumineux qui dansait joyeusement au-dessus de l’entrée du casino. Encore une heure d’hésitation et pour conclure cette soirée de folie, nous avions décidé de rejoindre la Chevrolet qui nous attendait sur le parking.

C’était mon tour de conduire. Nous avons roulé une heure ou deux en direction du Nord-Ouest, vers la Vallée de la Mort. Dans la lumière blanche des phares, le ciment de la route 95 avait Continue reading

Princesse palatine : 2–Une chute de cheval  

Princesse palatine : 2–Une chute de cheval  

Si vous ne savez plus très bien qui était la princesse palatine, descendez à la note de bas de page. Sinon, lisez directement cet extrait de sa correspondance.

14 décembre 1676
Saint Germain

(…) Il faut que je vous conte cette histoire : nous avions déjà pris un lièvre et fait envoler une pie. Comme nous allions au tout petit pas, je m’aperçois que ma robe n’est pas bien arrangée sous moi ; j’arrête mon cheval et je me baisse pour la rajuster. Mais, tandis que je suis dans cette posture, voilà qu’un lièvre part, et tout le monde se met à sa poursuite ; mon cheval, qui voit courir les autres, veut les suivre et fait un saut de côté ; j’étais déjà à demie-désarçonnée ; ce saut me fait quitter presque tout à fait la selle, dont je saisis vivement le pommeau, sans dégager mon pied de l’étrier, espérant me remettre d’aplomb.  Mais au moment où je saisis le pommeau de la selle, les rênes m’échappent et je crie à un cavalier qui était devant moi d’arrêter mon cheval ; ce cavalier s’élance sur moi avec une telle impétuosité que ma monture s’effraye, et, au lieu de s’arrêter, tourne d’un autre côté et s’emporte.  Je me tiens ferme tant que je vois d’autres chevaux auprès de moi ; mais dès que je me vois seule, je me dégage tout doucement et je me laisse tomber sur la verte pelouse avec un tel bonheur que, Dieu soit loué, je ne me suis fait le moindre mal.  Vous qui admirez si fort notre roi pour m’avoir si bien assisté lors de mes couches, vous l’aimerez encore dans cette rencontre, car c’est lui qui s’est trouvé le premier auprès de moi. Il n’a pas eu de repos qu’il ne m’eut lui-même visité la tête de tous côtés.  Enfin, ayant trouvé que j’avais dit vrai, il me conduisit dans ma chambre, resta encore quelques temps auprès de moi pour voir si je ne m’évanouirais pas ; enfin il ne retourna au vieux château que lorsque je lui eu assurer derechef que je ne ressentais pas le moindre mal. (…)

Note

Lorsqu’elle arrive d’Allemagne à la Cour de Louis XIV en 1672 en tant qu’épouse du frère du roi, Elisabeth-Charlotte du Palatinat a 20 ans. Par son mariage, cette princesse palatine devient Madame, duchesse d’Orléans. Voici le portrait qu’en faisait Saint-Simon :

« Madame tenait beaucoup plus de l’homme que de la femme ; elle était forte, courageuse, Allemande au dernier point, franche, droite, bonne, bienfaisante, noble et grande en toutes ses manières ; petite au dernier point sur tout ce qui regardait ce qui lui était dû : elle était sauvage, toujours enfermée à écrire, dure, rude, se prenant aisément d’aversion ; nulle complaisance, nul tour dans l’esprit, quoiqu’elle ne manquât pas d’esprit ; la figure et le rustre d’un Suisse; capable avec cela, d’une amitié tendre et inviolable. »

 

ET DEMAIN, LE RETOUR DE LA CHOSE…