Archives mensuelles : mars 2017

¿ TAVUSSA ? (20) Thriller

Tavussa 20

Thriller

Moi, au début, je veux dire avant, avant la campagne, je n’avais rien contre ce petit Emmanuel. Bien propre, bien coiffé, il disait même des trucs intéressants, sur les 35 heures, l’ISF, la fonction publique et tout ça. Bien sûr, il n’était pas arrivé à grand-chose, bien sûr son projet de loi avait été tronqué et réduit à presque rien, mais bon, il avait essayé, un peu, finalement pas trop.

Quand il a quitté le gouvernement, je me suis dit qu’il préparait un avenir lointain, qu’il faudrait le surveiller du coin de l’œil pour dans une dizaine d’années. Bon, mais je me disais aussi, comment faire confiance à un homme remarqué, choisi, peut-être même formé par le Pingouin Suprême ? Difficile, non ?

Bon, on verra, me disais-je, on n’est pas pressé.

Mais si, voilà qu’on est pressé, voilà qu’il se situe en vainqueur tout à fait plausible, je n’ose pas dire probable de l’élection présidentielle.

Alors, je l’ai écouté un peu mieux. Ce que j’ai entendu de lui au début m’a fait écrire ce brillant article :  « Mais dans quelle langue Macron parle-t-il donc ? » Vous pouvez lire en CLIQUANT ICI.

Et puis un jour, il a carrément décollé, vachement christique. Depuis, un de mes chroniqueurs favoris, R. de Castelnau, l’appelle le télévangéliste.

Et puis, il y a eu LE débat, et puis les interviews avec les journalistes, et là, il a toujours donné les bonnes réponses, les réponses lisses, consensuelles, celles qui rassurent, qui font plaisir. Mais bien qu’il s’exprime beaucoup mieux et beaucoup plus facilement que le Grand Pingouin, on ne peut pas ne pas remarquer le flou. Peut-être que c’est héréditaire. Et là où il y a un flou, …

Et puis, maintenant, il y a tous ces ralliements, ces soutiens et là, très vite, une image m’est venue à l’esprit :
Emanuel Macron habillé en Michael Jackson, gentil garçon au demeurant, mais bientôt entouré de caciques socialistes, effrayant troupeau de zombies, gueules pendantes et jambes trainantes, dont il prendra bientôt l’allure et la tête pour envahir l’Elysée.

Image obsédante, certes, mais finalement peu inquiétante, car on les connait ces zombies. Ils ont fait leurs preuves récemment.
C’est plutôt rassurant, non ?

Pourtant, cette image reste imprégnée dans ma tête.
Heureusement que la musique est bonne.
Et puis, quelle chorégraphie !

Une autre traversée de Paris

Le 15 mai dernier, j’avais diffusé ici un texte intitulé « Une traversée de Paris » . Je voulais ce texte extrêmement descriptif et précis, propre à déclencher chez le lecteur l’apparition d’images, sortes d’instantanés que l’on a tous vus un jour ou l’autre quand on habite en ville.

Quelqu’un m’a dit que cette avalanche d’épithètes lui donnait un peu mal au cœur, et qu’il aurait davantage apprécié un texte moins fourni qui aurait laissé davantage de place à l’imagination.

J’ai donc modifié le texte original de « Une traversée de Paris » en ne conservant que le minimum d’adjectifs. Cela a donné « Une autre traversée de Paris« .

Vous pourrez comparer les deux versions, car je reproduis à la suite le texte avec adjectifs.

Alors, vous préférez avec ou sans ?

Il est cinq heures.

Le jour se lève.

Au Bomby’s café de la Place d’Italie, un homme noir en bleu de travail est accoudé au comptoir devant une tasse de café. Son corps est entièrement relâché et sa silhouette forme une sorte de S. Son regard est ailleurs.

Un chien remonte en trottinant Continuer la lecture de Une autre traversée de Paris 

Ô tempora

Morceau choisi

Ô tempora, Ô mores,
ou
Babylone, il y a 2.348 ans

Rien de plus corrompu que les mœurs de cette ville. Rien de plus fait pour exciter les sens par l’attrait immodéré des voluptés. Les parents et les maris permettent que leurs filles et leurs épouses se prostituent à leurs hôtes, pourvu qu’on leur paye leur déshonneur. Les joies des festins sont, dans toute la Perse, la passion favorite des rois et des grands ; les Babyloniens surtout se livrent sans réserve au vin et aux désordres qui suivent l’ivresse. Les femmes, en assistant à ces repas, prennent d’abord une attitude réservée; bientôt, elles se dépouillent de leurs vêtements qui voilent le haut de leur corps et, peu à peu, en viennent à oublier la pudeur; on les voit alors rejeter leurs derniers vêtements ; et ce ne sont pas les courtisanes qui se déshonorent ainsi, ce sont des femmes de distinction et des jeunes filles pour lesquelles c’est un devoir de politesse que cette prostitution publique de leur charme.

Quint-Curce, Histoires d’Alexandre

 

 

Chronique des années passées – 9

Chronique des années cinquante

9 – La 403

Elle succéda aux 203. Elle fut la contemporaine de la Kubik et d’une ou deux Deux-Chevaux.

Quels souvenirs me restent-ils de cette lourde voiture ?

Celui de mes leçons de conduite que mon père me donnait en toute illégalité dès l’âge de quinze ans ?

403Celui de nos départs à la chasse, chargés de fusils, de cartouches, de bottes et de carniers, Vercors dans la malle arrière, moi devant, content de me retrouver tout à l’heure admis parmi ces hommes murs, lui au volant, heureux de montrer son fils à ses amis ?

Cette appréhension de ces moments que je souhaitais si fort sans oser les demander où mon père s’engageait sur le bas côté de la route et disait : « Tu conduis ! » ?

Ou peut-être cette nuit sans lune entre Pithiviers Continuer la lecture de Chronique des années passées – 9 

L’hiver, des singes égarés… (Critique aisée 94)

Critique aisée 94

L’hiver, des singes égarés…

Est-ce que je vous ai déjà dit que j’aime les incipit, vous savez, ces premiers mots que l’auteur a mis en ouverture de son roman? Ils sont importants, ces mots. Importants pour l’auteur, car souvent, c’est eux qu’il a réellement écrits en premier, ceux qui l’ont lancé dans l’aventure, ceux qui ont imprimé le style, le rythme qu’il va s’efforcer de suivre pendant des nuits et des jours pour écrire les dizaines et les dizaines de milliers de mots qu’il veut extraire de sa tête. Mais ils sont encore plus importants pour le lecteur. L’incipit est une porte et selon qu’elle sera verrouillée, et bardée de fer, ou peinte en bleu et enluminée, ou entrouverte et mystérieuse, le lecteur se sentira averti de ce qui l’attend s’il en franchit le seuil.

Bien sûr, le « Longtemps, je me suis couché de bonne heure » du petit Marcel ne peut à lui tout seul annoncer l’ampleur du plus grand roman du XXème siècle, mais au moins, le lecteur comprend qu’il se lance dans un roman de l’intime.

Il ne faut pas beaucoup d’imagination pour comprendre que le « Il était étendu à plat ventre sur les aiguilles de pin, le menton sur ses bras croisés et, très haut au-dessus de sa tête, le vent soufflait sur la cime des arbres » du grand Ernest va vous plonger dans l’aventure virile dans le milieu plutôt montagneux de « Pour qui sonne le glas« 

Le « Marley était mort, pour commencer. » de Dickens ouvre son Conte de Noël de Dickens et on sent bien dans ces premiers mots, avec l’aide il est vrai des deux ou trois courtes phrases qui suivent, que Marley ne va pas rester mort très longtemps et qu’on va entrer dans le fantastique.

Le plus parlant reste sans doute celui de l’énorme Gustave, le fameux « C’était à Mégara, faubourg de Carthage, dans les jardins d’Hamilcar. » de Salammbô. Avec lui, le décor, l’époque, le souffle, le rythme sont plantés, vous êtes prévenus.

Mais ces incipit là, vous les connaissiez, ne serait-ce que pour avoir lu le JdC de temps en temps. Alors, laissez-moi vous donner aujourd’hui celui du roman le plus connu d’un auteur, Antoine Blondin, un peu moins monumental que les quatre précédents, mais que, moi, j’aime particulièrement, peut-être même plus que Jacques Perret :

« Une nuit sur deux, Quentin Albert descendait le Yang-tsé-kiang dans son lit-bateau : trois mille kilomètres jusqu’à l’estuaire, vingt-six jours de rivière quand on ne rencontrait pas les pirates, double ration d’alcool de riz si l’équipage indigène négligeait de se mutiner. Autant dire qu’il n’y avait pas de temps à perdre. »

Vous ne sentez rien, là ? Vous ne sentez pas Continuer la lecture de L’hiver, des singes égarés… (Critique aisée 94)