Archives mensuelles : février 2017

Incident de frontière – Chapitre 11

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Mais vous avez aussi le résumé des chapitres précédents :
Nous sommes à la fin du long weekend de nos neuf voyageurs. Voici quelle est la situation : Dimanche 24 mai 1970 en fin d’après midi. Les deux breaks Peugeot 207 ont été bloqués au poste frontière d’Addabousiyah, et deux de leurs occupantes, des jeunes femmes américaines, ont passé plus d’une heure prisonnières des soldats syriens. Elles viennent d’être libérées, mais dans la voiture de Jean-Pierre, on ne sait pas ce qui a bien pu arriver aux filles dans le poste militaire. On craint le pire. La tension a inévitablement éclaté en une engueulade de Bill par Jean-Pierre. Mais un petit retour en arrière va nous apprendre ce qui s’est réellement passé.

Chapitre 11

-Laissez-les ! Vous n’avez pas le droit, a crié Christian.

Patricia s’est retournée. Sans comprendre pourquoi, elle voit Christian s’effondrer au milieu de la route. Elle veut se dégager pour aller l’aider, mais elle est entraînée par les deux soldats qui la tiennent fermement par les bras, fortement serrés juste au-dessus du coude. Devant elle, Anne se retourne vers les voitures. Son regard éperdu affole Patricia qui commence à réaliser la situation.

-Ce n’est pas possible, se dit-elle. Ce qui arrive n’est pas possible. Bill, Christian, John, Jean-Pierre sont là. Ils vont faire quelque chose. Ils ne vont pas nous laisser emmener comme ça !

Les jambes de la jeune américaine faiblissent, elle a froid, elle trébuche, elle refuse de continuer à avancer vers cette casemate. Mais elle est trop faible, trop fatiguée, la lumière est trop éblouissante. Anne semble avoir disparu. Alors elle se résigne et se laisse entraîner sans résistance.

Quand elle arrive devant la porte ouverte du poste frontière, elle ne peut rien voir de l’intérieur de la pièce vers lequel les deux soldats la poussent doucement. Elle fait un pas dans l’obscurité Continuer la lecture de Incident de frontière – Chapitre 11 

Première lettre de Beuzeville

Beuzeville est une commune située dans le département de l’Eure. Elle compte à peine plus de 4.000 habitants. Elle ne possède aucun monument historique et aucun évènement notable ne s’y est jamais déroulé. On ne connait pas de sculpteur, de savant, d’homme politique ou de star de cinéma qui y soit né. Moi-même, je crois bien n’y être jamais passé. La seule particularité de ce trou normand, c’est le panneau routier éponyme qui annonce la gare de péage de l’autoroute de Normandie et qui fait que ce nom sonne peut-être familièrement à vos oreilles.

Moi, je n’ai rien contre la commune de Beuzeville, ni pour d’ailleurs. A vrai dire, je me fous totalement de Beuzeville. Alors pourquoi, me direz-vous, inclure le nom de cette banale bourgade dans le titre de ce qui s’annonce comme une nouvelle et brillante série dont ce Journal a le secret ?

Eh bien, voilà : en fait, tout est dans la phonétique… Beuzeville : répétez donc ces trois syllabes trois ou quatre fois et vous comprendrez. Beuzeville, Beuzeville, Beuzeville… Est-ce que cette sonorité n’évoque pas pour vous la France profonde, agricole et raisonnable, la France douce, pleine de bon sens et résignée, celle qui ne comprend pas vraiment ce qui lui arrive et qui voudrait bien revenir un petit peu en arrière, s’il-vous-plait ?

Pour vous je ne sais pas, mais pour moi, c’est ça.

J’ai donc choisi Beuzeville comme point de départ d’une correspondance à sens unique entre une Beuzevillaise et son fils parti à la ville.

En voici la première lettre de Beuzeville :

Beuzeville, aujourd’hui

Mon cher fils,

Je t’écris ces quelques lignes pour que tu saches que je t’écris. Alors, si tu reçois cette lettre, c’est qu’elle est bien arrivée. Si tu ne la reçois pas, préviens-moi pour que je te la renvoie.

Je t’écris lentement parce que je sais que tu ne lis pas très vite.

En ce moment, ici, le temps n’est pas trop mauvais : la semaine dernière il a plu seulement deux fois. La première fois la pluie a duré trois jours, et la deuxième fois quatre.

Il faut que je te dise que ta sœur Julie, celle qui s’est marié avec son mari, elle a enfin mis au monde, mais on ne sait pas encore le sexe. Je ne saurais pas te dire si tu es oncle ou tante. Si c’est une fille, ta sœur va l’appeler comme moi. Ce sera quand même étrange d’appeler sa fille « maman ».

Je dois maintenant te quitter car j’arrive au bout de mon crayon. De toute façon, je n’avais plus rien d’intéressant à te dire. La prochaine fois, s’il se passe des choses intéressantes au village, je t’écrirai au Bic.

Ta maman qui t’embrasse très fort et toi de même.

Chronique des années passées – 10

Chronique des années 90

10-La Chrysler

En fait, on ne l’appelait pas comme ça, mais ça sonne tellement bien « la Chrysler ». Ça fait tout de suite voiture de luxe, puissante, bicolore et sur-dessinée, glissant silencieusement dans les rues de Beverley Hills. Cette image doit me rester de cette chanson parodique de Fernand Raynaud qui commençait comme ça :
—T’es un peu belle, mignonne,

—T’es balancée comme une Chrysler…

Dans les années 90, l’automobile américaine était en crise. On n’était même pas certain que cette marque puisse passer le prochain hiver. Mais Chrysler commençait à commercialiser en France un mini van sur lequel elle fondait beaucoup d’espoir, le Voyager. Son nez très court qui lui donnait une gueule de petit camion, sa silhouette carrée qui rappelait de loin la Citroën Kubik de mon enfance dont j’ai déjà parlé ici, ses barres de toit qui lui donnaient un air randonneur… Tout cela me plaisait bien. D’ailleurs, il faudrait bientôt remplacer la Volvo qui Continuer la lecture de Chronique des années passées – 10 

Abonnements

Il n’y a pas que dans le domaine de la politique qu’il se passe des choses bizarres en ce moment. Dans le Journal des Coutheillas aussi.
Il semble que le bouton permettant de s’abonner au JdC ait disparu. Je viens de passer deux ou trois heures à tenter de le rétablir et il semble qu’il soit de nouveau présent sur la page. Mais je ne sais pas s’il fonctionne correctement. J’en doute, d’autant plus que je n’arrive pas à m’abonner moi-même.

Soyez patients, j’ai demandé de l’aide et j’espère que le 5ème de cavalerie ne va pas trop tarder.

En attendant, sachez que,  à partir de 7h15, vous pouvez toujours aller directement sur le blog à cette adresse :

http://leblogdescoutheillas.com/

Vous y trouverez un nouvel article chaque matin.

Vous pouvez tout aussi bien chercher sur Google le « Journal des Coutheillas »

 

 

¿ TAVUSSA ? (19) Mais dans quelle langue Macron parle-t-il donc ?

TAVUSSA 19

Mais dans quelle langue Macron parle-t-il donc ?

Plus ça va, plus j’ai l’impression que les déclarations d’Emmanuel Macron sont faites d’un assemblage de syntagmes choisis au hasard et placés comme des dominos, les uns derrière les autres.
Pourtant, cette combinaison aléatoire de mots, qu’il pratique désormais couramment, donne, parfois à son insu, un sens précis à ce qu’il dit. Le hasard fait quelque fois mal les choses et, la dernière fois, c’était plutôt maladroit : en voyage de campagne électorale en Algérie, Emmanuel a dit en substance que la colonisation française de l’Algérie avait constitué un crime contre l’humanité.
Que la colonisation ait été globalement bonne ou mauvaise pour l’Algérie est une question que l’on peut discuter entre gens de bonne foi. La qualifier de crime contre l’humanité constitue non seulement une ânerie juridique, une erreur historique et un grave faux-pas diplomatique mais aussi une lâche complaisance envers un journaliste algérien.
Après tant d’années post coloniales, même la gauche de la gauche ne pense plus comme cela, et Macron a dû se rendre compte qu’il avait choqué une grande partie de l’opinion publique, et plus particulièrement les pieds noirs, qui se sont vus ainsi assimiler aux Nazis de la Shoah et aux Turcs du génocide arménien.
Cette partie de la population française votant certainement en plus grand nombre aux élections françaises que les Algériens, Macron a voulu se rattraper auprès de cette clientèle potentielle. Il a donc prononcé à l’intention des Pieds Noirs cette phrase énigmatique et compliquée, à la syntaxe incertaine et au sens obscur :

« Ma responsabilité, c’est qu’ensemble, nous soyons vraiment Français, il faut casser ces blocages, donc je le dis, à chacune et chacun dans vos conditions, dans vos histoires, dans vos traumatismes, parce que je veux être président, je vous ai compris et je vous aime, la République doit aimer chacun ! »

Analysons, voulez-vous ?
« …vraiment Français… »
Tout d’abord, qu’est-ce qu’être vraiment Français ? Etre Français, je sais. Mais vraiment Français ? Je ne vois pas. Plus français que ceux qui ne sont que français ? Je n’ose pas croire qu’il ait voulu dire « Français de souche »
« …Ma responsabilité, c’est… »
Ensuite, en quoi le fait d’être Français, vraiment ou pas, relève-t-il de la responsabilité de Macron ? De Macron candidat ? De Macron président ? Non, vraiment, je ne vois pas.
« …casser ces blocages… »
Mais de quels blocages s’agit-il ? Des blocages qui empêcheraient les pieds noirs de se considérer comme Français ? Le genre de blocage que créerait par exemple une comparaison hasardeuse avec les Nazis par un président putatif  ?
« …donc je le dis, à chacune et chacun dans vos conditions, dans vos histoires…»
Plait-il ?
« …parce que je veux être président, je vous ai compris et je vous aime … »
Veuillez m’excuser, mais je ne vois pas bien la logique, là ? Est-ce que « je vous aime parce que je veux être président ? ou bien « je veux être président parce que je vous aime ? »
« …je vous aime, la République doit aimer chacun. »
Est-ce que c’est vraiment français, ça ? Je veux dire grammaticalement ?

Eh oui, vous voyez, les déclarations publiques de E.Macron me donne de plus en plus l’impression d’un arrangement aléatoire de mots décalés, ronflants, convenus, d’une combinaison probabiliste de propositions passe-partout, reflétant un populisme habillé de neuf, un discours de la méthode sans fond, avec par conséquent la profondeur du vide, une logorrhée incantatoire de secte du Grand Mamamouchi, un consensus lisse, une bouillie aux sens multiples bien digne de cet émule christique du Pingouin suprême.
C’est beau comme du Paolo Coelho. La foule ébahie fait semblant de comprendre les aphorismes. Elle lève les bras au ciel comme le Ravi de la crèche.
Si j’étais à la place de la foule, je me méfierais.