Archives mensuelles : janvier 2017

La La Land (Critique aisée 89)

La La Land
Damien Chazelle – 2016
Emma Stone, Ryan Gosling
126 minutes

Une jeune femme de Boulder City.
Elle est serveuse dans une cafeteria près des studios d’Hollywood.

Un jeune homme d’on ne sait où, peu importe.
Il est pianiste de jazz à Los Angeles.

Entre deux capuccinos servis à des acteurs de passage, elle court les auditions.
Pour gagner de quoi vivre, il joue des mélodies sirupeuses dans des restaurants bourgeois.

Elle va de refus en refus.
Il se fait renvoyer.

Elle veut faire du cinéma.
Il veut monter un club de jazz.

Quelque chose nous dit qu’ils vont réussir.
La même intuition nous dit qu’ils vont se rencontrer.

C’est La La Land, le nouveau film de Damien Chazelle.

On a vu ça cent fois. Et alors ? Dans une comédie musicale —j’entends une vraie comédie musicale, pas une adaptation ronflante de Quo Vadis ou des Trois Mousquetaires— il n’y pas trente-six intrigues possibles : « deux jeunes gens veulent réussir dans leur art » ou bien « une troupe veut monter un spectacle à Broadway« . C’est la loi du genre et c’est très bien comme ça, et de ce côté-là, La La Land se range tout de suite dans le classicisme.

Une grande scène d’ouverture, hors intrigue —ballet sur fond d’embouteillage autoroute urbaine— confirme le classicisme recherché : un grand nombre de jeunes gens de toutes couleurs chantent et dansent avec enthousiasme en sautant gaiment de toit de Chrysler en capot de Chevrolet sur une musique entrainante. A la sortie de cette première scène, on se dit que la chorégraphie n’est pas totalement réussie et que, malgré le monde mis en œuvre, la réalisation manque un peu d’ampleur, mais on se sent bien quand même : on va voir une vraie comédie musicale.

Eh bien, non.

Il n’y a pas de moment de comédie, peu de moments musicaux, et, en dehors de cette scène d’ouverture à moitié réussie, pratiquement pas de moment de danse.

Emma Stone est jolie et touchante. Elle a un joli tout petit filet de voix. Ryan Gosling est beau garçon, sympathique, mais il n’a que trois expressions et ne sait pas chanter. Ni l’un ni l’autre ne savent danser. Heureusement, ils n’ont que trois ou quatre pas à faire.

Le personnage d’Emma veut devenir comédienne, mais on ne nous donne pas de scène d’audition ou de répétition digne de ce nom. Celui de Gosling est un pianiste de jazz pur et dur, mais on ne le voit pratiquement jamais exercer son art.

L’intrigue se traine un peu pendant deux heures sur un scenario plutôt paresseux et distendu pour s’achever de façon prévisible —mais pour moi ce n’est pas un défaut— sur la réussite individuelle, mais séparée, des deux héros.

Pas vraiment mauvais, mais décevant, décevant, décevant…

N.B :
1-Dans la fiche technique, j’ai vainement cherché le nom du chorégraphe. Peut-être n’y en avait-il pas ?
2Damien Chazelle nous avait donné un excellent Whiplash dont j’avais fait ici la critique. Cliquez sur  : Whiplash-Critique aisée 

Incident de frontière – Chapitre 7

Résumé des chapitres précédents :
Mai 1970. C’est encore la paix au Proche-Orient. Pierre, Françoise, Christian, Bill, John, Tavia, Patricia, Anne et Jenelle, sont réunis dans deux petites voitures pour un long weekend en Syrie. A Alep, ils sont descendus à l’hôtel Le Baron. Après une nuit agitée, ils sont repartis vers le Liban. Dans un village, Patricia a provoqué une émeute. Mais, grâce au professeur Breed (Bill), qui a su se couvrir de gloire en se couvrant de ridicule, tout s’est bien terminé. Les deux petites voitures blanches ont repris tranquillement la route vers le Krak des Chevaliers. Mais…

Chapitre 7

Depuis presque une heure, ils n’avaient plus croisé que des camions militaires et le silence s’était installé peu à peu dans les deux voitures. Quand ils arrivèrent au carrefour de la route qui mène au Krak des Chevaliers, elle était barrée par un camion militaire. Loin au nord, ils pouvaient apercevoir la forteresse Croisée qui dominait la plaine du haut de son djebel. Ils arrêtèrent les voitures, mais deux hommes en tenue de combat portant mitraillette au côté leur firent signe de circuler. Ils durent repartir.

Encore une dizaine de kilomètres, et ce serait la frontière. Il faisait encore chaud et les vitres des voitures étaient baissées. Les passagères avaient passé leur tête à la portière pour se rafraîchir, leurs cheveux au vent. Dans une grande ligne droite, les deux voitures se lancèrent dans le dépassement d’un long convoi militaire qui les ralentissait. Les camions n’étaient pas bâchés et ils pouvaient voir les soldats assis dos à dos, leurs fusils tenus verticaux serrés entre leurs genoux.

Les jeunes femmes se mirent joyeusement à faire des signes de la main aux soldats. Mais ce qui au Liban aurait déclenché chez les soldats des vivats et des sifflets admiratifs ne leur valu cette fois que de mauvais regards.

L’ambiance était de plus en plus lourde.

Addabousiyah
Frontière dans 500 mètres
Stoppez à la barrière.
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Ni dieu, ni maître, à bas la calotte et Vive la Sociale !

Liberté de penser… mais pas pour tout le monde

 

Plaque apposée sur la façade du siège de la Fédération Nationale de La Libre Pensée
10 Rue des fossés Saint-Jacques à Paris.
(On appréciera notamment l’ironie de l’adresse de cette association)

Si vous n’avez pas réussi à lire l’inscription de cette plaque, cliquez sur continue reading
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¿ TAVUSSA ? (17) La langue de Trump

Voici in extenso la réponse du Donald à une question du très honorable Times de Londres lors d’une interview du week-end dernier. Pour que rien ne soit perdu dans la traduction, je vous donne le texte original et les sous-titres. Vous en avez de la chance…

The Times
Do you have any models —are there heroes that you steer by—people you look up from the past?
Avez-vous des modèles ­—y a-t-il des héros qui vous guident— des gens du passé que vous admirez?

 Donald Trump, President elect
« Well, I don’t like heroes, I don’t like the concept of heroes, the concept of heroes is never great, but certainly you can respect some people and certainly there are certain people ­— but I’ve learnt a lot from my father — my father was a builder in Brooklyn and Queens — he did houses and housing and I learnt a lot about negotiation from my father — although I also think negotiation is a natural trait, I don’t think you can, you either have it or you don’t, you get better at it but basically, the people that I know who are great negotiators or great salesman or great politicians, it’s very natural, very natural…I got a letter from somebody, their congressman, they said what you’ve done is amazing because you were never a politician and you beat all the politicians. He said the added it up—when I was three months into the campaign, they added it up — I had three month of experience and the 17 guys I was running against, the Republicans, had 236 years — ya know when you add 20 years and 30 years — so it’s sort of a funny article but I believe it’s like hitting a baseball or being a good golfer — natural ability, to me, is much lire important to me than experience and experience is a great thing — I think it’s a great thing — but I learnt a lot from my father in terms of leadership. »
« He bien, je n’aime pas les héros, je n’aime pas le concept des héros, le concept des héros n’est jamais bon, mais vous pouvez certainement respecter certaines personnes — mais j’ai appris beaucoup de mon père — mon père était un entrepreneur à Brooklyn et dans le Queens — il a faut des maisons et des immeubles et j’ai appris beaucoup de mon père sur la négociation — quoique je pense aussi que la négociation est un don naturel, je ne crois pas que vous pouvez, ou bien vous l’avez ou bien vous ne l’avez pas, vous vous améliorez mais à la base, les gens que je connais qui sont des grands négociateurs ou des grands vendeurs ou des grands politiciens, c’est très naturel, très naturel…J’ai reçu une lettre de quelqu’un, leur congressman, ils disent ce que vous avez fait est extraordinaire parce que vous n’avez jamais été un politicien et vous avez battu tous le politiciens. Il dit qu’ils avaient ajouté — quand j’étais dans la campagne depuis trois mois, ils avaient ajouté — j’avais trois mois d’expérience et les 17 types contre lesquels je concourait, les Républicains, avaient 236 ans —  vous savez, quand vous ajoutez 20 ans et 30 ans — alors c’est une espèce de drôle de chose mais je crois que c’est comme frapper une balle de baseball ou être un bon golfeur — un talent naturel, pour moi, est bien plus important pour moi que l’expérience et l’expérience est une excellente chose — je pense que c’est une excellente chose — mais j’ai appris beaucoup de mon père en termes de leadership. »

Affligeant, non ? Au début, à examiner ce galimatias hors sujet de morceaux de phrases successifs sans suite ni logique apparente, on peut se demander si le nouveau Président de la plus grande puissance mondiale avait vraiment compris la question.

Mais à y réfléchir un peu, on comprend la méthode : « Je me fous de votre question, mais merci de me permettre de traiter à nouveau un sujet super important, moi, ce que je suis, ce que j’ai fait, moi, moi, moi !« .

Lui, lui, lui ! Mais nous ? Nous ? Que peut-on tirer de cette réponse alambiquée ?

—Que le Donald n’aime pas les héros ? Ni Lincoln, ni Washington, ni Margaret Thatcher ? Pas même Captain America ou Superman ?
—Qu’il a beaucoup appris sur la négociation auprès de son père mais que, de toute façon, le talent de la négociation est inné ?
—Qu’avec ses 3 mois d’expérience en politique, il a battu des gens qui en possédait 236 années ?

Bon, et après ?

Moi, j’en conclus qu’il parait incapable d’exprimer un enchainement de pensées logique ou même seulement un langage articulé, et qu’il se place toujours dans l’auto-célébration.

Les politiciens ordinaires avaient inventé la langue de bois et il est certain que sur ce plan, Le Donald ne fait pas partie de leur club.
Si ce n’est pas de la langue de bois, alors qu’est-ce que c’est ? Il serait facile, vu le passé du Donald de dire que c’est de la langue de béton, dure, lourde, visqueuse, désagréable… Mais l’image ne résiste pas bien longtemps à l’examen. Elle ne traduit pas cette volonté d’auto-vénération.

Pas de la langue de bois ? Pas de la langue de béton ? Alors quoi ?
Peut-être de la langue de bœuf, vous savez, ce truc immangeable qu’on nous servait à la cantine, ou mieux, de la langue de taureau, cet animal qui, selon Baudelaire, exprime le mieux la bêtise, l’obstination et la stupide confiance en soi.

Mais n’allez pas raconter au Donald que j’ai dit ça ! Je crois qu’il adorerait être comparé à un taureau.

Sur les épaules de géants

There is not a discovery in science, however revolutionary, however sparkling with insight, that does not arise out of what went before. « If I have seen further than other men,’ said Isaac Newton, ‘ it is because I have stood on the shoulders of giants.”

Isaac Asimov,

Il n’y a pas une seule découverte scientifique, aussi révolutionnaire, aussi étincelante de perspicacité soit-elle, qui ne provienne du passé. « Si j’ai vu plus loin que les autres hommes, disait Isaac Newton, c’est parce que j’étais monté sur les épaules de géants »

Quantum Cloud VIII

Quantum Cloud VIII

Nuage de Quantum VIII imagine le corps humain en tant que nuée d’énergie chaotique. Une silhouette humaine semble alternativement se matérialiser à partir de barres métalliques et se désintégrer en ces mêmes barres. Créée entre 1999 et 2009, la série Quantum Cloud de Gromley réfléchit sur la façon dont les particules subatomiques et l’énergie qui constitue nos corps s’intègrent avec celles qui composent l’univers qui nous environne.
quantum-cloud-viii
Antony Gormley
Anglais, né en 1950

Nuage de Quantum VIII
1999
Acier

Collection Doris and Donald Fisher au Musée d’art moderne de San Francisco
Acquis par la famille Fisher en 2000

 

Incident de frontière – Chapitre 6

Ou alors, lisez ça :
Nous sommes en mai 1970, rare et bref temps de paix au Proche-Orient.  Trois Français, Pierre, Françoise et Christian, deux Américains, Bill et John, trois Américaines, Tavia, Patricia et Anne et une Australienne, Jenelle, sont réunis dans deux petites voitures pour un long weekend en Syrie. A Alep, ils sont descendus à l’hôtel Le Baron. La nuit dernière a été agitée : Christian a fumé son premier joint sur la terrasse, a badiné avec l’Australienne, a découvert Patricia dans le lit du professeur Breed. Ça l’a rendu malade, au sens propre comme au sens figuré. Pauvre garçon, il n’a pas l’habitude !

Chapitre 6

Le petit déjeuner qu’ils prirent le lendemain matin sur la terrasse fut plutôt silencieux. A un bout de la table, John et Tavia se parlaient doucement l’un à l’autre. Jean-Pierre Ponti et sa femme tenaient l’autre bout de la table. Comme souvent le matin, Jean-Pierre ne disait rien. Françoise observait les autres membres du groupe qui, après les saluts traditionnels, n’avaient plus échangé que de rares paroles. Elle comprenait qu’il s’était passé quelque chose pendant la nuit, mais elle ne savait pas vraiment quoi. Elle essayait sans succès de lancer la conversation sur leur programme du jour, Homs, le Krak des Chevaliers, le passage de la frontière, leur heure probable d’arrivée à Beyrouth. Finalement, découragée, elle se leva avec ostentation et déclara « qu’il était temps que tout le monde aille boucler sa valise si on voulait faire tout ce qu’on voulait faire aujourd’hui ! »

Ils prirent la route vers dix heures du matin. Au moment de l’embarquement dans les voitures, Christian avait un peu hésité, mais finalement, il avait œuvré pour que Patricia monte à nouveau à côté de lui :

-On se répartit comme d’habitude, hein ? avait-il dit d’un ton qui laissait peu de place à la discussion. C’est plus facile comme ça !

Personne ne voyait en quoi c’était plus facile, mais tout le monde fit comme si.

Pendant la première heure de trajet, Continuer la lecture de Incident de frontière – Chapitre 6