Archives mensuelles : novembre 2016

Une émission de Berthe Granval

Il est dix-sept heures et cinq minutes. Les premières notes du Clair de Lune de Claude Debussy s’égrènent lentement, puis une voix s’élève, effaçant presque la musique :

-Bonsoir, c’est Berthe Granval qui vous invite comme chaque après-midi à écouter ses « Histoire d’écrire ».

Le son du piano remonte quelques secondes, puis redescend. A nouveau, la voix :

– Aujourd’hui, je reçois l’écrivain Pierre-André Mariotte. Bonsoir Pierre-André Mariotte.

-Bonsoir, chère Berthe Granval

Les notes remontent, ruissèlent, s’affaiblissent et disparaissent. C’est le silence ; une, deux, trois secondes. Inconcevable… C’est Berthe Granval qui le veut, ce silence interminable. Elle ose ce que tous les animateurs de radio craignent le plus au monde, le blanc à l’antenne. Elle sait que par cette vacuité, elle ouvre à l’auditeur un espace de calme confortable, d’attention bienveillante et de distinction décontractée qui caractérisent son émission quotidienne.

-Tout d’abord, merci. Merci d’avoir répondu à mon invitation.

La voie est amicale, rauque, sensuelle…des années de travail et de tabac.

-Chère amie, c’est un plaisir et il est de ces plaisirs Continuer la lecture de Une émission de Berthe Granval 

Bonjour, Philippines ! (texte intégral)

 Avertissement : ceci est le texte intégral de Bonjour, Philippines ! dont les 13 chapitres ont été publiés sous forme de feuilleton au cours des mois passés. J’ai pensé que ça vous ferait plaisir de le relire en une seule fois ! Sympa, non ?

 

BONJOUR, PHILIPPINES !

ptérodactyle

CHAPITRE 1 – UN PTERODACTYLE SUR FOND D’AZUR

La scène se passe au Bureau Central d’Etudes pour les Équipements d’Outre-Mer, 15 Square Max Hymans à Paris. Philippe est seul dans la salle de réunion du quatrième étage, département des études économiques. Sur le grand planisphère offert par UTA qui est affiché au mur, ça ressemble à un gigantesque ptérodactyle volant lourdement sur fond d’azur. C’est Mindanao.

***

Mindanao. J’ai mis du temps à trouver cette ile sur la carte, car au moment où j’ai appris qu’on voulait m’envoyer aux Philippines pour cinq ou six mois, je ne savais même pas dans quel océan se trouvait cet archipel. Maintenant, je sais : c’est loin. Cette multitude d’îles Continuer la lecture de Bonjour, Philippines ! (texte intégral) 

Trois bougies

Il y a exactement trois ans, le 26 novembre 2013, paraissait le premier article du Journal des Coutheillas. Il s’agissait d’un texte intitulé « Ma table de travail« . Ce texte inaugural était aussi le premier que j’ai eu à écrire dans l’Atelier d’Ecriture que je commençais à fréquenter à l’époque. C’était un texte plutôt scolaire et sans intérêt, mais c’était surtout une façon d’amorcer la pompe.

Un anniversaire est en général une occasion de satisfecit.

Je ne vais pas pour autant vous resservir aujourd’hui les statistiques habituelles qui permettent de remplir quelques lignes sans fatigue, mais qui n’intéressent personne.

Je dirai quand même que grâce à la technique sans faille de l’éditeur WordPress, à la prolixité et la proximité du rédacteur en chef et à un travail acharné du garçon d’étage, l’article quotidien du Journal de Coutheillas n’a jamais manqué dans vos kiosques.

Je vous remercie tous pour les commentaires que vous avez envoyés, ou failli envoyer, ou même pensé vaguement à envoyer peut-être-un-jour-éventuellement-mais-là-tout-de-suite-j’ai-vraiment-pas-le-temps.

Et comme moi, aujourd’hui-là-tout-de-suite-j’ ai-pas-le-temps-non-plus, je vous ressers sans vergogne un texte déjà publié : « Bonjour, Philippines ! ». Vous y retrouverez, dans un cadre exotique à souhait, les aventures de quelques personnages pittoresques, et principalement Gérard l’Optimiste, dit Gégé Good Luck, André le Râleur, dit Dédé Bad Luck.

Après ces Philippiniques, vous aurez droit à de nouveaux textes, jamais publiés, je le jure, dont « Une émission de Berthe Granval » qui vous en apprendra surement beaucoup sur la dure condition d’écrivain.

 

Hotel des Folies Olympiques

Exercice de style : inspiré de l’Hôtel des Folies Dramatiques (Le sang d’un poète- Jean Cocteau-1930)

Jean avance au bord de cette falaise, vertigineuse. À droite, la mer, en  furie. À gauche, une plaine, désolée. La falaise est blanche, la mer est noire, la plaine est bleue. Le vent souffle en tempête de la terre et le pousse vers l’abîme. Jean lutte contre le vent. Il est seulement vêtu d’un pantalon de pyjama rayé qui flotte sur ses jambes. Il est nu pied et se blesse aux cailloux du chemin. Il a froid mais il transpire.

Devant lui, loin, se dessine une bâtisse, immense, rouge, rouge sang. Elle approche. Elle est dressée au-dessus de la falaise blanche.  Ses volets rouges battent sous l’effet des rafales.

Une allée s’avance vers la porte. Un enseigne se balance au vent : Hôtel des Folies Olympiques. Une bourrasque ouvre violemment la porte.

Jean hésite et entre. A gauche, derrière le bureau de la réception, personne. Le tableau des clés ne comporte que Continuer la lecture de Hotel des Folies Olympiques 

Les trois Marius

Dans Cinématurgie de Paris, un livre que j’ai déjà eu l’occasion de vous recommander, Pagnol raconte comment la version de sa fameuse pièce de théâtre Marius fût finalement tournée ainsi que vous la connaissez.

La pièce connaissait un énorme succès, jouée sans interruption depuis deux ans par Raimu, Fresnay, Charpin, enfin ceux que vous connaissez.
Bob Kane, patron de la Paramount en France voulait tourner la pièce, mais il considérait que des comédiens de théâtre n’étaient pas capables de jouer dans un film parlant, ou plutôt pas capables d’attirer le public.
Les noms qu’il citait pour tourner le film ne vous diraient rien ou pas grand-chose aujourd’hui, mais c’étaient ceux de véritables vedettes du cinéma de l’époque.
Pagnol se battit très fort pour imposer les comédiens qui jouaient sa pièce et il obtint gain de cause. Voici ce que lui dit Kane (La scène se passe en 1931 et c’est Pagnol qui raconte) :

      –Voici, me dit-il, ce qui est convenu. Tu seras le superviseur de la production française, et tu auras pour collaborateur Alexandre Korda. Le film sera joué par tes acteurs puisque tu y tiens. De plus j’accepte de Continuer la lecture de Les trois Marius