Archives mensuelles : juin 2016

Pagnol, Raimu et la Western Electric

En 1929, Marcel Pagnol écrit sa quatrième pièce de théâtre, Marius. C’est un très gros succès. Le rôle de César est tenu, bien entendu, par Raimu.

La même année, Pagnol rencontre Bob Kane, patron de la succursale française de la Paramount, et devient son ami. Il découvre le cinéma parlant et décide de devenir réalisateur. Devant le succès de Marius qui est joué depuis deux ans, Bob Kane veut tourner un film d’après la pièce, mais avec de « vrais » acteurs de cinéma. Pagnol le convainc de garder la troupe de théâtre. C’est Alexandre Korda, réalisateur autrichien de talent, qui met le film en scène.

Dans « Cinématurgie de Paris », Pagnol raconte cette scène (que je vous conseille de lire avec l’accent) :

Le premier jour, un soundman fit son apparition sur le plateau : il sortait de la villa du Mystère, où tournaient en silence les dérouleurs de la Western Electric. Il vint vers moi, et me dit d’un ton décisif :

– Il est impossible d’enregistrer la voix de Raimu.

– Pourtant, dis-je, il a déjà fait plus Continue reading

Après le Brexit

Autant je considère que la décision référendaire -non, ce n’est pas le mot que je cherche- la décision idiote -c’est bien ça, c’est le mot- la décision idiote des Royaume Uniens est mal fondée, regrettable et dommageable, autant je trouve que pousser les grands bretons à partir le plus vite possible est inélégant.
Depuis deux jours, les anglais ont la gueule de bois. Laissons-les cuver un peu. Laissons-les réaliser que leur prochain Prime Minister sera peut-être cet enfant gâté, mal élevé et ébouriffé de la haute bourgeoisie anglaise, Boris Johnson. Laissons leur le temps d’imaginer ce que sera le UK sans l’Ecosse, peut-être même sans l’Ulster. Laissons les croire encore quelques jours que les cotisations qu’ils versaient à l’Europe seront à présent versées à leur système de santé, et que leur séparation de l’U.E. va les protéger de l’invasion de migrants qui les attend.
Eh, les gars d’outre Manche ! Il n’y a que les revanchards vieux velléitaires vexés qui veuillent vous virer vite fait en prenant des poses autoritaires et avantageuses, tels notre cher Président et nos chers députés européens. Tirez-vous les premiers, messieurs les Anglais, vous disent-ils, et plus fissa que ça ! Mais tout ce qu’ils veulent en fait c’est se venger, se venger du désamour dont vous venez de faire preuve, se venger comme une femme délaissée, se venger en vous foutant à la porte, tout ça parce que vous venez d’avouer que vous n’en pouviez plus, que vous alliez partir. Mais c’est que vous seriez bien restés encore un peu, hein ? juste le temps de trouver un autre appartement. Mais non, ils font semblant de vouloir que vous partiez tout de suite. En fait, je vous le dis, moi, si vous leur disiez ce soir « Poisson d’avril, c’était une blague, surprise, surprise, c’est la caméra cachée !  » ils en pleureraient de joie.

« Encore un instant, monsieur le bourreau » a dit je crois Madame du Barry sur l’échafaud. Alors, ayons un peu de classe, et laissons leur encore un instant. Nous verrons s’ils gardent leur « lèvre supérieure rigide ».

Avant le Brexit

Au moment le plus fatidique dans l’histoire du monde moderne, le gouvernement du Royaume Uni et de la République Française se déclarent indissolublement unis et inébranlablement résolus à défendre en commun la justice et la liberté…

Les deux gouvernements déclarent que la France et la Grande Bretagne ne seront plus à l’ avenir deux nations, mais une seule Union franco-britannique.

La constitution de l’Union comportera des organismes communs pour la défense, la politique étrangère, les finances et les affaires économiques.

Tout citoyen français jouira immédiatement de la citoyenneté britannique ; tout citoyen britannique deviendra citoyen de la France, les deux pays supportant en commun la réparation des dommages de guerre quel que soit le lieu où ils se produiront.

Surprenant, non ? Si la dernière ligne ne vous l’a pas déjà fait deviner, voici de quoi il s’agit : Continue reading

La nuit d’Iligan

Ça doit faire maintenant plus de cent kilomètres que je suis recroquevillé comme ça à l’arrière de ce gros Toyota qui me ramène vers Iligan. J’ai froid et je commence à avoir mal à la tête. J’ai beau me couvrir le visage avec la chemise en carton de mon dossier, je n’arrive pas à me protéger du souffle glacé de l’air conditionné. Chaque cahot de la piste m’enfonce la barre centrale du siège dans les reins et me cogne le crâne contre l’accoudoir. J’ai chaud, je dois avoir quarante.

Une pluie tropicale s’abat d’un coup sur la route. Bruit énorme sur la carrosserie. Quel pays ! Mais qu’est-ce que je fiche ici ? Je suis fatigué, épuisé, excédé. De temps en temps, je me redresse sur la banquette pour regarder vers l’avant. J’espère y voir les premières lumières d’Iligan. Mais, dans les phares, il n’y a rien d’autre que le déluge et les cocotiers penchés sur la piste. J’ai chaud. Le sang bat dans mes oreilles.

Le 4×4 s’arrête brutalement dans une lumière verte. Qu’est-ce qui se passe ? Un accident? Pourquoi est-ce qu’on avance plus ? Continue reading