Archives mensuelles : novembre 2015

Rome, unique objet

Si vous me demandiez de vous dire un lieu d’adoption, un lieu que j’aimerais particulièrement à cause des souvenirs qui s’y attacheraient, un lieu dont j’aurais tant reçu que je lui en serais éternellement reconnaissant, un lieu qui…, un lieu que…, alors, je vous dirais : ça, c’est Paris !
Paris, j’y ai vécu la plus grande partie de ma vie, je l’ai quittée un temps, c’est vrai, mais j’ai fait beaucoup pour y revenir, y compris changer de vie.
Mais Paris, j’y suis né. C’est ma ville mère, pas ma ville d’adoption.

Alors s’il fallait quitter ma ville, quitter ma mère, en trouver une nouvelle, alors ce serait Rome.

Pourtant, quand j’y suis arrivé pour la première fois, après quelques semaines Continuer la lecture de Rome, unique objet 

C’était à Mégara… (Critique aisée 63)

Critique aisée n°63

C’était à Mégara, faubourg de Carthage, dans les jardins d’Hamilcar.

Avec le « Longtemps, je me suis couché de bonne heure » du petit Marcel, « C’était à Mégara… » est probablement l’incipit le plus connu de la littérature française. C’est celui du roman Salammbô de Gustave Flaubert.
Je ne vais pas disserter sur cette œuvre puissante et surtout pas tenter de la comparer à la Recherche du temps perdu. D’abord parce que ces deux romans sont incomparables, y compris entre eux. Ensuite parce que je ne suis carrément pas au niveau et, dans ces cas là, j’aime bien dire que je n’ai pas les outils.
Je voudrais simplement faire remarquer les différences qui existent pour moi entre ces deux magnifiques phrases d’entrée qui ne font d’ailleurs que refléter les différences fondamentales de nature entre les deux œuvres.
Avec l’incipit du petit Marcel, vous entrez dans son roman (on dirait aujourd’hui autofiction) par une petite porte, la fragile petite porte du fond du jardin de la maison de Combray, la délicate petite porte de la mémoire. La phrase est courte, simple et inattendue, surtout quand elle suit un titre aussi explicatif que « A la recherche du temps perdu ». Vous êtes tout de suite dans l’intimité du Narrateur qui, avec cette phrase d’introduction, commence à vous expliquer comment chaque soir il se couchait de bonne heure sans pouvoir s’endormir avant que sa mère ne vienne l’embrasser. Avec les trois mille pages qui suivent, vous saurez tout de lui.
Le grand Gustave ouvre Salammbô avec une phrase solennelle : « C’était à Mégara, faubourg de Carthage, dans les jardins d’Hamilcar« . On est au cinéma, l’hymne de la Twentieth Century Fox vient Continuer la lecture de C’était à Mégara… (Critique aisée 63) 

Tout va bientôt se taire

Tout va bientôt se taire.
Tout va bientôt s’éteindre

Le bruit de la fontaine
Couvre encore le silence
Le soleil, toujours lui,
Efface encore les ombres.
C’est une affaire d’heures
Ou de jours, on ne sait,
Mais elle va partir,
Bientôt, demain, dimanche?

Tout va bientôt se taire
Tout va bientôt s’éteindre.

Et tout va disparaître,
La maison, le jardin,
Les arbres et les chiens
Les amis, les enfants,
La mer et les oranges,
Les voyages, sa main.
Tout ça va s’en aller,
Tout ça va disparaître,

Tout va bientôt se taire,
Tout va bientôt s’éteindre.

Et nous, nous sommes là,
Cœur triste et bras ballants
A poser des questions,
A demander pourquoi,
A dire l’injustice,
A dire n’importe quoi.
On l’avait oubliée,
La mort, mais elle est là.

Tout va bientôt se taire
Tout va bientôt s’éteindre.

Et quelques temps encore
On se demandera
Ce qui peut justifier
Que l’on soit sur la terre
Naitre et puis mourir,
Quelle en est la raison?
« Pourquoi donc suis-je né
Si ce n’est pour toujours?
 »

 

Vous prendrez bien un petit zeugma ?

Zeugma : nom masc. Coordination de deux ou plusieurs éléments qui ne sont pas sur le même plan syntaxique ou sémantique.

C’est clair, non ? Non ? Alors des exemples :

Zeugma simple :
Napoléon devint empereur. Alors il prit du ventre et beaucoup de pays.  (Prévert)

Zeugma double :
Après avoir sauté sa belle-sœur et le repas du midi, le Petit Prince reprit enfin ses esprits et une banane (Desproges)

Vous pouvez bien sûr proposer les vôtres dans un commentaire.

 

Novembre

Le ciel bleu se drape d’une écharpe blanche au Sud, tandis que le soleil s’évanouit à l’ouest, sur le golfe, dans une clarté anémiée.
La terrasse s’assoupit sous un linceul de feuilles de platane, jetées de ci de là tristement.
Il fait « du mide » dans l’air, dirait la fermière du Jas de Bouffan. Les rayons d’automne ne sèchent plus la nature dont l’engourdissement vous raidit l’âme et les sens.
Les chiens aboient à la mort, dans l’unisson de deuil.
L’homme est imprégné de son environnement, quand il respire, malgré l’isolement urbain des forces vives. Y aurait-il une intime pression du dehors sur le dedans ? La fraicheur d’automne chasse vite les rêveries ; il faut retrouver l’abri douillet de la maison.

Lucien Claveirole
La Violette, 22 novembre 2002, 16 heures