Archives mensuelles : avril 2015

L’ironie

Morceau choisi

…D’abord de l’ironie. Ne vous laissez pas dominer par elle, surtout à vos heures de sécheresse. Dans les moments créateurs efforcez-vous de vous en servir comme d’un moyen de plus pour saisir la vie. Employée pure, elle aussi est pure ; il ne faut pas en avoir honte. Si vous vous sentez trop de penchant pour elle, si vous redoutez avec elle une intimité́ grandissante, tournez-vous vers de grandes et graves choses, en face desquelles elle devienne petite et comme  perdue. Gagnez les profondeurs : l’ironie n’y descend pas. Si elle vous accompagne jusqu’aux bords de la grandeur, cherchez si elle répond à une nécessité de votre être. Sous l’action des choses graves, ou bien elle se détachera de vous (c’est qu’elle n’était là que par accident), ou, vous étant vraiment innée, elle se forgera elle- même en instrument précieux et prendra sa place dans l’ensemble des moyens dont vous devez former votre art.

Rainer Maria Rilke. Lettres à un jeune poète

Post it n°9 – Le matin

Un peu après cinq heures, elle s’est levée en silence, sans faire bouger le lit le moins du monde. Ce n’est qu’après avoir refermé la porte sans bruit qu’elle a allumé la lumière du couloir. Il n’a rien vu, rien entendu, rien senti. Pourtant, sitôt la porte close, il s’est réveillé. Dans la chambre, l’obscurité est totale, mais au sol, à l’endroit où doit se trouver la porte, l’étroite bande de lumière lui dit qu’il n’aura plus longtemps à attendre pour que le petit déjeuner soit prêt.
Instant de routine quotidienne, d’attente heureuse, de confort parfait, de sécurité totale.

Bonjour, Philippines ! Chap.7: Un diner à OK-Corral

Pour les chapitres précédents de Bonjour, Philippines ! cliquez ci-dessous

Chapitre 1- Un ptérodactyle sur fond d’azur

Chapitre 2 – Des méfaits de l’air conditionné

Chapitre 3 – Mitraillette, champagne et taille-crayons

Chapitre 4- Un soir au Monte-Carlo

Chapitre 5 – La fièvre monte à Mindanao

Chapitre 6 – Retour à Manille

Ça fait presque trois semaines que je suis rentré de mon premier voyage à Mindanao et ma vie à Manille s’est un peu organisée. Au bureau, mes journées se passent à préparer la grande enquête de transport que je devrais bientôt lancer. Le soir, je vais souvent au Manila Boat Club avec Robertson. Ce n’est pas la discipline essentielle de ce club sportif, l’aviron, qui m’intéresse mais le squash. Le grand écossais m’a initié à ce sport que j’aime bien à cause de sa facilité d’apprentissage, du défoulement qu’il procure en quelques minutes et de l’ambiance très anglaise qui règne dans le club et, plus particulièrement, dans le bar : serveurs, non, serviteurs indiens et philippins en veste blanche, boiseries exotiques, tables rondes et massives qui me font penser à celle du roi Arthur, majestueux ventilateurs de plafond, club-sandwiches et bière pression. Devenu par faveur membre du club, j’ai l’impression de faire maintenant partie de l’Empire britannique.

Parfois, nous prolongeons la soirée par une séance de massage et de Continue reading