Archives mensuelles : janvier 2015

La mémoire des rues

Pour ceux qui y sont nés et y ont vécu, à mesure que les années passent, chaque quartier, chaque rue d’une ville, évoque un souvenir, une rencontre, un chagrin, un moment de bonheur. Et souvent la même rue est liée pour vous à des souvenirs successifs, si bien que grâce à la topographie d’une ville, c’est toute votre vie qui vous revient à la mémoire par couches successives, comme si vous pouviez déchiffrer les écritures superposées d’un palimpseste. Et aussi la vie des autres, de ces milliers et milliers d’inconnus, croisés dans les rues ou dans les couloirs du métro aux heures de pointe.

Extrait du discours prononcé par Patrick Modiano à Stockholm à l’occasion de la remise du Prix Nobel de littérature 2014

Post it n°2 – Au zinc

Ce matin devant le zinc du café-tabac de la rue Gay-Lussac, il y a deux employés de la ville de Paris avec leur uniforme et leur balai. Il y a un artisan plombier de Mitry-Mory qui attend qu’il soit huit heures pour sonner chez ses clients. Il y a un noctambule en costume noir et sans cravate, incertain sur ses chaussures. Il somnole. Il y a la patronne qui vend le tabac et les tickets de loto et il y a le patron qui argumente avec les balayeurs.240-Bistrot, angle Gaité-Edgar Quinet L’artisan intervient et la conversation est à présent vraiment lancée. Sans suite logique, faite d’aphorismes, d’approximations, de plaisanteries et de références à l’actualité, c’est maintenant une fabrique à brèves de comptoirs.

Regardez en haut : une nouvelle page vient d’être créée, c’est la page
« Textes des temps passés »
Il y en a 166. Etonnant, non ?

The imitation game (Critique aisée 51)

Critique aisée 51

The imitation game
de Morten Tyldum, avec Benedict Cumberbatch et Keira Knightley.

C’est l’histoire d’un homme, probablement autiste, certainement très perturbé, et intelligent au-delà du raisonnable : l’homme qui a réussi à briser le code Enigma, selon lequel étaient cryptés tous les messages secrets allemands pendant la deuxième guerre mondiale.
C’est une histoire vraie, avec laquelle il semble que le scenario ait pris quelque liberté mais, la liberté d’expression, on s’est battu pour ça, n’est-ce pas ?
C’est un film normalement intelligent sur l’histoire d’un homme anormalement intelligent, un film Continuer la lecture de The imitation game (Critique aisée 51) 

Sylvie (Suite africaine n°8)

Jean est à la réception des Cocotiers vers cinq heures et demie, mais il prend le temps de nous offrir un superbe petit déjeuner. Quand nous montons dans sa voiture, il fait grand jour. C’est une DS19, à cette époque probablement la meilleure voiture pour l’Afrique, mais encore peu répandue dans cette chasse gardée de Peugeot.

Le ciel est bas et gris. Il a dû pleuvoir fort ce matin car la piste est détrempée. A travers les faubourgs de Douala, nous dépassons les pick-up, les mobylettes et les vélos à coups de Klaxon en projetant autour de nous des gerbes de boue rouge. Personne ne semble protester. Les derniers commerces, les derniers hangars et les dernières cases disparaissent et Jean accélère. Il y a peu de circulation. Nous croisons Continuer la lecture de Sylvie (Suite africaine n°8) 

Ecriture et nécessité

Suis-je vraiment contraint d’écrire ? Creusez en vous-même vers la plus profonde réponse. Si cette réponse est affirmative, si vous pouvez faire front à une aussi grave question par un fort et simple : « Je dois », alors construisez votre vie selon cette nécessité. Votre vie, jusque dans son heure la plus indifférente, la plus vide, doit devenir signe et témoin d’une telle poussée. Alors,approchez de la nature. Essayez de dire, comme si vous étiez le premier homme, ce que vous voyez, ce que vous vivez, aimez, perdez. N’écrivez pas de poèmes d’amour. Évitez d’abord ces thèmes trop courants : ce sont les plus difficiles. Là où des traditions sûres, parfois brillantes, se présentent en nombre, le poète ne peut livrer son propre moi  qu’en pleine maturité de sa force. Fuyez les grands sujets pour ceux que votre quotidien vous offre. Dites vos tristesses et vos désirs, les pensées qui vous viennent, votre foi en une beauté. Dites tout cela avec une sincérité intime, tranquille et humble. Utilisez pour vous exprimer les choses qui vous entourent, les images de vos songes, les objets de vos souvenirs.

Rainer Maria Rilke  (Lettres à un jeune poète)