Archives mensuelles : octobre 2014

Je suis un pilier de bistrot

couleur café 12
Je suis un pilier de bistrot.
Le Sorbon, rue des Écoles

Je suis un pilier de bistrot. Oh, pas du genre Antoine Blondin, malheureusement. Ce cher Antoine! Non que je l’aie connu. Mais j’aurais bien aimé écrire comme lui, ne serait-ce qu’un peu, un tout petit peu. Je sais qu’il fréquentait beaucoup un café de la rue du Bac, le Bar Bac, près du domicile qu’il partageait avec sa mère. Il disait : « La littérature, c’est des litres et des ratures». J’ignore s’il écrivait dans ce bistrot ou s’il travaillait ailleurs. Je le vois plutôt chez lui, par exemple sous les lambris de ce grand appartement, au coin d’une fenêtre donnant probablement sur la Seine, tapant à la machine, une cigarette au coin de la bouche, un œil à demi fermé sous la piqure de la fumée, juste après Continuer la lecture de Je suis un pilier de bistrot 

Le voyage à Reims

Je traine seul dans Reims où je n’ai rien à faire avant midi et demi. Il est seulement onze heures. Le soleil commence à chauffer fort et j’irais bien m’asseoir à l’ombre quelque part. Ce ne sont pas les terrasses qui manquent sur la place d’Erlon, mais j’ai assez bu de cafés pour ce matin. Un peu plus loin, calme et fraiche, la cathédrale me tend les bras. La place est presque vide. J’entre.

J’ai déjà visité plusieurs fois cette belle et grande église, point de passage obligé de l’histoire de France. Aussi, aujourd’hui, je vais directement m’asseoir dans la nef principale, comme un habitué. La lumière est belle. Il fait bon. J’essaie de me concentrer sur une improbable méditation ou une vague prière parce que, récemment, il a fait plutôt mauvais temps pour notre entourage. Dans la grande nef, assis au bord de l’allée centrale, je suis là, Continuer la lecture de Le voyage à Reims 

Il y a cent ans, le caporal Coutheillas…(8)

MarcelinJournal de Marcelin Coutheillas 24-31 octobre 1914
24 Octobre            Je vais à la messe à Servins. Je suis très ému, je pleure à chaudes larmes, je pense à vous tous.

Il pleut. Les soldats couchent en plein champs, dans la boue. Parfois, ils trouvent un abri.

31 Octobre            Nous partons de La Capelle pour Anzin-St-Aubin, à 15 kilomètres. Quand nous arrêtons dans un champ pour une halte, nous sommes immédiatement pris pour cible par l’artillerie allemande qui nous a repérés. C’est absolument effrayant… Nous avons deux blessés. Nous couchons dans une carrière.
A suivre
Prochaine édition 1 novembre

Il y a cent ans, le caporal Coutheillas…(7)

MarcelinJournal de Marcelin Coutheillas 22 octobre 1914

22 Octobre.           On nous annonce notre départ pour Rueil, où nous devons remplacer les troupes du camp retranché de Paris. Enorme joie. A 10h30, nous partons pour la gare de Mondicourt. Les 20 kilomètres sont avalés dans l’allégresse. Nous couchons dans une grande ferme, la ferme du Bois Brulé. Réveil dans la nuit pour un rassemblement de la division en vue de notre embarquement. Nous passons deux heures de joie délirante à attendre notre tour. Soudain, toute la division fait demi-tour et se remet en route. Nous marchons toute la journée pour arriver à Servins après une étape de près de quarante kilomètres, très dure physiquement et moralement.

A suivre
Prochaine édition le 24 octobre