Archives pour la catégorie Critiques

Comédies musicales – Critique aisée n°144

Critique aisée n°144

Comédies musicales
Philharmonie de Paris.
221 avenue Jean-Jaures
Paris 19°
Entrée 11 €
Metro Porte de Pantin

Les promoteurs de cette exposition la présentent comme ceci :

« UNE EXPOSITION IMMERSIVE
L’exposition prend le parti d’immerger les visiteurs dans les films eux-mêmes, par des projections géantes, accompagnées de photographies et de documents rares. La scénographie a été confiée à Pierre Giner qui a imaginé un espace ouvert, faisant la part belle aux montages d’extraits thématiques peuplés de personnages qui dansent, de Fred Astaire à John Travolta, de Cyd Charisse aux héroïnes de Jacques Demy, de West Side Story aux objets virevoltants de La Belle et la Bête. Un panorama en musique pour découvrir la richesse et la diversité des comédies musicales. »

Que dire devant une telle annonce ? Qu’elle est mensongère ou que l’exposition est ratée ?

Suivez-moi bien. On entre dans une première salle de dimensions modestes. L’un de ses murs exalte Chantons sous la pluie par le biais de quelques cartels explicatifs désordonnés qui entourent une affiche du film. Ils nous expliquent que ce film est la meilleure comédie musicale jamais tournée. Je suis d’accord. Sur le mur d’images d’en face, tourne en boucle un tout petit extrait de la plus fameuse scène dans laquelle Gene Kelly chante effectivement sous la pluie. Quelqu’un devrait Continuer la lecture de Comédies musicales – Critique aisée n°144 

Les Veuves – Critique aisée n°143

Critique aisée n° 143

Les Veuves
Steve McQueen – 2018
Viola Davis, Michelle Rodriguez, Elizabeth Debicki, Cynthia Erivo, Robert Duvall, Colin Farell, Liam Neeson.

Le pitch est totalement artificiel : les veuves de quatre braqueurs tués au cours de leur dernier casse se réunissent pour poursuivre leur travail et rembourser leurs dettes. McQueen — j’ai du mal à dire complètement le nom du réalisateur, Steve McQueen, car pour moi, il n’y a qu’un seul Steve McQueen et ce n’est pas lui — a tiré, dit-on, d’une série télévisée britannique, un puissant thriller qui est une vraie réussite du genre. Construit très classiquement  — braquage raté, recrutement et préparation du braquage suivant, braquage et chute — le film est très efficace, la fin n’est pas trop attendue et la scène d’ouverture — le casse des hommes qui tourne mal — coupe carrément le souffle.

A peine caricaturales, les quatre femmes sont assez réussies. On appréciera les performances, brèves mais excellentes, de Robert Duvall et de Colin Farrell. On voit si peu Liam Neeson qu’il en est supportable.

Si vous aimez le genre, vous ne devriez pas être déçus.

ET DEMAIN, TOM WOLFE VOUS PARLE

En Liberté ! – Critique aisée 142

Critique aisée 142

En Liberté !
Pierre Salvadori – 2018
Adèle Haenel, Pio Marmal, Audrey Tautou

Depuis quelques années, en fait depuis la disparition de Gérard Oury, de Philippe de Broca, d’Edouard Molinaro, d’Yves Robert et de quelques autres, la comédie n’est plus un genre très bien traité par le cinéma français. Bien sûr, de temps en temps, nous avons des bonnes surprises, mais pour un Ridicule ! combien de Taxis I, II, III, pour un Beaumarchais l’Insolent, combien de Tuches I, II, III, et pour un Intouchables, combien d’Alad’1, Alad’2 ?

La fin de cette année nous a pourtant donné une très honorable comédie, Le Grand Bain, dont j’ai fait une critique mesurée ici même il n’y a que quelques jours.

Elle nous donne aussi En Liberté !, comédie bien plus qu’honorable. Contrairement au Grand Bain qui accumulait les clichés et les stéréotypes dans tous les domaines de la réalisation, En Liberté ! est totalement original, ébouriffé et toujours surprenant. Pas une seule situation qui évolue dans le sens que vous anticipiez, pas un seul personnage qui fasse ou dise ce que vous attendiez de lui, vous êtes constamment pris à contre-pied, ce n’est pas courant, et c’est très drôle. Comme toujours, je ne vous raconterai pas le film. Pour ça, vous pouvez lire n’importe quelle critique professionnelle. Mais je me permets quand même de souligner à votre attention quelques gags d’arrière-plan parmi d’autres :

-des vigiles assistent médusés en direct à une scène de casse de bijouterie sur leurs écrans de surveillance et réagissent comme si c’était une série télévisée.

-un tueur en série repentant essaie à plusieurs reprises de se constituer prisonnier, mais les flics sont trop occupés par leurs problèmes personnels pour l’écouter.

-des flics en uniforme sortent d’urgence en intervention en courant en zigzag à cause des barrières de sécurité qui protègent le commissariat.

Bon film, vous pouvez y aller.

Le Grand Bain – Critique aisée n°141

Critique aisée n°141

 Le Grand Bain
Gilles Lellouche -2018
Et une bande de types très sympa.
Durée 118 minutes

Ce premier film du comédien Gilles Lellouche bénéficie d’un accueil extraordinaire. Les cinq permanents du Masque et la Plume sont unanimes (film touchant, euphorisant, galvanisant, visuellement inventif, sympathique, généreux, débordant d’amour), Le Figaro est enthousiaste (une comédie populaire drôle et branchée) Le Monde  apprécie (une comédie joyeusement mélancolique, décroissante (?) tendre et décalée). Mais que dit Télérama ? « Une des meilleures comédies de l’année !  » Quoi ? Même Télérama ? Et il n’y a pas que les critiques : le public aussi. Les dernières affiches placardées dans Paris parlent de plus de 2.500.000 entrées en deux semaines. Unanimité des critiques, bénédiction de Télérama, succès public… toutes les raisons de se méfier, donc.

Et moi ? Qu’est-ce que j’en pense, moi ?

Un scénario brouillon (ça part dans tous les sens), des situations Continuer la lecture de Le Grand Bain – Critique aisée n°141 

Exposition Junya Ishigami – Freeing Architecture – Critique aisée n°140

Critique aisée 140

Exposition Junya Ishigami – Freeing Architecture
Fondation Cartier

Pour l’exposition « Junya Ishigami – Freeing Architecture« , c’est trop tard. La Fondation Cartier en a fermé les portes il y a deux mois déjà,  le 9 septembre dernier. Vous ne pourrez pas la voir. Dommage, vous auriez pu vous faire une opinion et me dire que je n’y avais rien compris. Mais maintenant vous allez être obligé de me croire sur écrits et sur photos.

Averti de la date de fermeture du 9, j’y suis allé d’urgence le 8 mais, malgré la proximité de la fermeture, il n’y avait encore rien de soldé, pas le moindre joli dessin, la moindre petite figurine en plastique poli, le moindre petit arbre en papier recyclé découpé. Je suis reparti bredouille. Mais avant, j’avais pu voir comment Junya Ishigami libère l’architecture.

Junya Ishigami est japonais et il a quarante-quatre ans. Il est diplômé de l’Université des Arts de Tokyo en 2000. D’après sa brève page Wikipédia,  « il travaille  aussi bien dans le design que dans l’architecture ».

À ce jour, ses réalisations architecturales Continuer la lecture de Exposition Junya Ishigami – Freeing Architecture – Critique aisée n°140 

Schiele et Basquiat chez Vuitton – Critique aisée n°139

Critique aisée n°139

Egon Schiele et Jean-Michel Basquiat chez Louis Vuitton 
Fondation Louis Vuitton – du 3/10/2018 au 14/01/2019 – Entrée 16 €

Même le soir, dans l’obscurité, le froid et le vent, le bâtiment reste magnifique. Quand on prend la queue à 17h45 avec ceux qui ont eu la sagesse de réserver leur entrée pour 18 heures, on a tout le temps de l’admirer. Oui, jusqu’à 18h15, on a largement le temps de s’extasier sur ces voiles de verre, ces courbes de lamellé-collé, ces noeuds de force métalliques. Et puis, au bout d’une demie heure, comme à un poste frontière entre la Roumanie et la Hongrie dans les années soixante, on entre dans une sorte baraque de chantier améliorée où l’on sera certifié « bon pour la visite ». Frank Gehry n’avait pas prévu le Bataclan de 2015. Pas question de lui en vouloir pour n’avoir pas inclus de local de contrôle des visiteurs dans son plan audacieux. Pas question, bien sûr, mais pourquoi, trois ans plus tard, en sommes-nous toujours à nous engouffrer épaule contre épaule dans un Algeco plus ou moins de luxe, bourré de courants d’air et de visiteurs enrhumés, pour piétiner jusqu’à un cerbère en costume Hugo Boss chargé de vous passer au peigne fin électronique. Espère-t-on la mort prochaine de tous les cinglés kamikaze pour ne pas donner dans le définitif et rester ainsi dans l’improvisation et le cafouillage ?

En ce moment, le splendide vaisseau amiral à voiles qu’est la Fondation Louis Vuitton abrite deux Continuer la lecture de Schiele et Basquiat chez Vuitton – Critique aisée n°139 

Écho de la naissance des mondes – Critique aisée n°138

Critique aisée n°138

Écho de la naissance des mondes

A l’occasion du 10ème anniversaire de sa réouverture , le Collège des Bernardins a accueilli dans sa nef une œuvre d »Abdelkader Benchamma. C’est un gigantesque dessin sur lequel vous pourrez marcher. Je n’en dis pas plus, regardez, c’est splendide, le lieu comme l’œuvre. Si vous passez dans le quartier Maubert-Mutualité, entrez au Collège pour quelques instants, c’est saisissant.


Vous pouvez aussi CLIQUER ICI pour voir la video.

Echo de la naissance des mondes – du 4 octobre au 10 novembre
Collège des Bernardins, 20 rue de Poissy, 75005 Paris.
Du lundi au samedi de 10h à 18h. Fermé le dimanche et les jours fériés.
Visite libre de la nef et de l’ancienne sacristie (sauf pendant les montages et les démontages d’expositions ou d’événements).

ET DEMAIN, VOUYS PASSEREZ DU COLLEGE À LA BIBLIOTHÈQUE

 

 

Grandeur et Décadence – Critique aisée n°137

Critique aisée n°137

Grandeur et Décadence
Evelyn Waugh
Collection 10/18 – Domaine étranger – 215 pages

Malgré son prénom aux allures féminines, Evelyn Waugh (1903-1966) est un homme. C’est aussi un écrivain anglais. Il s’appelait en réalité Arthur Evelyn St. John Waugh, vous voyez bien. Il est essentiellement connu en France pour deux de ses romans : Une poignée de cendres (1934) et Officiers et Gentlemen (1955). (Pour ce dernier, ne pas confondre avec le film américain du même titre dans lequel Richard Gere personnifiait un élève officier de marine. Bon film, d’accord, mais rien à voir avec le roman de Waugh).

Cet auteur incarne pour moi tout ce que la littérature de cette époque peut offrir d’élégance et de sophistication dans le maniement de l’humour, de l’absurde, de l’ironie et de l’understatement pour dresser la critique acerbe d’une société britannique inaltérable, figée dans ses usages et ses classes sociales, mais acceptée sans discussion, y compris par ceux qui en sont les victimes.

Grandeur et Décadence (Decline and Fall) est le premier roman de Waugh. Paru en Angleterre en 1928, il connut tout de suite un grand succès. Lors de sa parution en France cinquante-trois ans plus tard (1981), le succès fut notablement moindre. J’ai une explication, ou plutôt deux à cela : a) contrairement à l’esprit, célébré et vénéré en France, l’humour n’y est que peu apprécié et l’absurde pas du tout et b) avec l’année 1981, la France avait fait son plein d’absurdités et n’avait nulle envie d’en importer davantage.

Dès le début du roman, le héros, Paul Pennyfeather, étudiant boursier Continuer la lecture de Grandeur et Décadence – Critique aisée n°137 

Britannicus – Critique aisée n°136

Critique aisée n°136

Britannicus
Jean Racine
par la troupe de la Comédie Française

Bon, je ne vais pas m’attaquer à Racine. Je viens de me faire Balzac — ce ne sera publié que le 6 novembre prochain — alors je ne vais pas m’attaquer à Racine tout de suite. Mais enfin, quand même, pourquoi s’obstinait-il à écrire en alexandrins ?

Britannicus, c’est une bonne pièce, c’est vrai. Pleine de violence, pleine de machiavélisme, de cruauté et de suspense. Si, si, il y a du suspense, même si tout le monde ou presque connait la fin. En fait, Britannicus meurt. Vous le saviez, bien sûr. De toute façon, vous n’alliez pas dire le contraire, n’est-ce pas ?  (A propos, sans regarder, vous rappelez-vous comment meurt Néron — oui, c’est lui le personnage principal de la pièce, quand même ? Réponse 1 : dans l’incendie de Rome ; Réponse 2 : assassiné par Agrippine ; Réponse 3 : Assassiné par les gardes de Caligula ; Réponse 4 : par suicide ; Réponse 5 : en tombant du haut de la Roche Tarpéienne ; Réponse 6 :  d’une crise de paludisme ?)

Bon, d’accord, Britannicus est une bonne pièce. Mais les alexandrins, Continuer la lecture de Britannicus – Critique aisée n°136 

La transparence – Critique aisée 16

Il y a un peu plus de quatre ans, j’avais écrit ce petit texte, en révolte contre la volonté affichée de transparence à tous les étages. A la surprise générale, ma diatribe n’a eu aucun effet que l’on puisse constater sur les moeurs actuelles.
A mon grand regret, je me vois donc dans l’obligation de la publier à nouveau :

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, la transparence n’est pas que le contraire radieux de la sombre dissimulation.

Dans le domaine privé, la transparence n’est souvent qu’une facilité, un moyen d’éviter la réflexion, promu par le souci du moindre effort et la négation de la sensibilité de l’autre, une façon négligente de lui balancer en vrac une part de sa vérité et de le laisser se débrouiller avec.

Dans le domaine social, c’est aussi une mode, lancée un jour par un censeur de Canal+ en quête de rigueur morale, un pilier de la pensée unique, un mot d’ordre dicté par les journalistes dans le seul intérêt de leur profession. « Moi, journaliste, j’exigerai de mes sujets une totale transparence dans tous les domaines sinon je créerai dans le public une suspicion légitime à leur encontre ».

Dans le domaine politique, la transparence serait le remède à tous les maux, mots tordus, pots de vins, compromissions, hypocrisies, échecs et lâchages inhérents à cette profession en décomposition. Mais, dans ce monde-là, la transparence n’est que l’artifice du prestidigitateur qui montre sa main droite pour qu’on ne prête pas attention à ce que fait sa main gauche.

La transparence…Méfiez-vous en !
Et ne la pratiquez qu’avec parcimonie et à bon escient.