Archives pour la catégorie Critiques

¿ TAVUSSA ? (43) – Les fausses informations

Richard Ferrand, ex PS, actuel LREM, vient d’avoir une idée formidable : incorporer dans le code électoral une loi anti « fake news« , en français : « fausse information« .

Pourquoi, chaque fois qu’il se passe quelque chose de mauvais ou même de simplement contrariant dans notre pays, croit-on nécessaire de promulguer une nouvelle loi pour l’interdire ? Comment se fait-il qu’il existe encore des esprits assez mécaniques, catégoriques et bornés pour imaginer qu’une nouvelle loi réglera le nouveau problème ? Comment des législateurs peuvent-ils à ce point être ignorant des possibilités des lois en vigueur ? Comment ne peuvent-ils pas voir les impossibilités d’application de leur projet de loi, les détournements que l’on pourra faire de son application ? Comment peut-on oser proposer une telle définition de la « fausse information » : toute allégation ou imputation d’un fait dépourvue d’éléments vérifiables de nature à la rendre vraisemblable. Comment la commission parlementaire a-t-elle pu adopter cette définition, certes parfaitement cartésienne et qui pourrait avoir été élaborée par les Académiciens pour figurer dans leur dictionnaire, mais qui en réalité définit le champ d’application de la loi à venir :  toute allégation ou imputation d’un fait.

Ça part d’un bon sentiment, bien sûr : la vérité, rien que la vérité, — mais pas forcément toute la vérité !  Que les menteurs soient empêchés, punis et que triomphe la vérité, la transparence — la sacro-sainte et nuisible transparence à tout prix ! Irréalisme, angélisme, bêtise, on ne sait pas vraiment.

Comment un juge pourra-t-il, en connaissance de cause et dans le temps limité — deux jours — qui lui sera accordé, dire de l’information  qu’elle est ou non dépourvue d’éléments vérifiables de nature à la rendre vraisemblable…

Et aussi : qu’est-ce qu’un fait vraisemblable ? Est-il nécessairement vrai — demandez donc son avis à Boileau — ou bien un fait vraisemblable ne peut-il pas être faux ?

Mais, assez philosophé ! Prenons plutôt un cas, stupide si possible, c’est plus parlant. Voici :

Le Docteur Achille Parmentier est candidat à la Continuer la lecture de ¿ TAVUSSA ? (43) – Les fausses informations 

Détournement – Critique aisée n°125

Critique aisée n° 125

Détournement
Installation de Stéphane Thidet à la Conciergerie (du 30/03 au 31/08/2018)

On a déjà vu ça dans certains westerns qui racontent l’histoire de chercheurs d’or dans le grand Ouest américain : des goulottes rudimentaires réalisées en planches mal équarries conduisent l’eau des montagnes jusqu’au travers du campement où des hommes hirsutes procèdent au lavage du minerai fabuleux. L’eau dévale, bondit, déborde, s’échappe par tous les joints, mais elle fait son office et finit par retourner au torrent.

Ici, le torrent, c’est la Seine, et le campement, c’est la salle des Gens d’Armes de la Conciergerie. L’eau est prélevée dans le fleuve et elle y retourne après avoir parcouru cette magnifique salle voutée.

Bien sûr, ici, pas de trappeurs hirsutes, mais de simples touristes frais et roses ; pas de goulottes rudimentaires, pas de fuite ni de débordement, mais des planches de coffrage, parfaitement jointoyées qui assurent à cet échantillon de Seine un lent parcours sans heurt. On aimerait y voir de petits canards en celluloïd roses et verts voguant au fil du courant que des enfants poursuivraient avec leur canne de bambou.

Je n’ai pas cherché Continuer la lecture de Détournement – Critique aisée n°125 

L’Iliade pour les nuls – Critique aisée n°124

Critique aisée 124

L’Iliade pour les nuls

La guerre de Troie (Ilion) a eu lieu vers l’an 1280 avant J.C. L’Iliade a été composée vers l’an 800 avant J.C. et n’a été écrite que deux cents ans plus tard. Ce poème, attribué à Homère, raconte un épisode d’une dizaine de jours de la dernière année de cette guerre qui en compta dix. Cet épisode est connu sous le nom de « La colère d’Achille ».

C’est tout ce que vous avez à savoir pour tenir une conversation de cinq minutes sur l’Iliade sans passer pour un total Béotien. Avantageusement, vous pourrez toujours citer quelques noms connus et parfois démodés : Agamemnon, Hélène, Paris, Hector, Andromaque, Nestor, Achille, Ajax… Surtout, ne vous aventurez pas à en dire davantage, car c’est plutôt compliqué, mais si vous tenez à épater tout le monde, dites d’un air badin que le fameux cheval n’apparait pas un seul instant dans l’Iliade. Vous en déstabiliserez plus d’un.

Un dernier conseil : imprégnez-vous du style homérique (ça veut dire le style d’Homère, l’auteur. Vous vous souvenez ? Homère ? L’auteur ?) en lisant ce petit extrait particulièrement représentatif que j’ai choisi pour vous.

Encore un mot : si vous parvenez à placer dans la conversation que l’Odyssée, c’est la suite de l’Iliade, vous serez l’objet de l’admiration de tous à la prochaine réunion de copropriété. Mais ne vous risquez pas à dire que vous préférez l’Énéïde à l’Odyssée, ou l’inverse, vous deviendriez pédant. De toute façon, tout le monde s’en fout.

« Et Zeus s’assit sur le faîte, plein de gloire, regardant la ville des Troyens et les nefs des Achéens.(1)
Et les Achéens chevelus s’armaient, ayant mangé en hâte sous les tentes ; et les Troyens aussi s’armaient dans la ville ; et ils étaient moins nombreux, mais brûlants du désir de combattre, par nécessité, pour leurs enfants et pour leurs femmes. Et les portes s’ouvraient, et les peuples, fantassins et cavaliers, se ruaient au dehors, et il s’élevait un bruit immense.
Et quand ils se furent rencontrés, les piques et les forces des guerriers aux cuirasses d’airain se mêlèrent confusément, et les boucliers bombés se heurtèrent, et il s’éleva un bruit immense. On entendait les cris de joie et les lamentations de ceux qui tuaient ou mouraient, et la terre ruisselait de sang ; et tant qu’Éôs(2) brilla et que le jour sacré monta, les traits frappèrent les hommes, et les hommes tombaient. Mais quand Hélios(3) fut parvenu au faîte de l’Ouranos(4), le père Zeus étendit ses balances d’or, et il y plaça deux kères(5) de la mort qui rend immobile à jamais, la kèr des Troyens dompteurs de chevaux et la kèr des Achéens aux cuirasses d’airain. Il éleva les balances, les tenant par le milieu, et le jour fatal des Achéens s’inclina ; et la destinée des Achéens toucha la terre nourricière ; et celle des Troyens monta vers le large Ouranos. Et il roula le tonnerre immense sur l’Ida(6), et il lança l’ardent éclair au milieu du peuple guerrier des Achéens ; et, l’ayant vu, ils restèrent stupéfaits et pâles de terreur. »

Notes
1 – Les grecs
2 – L’aurore
3 – Le soleil
– Le ciel
– Divinité infernale
– Mont proche de Troie

Post Scriptum :
Vous qui n’êtes pas, ou qui ne voulez plus être l’un des Nuls auquel cette présentation de l’Iliade est destinée, lisez le texte intégral. C’est passionnant.

ET DEMAIN, SEMPER FIDELIS

¿ TAVUSSA ? (42) – VELIB : Une catastrophe industrielle et municipale

Le système Velib, tel qu’il était exploité par JC Decaux, existait depuis 10 ans. Certes, les vélos étaient lourds, il arrivait qu’on ne puisse les restituer à l’endroit voulu pour cause de station complète, il arrivait aussi que des stations soient vides ou que leurs vélos soient vandalisés, mais dans l’ensemble, le système fonctionnait bien.

La concession étant arrivée à son terme, un nouvel appel d’offre a été lancé et c’est Movengo, moins disant, qui l’a emporté. Jusque-là, rien que de très normal.

Et depuis quatre mois, depuis que Movengo est à la manœuvre, Paris assiste à une véritable débâcle, qui ne devrait pas tarder à se transformer en catastrophe industrielle et même municipale.

Catastrophe industrielle parce que, compte tenu de la situation, Movengo, malgré de puissants actionnaires, pourrait bien faire faillite.

Catastrophe municipale parce que dans ce cas, la Ville, déjà surendettée, devra payer les pots cassés, et comment pourra-t-elle le faire ? Je vous laisse deviner.

Comment peut-on caractériser cette débâcle ? Eh bien voici :
-à peine la moitié des 1400 stations promises ont été installées
-les stations ne sont pas ou mal raccordées au réseau EDF
-Movengo est en litige avec Colas qui installe les stations
-le logiciel est compliqué pour le vélocipédiste et sujet à de nombreux bugs
-le personnel est en grève depuis des semaines car moins bien payé que par l’exploitant précédent

Quelles en sont les principales conséquences ? Tout d’abord, pour les utilisateurs :
-c’est très simple : plus de vélos

Ensuite pour Movengo:
-la Ville a déjà imposé à Movengo 3.000.000 € de pénalités
-près de 100.000 abonnés (sur 285.000 en 2017) ont résilié leur abonnement (dont moi)
-quand on enregistrait 100.000 locations par jour à la même époque l’année dernière, il n’y en a plus que 5000 cette annnée
-les difficultés et donc les couts de raccordement électrique ont été fortement sous-estimés

On comprend que tout cela induit une perte économique considérable, avec pourquoi pas à la clé une résiliation du contrat et finalement peut-être même une faillite.

Lorsqu’ils ont vu l’enlèvement des stations JC Decaux des rues de Paris, beaucoup de Parisiens ont été choqués par l’ampleur du gâchis financier que représentait la destruction de stations en bon état et la mise au rebut de vélos bien entretenus, sans compter les embarras de circulation supplémentaires qu’apportaient les travaux d’enlèvement. Mais il se faisaient une raison, les Parisiens, ayant pris l’habitude des fantaisies autoritaires de Madame Hidalgo. Ils se disaient aussi, les naïfs, que cette énorme dépense était sans doute prise en charge par l’ancien concessionnaire ou par le nouveau (ce qui, entre nous, n’enlève rien à l’énormité du gâchis économique).

Lorsqu’ils voient la situation d’aujourd’hui, les Parisiens, ils se posent, enfin, moi je me pose plusieurs questions :

-La première : comment JC-Decaux s’est-il débrouillé pour remettre une proposition qui soit plus chère pour la Ville que celle de Movengo, alors qu’il disposait de l’expérience de dix années d’exploitation, et d’un parc de matériel fixe et roulant en état de marche ?

-La question qui vient immédiatement après, miroir de la première, est : comment Movengo est-elle parvenue à rendre une offre moins chère que celle de JD Decaux, compte tenu de tous les avantages dont ce dernier bénéficiait ?

-La troisième, c’est celle-ci : comment la commission d’appel d’offre, le service technique de la Ville et/ou autres incapables fonctionnaires ou élus municipaux, ne se sont-ils pas posé les deux questions ci-dessus (ou même une seule des deux, cela aurait suffi).

-Vient nécessairement ensuite la question suivante : comment les mêmes ont-ils pu ne pas émettre l’hypothèse que, peut-être, Movengo s’était plantée dans son estimation de la tâche ?

-Et enfin, si cette hypothèse est apparue un instant dans leur esprit arthritique, comment ont-ils pu ne pas décider d’examiner un peu plus en détail les capacités de Movengo à traiter convenablement le problème ?

Après les comment ?, viennent les pourquoi ?

-Pourquoi la commission d’appel d’offre, le service technique de la Ville et/ou les autres incapables fonctionnaires ou élus municipaux ne se sont-ils rendus chez Movengo qu’après que celle-ci ait remporté l’appel d’offres, et non avant ?
-Pourquoi, quand ils sont allés sur place et qu’ils ont constaté avec effroi, mais trop tard, le caractère artisanal des installations techniques de Movengo, n’ont-ils pas donné l’alerte, ou décidé d’encadrer Movengo de très près ?
-C’est vrai ça, pourquoi ?

On a dit qu’Anne Hidalgo avait des comptes à régler avec JC Decaux. On a dit qu’il fallait donc absolument qu’un autre remporte la concession. Je n’ose y croire. (En fait, si, j’y crois complètement)

De toute façon, une enquête sur le déroulement de l’appel d’offre ne ferait de mal à personne, n’est-ce pas ?  (Ça, ça n’est pas sûr)

Anne Hidalgo se trouve aujourd’hui devant un sacré problème :

-taper sur la table et faire tomber Movengo ou tenter d’arranger les choses en payant ?
et du même coup :
-priver Paris de Velib pendant encore deux ans ou faire payer le surcout aux parisiens ?

A ce propos, on ne peut que remarquer l’inhabituelle discrétion de notre Maire qui n’apparait plus en personne et ne dit plus un mot sur le sujet, laissant ce soin à ses adjoints et à ce pauvre PDG de Movengo.

Est-ce que ça prouve qu’elle est responsable ? Qu’elle le soit, ça ne m’étonnerait pas vraiment. D’ailleurs, on ne m’ôtera pas de l’idée que le scandale des disparus de la Rue de Rennes, c’était bien elle, n’en déplaise à l’auteur de cette histoire dont on pourra apprécier le caractère saugrenu et mensonger en cliquant ici pour la relire.

Qu’est-ce qu’ils sont moches, ces magasins ! (1)

Symétrique, parallèle et opposée (1) à ma série « Ah ! les belles boutiques », voici ma nouvelle déclinaison sur les façades de commerces. Elle s’intitule « Qu’est-ce qu’ils sont moches, ces magasins !« . Conscient d’avoir beaucoup plus d’opportunités pour remplir cette série que l’ancienne, j’essaierai de faire un tri sévère afin ne pas vous submerger d’horreurs.
Pour commencer, voici la façade du magasin Sonia Rykiel du 175 boulevard Saint Germain.

Le magnifique bâtiment qui abritait autrefois un restaurant, celui des Saints-Pères, a été acquis en 1985 par Sonia Rykiel pour y installer ses bureaux et surtout un commerce de vêtements en rez-de-chaussée. Une des principales initiatrices de l’envahissement de Saint Germain par les fringues, Madame Rykiel avait tenté d’amoindrir le coup qu’elle portait aux intellectuels germanopratins en décorant sa boutique avec une quantité industrielle (c’est le mot) de bouquins, vrais ou factices, je n’en sais rien. Piètre consolation…

En revanche, l’immeuble avait été ravalé proprement, la façade du magasin demeurait modeste et l’enseigne relativement acceptable.

Mais tout cela a changé. Je ne sais pas si la mort de la patronne y est pour quelque chose, mais la maison Rykiel a carrément abandonné l’esprit Saint-Germain pour adopter l’esprit Marketing.

Question à la Marie de Paris : quand on sait qu’il faut un permis de construire pour placer un de ces fenêtres de toit sur un versant de couverture invisible de la rue, on se demande si de telles transformations de façades sont autorisées ?

Ce n’est pas de l’anti-féminisme mais, avec tout le respect que je dois à une défunte, je déclare quand même : Sonia, tu nous  gâche le paysage ! (2)

Note 1 : J’attends de pied ferme les commentaires des matheux sur cette succession osée d’épithètes.

Note 2 : Mais après tout, peut-être n’est-ce que du provisoire, le cache misère  d’une nouvelle rénovation de vitrine, probablement digne de rentrer  un jour dans cette série. 

ET DEMAIN, ENTREZ EN CURE, IL N’EST PAS TROP TARD

 

L’Amérique – (Joan Didion) Critique aisée n°123

Critique aisée n°123

 L’Amérique – Chroniques
Joan Didion

Très étonnant petit livre que ce recueil de chroniques sur l’Amérique de Joan Didion. Je n’en ai lu que les cent premières pages, mais cela m’a suffi pour oser l’abandonner en chemin.
Je ne me permettrai pas de juger cette romancière reconnue sur ce seul petit opuscule, mais je me permets de juger ces chroniques sur leurs cents premières pages, parce qu’après tout, ici, c’est chez moi.

Bien sûr, dans ces pages, on trouve quelques fulgurances de phrases hachées, courtes, pointues dans des descriptions implicites pour initiés de situations de l’Amérique hippie de cette époque. Mais, finalement, c’est assez désespérant. Désespérant sur deux plans, celui de la société décrite et celui de l’écrivain.

Désespérante, la société décrite, l’Hollywood et le San Francisco des Continuer la lecture de L’Amérique – (Joan Didion) Critique aisée n°123 

Livret de famille – Critique aisée n°122

Critique aisée 122

Livret de famille
Patrick Modiano – 1977

Voici ce qu’écrivait Le Monde en 2014 à propos du cinquième roman de Patrick Modiano (1) :

« Une quinzaine de récits juxtaposés, tous plus ou moins autobiographiques. Dès le deuxième, on découvre au détour de deux répliques que le narrateur a pour nom Modiano, et pour prénom Patrick. Est-ce pour autant l’écrivain lui-même ? Bienvenue au royaume de l’autofiction et de ses leurres délicieusement troublants. »

Bien vu !

Autobiographie ?
Pour en décider, il faudrait connaitre la vie de Modiano. Et rien ne nous y oblige. Avec Proust et contre Sainte-Beuve, je suis, modestement, de ceux qui se refusent à juger une œuvre littéraire d’après la vie de son auteur. Je dois ajouter que, tout seul, sans Proust ni Sainte-Beuve, je me refuse aussi à juger un écrivain d’après son œuvre.

Autobiographie ? Peut-être.
Les références confuses à certains évènements, la description précise de certains lieux, les allusions constantes à certaines époques, et aussi et surtout l’absence de logique romanesque, tout cela fait Continuer la lecture de Livret de famille – Critique aisée n°122 

La mort de Staline – Critique aisée n°121

Critique aisée n°121

La mort de Staline
Armando Iannucci -2017
Steve Buscemi, Simon Russel Bean, Jason Isaacs, Jeffrey Tambor…

Voici tout d’abord ce qu’en a dit Me Régis de Castelnau au fil d’un article sur le peu de célébrations qui, l’année dernière, avaient entouré le centième anniversaire de la Révolution d’Octobre.
(…) Et puis il y a un film italo-britannique assez étrange sorti au début du mois : La Mort de Staline. Étrange parce que, annoncé comme l’adaptation d’une (excellente) bande dessinée éponyme, on pensait voir une comédie du même type que le très réussi Twist again à Moscou de la bande du Splendid. On tombe pourtant sur un drôle d’objet, très documenté et joyeusement sardonique traitant un sujet tragique avec beaucoup d’humour et de finesse politique. (…)
Regis de Castelnau publie un blog, Vu du droit, que je lis régulièrement. C’est, je crois, la première fois que je vois sous sa plume quelques lignes de critique sur un film. Si je ne suis pratiquement jamais d’accord avec ses chroniques quand elles sont politiques, j’apprécie beaucoup, avec mes faibles connaissances dans ce domaine, celles qui abordent le Droit, les conditions dans lesquelles il devrait s’exercer et ses relations avec les médias et l’opinion publique. Désormais, nous nous rejoindrons peut-être parfois dans la citrique de cinéma.

Effectivement, ce film est étrange. Ç’aurait pu être Continuer la lecture de La mort de Staline – Critique aisée n°121 

La tempête – Critique aisée n°120

La tempête
William Shakespeare – 1608
Comédie Française – Salle Richelieu – jusqu’au 21 mai 2018

WALTER : — Alors ? Vous y êtes allé, à la Comédie Française ?

EGO : —  Dimanche soir.

WALTER : — Et ?

EGO : — Et quoi ?

WALTER : — Eh bien, c’était comment ?

EGO : — Pas mal.

WALTER : — Pas mal ? Comment ça, pas mal ?

EGO : — Ben oui, pas mal. Bar agréable, Graves blanc bien frais, jolie vue sur la place. Quelques caricatures de Cabu amusantes, un buste de Molière splendide. L’air de la salle était conditionné, l’ouvreur distribuait les programmes et refusait les pourboires, les sièges d’orchestre n’étaient pas inconfortables et la pièce a commencé à l’heure. Elle s’est finie à l’heure, aussi, c’est vrai.

WALTER : — Dites, le bar, la salle, les fauteuils, vous vous fichez de moi, hein ?

EGO : — Moi ? Non, pourquoi ?

WALTER : — Parce que tout ça, on s’en fiche ! C’est la pièce qui compte ! Shakespeare, quand même !

EGO : — Ah, oui. Shakespeare, bien sûr, Shakespeare…

WALTER : — Alors ?

EGO : — Alors quoi ?

WALTER : — Bon, maintenant, ça va, hein ! Dites-moi ce que vous Continuer la lecture de La tempête – Critique aisée n°120 

Et Dieu dans tout ça ?

Voici un extrait de La République, de Platon, suivi de quelques commentaires personnels, acerbes et iconoclastes.

(…)
Glaucon : —Fort bien ; mais je voudrais justement savoir quels sont les modèles qu’on doit suivre dans les histoires concernant les dieux.
Socrate : —Ceci t’en donnera une idée ; il faut toujours représenter Dieu tel qu’il est, qu’on le mette en scène dans l’épopée, la poésie lyrique ou la tragédie.
Glaucon —Il le faut, en effet.
Socrate —Or, Dieu n’est-il pas essentiellement bon, et n’est-ce pas ainsi qu’il faut parler de lui ?
Glaucon —Certes.
Socrate —Mais rien de bon n’est nuisible, n’est-ce pas ?
Glaucon —C’est mon avis.
Socrate —Or, ce qui n’est pas nuisible ne nuit pas ?
Glaucon —Nullement.
Socrate —Mais ce qui ne nuit pas fait-il du mal ?
Glaucon —Pas davantage.
Socrate —Et ce qui ne fait pas de mal peut-il être cause de quelque mal ?
Glaucon —Comment le pourrait-il ?
Socrate —Mais quoi ! Le bien est utile ?
Glaucon —Oui.
Socrate —Il est donc la cause du succès ?
Glaucon —Oui.
Socrate —Mais alors le bien n’est pas la cause de toute chose ; il est cause de ce qui est bon et non pas de ce qui est mauvais.
Glaucon —C’est incontestable, dit-il.
Socrate —Par conséquent, Dieu, puisqu’il est bon, n’est pas la cause de tout, comme on le prétend communément ; il n’est cause que d’une petite partie de ce qui arrive aux hommes et ne l’est pas de la plus grande, car nos biens sont beaucoup moins nombreux que nos maux, et ne doivent être attribués qu’à lui seul, tandis qu’à nos maux il faut chercher une autre cause, mais non pas Dieu.
Glaucon —Tu me parais dire très vrai.
(…)
Socrate —Voilà donc la première règle et le premier modèle auxquels on devra se conformer dans les discours et dans les compositions poétiques : Dieu n’est pas la cause de tout, mais seulement du bien.
Glaucon —Cela suffit.
Socrate —Passons à la deuxième règle…
(…)

 « LA REPUBLIQUE » de Platon

 Ce dialogue extrait de La République m’inspire plusieurs remarques :

1-Pour quelqu’un qui n’aimait pas la rhétorique, qu’il disait mépriser et qu’il avait qualifiée d’art du mensonge, on doit reconnaitre qu’il ne la pratiquait pas mal du tout, le Socrate. Admirez comment, avec des questions purement rhétoriques (car on ne voit pas ce que ce Glaucon aurait pu répondre d’autre), il arrive à faire approuver sa conclusion par son béni-oui-oui d’interlocuteur.

2-Certains diront probablement qu’on a affaire ici, non pas à de la rhétorique, mais à de la maïeutique, cet art d’accoucher les esprits en leur faisant, par le jeu des questions, retrouver ce qu’ils savaient déjà sans en avoir conscience. Moi je pense que ce Glaucon (quand on s’appelle comme ça, le changement de nom devrait être automatique) ne savait rien de rien et que même la maïeutique n’aurait rien pu en tirer.

3-Tout le monde, enfin presque, sait que Socrate ne croyait pas aux dieux. C’est d’ailleurs sur ce fondement qu’il a été condamné à mort par la République Démocratique Exemplaire d’Athènes. Pourtant ce dialogue pourrait bien faire penser que Socrate était monothéiste. Je n’ai pas trouvé de réponse claire dans Wikipédia. Et je n’ai pas eu le courage d’aller la chercher dans tous les racontars de Platon.

4-A propos de Platon, il faut se rappeler que, dans toute cette histoire, c’est Platon qui raconte et que, s’il est possible que Socrate ne crût ni aux dieux ni à Dieu, ce n’était pas le cas de Platon.

5-Il est possible aussi que dans ce dialogue, Socrate ne veuille pas dire ce qu’est Dieu, mais seulement ce qu’il faut en dire dans « les discours et les compositions poétiques« . Si c’est le cas, et s’il ne croit pas en Dieu, on remarquera que Socrate fournit à Glaucon ce qu’on appelle aujourd’hui des « éléments de langage » propres à confirmer une thèse à laquelle il ne croit pas. Pour un homme dont l’un des héritages les plus connus est le fameux test de la vérité (les trois tamis), on est quand même en plein mensonge.

6-Je suis tout à fait conscient qu’il est ridicule et mal venu de vouloir émettre la moindre critique sur Socrate quand on est aussi ignorant que moi de la Philosophie, mais je trouve l’exercice amusant. Je sais aussi que je viens de m’engager sans arme ni bagage sur une terre inconnue (de moi). Je crois savoir enfin qu’elle est peuplée d’attentifs et susceptibles gardiens de la doctrine et que mon ignorance me vaudra, sinon des explications, du moins des remontrances et des quolibets.

7-Mais ça m’est bien égal parce que je sais aussi qu’il y a plus de choses dans Proust et dans Shakespeare, Horatio, que dans toute votre philosophie.

 

ET DEMAIN, LES VACHERIES DE JOUVET