Archives pour la catégorie Critiques

La transparence – Critique aisée 16

Il y a un peu plus de quatre ans, j’avais écrit ce petit texte, en révolte contre la volonté affichée de transparence à tous les étages. A la surprise générale, ma diatribe n’a eu aucun effet que l’on puisse constater sur les moeurs actuelles.
A mon grand regret, je me vois donc dans l’obligation de la publier à nouveau :

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, la transparence n’est pas que le contraire radieux de la sombre dissimulation.

Dans le domaine privé, la transparence n’est souvent qu’une facilité, un moyen d’éviter la réflexion, promu par le souci du moindre effort et la négation de la sensibilité de l’autre, une façon négligente de lui balancer en vrac une part de sa vérité et de le laisser se débrouiller avec.

Dans le domaine social, c’est aussi une mode, lancée un jour par un censeur de Canal+ en quête de rigueur morale, un pilier de la pensée unique, un mot d’ordre dicté par les journalistes dans le seul intérêt de leur profession. « Moi, journaliste, j’exigerai de mes sujets une totale transparence dans tous les domaines sinon je créerai dans le public une suspicion légitime à leur encontre ».

Dans le domaine politique, la transparence serait le remède à tous les maux, mots tordus, pots de vins, compromissions, hypocrisies, échecs et lâchages inhérents à cette profession en décomposition. Mais, dans ce monde-là, la transparence n’est que l’artifice du prestidigitateur qui montre sa main droite pour qu’on ne prête pas attention à ce que fait sa main gauche.

La transparence…Méfiez-vous en !
Et ne la pratiquez qu’avec parcimonie et à bon escient.

Moi, Charlotte Simmons – Critique aisée n° 135

Critique aisée n° 135

Moi, Charlotte Simmons
Tom Wolfe – 2004
Pocket – 1008 pages

Je ne vais pas vous raconter la fin de « Moi, Charlotte Simmons« , l’avant dernier livre de Tom Wolfe. Je ne vais pas vous la raconter parce que je n’ai pas pu y arriver, à la fin. Le bouquin compte 1008 pages, dans l’édition Pocket que j’ai trainée avec moi pendant un mois.
1008 pages, c’est dans la norme pour Wolfe, et d’habitude ça ne me gêne pas. Au contraire, quand un bouquin Continuer la lecture de Moi, Charlotte Simmons – Critique aisée n° 135 

Les frères Sisters – Critique aisée n°134

Critique aisée 134

Les frères Sisters
Jacques Audiard – 2018
John C.Reilly, Joaquin Phoenix, Jake Gyllenhaal, Riz Ahmed

Pour la première fois, Jacques Audiard se lance en Amérique. Avec un western, en plus. L’Amérique, souvent, c’est dangereux pour le cinéma français et l’Ouest encore bien davantage. Mais Audiard ne s’en sort pas mal du tout.

Dans sa structure générale, le film est très classique : deux hommes à cheval qui en poursuivent deux autres à travers l’Orégon et la Californie vers une confrontation que l’on croit deviner. L’imagerie est classique également : longues et lentes chevauchées à travers les plaines, les forêts et les montagnes, bivouacs au bord des torrents, couchers de soleils somptueux, dialogues réduits à l’essentiel, aurores grises et froides, villes champignons de la ruée vers l’or, bruyantes et sales, où le danger est à chaque coin de bar.

Les frères Sisters, c’est ça, mais pas seulement comme on dit aujourd’hui. Parce que les deux poursuivants sont spéciaux : deux frères, crasseux, dont l’un est une tête brulée, un surdoué du colt, un alcoolique violent alors que l’autre, sous un aspect de brute encore plus épaisse, est presque Continuer la lecture de Les frères Sisters – Critique aisée n°134 

Thunder road – Critique aisée n°133

Critique aisée n°133

 Thunder road
Jim Cummings – 2018
Jim Cummings, Kendal Farr

C’est l’histoire de Jimmy Arnaud, flic. Il a des problèmes : il est en instance de divorce, il va perdre la garde de sa fille, il vient de perdre sa mère. Il est aussi dyslexique reconnu depuis son enfance. Mais il souffre aussi de pétages de plombs chroniques en cas d’émotion forte. Donc la vie n’est pas simple pour lui. Pourtant c’est un flic plein de bonne volonté, un père aussi plein de bonne volonté que le flic, mais il n’y arrive pas. Quand il avance d’une case, un pétage de plomb le fait reculer de deux.

La chanson Thunder Road (Bruce Springsteen) lui a été transmise par sa mère. Elle lui donne le courage de tenir car elle Continuer la lecture de Thunder road – Critique aisée n°133 

Ne lisez jamais Proust! – Critique aisée n°7

Ne lisez jamais Proust!

Oui, je sais, vous avez déjà lu ça, ici même, le 25 janvier 2014. Mais le conseil est toujours d’actualité. Et puis, j’ai rajouté des illustrations.

En matière d’art, j’ai un principe qui est de considérer que, si tant de gens aiment des œuvres que je n’apprécie pas, c’est qu’il y a probablement plus de chances pour qu’ils aient raison et moi tort que l’inverse. Tant de personnes ne pouvant être tous des snobs ou tous des idiots, mon premier mouvement est de penser que c’est moi qui dois être un béotien.
De ce principe découle naturellement la volonté de tenter quelques raisonnables efforts  pour aimer et, pourquoi pas, comprendre (mais on peut aimer sans comprendre, une œuvre d’art, une femme, …) ce qui, jusqu’à présent, m’ennuyait ou même me faisait ricaner.
La croyance en ce principe n’est pas une preuve particulière de modestie et, beaucoup de mes amis vous le diront, cette qualité n’est pas plus développée chez moi que chez le premier imbécile venu. De plus, toute modestie mise à part, je crois pouvoir situer assez précisément et sans illusion mes limites intellectuelles.

Je me dois également de préciser que je n’applique pas  ce principe de généreuse ouverture à tous les arts ni à tous les artistes.
En premier lieu, j’ai exclu du champ de mon possible Continuer la lecture de Ne lisez jamais Proust! – Critique aisée n°7 

Mademoiselle de Joncquières – Critique aisée n°132

Critique aisée n° 132

Mademoiselle de Joncquières
Emmanuel Mouret  –  2018
Cécile de France, Edouard Baer.
 
De très jolies images de salons dorés, de beaux châteaux, de grands parcs, une belle marquise-vos-beaux-yeux-d’amour-mourir-me-font, un marquis charmant et libertin…

Deux acteurs pénétrés de leur rôle, Cécile de France, la femme de quarante ans, son sourire, son regard moqueur, Edouard Baer, le dandy d’aujourd’hui, le libertin du 18ème (siècle), son léger embonpoint, sa chaleur humaine, sa voix (quelle voix !)…

Un scénario basé sur Diderot, d’élégants dialogues sur l’amour, dits parfaitement et différemment par le marquis et la marquise, une vengeance de femme, un retournement d’homme…

Une réalisation très sobre faite pour souligner le beau langage de ce siècle…

Malgré quelques longueurs dans le dernier tiers du film, malgré des situations quelque peu répétitives dans l’élaboration de la vengeance de la Marquise, tout cela fait un film agréable à regarder.

Mais cette histoire, tirée de Jacques le Fataliste de Diderot, d’une vengeance un peu laborieuse pour un crime pas si grave que ça finalement ne fera pas oublier Les Liaisons Dangereuses de Choderlos de Laclos, vengeance autrement plus machiavélique, dont Stephen Frears avait tiré un film autrement plus fort.

Mais finalement, ma critique s’adresse plus à Diderot  qu’à Mouret. A voir quand même, pour de France et Baer, et pour Mouret, le discret metteur en scène.

ET DEMAIN, UN COLLAGE TOUT SIMPLEMENT

 

 

Première année – Critique aisée N°131

Critique aisée 131

Première année
Thomas Lilti – 2018
Vincent Lacoste, William Lebghil

 Je constate à nouveau qu’il est bien plus difficile de dire du bien d’un film que d’en dire du mal. D’ailleurs, d’une manière générale, il est bien plus facile de dire du mal de quelque chose que d’en dire du bien. Mais je ne vais pas me laisser aller à la facilité : Première année, quatrième film du Docteur Lilti, est une vraie réussite.

A la fac de la rue des Saints-Pères, deux étudiants entament la première année de médecine, l’un pour la première fois, Benjamin, l’autre, Antoine, pour la troisième. Antoine est un bûcheur, inlassable, obstiné, organisé. Il veut être médecin. Benjamin est à l’opposé, incertain, indécis, il n’est même pas sûr de vouloir vraiment être médecin. Antoine et Benjamin se lient pourtant d’amitié et s’entraident tout au long de l’année pour survivre et arriver à ces quelques heures cruciales, le concours qui décidera s’ils pourront continuer à étudier pour devenir médecins.

Guidé par Antoine, triplant, le spectateur et Benjamin découvrent en même temps l’enfer de cette année d’étude, les amphis, les concours blancs, les heures de bachotage, les boules au ventre, l’épuisement, le concours de fin d’année. Peu de joies, peu de fêtes, du travail, du par cœur, des moyens mnémotechniques stupides, du par cœur, des connaissances inutiles, encore du par cœur.

Quelques répliques sont significatives :

-Le Doyen :
« Pour ceux qui n’ont pas eu de mention au bac S, vos chances sont de 2%. »

-Benjamin :
« Trois heures pour répondre à 72 questions avec 5 réponses au choix, ça fait environ 2 minutes par question, et là c’est impossible de réfléchir, soit on répond par reflexe reptilien, soit au hasard… Ceux qui deviendront médecins se rapprochent plus du reptile que de l’être humain. »

-Le frère de Benjamin :
« Demande à un étudiant en prépa et à un étudiant en médecine d’apprendre par cœur le bottin. L’étudiant en prépa te demandera : « Pourquoi ? » et l’étudiant en médecine : « Pour quand ? »

Benjamin :
Allez, on fait une pose ? Je suis cuit !
Antoine :
“D’accord, on fait une pose. Allez, des maths ! Dérivées ? Équations différentielles ? Intégrales ?”

Ceux qui ont connu ça, ou quelque chose d’approchant, le reconnaissent : tout ça est très réaliste. Le Docteur Thomas Lilti, médecin généraliste, sait de quoi il parle. Il l’a vécu au milieu des années 90. Mais la connaissance du sujet ne suffit à expliquer ni la réussite du film ni l’émotion qu’il provoque. Docteur L. a su trouver deux jeunes acteurs, Vincent Lacoste et  William Lebghil, littéralement entrés dans leur personnage. Les figurants qui les entourent, véritables étudiants dit-on, sont parfaits. Les scènes intimes – révisions forcenées à deux – sont souvent drôles.  Les scènes de foule – concours, tableaux des résultats – paraissent tellement vraies qu’elles vous fichent l’angoisse au ventre.

Vous entendrez probablement ici ou là une réserve relative à la fin du film. Je ne vous en dis pas plus. Sachez seulement que je la comprends mais que je ne la partage pas. Ce film est parfait. Allez-y, même si vous envisagez de faire médecine.

 

ET DEMAIN, LE PETIT LORENZO PART EN VACANCES

 

 

The Guilty – Critique aisée n°130

Critique aisée n°130

 The Guilty
Gustav Möller – 2018
Jakob Cedergen

 Intérieur nuit. Un Centre des appels d’urgence de Copenhague. Asger Holm, un flic parmi d’autres, gris, triste, pas vraiment sympathique. Il reçoit un appel, sans importance, puis un autre, sans importance, puis un troisième. Ça y est, ça commence : une femme est au bout du fil, dans une voiture, on est en train de l’enlever. Aidez-moi…

C’est tout ce que je vous dirai. Ah ! Je ne suis pas comme Xavier Leherpeur du Masque et la Plume, moi. Je ne dévoile pas l’intrigue, moi. Je ne dis pas à quel moment il faudra être particulièrement attentif, moi. Je ne fais pas le malin en déclarant que j’avais prévu la fin, moi. Vous ne saurez rien de moi.

Sauf que pour un Continuer la lecture de The Guilty – Critique aisée n°130 

Mission Impossible-Fallout – Critique aisée n°129

Critique aisée n°129

Mission Impossible – Fallout
Christopher McQuarrie – 2018
Tom Cruise etc…

Un thème musical toujours sensationnel, une longue et fantastique poursuite automobile dans Paris, des cascades aériennes vraiment irréalistes, des acteurs figés dans leurs personnages caricaturaux et enfin, enfin, un scénario totalement incompréhensible.

C’est complètement nul, mais on a l’habitude.

Heureusement, il y avait l’air conditionné.

Embuscade à Fort Bragg – Critique aisée n°128

Critique aisée n°128

Embuscade à Fort Bragg
Tom Wolfe
Robert Laffont Poche – 144 pages – 7,90€

Il nous avait habitué à des trucs plus longs, Tom Wolfe, plus long que ce petit roman, presque une nouvelle, cent quarante-quatre pages : Embuscade à Fort Bragg

On dirait le titre d’un western de série B des années quarante.

On en est loin, loin du Western, loin de la série B, loin des années quarante. C’est cinquante ans plus tard, la fin des années quatre-vingt-dix. C’est Fort Bragg, Caroline du Nord. Fort Bragg, on dit que c’est la plus grande base militaire au monde. Vingt-cinq mille soldats des forces spéciales, notamment les bérets verts, s’y entrainent chaque jour. On y forme des hommes, des vrais, des combattants, des costauds. Le soir, les Rangers, les costauds, ils vont à Fayetteville, à six miles de là, pour se détendre : boire un coup dans les boites topless de Bragg Boulevard et regarder les filles s’enrouler autour des mats de danse lascive.
Mais il y a de ces costauds qui n’aiment pas les homosexuels, particulièrement s’ils sont dans leur unité. Alors un jour, trois d’entre eux Continuer la lecture de Embuscade à Fort Bragg – Critique aisée n°128