Archives pour la catégorie Critiques

Phèdre – Critique aisée n°193

Critique aisée n°193

Phèdre
Jean Racine
Mise en scène : Brigitte Jaques-Wajeman
Rôle titre : Raphaële Bouchard
Par le Théâtre de la Ville au Théâtre des Abbesses.

Cette fois-ci, nous n’avons marché qu’une heure et demi dans un Paris privé de Métro pour parvenir jusqu’au Théâtre des Abbesses, qui abrite le Théâtre de la Ville pour le temps de son interminable rénovation.

Quand même pas à la taille du Théâtre de la Ville (1000 places), celui des Abbesses (400 places) est cependant un vrai théâtre, d’architecture greco-moderne, moins confortable qu’il n’y parait au premier abord, mais avec une salle plutôt pentue qui permet de bien voir de partout. (Bien entendre de partout, c’est une autre histoire et on y reviendra.)

Avant ce soir là, je n’avais vu Phèdre qu’une seule fois. Maria Casarès tenait le rôle titre, Alain Cuny était Thésée et Jean Vilar était à la fois Théramène et metteur en scène. C’était au TNP. Nous y avions été traîné par notre école. Je n’avais pas seize ans. Je me souviens du décor minimaliste, juste un petit banc sur un grand Continuer la lecture de Phèdre – Critique aisée n°193 

Bartleby – Critique aisée n°192

Critique aisée n° 192

Bartleby
Herman Melville

Bartleby ! Depuis cent cinquante ans, cette petite nouvelle de l’auteur de Moby Dick redevient régulièrement à la mode. Par exemple, si dans une soirée, vous déclarez : « Tiens ! Je viens de lire Bartleby ! »…

Attendez, attendez : un conseil, ne vous donnez pas le ridicule de le prononcer comme je l’ai entendu faire au Masque et la Plume de France-Inter : Barteulbaille. Non, prononcez-le comme ça se prononce, c’est-à-dire tout simplement Barteulbi.

Bon, donc, si dans une soirée, vous déclarez : « Tiens, je viens de lire Bartleby ! »…

Encore une chose, si vous permettez : en vérité, le Continuer la lecture de Bartleby – Critique aisée n°192 

Trois femmes – Critique aisée n°191

Critique aisée n°191

Trois femmes
Catherine Anne
Catherine Hiegel, Clotilde Mollet, Milena Csergo
Théâtre Le Lucernaire (dernière représentation le 5 Janvier 2020)

 Comment ? Dernière représentation le 5 janvier 2020 ! Mais nous sommes déjà le 6 ! Alors à quoi bon nous donner la critique d’une pièce que nous ne pourrons de toute façon pas voir avant son hypothétique reprise en novembre 2023 à l’Alcazar de Rodez ou à l’Espace André Lejeune de Guéret (dans la Creuse) ?
C’est la question que vous vous posez probablement en ce moment même.

Ma réponse pourrait être : « Oui ! À quoi bon ? » ce qui permettrait au moins d’arrêter là la discussion. Mais moi, j’ai un article à faire. Il fait bien que je publie quelque chose en ce lundi matin. Alors pourquoi pas la critique d’une pièce que personne Continuer la lecture de Trois femmes – Critique aisée n°191 

Ellis Island – Critique aisée n°189

Critique aisée n°189

Ellis Island
Georges Perec – 1979
P.O.L. — 76 pages

Ce petit livre de 76 pages format poche est une toute récente réédition sans photographie du texte que Perec avait écrit comme commentaire d’un film documentaire commandé par l’I.N.A. à Georges Perec et Robert Bober.

Dans une description volontairement brève, plate et froide, parsemée de listes, d’inventaires et de quelques anecdotes, Perec y raconte cet ilot qui, pendant une trentaine d’années fut le point d’arrivée, de filtrage et, pour la plupart des émigrants, d’entrée aux États-Unis. Il détaille les contrôles que les agents de l’immigration effectuaient sur les arrivants dans cette « usine à fabriquer des Américains, usine à transformer des émigrants en immigrants, une usine à l’américaine, aussi rapide et efficace qu’une charcuterie de Chicago : à un bout de la chaine, on met un Irlandais, un Juif d’Ukraine ou un Italien des Pouilles, à l’autre bout — après inspection des yeux, inspection des poches, vaccination, désinfection — il en sort un Américain. »

Dans les dernières pages de ce que j’ai appelé Continuer la lecture de Ellis Island – Critique aisée n°189 

Le passager de la nuit – Critique aisée n°188

Critique aisée n°188

Le passager de la nuit
Maurice Pons – 1959
Editions du Rocher – 92 pages

Maurice Pons, c’est l’auteur des « Saisons« , dont je vous ai déjà parlé en aout dernier dans ma 166 ème critique aisée. Les Saisons, roman culte, roman massif, incroyable roman, trop riche, trop horrible, inoubliable. J’ai du mal à croire que c’est le même homme qui a écrit celui dont je veux vous parler aujourd’hui, Le passager de la nuit.

Le passager de la nuit, c’est une histoire de rien, de presque rien. Presque une histoire de Résistance, mais pas vraiment. Pas une histoire d’amitié, même naissante, non, trop courte l’histoire. Un récit engagé ? Non, plutôt dégagé le récit. Une road story ? Si ce genre existait en littérature comme il existe pour le cinéma, ou pourrait dire : peut-être.

Un homme jeune, vingt-neuf ans, propriétaire attentif et cajoleur d’un cabriolet grand sport (1), automobiliste dominateur et sûr de lui, conduit un mystérieux homme d’origine algérienne entre Paris et Champagnole (2). En arrière-plan, les évènements d’Algérie, comme on les appelait officiellement à cette époque (3) donnent tout leur mystère au passager de Continuer la lecture de Le passager de la nuit – Critique aisée n°188 

The Irishman – Critique aisée n°187

Critique aisée n°187

The Irishman
Martin Scorcese – 2019 – 210 minutes
Roberty de Niro, Al Pacino, Joe Pesci
NETFLIX

Trois heures trente, c’est long. Ça dépend pour quoi, me direz-vous. Mais pour un film, même dans son canapé, même avec la possibilité, sans rien perdre de la projection, de se lever sans déranger personne, d’aller au Frigidaire, de regarder dehors, de répondre à un coup de fil, c’est long. C’est drôle, pourtant, Lawrence d’Arabie durait vingt minutes de plus et je n’avais pas trouvé ça long du tout. Bizarre, non ?

Parce que, malgré toute l’admiration que je porte et le respect que je dois à Martin Scorcese, Robert Continuer la lecture de The Irishman – Critique aisée n°187 

Moins que zéro – Critique aisée n°187

Critique aisée n°187

Moins que zéro
Bret Easton Ellis – 1981 ,
10/18 Collection  Domaine étranger – 250 pages

Un beau matin, Le Masque et la Plume m’annoncent tous les deux que Bret Easton Ellis vient de sortir son dernier livre, White. Tous s’exclament et donnent des détails sur BEE, sa vie, son œuvre, ses goûts. Tous racontent qu’ils l’ont lu dans leur belle jeunesse et qu’il a marqué leur génération — tous ont entre 15 et 25 ans de moins que moi. Beigbeder en particulier parle avec chaleur de sa vision du monde, de sa plume incisive, de son ironie, sa distance, son pessimisme. Comme j’aime bien Beigbeder, j’ai acheté White, pensant y découvrir une sorte de Philippe Muray US. Mais, arrivé au tiers du chemin, j’ai trouvé le livre tellement creux — à peu près autant que les chroniques de Joan Didion (L’Amérique) dont j’avais fait ici une assez méchante critique — que j’en ai parlé à mon fils, l’artiste, chez qui je suis toujours assuré de trouver un jugement raisonné, dénué de parti-pris, et non entaché par les préjugés de l’âge, c’est à dire du mien. Il ne connaissait pas White, mais tout de suite il m’a conseillé le premier roman d’Ellis, Moins que zéro, qu’il avait lu vers l’âge de 17 ou 18 ans. A notre rencontre suivante, il m’apportait son exemplaire. Comme c’est lui qui m’avait amené à Platon et surtout à Proust avec le résultat que l’on sait, vous pensez si j’ai Continuer la lecture de Moins que zéro – Critique aisée n°187 

(très) cher cinéma français – Critique aisée n°186

Critique aisée n°186

(très) cher cinéma français
Éric Neuhoff
Albin Michel – 2019 – 131 pages – 14 euros

Moi, je l’aime bien, Éric Neuhoff. Bien qu’il se soit un peu empâté, à 63 ans, il a toujours une gueule de lycéen redoublant une terminale. Il y a longtemps que je ne lis plus Le Figaro (non, je n’ai pas changé, mais le temps est trop court), mais je l’entends souvent au Masque et la Plume. Je l’aime bien, Neuhoff, au Masque et la plume. Je ne suis pas comme l’autre là, vous savez, Le Herpeur. On dit qu’au Masque, Neuhoff est critique de cinéma et que Le Herpeur est critique de Neuhoff. Il n’est pas que critique de cinéma, Neuhoff, il est aussi romancier. Il y a quelques années, j’avais lu de lui un de ses romans de jeunesse. J’en ai oublié le titre, mais c’était léger, agréable. Il est aussi essayiste et son petit bouquin Lettre ouverte à François Truffaut valait le coup. J’en avais donné ici un extrait il y a un peu plus d’un an. Cliquez là, si vous voulez :

http://www.leblogdescoutheillas.com/?p=13096

Il vient de sortir un petit bouquin (131 pages qui, avec une mise en page normale, auraient bien tenu en 60) « (très) cher cinéma français » (les parenthèses sont de lui) et qui lui a valu Continuer la lecture de (très) cher cinéma français – Critique aisée n°186 

Do you Shakespeake ? – Critique aisée 28

(La première publication de cette critique a eu lieu le 3 juillet 2014. C’était le bon temps.)

Il faut bien le dire, le grand William avait une drôle de façon de s’exprimer. Pour rendre ses œuvres plus accessibles aux élèves des lycées, c’est-à-dire, selon Pierre Desproges, ceux qui savent lire dès l’âge du permis de conduire, l’Education Nationale a décidé de faire remplacer une douzaine d’expressions élisabéthaines particulièrement obscures par les traductions suivantes :

1Marcher contre le vent de la raison : S’apprêter à faire une connerie. (Antoine et Cléopâtre)

2Il se rit des plaies celui qui n’a jamais reçu de blessure : Tu feras moins le malin quand ça t’arrivera à toi ! (Roméo et Juliette)

3Si c’était fait lorsque c’est fait, il faudrait le faire tout de suite : Ah! Si ça pouvait être fini avant que ça commence ! (Macbeth) Continuer la lecture de Do you Shakespeake ? – Critique aisée 28 

J’ACCUSE – Critique aisée n°185

Critique aisée n°185

J’ACCUSE
Roman Polanski – 2019 -132 min.
Jean Dujardin, Emmanuelle Seigner, Louis Garrel, Mathieu Amalric, Melvil Poupaud, Vincent Perez… et une petite moitié de la Comédie Française (Grégory Gadebois, Hervé Pierre, Didier Sandre, Eric Ruf, Laurent Stocker, Michel Vuillermoz, Denis Podalydes, Laurent Nastrella, Bruno Raffaelli)

 Je vais vous parler du dernier film de Polanski, et c’est tout. Mais vous savez bien qu’avant d’entrer véritablement dans une critique, je ne peux faire autrement que de tourner un peu autour du sujet, juste pour m’échauffer. Alors, patience…

« La justice militaire est à la justice ce que la musique militaire est à la musique. »

L’attribution de ce célèbre aphorisme à Georges Clémenceau semble pleinement justifiée quand on se rappelle Continuer la lecture de J’ACCUSE – Critique aisée n°185