Archives pour la catégorie Critiques

Deux moi – Critique aisée n°174 

Critique aisée n°174    

Deux Moi
Cedric Klapisch – 2019
Ana Girardot, François Civil, François Berléand, Camille Cottin, Simon Abkarian, Eye Haidara

Cédric Klapisch a tourné 13 films. Sur les treize, je n’en ai vu que huit. Désolé, mais il n’y a pas que le cinoche dans la vie. Je crois bien que parmi les huit, il n’y en a pas un seul que je n’ai pas aimé. Souvenez-vous du « Péril Jeune », ce film à tout petit budget qui avait révélé Romain Duris et Vincent Elbaz et qui est devenu, paraît-il, un film culte de la génération née dans les années 60. Deux autres films avaient fait connaître Klapisch du grand public, et c’était bien sûr « Chacun cherche son chat » et « L’Auberge Espagnole ». Rien qu’à avec ces trois films, on pourrait Continuer la lecture de Deux moi – Critique aisée n°174  

¿ TAVUSSA ? (59) : Les listes noires

Pour les réseaux sociaux, et jusqu’à ce que l’hydre revienne à ses
anciennes obsessions, l’homme à abattre n’est plus Roman Polanski, c’est Woody Allen. Son dernier film, dont j’ai parlé il y a quelques jours (Critique aisée n°173) et qui est l’une des meilleures comédies sophistiquées new-yorkaise depuis Breakfast at Tiffany’s — je place « Blue Jasmine » très haut, mais pas dans les comédies sophistiquées new yorkaises — n’est pas distribué aux USA parce qu’un tsunami social s’est déversé sur son réalisateur et sur son producteur Amazon dès que l’on a su qu’un film de W.A. allait sortir et que, outrage suprême, il mettrait en scène deux ou trois quadra ou quinquagénaire draguant, d’ailleurs fort gentiment, une jeune femme de 20 ans. Du coup, Amazon cède et ne distribue pas le film et les trois acteurs principaux Continuer la lecture de ¿ TAVUSSA ? (59) : Les listes noires 

Un jour de pluie à New York – Critique aisée n°173

Critique aisée n°173

Un jour de pluie à New York
Woody Allen – 2019 (tourné en 2017)- 1h32min
Timothée Chalamet, Elle Fanning, Selena Gomez, Jude Law…

Pour une fois, je vais tout de suite vous parler du film. Pour ce qui est du sort qu’on lui fait aux USA, on verra plus tard. Peut-être.

J’ai aimé presque tout ce qu’a fait Woody Allen.
J’aime la pluie à condition que ce soit en ville, j’y aime l’automne aussi, j’aime les chansons de Bing Crosby et la musique d’Oscar Peterson, et aussi celle des piano-bar, j’aime les voix-off à la Truffaut, j’aime les dialogues brillants et désabusés, j’aime les plans fixes construits comme des tableaux aux couleurs chaudes, j’aime la nostalgie, j’aime l’absurde, j’aime l’humour, j’aime les taxis jaunes, j’aime une vue sur Central Park, j’aime Manhattan, les jolies filles, les soirées chics et les beaux appartements. Et j’ai trouvé tout ça dans « Un jour de pluie à New-York« . Alors pensez si j’ai aimé !

D’abord, tout se passe dans un milieu où tout le monde est très riche. Déjà, ça fait un souci de moins pour la durée du film. Ensuite, la musique vous met tout de suite dans l’ambiance : fin des années cinquante, début des soixante, quand nous étions encore jeunes, quand tout était encore doux, gentil, tolérant, le rêve américain — le rêve américain. En fait, ça se passe probablement à notre époque formidable, mais comme rien n’est vraiment daté, ça nous permet de nous croire cinquante ans plus tôt. A vrai dire, peu importe, car à l’entrée du film, on se débarrasse des problèmes sociaux, la pauvreté, les immigrés, la politique de Trump, l’intolérance, le puritanisme, la pudibonderie comme on s’est débarrassé des problèmes d’argent un peu plus tôt. J’en entends qui diront que le film manque singulièrement de conscience sociale. Je confirme. Mais qu’est-ce que je m’en fiche. C’est un conte de fée, ou plutôt une pièce de Marivaux, et moi, j’aime ça.

Gastby (Timothée Chalamet) et Ashleigh (Elle Fanning)  — attention, c’est Ashleigh et pas Ashley, elle y tient —tous deux étudiants à Yardley, une université chic et chère upstate — littéralement « en haut de l’état », c’est à dire dans la partie nord de l’état de NewYork — sont ensemble. Gatsby vient d’une famille riche de New York, et Ashleigh, d’une famille tout aussi riche de Tucson- Arizona. Lui est plutôt intellectuel, pianiste et joueur de poker. Elle est totalement charmante, naïve et enthousiaste, un peu plouc aussi, forcément, l’Arizona. Est-ce qu’ils s’aiment ? On dirait, mais là n’est pas le problème. En tout cas, ils sont simplement bien ensemble. Pour le compte du journal de Yardley, elle a obtenu une interview d’une heure avec un célèbre réalisateur de cinéma qu’elle doit rencontrer à New York. En l’accompagnant dans son voyage, il voit l’occasion de passer un week-end en amoureux tout en lui faisant visiter la ville qu’il aime. Chanceux au jeu, il lui promet le meilleur hôtel , les meilleurs restaurants, bars, lieux branchés, bref un week-end de rêve. C’en sera bien un pour elle comme pour lui, mais pas comme ils l’imaginaient. Je ne vous en dirai pas plus, c’est inutile. Vous vous laisserez conduire dans la ville, dans les rencontres et dans les sentiments que Gatsby et Ashleigh vont vivre chacun de leur côté.

Les comédiens sont excellents.
Tout d’abord, il y a Timothée Chalamet, déjà vu dans Call me by your name. Hésitant au début, il ne m’a tout d’abord pas paru très convainquant, jouant un peu faux comme Woody Allen aurait  pu le faire lui-même. Mais au fur et à mesure du film, il s’améliore jusqu’à la presque perfection — à croire que le film a été tourné chronologiquement. J’ai été très ému, cela m’arrive de plus en plus, par une scène dans laquelle Gastby se met au piano et chante une petite chanson triste.
Ensuite Elle Fanning, Ashleigh. Elle est tout ce que doit être une jolie fille de province, gaie, enthousiaste, volontaire, timide ; elle explose totalement dans des scènes d’ivresse. C’est un plaisir de la voir vivre.
Et puis, il y a Selena Gomez. Sœur cadette d’une ancienne petite amie de Gatsby, elle est merveilleusement new-yorkaise, provocante et sarcastique.
Jude Law, étonnant dans un rôle de scénariste, totalement déboussolé quand son metteur en scène entre dans une colossale crise de doute sur son art au moment même où il s’aperçoit de l’infidélité de sa femme.
Quelques scènes notables parmi d’autres : les premières minutes de l’interview du célèbre réalisateur par Ashleigh, la rencontre de Gatsby et d’une escort-girl, le monologue de la mère de Gatsby.

C’est vif, c’est drôle, c’est ironique, c’est mélancolique, et c’est beau. Pour une fois la bande annonce ne ment pas. Elle dit : «  New York est sophistiquée, New York est captivante, New York est séduisante, New York est romantique, particulièrement quand il pleut. » 

Attention : la photo n’est pas extraite du film. C’est moi qui l’ai faite !

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De Santiago du Chili :
C’est la pharmacie Lopez qui sera de garde dimanche prochain.

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AD ASTRA – Critique aisée n°172

Critique aisée n°172

AD ASTRA
Désastreux
James Gray – 2019
Brad Pitt, Tommy Lee Jones, Donald Sutherland

Pour commencer, comme d’habitude, un peu de small talk avant d’entrer dans le vif du sujet : tous les articles, tous les critiques, tous les amis et moi qui vous parleront de ce film vous diront avec componction que son titre vient de l’expression latine « Ad astra per aspera » qui signifie : « Vers les étoiles à travers les difficultés ». Ils pourront vous donner aussi une autre traduction, plus littérale : « Vers les étoiles par des chemins ardus ». On s’en fout, c’est pareil. Vous serez surement intéressé à savoir que c’est la devise du grand-duché de Meckembourg-Schwerin et de la marque de vêtements Quatre Cent Quinze. Personnellement, je préfère celle de Buzz l’Éclair : « Vers l’infini et au delà ! » Pour le film de James Gray qui vous emmène Continuer la lecture de AD ASTRA – Critique aisée n°172 

¿ TAVUSSA ? (58) : Asphalt jungle

Habitués que vous êtes à mes Critiques aisées, en lisant ce titre, Asphalt jungle, vous vous régalez déjà à l’idée que je vais aujourd’hui vous parler de ce formidable film de 1950 de John Huston, de la présence physique écrasante de  Sterling Hayden, de l’éternel regard de labrador de James Whitmore, de la subtilité avide de Louis Calhern, de la courte mais prometteuse apparition de Marylin Monroe, de la superbe photographie noir et blanc de Harold Rosson et des tentatives de colorisation heureusement interdites. Eh bien non, je ne vais pas vous parler de The asphalt jungle, le film dont le titre avait été fidèlement traduit en français par « Quand la ville dort« .

Non, mon sujet aujourd’hui, c’est The asphalt jungle, et plus précisément The Paris asphalt jungle, autrement dit La jungle de l’asphalte parisien.

Vous me voyez encore venir et vous pensez qu’une nouvelle fois je vais me plaindre des milliers de travaux de Paris, tous commencés mais jamais finis1, de la réduction idéologique Continuer la lecture de ¿ TAVUSSA ? (58) : Asphalt jungle 

Roubaix, une lumière – Critique aisée n°171

Critique aisée 171

Roubaix, une lumière
Arnaud Desplechin – 2019
Roschdy Zem, Léa Seydoux, Sara Forestier, Antoine Reinartz

Pour une fois, je ne ferai aucun détour préalable, je ne prendrai aucune précaution oratoire, je ne vous conterai pas d’anecdote historique ou personnelle, je ne citerai aucune pédante référence à la carrière du réalisateur, à ses sources ou à ses obsessions personnelles, je ne ferai aucune allusion ironique à la critique de Télérama. Je vais simplement et brièvement vous dire que, ce film, vous pouvez le voir. Je vous y encourage, même.

C’est bien fait, les images sont belles, la musique est symphonique mais discrète, le récit est pathétique et policier et les deux parties du film, profondément différentes l’une de l’autre, sont également passionnantes.

Vous y trouverez principalement trois acteurs :
Roschdy Zem, enfin révélé dans un premier rôle,
Léa Seydoux, excellente,
Sara Forestier, transformée, enlaidie, incroyable !

Voilà, c’est tout pour aujourd’hui. Étonnant, non ?

Frankie – Critique aisée n°170

Critique aisée N°170

Frankie
Ira Sachs – 2019
Isabelle Huppert, Pascal Greggory, Brendan Gleeson, Jérémie Renier, Marisa Tomei, Greg Kinnear

Vous connaissez l’importance que j’attache aux critiques du Masque et la Plume. Ça fait maintenant des années que je vous en rebats les oreilles. L’avantage de cette réunion hebdomadaire de journalistes spécialisés, c’est que les avis s’y confrontent, qu’ils s’y opposent, parfois vivement, et qu’avec un peu d’habitude, cela vous permet de faire votre marché. Par exemple, une analyse rapide des avis de Xavier Leherpeur, Eric Neuhoff, Jean-Marc Lalanne et Pierre Murat sur le dernier film de Xavier Dolan suivie d’une subtile synthèse vous permettra de vous décider à aller le voir ou non. Alors quand ces quatre-là sont unanimes, vous vous dites que vous pouvez y aller de confiance. C’était le cas pour Frankie, le dernier film dans lequel Continuer la lecture de Frankie – Critique aisée n°170 

Never grow old – Critique aisée 169

Critique aisée n°169

Never grow old
Ian Kavanagh – 2019
John Cusack, Emile Hirsch, Déborah François

Ce film, je vais pouvoir vous en dire la fin. Ce n’est pas mon habitude, mais de deux choses l’une : ou vous l’avez vu et vous la connaissez, ou vous ne l’avez pas vu et vous ne la connaîtrez jamais.
Jamais ?
Jamais !
Ou alors dans deux ou trois ans sur l’écran fissuré de votre tablette obsolète et d’ici là, il y a longtemps que vous aurez oublié ma critique.
Mais pourquoi, ce jamais péremptoire ?
C’est évident :

  1. Never grow old est sorti au mois d’août
  2.  C’est un western
  3.  Il n’est pas signé Quentin Tarentino
  4.  Ni Brad Pitt, ni Tom Cruise ne jouent dedans
  5.  La presse n’a pas été très bonne

Cinq mauvaises raisons, mais raisons quand même pour qu’il disparaisse des salles au bout d’une semaine.

La critique du Masque et la Plume ayant été unanimement bonne, je Continuer la lecture de Never grow old – Critique aisée 169 

¿ TAVUSSA ? (57) : Correctitude ou correction, il va falloir choisir

Quand on écrit aujourd’hui, même si l’on n’est lu que par quelques dizaines de personnes, il faut faire très attention aux mots que l’on emploie, aux plaisanteries que l’on fait, aux anecdotes que l’on raconte, aux thèmes que l’on aborde. Sinon, le flair surdéveloppé des beagles du service de détection du politiquement incorrect a tôt fait de vous signaler, pas encore aux autorités, mais à l’attention des zélotes de la correctitude.

J’ai pu constater la précision des instruments de contrôle de la conformité à la néo-pruderie ambiante lors de la publication sur un forum d’écriture de cet article « Qui était donc ce type ? » que j’avais déjà publié ici-même. Si ça ne vous rappelle rien, vous pouvez le  relire en cliquant sur son titre ci-dessus. Mais si vous vous en souvenez, vous vous souviendrez aussi que, dans des phrases voisines, j’avais écrit en substance que Continuer la lecture de ¿ TAVUSSA ? (57) : Correctitude ou correction, il va falloir choisir 

La grande Beune – Critique aisée 168

Critique aisée n°168

La grande Beune
Pierre Michon – 1996
Collection Folio – 78 pages

Honnêtement, j’ai un peu de mal à commencer cette critique. Ceci pour deux raisons. La première, c’est que ce livre m’a été offert et recommandé par un ami.

Et déjà, là, je m’arrête et m’interroge : Pourquoi avoir précisé « par un ami » ? Qui d’autre qu’un ami peut-il vous offrir un livre ? Un livre n’est pas un cadeau de civilité, comme une boite de chocolat ou un bouquet de fleurs — d’ailleurs, on m’offre assez peu de fleurs. Comme le parfum, le livre est un cadeau des plus personnels avec la différence qu’il est personnel à celui qui offre. Il peut révéler ses goûts et ses couleurs, sa façon d’aimer, ses détestations. Il engage sinon son honneur, mais parfois sa réputation — pas à tous les coups, bien sûr, mais quand même. Que celui qui, offrant un livre, accepte ainsi de s’exposer, éventuellement d’être jugé, est bien une preuve d’amitié.

Mais j’y pense : pourquoi à « offert » ai-je ajouté « et recommandé » ? Quelqu’un, même quelqu’un qui ne serait pas de vos amis, vous a-t-il dit un jour : « Tiens, je t’ai apporté un livre. Il est sans intérêt, creux et ennuyeux ; de plus, il est mal écrit et n’a rencontré aucun succès » ?  Non, bien sûr ! Parce que, quand on offre Continuer la lecture de La grande Beune – Critique aisée 168