Archives pour la catégorie Citations & Morceaux choisis

RENDEZ-VOUS À CINQ HEURES (14)

RENDEZ-VOUS À CINQ HEURES (14)

28/05/20

 

Au fil des mots (2)

Nous avons pu lire sur ce blog et ses commentaires de nombreuses réflexions sur le temps qui passe. La moyenne d’âge y est pour quelque chose, sans doute !

Quelques citations glanées dans mes lectures :

« Elle avait eu quarante ans de très bonne heure ; mais elle se rattrapait, disait-elle, en s’y tenant depuis vingt ans. » (Balzac)

« On ne peut s’empêcher de vieillir, mais on peut s’empêcher de devenir vieux » (Henri Matisse)

« Car le jeune homme est beau, mais le vieillard est grand (…) Et l’on voit de la flamme aux yeux des jeunes gens Mais dans l’œil du vieillard, on voit de la lumière.  » (Victor Hugo – Booz endormi)

« Si la vie est éphémère, le fait d’avoir vécu une vie éphémère est un fait éternel » (Vladimir Jankélévitch)

Bruno (à suivre…)

 

Brel à Ventura

Dans la lignée des lettres d’artiste à artiste, j’avais publié celle de Truffaut à Godard et celle de Ferré à Breton. Ces lettres étaient plutôt des règlements de comptes que des preuves d’admiration réciproque. En voici une, de Jacques Brel à Lino Ventura. Elle est bien brève, cette lettre, mais elle est vibrante  de sincérité et d’amitié.

Qui n’a pas rêvé un jour d’avoir Ventura pour ami ? Pour ce qui est de Brel, une amitié avec lui, ç’aurait été plus compliqué, le personnage était complexe, passionné, écorché. J’imagine que les contacts avec lui pouvaient être parfois rugueux et qu’on en sortait pas indemne. Mais Ventura… Oui, Lino, on airait bien aimé…

Maintenant, la lettre :

Cher Lino,
            Plus de deux mois en mer déjà sur ce petit bateau, du vent, des orages, de la pluie qui lave et ce soir l’envie de te parler. Tu sais, Lino, je suis plus jeune que toi mais je crois tout de même être autorisé à te dire que je t’aime bien. J’ai rencontré si peu d’hommes en Continuer la lecture de Brel à Ventura 

Aphorismes sur n’importe quoi

Le XIV ème arrondissement est le quartier le moins intéressant de Paris : le Lion de Belfort, l’église de Montrouge et les catacombes sont les seules curiosités, affreuses. C’est fait exprès pour qu’il n’y ait pas de touristes.
Michel Audiard

Les optimistes assurent que nous vivons dans le meilleur des mondes possibles. Il n’y a que les pessimistes pour craindre que cela soit vrai.
James Branch Cabell

(aphorismes extraits de la collection personnelle de Lorenzo dell’Acqua)

Dernière lettre

Morceau choisi

Lettre du mercredi 30 décembre 1959 d’Albert Camus à Maria Casarès.

Bon. Dernière lettre. Juste pour te dire que j’arrive mardi, par la route, remontant avec les Gallimard lundi (ils passent par ici vendredi). Je te téléphonerai à mon arrivée, mais on pourrait peut-être convenir déjà de dîner ensemble mardi. Disons en principe, pour faire la part des hasards de la route — je te confirmerai le dîner au téléphone.
Je t’envoie déjà une cargaison de tendres vœux, et que la vie rejaillisse en toi pendant toute l’année, te donnant le cher visage que j’aime depuis Continuer la lecture de Dernière lettre 

Oncle Podger accroche un tableau

« Trois hommes dans un bateau, sans parler du chien » de Jerome K. Jerome (1857-1929) a été pour moi la  porte magistrale qui m’a permis d’entrer dans l’humour anglais. Ont suivi ensuite, dans le désordre, Dickens, P-G. Wodehouse, George Mikes, David Lodge et aussi quelques américains plus british que nature, comme James Thurber et Peter Benchley. Mais c’est vraiment Jerome qui m’a ouvert cette porte. Si vous n’avez lu de lui que Trois hommes dans un bateau, un peu désuet aujourd’hui, je vous recommande un recueil de nouvelles autobiographiques sur la vie à la campagne qui s’appelle, si mes souvenirs sont bons : Mes enfants et moi. 

Voici un extrait des ‘Trois hommes … ». Un soir à la télévision, ce texte avait été lu par Denis Podalidès pour l’émission « La grande librairie ». J’en pleure encore.

« De votre vie, vous n’avez vu agitation pareille, pareil va-et-vient du haut en bas des escaliers d’une maison comme le jour où mon oncle Podger entreprenait de faire quelque chose.  Un tableau qui rentrait de chez l’encadreur se trouvait posé dans la salle à manger, attendant d’être accroché.  Ma tante Podger disait :

-— Que faut-il en faire ?

— je t’en prie, laisse-moi m’occuper de cela ! disait l’oncle. Que ni toi ni personne n’y touche !  Je ferai cela tout seul !

Il enlevait  son veston et s’y  mettait, en effet.  Il envoyait sa fille chercher six pence de clous chez le quincaillier ; puis l’un des garçons après elle, pour dire à sa sœur de quelle dimension il fallait les prendre ; et, comme cela, de fil en aiguille, il vous mettait en branle et mobilisait toute la maison

— Bon.  Maintenant, Willy, criait-il, va chercher mon marteau !  Et toi, Tom, apporte-moi la règle.  J’aurai besoin aussi de l’escabeau, peut-être aussi d’une chaise de cuisine!  Jim !  Cours donc chez M. Goggles, et dis-lui : «Monsieur, papa vous présente ses compliments.  Il espère que votre jambe va mieux, et est-ce que vous pourriez lui prêter Continuer la lecture de Oncle Podger accroche un tableau 

Sans commentaire

Morceau choisi

Ne vagabonde plus. Tu n’es plus destiné à relire tes notes, ni les histoires anciennes des Grecs et des Romains, ni les extraits de traité que tu réservais pour tes vieux jours. Hâte-toi donc au but, dis adieu aux vains espoirs et viens-toi en aide si tu te soucies de toi-même tant que c’est encore possible.

Marc Auréle – Pensées pour moi-même

 

Qu’est-ce que vous voulez ajouter à ça ?

 

Lettre à l’ami d’occasion

Morceau choisi

Je ne connais pas bien André Breton, pour ainsi dire et même, disons-le, pas du tout. Par contre, j’ai longtemps passé sur mon Teppaz les chansons de Léo Ferré. Engagées, drôles, méchantes, émouvantes, j’en connaissais beaucoup par coeur. Et puis, cette espèce de physique qui mélangeait Albert Einstein à Nosferatu avait quelque chose de sympathique. Pourtant, pour ce que je voyais du bonhomme, sympathique, il ne l’était pas. Il ne cherchait pas à l’être. Mais sa musique, ses poèmes, ses coups de gueule aussi, méritaient le respect.

En 1956, Ferré a adressé une lettre à André Breton. Je ne sais plus comment j’étais tombé dessus mais, à toute fin utile, l’avais gardée jusqu’ici dans une vielle clé USB . En ces temps où nous avons le temps, j’ai pensé que ça pourrait vous intéresser. En tout cas, après avoir lu ça, je ne regrette plus de n’avoir pas avoir connu Breton. La lettre est un peu longue peut-être, et peut-être n’irez-vous pas jusqu’au bout. Ce serait dommage car elle est aussi surprenante que celle de Truffaut à Godard que j’avais publiée ici il y a quelques mois.

Lettre à l’ami d’occasion

Cher ami,

Vous êtes arrivé un jour chez moi par un coup de téléphone, cette mécanique pour laquelle Napoléon eût donné Austerlitz. Je n’aime pas cette mécanique dont nous sommes tous plus ou moins tributaires parce qu’elle est un instrument de la dépersonnalisation et un miroir redoutable qui vous renvoie des images fausses et à la mesure même de la fausseté qu’on leur prête complaisamment. Et ce jour là, pourquoi le taire, j’étais prêt à toutes les compromissions : Vous étiez un personnage célèbre, une sorte d’aigle hautain de la littérature « contemporaine », un talent consacré sinon agressif. J’étais flatté mille fois que vous condescendiez à faire mon chiffre sur votre cadran à grimaces, pour solliciter une rencontre dont je ne songeais nullement Continuer la lecture de Lettre à l’ami d’occasion 

Une brève histoire de l’homme

Dans ce passage du dernier roman de Ian McEwan, le narrateur réfléchit sur l’avenir de l’homme à l’heure de l’émergence de l’Intelligence Artificielle.  À l’heure ou je relis ce texte avant de le publier, moi qui viens d’achever la lecture des « Particules élémentaires » et qui vous en ai parlé samedi dernier, je me demande si, pour la concision dans la description du déclin de l’homme, McEwan n’a pas lu Houellebecq. 

(…) Je m’installai dans la cuisine, dans un vieux fauteuil de cuir, un ballon de vin blanc moldave à la main. Il y avait un plaisir intense à poursuivre une réflexion sans être contredit. Je n’étais sûrement pas le premier à le penser, mais on pouvait envisager l’histoire de l’estime de soi chez les humains comme une série de de déclassements conduisant à l’extinction. A une époque, nous trônions au centre de l’Univers, avec le Soleil, les planètes et le monde observable qui tournait autour de Continuer la lecture de Une brève histoire de l’homme 

De l’introspection par la lecture

Morceau choisi

L’écrivain ne dit que par une habitude prise dans le langage insincère des préfaces et des dédicaces : « mon lecteur ». En réalité, chaque lecteur est, quand il lit, le propre lecteur de soi-même. L’ouvrage de l’écrivain n’est qu’une espèce d’instrument optique qu’il offre au lecteur afin de lui permettre de discerner ce que, sans ce livre, il n’eut peut-être pas vu en soi-même. La reconnaissance en soi-même, par le lecteur, de ce que dit le livre est la preuve de la vérité de celui-ci, et vice-versa, au moins dans une certaine mesure la différence entre les deux textes pouvant être souvent imputée non à l’auteur mais au lecteur.

Marcel Proust – Le Temps retrouvé