Archives de catégorie : Citations & Morceaux choisis

Woody et les Comiques

“Quand je quand je repense à mes années de stand-up, je dois avouer que les comiques et humoristes d’aujourd’hui me surpassent de beaucoup. Les seules critiques que je pourrais faire, c’est d’abord que nombre d’entre eux sont d’une vulgarité gratuite. N’oubliez pas, je dis gratuite. La vulgarité ne me dérange pas quand elle renforce le comique du numéro, mais dans la libération du langage dans les années 1960, c’est gênant d’entendre les humoristes ponctuer leurs vannes de prétendus gros mots. Apparemment, ils ont l’impression que ça leur donne un côté branché et malin, une outrance ou une liberté, alors qu’en réalité ils pourraient faire le même sketch en employant des mots simples sans s’évertuer si pesamment à produire un effet que la vulgarité, pensent-ils à tort, les aide à atteindre. C’est souvent tellement forcé, tellement lourdingue. Ensuite, il y a ces nouveaux clichés dans la façon Continuer la lecture de Woody et les Comiques

L’Homme

L’homme date des temps les plus anciens.
Les manuscrits du Moyen Age mentionnent déjà son existence. Sur des images à fond doré. Ils le représentent chassant le loup, le canard, ou même la sarcelle, en culotte rouge et en petit chapeau vert décoré d’une plume de poulet. Ou alors entouré de licornes. Et aussi mangé par des lions. Ou pliant le genou devant une dame. Ou attaquant des châteaux forts sur des lacs suisses, avec une petite culotte bouffante, des manches gigots, des piques très compliquées, des pertuisanes dont le fer a l’air d’une lettre arabe, des canons, des boulets en pierre, sur des radeaux que les assiégés repoussent du pied en brandissant des couteaux de cuisine.

Allez ! Je vous laisse deviner, ou trouver, de quel traité d’histoire j’ai tiré cet extrait.

My hero !

Morceau choisi

(…) Ce n’était pas le malabar qui m’intéressait. Ça n’avait jamais été lui, ça ne le serait jamais, et ça l’était encore moins là, maintenant.
J’étais sur Central Avenue, le Harlem de Los Angeles, dans un quartier « mélangé » où on trouvait encore des boutiques tenues par des Noirs et des Blancs. Je cherchais un petit barbier grec appelé Tom Aleidis dont la femme souhaitait le retour au bercail et était disposée à investir un peu d’argent dans ce but. Un boulot pépère. Tom Aleidis n’était pas un truand.
Le malabar était planté devant le Shamey’s, un rade cent pour cent noir situé en étage. Le type regardait comme en extase l’enseigne au néon délabrée au-dessus de sa tête. On aurait dit un immigrant d’Europe Centrale contemplant la Statue de la Liberté : un gars qui avait attendu ça toute sa vie, et qui avait fait un sacré chemin.
Il n’était pas seulement baraqué. C’était un géant. Il devait faire plus de deux mètres dix, et je n’avais jamais vu un Continuer la lecture de My hero !

RENDEZ-VOUS À CINQ HEURES (77)

RENDEZ-VOUS À CINQ HEURES (77)

29/09/2020

Fred Astaire
Cyd Charisse

L’autre jour, je parlais de l’élégance de Fred Astaire. Quand elle est associée à celle de Cyd Charissse dans une séquence comme celle-ci, elle me laisse sans voix. A chaque fois.

Voici une scène de The Band Wagon (Tous en scène), film tourné par Vicente Minelli un an après Chantons sous la pluie. Ça se passe à Central Park.

Silence, ça tourne.

Dancing in the dark

RENDEZ-VOUS À CINQ HEURES (76)

RENDEZ-VOUS À CINQ HEURES (76)

27/09/2020

Gene Kelly
Donald O’Connor

Pour ce film, Chantons sous la pluie, réalisé en 1952 par Gene Kelly et Stanley Donen, il est permis d’hésiter entre la Nostalgie, célébrée très régulièrement ici, et la joie de vivre.

Chantons sous la pluie, c’’est la reine incontestable des comédies musicales.

Bien sûr, il y a les spectacles grandioses de Busby Berkeley et ses centaines de danseuses en robe du soir et danseurs en habit filmés à la verticale, il y a les élégances incomparables de Fred Astaire, génie de la danse en couple, les rêves de Vicente Minelli, mais aucun autre ‘musical’ que Chantons sous la pluie, ne réussit à réunir la technique individuelle de la danse, la chorégraphie, la comédie, la parodie, la satyre et finalement la joie de vivre.

Comme vous connaissez par coeur le numéro qui donne son titre au film, je vais plutôt vous proposer ce soir celui de la leçon de diction, peut-être le plus gai et le plus énergique du film.

Entrent en scène Gene Kelly et Donald O’Connor. Regardez, écoutez « Moses supposes his toes are roses ». Mais avant faites de la place dans votre salon parce que, mon vieux, ça va danser.

La leçon de diction

Legrandin ou “Comment éviter de rendre service”

Cette scène est extraite de « Du côté de chez Swann ». Elle met en scène Monsieur Legrandin, ingénieur, poète au langage fleuri, qui au premier abord impressionne fortement le narrateur. Mais un peu plus tard, il se rendra compte, dans une autre scène, que Monsieur Legrandin est un snob de la plus belle espèce, et dans celle-ci, qu’il est prêt à tout dire pour éviter d’avoir à introduire quelqu’un auprès de sa sœur, qui a épousé un petit noble de la région de Balbec.
Cet extrait est pour moi absolument exemplaire de la façon dont le petit Marcel décrit l’hypocrisie de ses personnages.
Quand la scène commence, Legrandin, qui est en train de décrire les beautés de la Côte d’Opale, prononce le nom de Balbec, station balnéaire où doit bientôt se rendre le narrateur en vacances.

— (…) De Balbec surtout, où déjà des hôtels se construisent, superposés au sol antique et charmant qu’ils n’altèrent pas, quel délice d’excursionner à deux pas dans ces régions primitives et si belles

— Ah! est-ce que vous connaissez quelqu’un à Balbec? dit mon père. Justement ce petit-là doit y aller passer deux mois avec sa grand’mère et peut-être avec ma femme.

Legrandin pris au dépourvu par cette question à un moment où ses yeux étaient fixés sur mon père, ne put les détourner, mais les attachant de seconde Continuer la lecture de Legrandin ou “Comment éviter de rendre service”

RENDEZ-VOUS À CINQ HEURES (75)

RENDEZ-VOUS À CINQ HEURES (75)

24/09/2020

Juliette Gréco

Elle est morte hier, la grande Juliette. Je me souviens que mon père en était amoureux, que ma grand soeur chantait ses chansons, et que je chante toujours à mes petits enfants sa “Fourmi”, celle qui a dix-huit mètres avec un chapeau sur la tête. J’ai choisi cette chanson créée par elle en 1967 ; elle avait alors quarante ans

Déshabillez-moi

Mais si vous préférez Saint Germain des Prés, en duo avec l’auteur, Guy Béart, vous pouvez cliquer dessus :

Il n’y a plus d’après à Saint-Germain des Prés

Walter Mitty, c’est moi !

J’ai une tendresse toute particulière pour cette nouvelle de James Thurber, “La vie secrète de Walter Mitty”, et ceci pour deux raisons.
La première, c’est qu’elle incarne pour moi le modèle de la nouvelle humoristique, avec son humanisme et ses chutes à répétition. La seconde raison, c’est que Walter Mitty, c’est moi. 

Critique aisée 42-1 (déjà publiée le 24 novembre 2014)

Madame Bovary, c’est moi!

Ce qu’avait voulu dire Flaubert en lançant cette petite phrase, on ne le sait pas vraiment. Voulait-il confirmer par là qu’il avait écrit tout ça tout seul : Madame Bovary, c’est moi qui l’ai écrit tout seul ! Moins prosaïque et plus littéraire: on pourrait penser qu’il voulait expliquer que la personnalité d’Emma, son attitude devant la vie, son insatisfaction, ses déceptions, étaient le résultat de ce que lui, écrivain, avait vécu. Moins littéraire et plus psychologique: certains affirment qu’avec cet aphorisme, Flaubert avait voulu révéler la femme qui était en lui. Moins psychologique et plus people: à partir de cette petite phrase, d’autres ont même été jusqu’à insinuer que Gustave était une femme.

Madame Bovary, c’est moi ! ” Qu’est-ce que Flaubert avait bien voulu dire par là ? Hé bien, rien du tout. Parce qu’aux dernières nouvelles, Continuer la lecture de Walter Mitty, c’est moi !