Archives pour la catégorie Citations & Morceaux choisis

Panneaux vindicatifs

(…) Ainsi, le contenu de ces immenses panneaux qui bordent les autoroutes à fait l’objet d’une étude préalable fouillée. De nombreux sondages ont été réalisés, afin d’éviter de choquer telle ou telle  catégorie d’usagers ; des psychologues ont été consultés, ainsi que des spécialistes de la sécurité routière ; tout cela pour aboutir à des indications du style : « Auxerre », ou : « Les Lacs ».

Michel Houellebecq  –  Approche du désarroi – 1998


Crédit photo : E.Jutteau

ET DEMAIN, UN TABLEAU DE SEBASTIEN

Michelin, l’indispensable

Dans la première édition du Guide Michelin, sortie en 1900 à l’occasion de l’Exposition Universelle, on trouvait ceci :

PIECES DE RECHANGE
ET ACCESSOIRES

Qu’un Chauffeur doit toujours emporter dans les coffres de son Automobile

1 cric
1 marteau
1 étau à main
Quelques limes
1 pince à gaz
1 pince plate
1 tourne-vis
1 jeu de clefs ordinaires
1 jeu de clefs à douille
1 clef King-Dick
1 clef à douille pour écrou de tube de platine
1 clef de chapeau de roue
1 jeu de goupilles Continuer la lecture de Michelin, l’indispensable 

Banalités sur Diogène

Rappel de quelques banalités pouvant quand même être utiles en société :

Diogène
— dit  « de Sinope », dit  « le Cynique »
— 413-327 av J-C
— Contemporain de Socrate, Platon, Alexandre le Grand
— Philosophe grec de l’école cynique ((Cynique, de kynikos : qui concerne le chien)
— Ancêtre des clochards anarchistes professionnels
— Vivait de l’aumône de ses concitoyens qu’il insultait copieusement
— Habitait dans une jarre, et non dans un tonneau, objet qui ne fut inventé que cinq cents ans plus tard
—Sur l’agora bondée, en plein jour et à l’aide d’une lanterne, cherchait vainement un homme
— Ne voulait pas qu’Alexandre lui fasse de l’ombre
— S’est suicidé en retenant sa respiration
— Ou alors en mangeant un poulpe vivant
— Est resté célèbre pour des tas de raisons, y compris pour ses mots d’esprit

Sur l’agora, Diogène s’approche d’une statue. Il tend la main vers elle pour obtenir une aumône.
—Pourquoi fais-tu cela, lui demande un passant.
—Je m’habitue au refus, répond Diogène Continuer la lecture de Banalités sur Diogène 

Mais qui était donc cette dame ?

Un jour, dans la rue, vous croisez une femme qui vit en région parisienne, porte un tailleur et lit le Figaro.
Quelle est la probabilité la plus importante ?
1 – Elle est hôtesse de caisse
2 – Elle est DRH d’un grand laboratoire pharmaceutique

Voudriez-vous, s’il vous plait, répondre à cette question avant d’aller voir la bonne réponse qui est peut-être déjà ci-dessous dans un commentaire sur cet article ?

ET DEMAIN, UNE EPICERIE ROMAINE

Se survivre au participe passé

La règle du participe passé invariable des verbes qui ne peuvent avoir de complément d’objet direct nous fournit une liste qui, à elle seule, est un joli roman :

se rassembler   —  se sourire  —  se parler  —  se convenir  —  se complaire  —  se suffire  —  se mentir  —  se déplaire  —  s’entretenir  —  se succéder  —  se survivre

Paul Morand – Journal inutile – 5 janvier 1971

Sans vouloir être pédant, je vous inflige un petit rappel (extrait de L’Obs-Conjugaison). Si ça peut vous être utile… Continuer la lecture de Se survivre au participe passé 

Molière et le Marabout de ficelle

Vous vous souvenez peut-être du texte dans lequel je découvrais un nouveau type de conversation que je baptisai « la conversation marabout-de-ficelle« . Ce texte d’appelait tout simplement « J’en ai marre ! ». Vous pouvez le relire en cliquant ici. Eh bien, à ma grande confusion, je constate en écoutant Dom Juan que le « marabout-de-ficelle » existait déjà au XVIIème siècle.
En voici pour preuve un extrait de la scène II de l’acte V. Dom Juan vient d’expliquer à son valet qu’il a joué un tour à son père en lui faisant croire qu’il était converti alors qu’il n’en est rien. Sganarelle, affolé par l’impiété et l’hypocrisie de son maître, lui fait cette leçon :

SGANARELLE
— O Ciel! qu’entends-je ici? Il ne vous manquait plus que d’être hypocrite pour vous achever de tout point, et voilà le comble des abominations. Monsieur, cette dernière-ci m’emporte, et je ne puis m’empêcher de parler. Faites-moi tout ce qu’il vous plaira, battez-moi, assommez-moi de coups, tuez-moi, si vous voulez, il faut que je décharge mon cœur, et qu’en valet fidèle je vous dise ce que je dois. Sachez, Monsieur, que tant va la cruche à l’eau, qu’enfin elle se brise ; et comme dit fort bien cet auteur que je ne connais pas, l’homme est en ce monde ainsi que l’oiseau sur la branche, la branche est attachée à l’arbre, qui s’attache à l’arbre suit de bons préceptes, les bons préceptes valent mieux que les belles paroles, les belles paroles se trouvent à la cour. À la cour sont les courtisans, les courtisans suivent la mode, la mode vient de la fantaisie, la fantaisie est une faculté de l’âme, l’âme est ce qui nous donne la vie, la vie finit par la mort, la mort nous fait penser au Ciel, le ciel est au-dessus de la terre, la terre n’est point la mer, la mer est sujette aux orages, les orages tourmentent les vaisseaux, les vaisseaux ont besoin d’un bon pilote, un bon pilote a de la prudence, la prudence n’est point dans les jeunes gens, les jeunes gens doivent obéissance aux vieux, les vieux aiment les richesses, les richesses font les riches, les riches ne sont pas pauvres, les pauvres ont de la nécessité, nécessité n’a point de loi, qui n’a point de loi vit en bête brute, et par conséquent vous serez damné à tous les diables.

DOM JUAN.
— Ô beau raisonnement!

SGANARELLE.
— Après cela, si vous ne vous rendez, tant pis pour vous.

Bien sûr, certains diront que ce n’est pas à proprement parler une conversation mais plutôt un monologue. Peut-être, mais si ça, ça n’est pas du marabout-de-ficelle, je mange mon chapeau, peau de vache, vache de ferme, ferme ta gueule…

 

ET DEMAIN, L’ÉTÉ DE SEMPÉ

 

 

Madame Veuve et le Prussien

Durant la guerre de 1870, le Comte de Walkersee, officier prussien, manifestait son étonnement de voir Madame Pommery seule dans sa maison avec sa fille. Elle lui répondit n’avoir reçu jusqu’alors que des personnages bien élevés, mais que, s’il en était autrement, elle avait un revolver qui ne la quittait jamais. Les officiers prussiens lui rappelèrent la défense expresse de détenir une arme mais le Comte de Waldersee lui dit alors :
— Conservez votre arme, Madame. Ce ne sont pas les Prussiens qui désarment les dames, ce sont les Dames telles que vous qui désarment les Prussiens.

Extrait d’un cartel affiché dans les Caves Vranken-Pommery à Reims

Le Paris de Truffaut

Morceau choisi

    Quelques années après la mort de Truffaut, Éric Neuhoff a écrit ce petit bouquin sympathique, Lettre Ouverte à François Truffaut, moins en hommage au cinéaste qu’en témoignage d’amitié alors qu’ils ne s’étaient jamais rencontrés. Mais il y a des artistes dont, à travers leur œuvre, on se dit qu’on aurait pu être amis et pour moi, Renoir, Truffaut, Neuhoff, Vialatte, Blondin, Ventura sont des gens comme ça.
Éric Neuhoff est né en 1956 et François Truffaut est mort en 1984. A ce moment, Éric avait vingt-huit ans et moi quarante-deux. Tout ça fait beaucoup de différences d’âge, mais ça n’empêche que Truffaut, Neuhoff et moi avions quelques gouts communs : le Cinéma et Paris.

Le Paris de Truffaut

C’était rudement bien, votre Paris. Le Paris de Truffaut. Votre Paris est une ville bizarre, je trouve (à prononcer avec la voix de Valentina Cortese dans La Nuit américaine). La cinémathèque se trouvait avenue de Messine, dans un quartier à la Modiano. Frédéric Rossif poinçonnait les billets. Les habitués squattaient le premier rang. Les portes cochères s’ouvraient sans code. C’était des endroits pratiques pour embrasser les filles. Il y avait des vespasiennes et des Panhard. Au théâtre, on jouait La Bonne Soupe. Il fallait crier son nom au concierge après dix heures du soir. On se cognait en courant contre les grosses bornes rouges des pompiers. Les pneumatiques n’avaient pas été supprimés. Monsieur Longuet, faites quelque chose. Les numéros de téléphone commençaient par Carnot, par Batignolles. C’était plus évocateur que 227 ou 228. Quand une fille vous glissait son numéro à l’oreille, cela suffisait pour repérer l’arrondissement qu’elle habitait. Pauvre Doinel. Il n’avait rien compris. Ce nigaud prêtait des livres pour draguer et n’était pas invité dans les surprises-parties. Il ne buvait jamais. Visiblement, il n’avait pas le téléphone. À Paris, un garçon sans téléphone est fichu. Doinel appelait des cafés. Les taxiphones fonctionnaient avec des pièces de vingt centimes. Quand j’avais vingt ans, je faisais ça aussi. Je descendais de la chambre que j’avais rue Henri Barbusse pour téléphoner du Cristal, à l’angle du boulevard de Port-Royal. L’appareil avait cet inconvénient d’être juste à côté du flipper. Il n’y a plus de billards électriques, dans les cafés. Plus que des jeux électroniques, des écrans lumineux beaucoup trop compliqués pour nous et pour téléphoner des cabines, on a besoin d’une carte spéciale. En 87, Doinel se serait suicidé. ou serait resté puceau.

Éric Neuhoff – Lettre ouverte à François Truffaut – 1987

ET DEMAIN, LE RÉ DE LORENZO