Archives pour la catégorie Citations & Morceaux choisis

Conversation sur le sable – 7

Saint-Brévin-l’Océan, 12 août 1948

 Voix off dont on aperçoit l’ombre dans l’angle inférieur droit de la photo,
J’ai bon caractère mais j’ai le glaive vengeur et le bras séculier. L’aigle va fondre sur la vieille buse.

Enfant au premier plan :
—C’est chouette ça, comme métaphore.

Voix off dont on aperçoit l’ombre dans l’angle inférieur droit de la photo,
—C’est pas une métaphore, c’est une périphrase.

Enfant au deuxième plan :
—Oh fait pas chier !

Les jambes au maillot de bain en laine en arrière-plan :
—Ça, c’est une métaphore.

 

Voilà. Les conversations sur le sable, c’est fini, mais si vous voulez réentendre les précédentes, il faudra juste cliquer dessus ci-dessous :

Première conversation
Deuxième conversation
Troisième conversation
Quatrième conversation
Cinquième conversation
Sixième conversation

Le style ou l’étincelle ?

L’écriture uniforme, horizontale, coulant sans heurt, de celui qui a un style, ne procure jamais la perle. Mais l’écriture de, je ne sais pas, moi, Racine ou Malherbe, écriture droite, diamantée, est constellée, c’est ça, est mouchetée d’étincelles car il y a là, en abondance, les silex, les galets, d’humbles clichés, d’humbles lieux communs. Ils n’ont pas de style, ils écrivent sans style, c’est ça, et eux sont capables de la phrase, de l’étincelle, de la perle précieuse.

Samuel Beckett – Interview

Moi qui ai passé pas mal de temps à déclarer ici, ailleurs et sur tous les tons que « l’histoire on s’en fout, c’est le style qui compte », me voilà bien embarrassé. Parce que Beckett, tout de même …

La passante

morceau choisi

J’ai souvent essayé de faire des petits trucs comme ça dans mes « Couleur Café » ou dans mes « Post-it ». Mais je ne suis pas certain d’y être arrivé.

La rue assourdissante autour de moi hurlait.
Longue, mince, en grand deuil, douleur majestueuse,
Une femme passa, d’une main fastueuse
Soulevant, balançant le feston et l’ourlet;
Agile et noble, avec sa jambe de statue.
Moi, je buvais, crispé comme un extravagant,
Dans son oeil, ciel livide où germe l’ouragan,
La douceur qui fascine et le plaisir qui tue.
Un éclair… puis la nuit! – Fugitive beauté
Dont le regard m’a fait soudainement renaître,
Ne te verrai-je plus que dans l’éternité?
Ailleurs, bien loin d’ici! trop tard! jamais peut-être!
Car j’ignore où tu fuis, tu ne sais où je vais,
O toi que j’eusse aimée, ô toi qui le savais!

A une passante
Charles Baudelaire

(C’est pourtant bien comme ça que je fais !)

Morceau choisi

Le littérateur envie le peintre. Il aimerait prendre des croquis, des notes. Il est perdu s’il le fait. Mais quand il écrit, il n’est pas un geste de ses personnages, un tic, un accent qui n’ait été apporté à son inspiration par sa mémoire. Il n’est pas un nom de personnage inventé sous lequel il ne puisse mettre soixante noms de personnages vus dont l’un a posé pour la grimace, l’autre pour le monocle, tel pour la colère, tel pour le mouvement avantageux du bras, et cetera. Et alors l’écrivain se rend compte que si son rêve d’être un peintre n’était pas réalisable d’une manière consciente et volontaire, il se trouve pourtant avoir été réalisé et que l’écrivain lui aussi a fait son carnet de croquis sans le savoir car, mû par l’instinct qui était en lui, l’écrivain, bien avant qu’il crut le devenir un jour, omettait de regarder tant de Continuer la lecture de (C’est pourtant bien comme ça que je fais !) 

Get your facts !

En 1889, alors qu’il avait 23 ans, Rudyard Kipling obtint de Mark Twain, qui en avait alors 54, une interview. Kipling avait lu Twain tandis qu’il était aux Indes et l’écrivain américain était son idole. Il fut tellement bouleversé par cette rencontre que c’est ainsi qu’il commença son article :

« You are a contemptible lot, over yonder. Some of you are Commissioners, and some Lieutenant-Governors, and some have the V.C., and a few are privileged to walk about the Mall arm in arm with the Viceroy ;  but I have seen Mark Twain this golden morning, have shaken his hand, and smoked a cigar—no, two cigars—with him, and talked with him for more than two hours! . . .Understand clearly that I do not despise you, indeed I don’t. I am only very sorry for you, from the Viceroy downward … »

« Vous êtes une bande méprisable, vous là-bas. Certains d’entre vous  sont des Préfets, et certains des vice-gouverneurs, certains ont la Victoria Cross et un petit nombre a le privilège de se promener bras dessus bras dessous avec le Viceroy ; Mais moi, j’ai vu Mark Twain en ce matin béni, je lui ai serré la main, et j’ai fumé un cigare — non, deux cigares — avec lui, et nous avons parlé pendant plus de deux heures. Comprenez bien que je ne vous méprise pas, assurément non. Je suis juste vraiment désolé pour vous, depuis le Viceroy jusqu’en bas… »

Voici ce que Twain dira de Kipling un peu plus tard : Continuer la lecture de Get your facts ! 

Conversation sur le sable – 5

Saint-Brévin l’Océan, 12 août 1948

Voix off dont on aperçoit l’ombre dans l’angle inférieur droit de la photo :
— J’ai besoin de changer d’atmosphère et mon atmosphère, c’est toi.

Enfant au deuxième plan :
— C’est la première fois qu’on me traite d’atmosphère. Si j’suis une atmosphère, t’es un drôle de bled.

Les jambes au maillot de bain en laine en arrière-plan :
— Oh la la ! Des types qui sont du milieu sans en être et qui crânent à cause de c’qu’ils ont été, on devrait les vider.

Enfant au deuxième plan :
— Atmosphère, atmosphère ! Est-ce que j’ai une gueule d’atmosphère ? Puisque c’est ça, vas-y tout seul à La Varenne !

Enfant au premier plan :
— Bonne pêche et bonne atmosphère !

Pour réentendre les conversations précédentes, cliquez dessus :
Première conversation
Deuxième conversation
Troisième conversation
Quatrième conversation


Bientôt publié

  • 30 Mai, 75013
  • 31 Mai, Lire ou écrire, il faut choisir
  • 1 Juin, Get your facts !

 

Conversation sur le sable – 4

Saint Brévin l’Océan, 12 aout 1948

Voix off dont on aperçoit l’ombre dans l’angle inférieur droit de la photo :
— Bizarre…bizarre

Enfant au premier plan :
— Qu’est-ce qu’elle a ma pelle ?

Voix off dont on aperçoit l’ombre dans l’angle inférieur droit de la photo :
— Comment ?

Enfant au deuxième plan :
— Vous regardez sa pelle et vous dites : « Bizarre, bizarre »…

Voix off dont on aperçoit l’ombre dans l’angle inférieur droit de la photo 
— Moi j’ai dit « Bizarre, bizarre »… Comme c’est étrange… Pourquoi aurais-je dit « Bizarre, bizarre » ?

Les jambes au maillot de bain en laine en arrière-plan :
— Je vous assure, cher cousin, que vous avez dit « Bizarre, bizarre ».

Voix off dont on aperçoit l’ombre dans l’angle inférieur droit de la photo :
— Moi j’ai dit « Bizarre »… Comme c’est bizarre…

 

Pour réentendre les conversations précédentes, cliquez dessus :
Première conversation
Deuxième conversation
Troisième conversation

La Grande Menace

Quelles sont les plus grandes menaces pour notre planète ?

Contre une collision d’astéroïde, nous n’aurions aucun moyen de défense. Mais la dernière collision, celle qui a tué les dinosaures, remonte à 66 millions d’années.

Un danger plus immédiat est le changement climatique. La fonte des glaces polaires augmenterait la quantité de CO2 dans l’atmosphère. L’effet de serre sur terre pourrait finir pas ressembler à celui qui existe sur Vénus, où la température est de 460°C.

Stephen Hawking – Brèves réponses aux grandes questions – 2018 – Odile Jacob

Première leçon de philosophie shadokienne

Morceau choisi

Première leçon de philosophie shadokienne

On sait que durant la deuxième moitié du siècle dernier, la philosophie shadokienne, qui était alors au pinacle des écoles de pensée, a formé toute une génération de jeunes esprits en les imprégnant chaque soir de principes logiques par le truchement des étranges lucarnes. Les années passent, mais les principes demeurent et les jeunes esprits d’autrefois devenus responsables politiques d’aujourd’hui sont bien heureux de pouvoir enfin mettre en œuvre ce qui a formé leur jeunesse.
Pour cette première leçon, on se contentera d’apprendre par cœur les sept premiers principes shadokien, parce que Continuer la lecture de Première leçon de philosophie shadokienne