Archives pour la catégorie Citations & Morceaux choisis

A faire pleurer Billancourt

Je sais qu’il n’existe pas de camp de concentration en Union Soviétique et je considère le système pénitentiaire soviétique comme indiscutablement le plus souhaitable dans le monde entier. Je crois que c’est le seul pays où les condamnés, quels qu’ils soient, que ce soit des condamnés de droit commun ou que ce soit des condamnés politiques, touchent un salaire égal à ce qu’ils toucheraient s’ils étaient à l’extérieur, peuvent acheter ce qu’ils achèteraient à l’extérieur, sauf des boissons alcooliques, ce qui est évidemment désagréable pour ceux qui aiment boire, et peuvent se payer, avec leur salaire, une chambre individuelle s’ils en ont le désir et la possibilité, qui ont le possibilité de lire, d’écrire, de voir des films, de faire de la musique.

Marie-Claude Vaillant-Couturier – député communiste – 22 décembre 1950

… ET DEMAIN, UNE PHOTO : LE CAFÉ DELMAS

L’homme des plages

Morceau choisi

(…) Drôles de gens. De ceux qui ne laissent sur leur passage qu’une buée vite dissipée. Nous nous entretenions souvent, Hutte et moi, de ces êtres dont les traces se perdent. Ils surgissent un beau jour du néant et y retournent après avoir brillé de quelques paillettes. Reines de beauté. Gigolos. Papillons. La plupart d’entre eux, même de leur vivant, n’avaient pas plus de consistance qu’une vapeur qui ne se condensera jamais. Ainsi, Hutte me citait-il en exemple un individu qu’il appelait  » l’homme des plages « . Cet homme avait passé quarante ans de sa vie sur des plages ou au bord de piscines, à deviser aimablement avec des estivants et de riches oisifs. Dans les coins et à l’arrière-plan de milliers de photos de vacances, il figure en maillot de bain au milieu de groupes joyeux mais personne ne pourrait dire son nom et pourquoi il se trouve là. Et personne ne remarqua qu’un jour il avait disparu des photographies. Je n’osais pas le dire à Hutte mais j’ai cru que  » l’homme des plages  » c’était moi. D’ailleurs je ne l’aurais pas étonné en le lui avouant. Hutte répétait qu’au fond nous sommes tous des « hommes des plages » et que « le sable — je cite ses propres termes — ne gardent que quelques secondes l’empreinte de nos pas. »

Patrick Modiano – Rue des boutiques obscures – 1978

… ET DEMAIN, UN TEXTE COURT : « MAREE MONTANTE »