Archives de catégorie : Citations & Morceaux choisis

Heureuse

Morceau choisi

Ceci est le texte d’une chanson de Pierre Philippe, chantée par Juliette… pas Binoche — comment peut-on être une star et s’appeler Binoche, non vraiment elle exagère, pourquoi pas Grougnard pendant qu’elle y est ? — ni Greco, non, Juliette tout court.
La poésie, c’est pas tous les jours dans ce journal irréfutable. Alors, profitez-en.
(Vous pouvez aussi l’écouter en cliquant sur le lien en fin de texte.)

Heureuse

S’extraire au petit jour de la torpeur du lit,
Ouvrir grands les volets sur le vol des courlis,
Faire du café très fort, le boire à la fenêtre,
Respirer, expirer et se sentir renaître.
Se dire qu’il faudrait bien rentrer chaises et table
Mais attendre pour ça des temps moins délectables,
Là, descendre au jardin crissant sous la gelée,
Redresser les dahlias alanguis de l’allée

Ne pas lire le courrier, ne pas lire les journaux,
Les jeter tout en tas au loin sur le piano
Puis verser dans le bain l’huile d’amande douce,
Faire glisser le peignoir et sombrer dans la mousse,
Déjeuner sur la nappe de fil d’Ecosse écru,
Dans de l’ancien Moustiers, d’un peu Continuer la lecture de Heureuse

Aphorismes optimistes pour passer une bonne année 

Telle est la vie des hommes, quelques joies très vite effacées par d’inoubliables chagrins.
Il n’est pas nécessaire de le dire aux enfants.
Marcel Pagnol

On paie le bonheur de vivre par la peur de mourir. 
René Dorin

Travaillez pendant que vous avez encore la lumière.
Marcel Proust

Non seulement Dieu n’existe pas, mais Continuer la lecture de Aphorismes optimistes pour passer une bonne année 

Tout est relatif, en général…

Morceau choisi

Pour comprendre la science, il vaut mieux remonter aux sources les plus anciennes. Par exemple, pour ce qui est du principe de relativité, voici ce qu’écrivait Galilée en 1632 : 

Relativité Galiléenne 
” Enfermez-vous… dans une vaste salle, bien à couvert, au fond d’un grand navire. Et là munissez-vous de mouches, de papillons et d’autres petits animaux semblables. Ayez aussi un grand bocal d’eau contenant des poissons, suspendez au plafond un petit seau dont l’eau, goutte à goutte, par un orifice, tombe dans un vase à col étroit, posé sur le sol…

Le navire étant arrêté, observez soigneusement les petits animaux volant, les poissons nageant indifféremment de tous côtés, les gouttelettes d’eau tombant Continuer la lecture de Tout est relatif, en général…

André Pousse

André Pousse fut coureur cycliste, agent artistique, tenancier de boite de nuit, comédien et restaurateur.
Vous l’avez vu dans de nombreux films, dirigé par Michel Audiard, Henri Verneuil, José Giovanni, Jacques Deray, Jean Yanne.  
Natif du 5ème arrondissement et habitant de la rue Gay-Lussac, son accent parisien était un modèle du genre. Ajouté à sa grande silhouette mince et à son air flegmatique et distingué, cet accent lui a permis de jouer des rôles de truands complètement décalés. 
Il a écrit un livre de souvenirs dont j’ai tiré quelques passages.

Alors qu’il tourne une scène dans laquelle André Pousse doit ouvrir une cage de laquelle s’envolera un pigeon, Michel Audiard lui demande :
— Il faudrait que tu parles, la-dessus, que tu dises quelque chose. T’as pas une idée ? Continuer la lecture de André Pousse

Rochefort en colère

Morceau choisi

Claire allusion à Lucien Jeunesse et à son Jeu des Mille Francs, Jean Rochefort incarne Michel Mortez, présentateur à la radio de la même émission de jeux itinérante depuis 25 ans. Sur la pente de la dépression, il parcourt la France avec son chauffeur, Gérard Jugnot.  Sur le bord de la route, dans la poussière soulevée par les voitures qui les frôlent, un couple de campeurs en jogging pique-nique en toute béatitude au milieu de tout leur équipement Trigano, derrière le coffre ouvert de leur Opel Vectra. La voiture de Mortez s’arrête devant eux dans un hurlement de pneumatiques. Rochefort en sort, fou de rage, et invective les pique niqueurs :

“— Ça suffit ! Vous avez assez bouffé ! Il y a tout de même des limites! Allez hop ! Remballez ! Vous êtes là honte du paysage français ! J’aime l’hiver parce qu’il m’épargne votre spectacle ! On devrait créer une brigade esthétique, interdire le port du survêtement en-dehors de l’enceinte des stades ! Ils vont se multiplier ! Faut leur enlever la garde de leurs enfants ! Ou mieux : on va les stériliser !” Continuer la lecture de Rochefort en colère

Nicolás Gómez d’Avila

Voici quelques aphorismes que j’’avais déjà publiés il y a plus de cinq années. Mais comme c’ était dans le cadre d’un commentaire, ils vous avaient probablement échappés. Ils sont de Nicolás Gómez d’Avila,  écrivain et moraliste colombien, (1913-1994).
IL me fait penser, en plus moderne, à Caton et, en moins drôle, à Philippe Muray :

L’intellectuel n’oppose pas à l’homme d’état l’intégrité de l’esprit mais le radicalisme de l’inexpérience.

Tolérer ne doit pas consister à oublier que ce qu’on tolère ne mérite que de la tolérance.

L’intégration croissante de l’humanité ne fait que lui faciliter le partage des mêmes vices.

Le pur réactionnaire n’est pas un nostalgique qui rêve Continuer la lecture de Nicolás Gómez d’Avila

Le corps et l’âme

C’est une chose que connaissent bien eux qui aspirent à apprendre. Au moment où la philosophie a pris possession de leur âme, elle était, cette âme, tout bonnement enchainée à l’intérieur d’un corps, agrippée à lui, contrainte aussi d’examiner tous les êtres à travers lui comme à travers les barreaux d’une prison au lieu de le faire elle-même et par elle seule, vautrée enfin dans l’ignorance la plus totale. Or, la philosophie le discerne bien, ce qu’il y a de plus terrible dans cet emprisonnement, c’est qu’il est l’oeuvre de l’appétit, de sorte que c’est l’enchainé lui-même qui coopère de la manière la plus efficace à parfaire son état d’enchainé. Je répète : ceux qui aiment à apprendre savent bien que, au moment où la philosophie a pris possession de leur âme, elle se trouvait dans l’état que j’ai dit. Aussi, la philosophie lui adresse-t-elle Continuer la lecture de Le corps et l’âme

Des films trop compliqués

Morceau choisi 

(…) je ne me sentirais plus capable d’être critique de cinéma aujourd’hui, car les films sont devenus trop compliqués. À l’époque où j’étais critique, tous les films étaient conçus pour le grand public, je n’avais pas une impression d’imposture. Il m’arrivait d’être troublé quand un film était trop subtil. Il y a 20 ans, les films étaient faits intelligemment, mais l’intelligence se trouvait derrière la caméra, dans la façon de raconter une histoire. Aujourd’hui, l’intelligence est sur l’écran mais, souvent il y a une grande maladresse derrière la caméra. Les critiques ne savent pas rendre compte de l’exécution ; ils savent bien rendre compte des intentions, ils ont aidé en cela par des dossiers de presse généreux. Pourtant, l’exécution, c’est ce que ressent le public. Je trouve superficiel la plupart des compte rendus de films ou de livres ; ils se recopient les uns les autres, c’est dommage.

François Truffaut
Entretien avec Franck Maubert – Avril 1982