Archives pour la catégorie Textes

La force de l’habitude

Ce texte a été publié ici pour la première fois le 27 décembre 2014. Vous étiez encore jeune et alerte à cette époque. Souvenez-vous…

Jérôme Garrouste est un homme fort. Quand il était plus jeune, on disait de lui : « c’est un grand gaillard, il est costaud ». Maintenant, on dit plutôt qu’il est fort. Pensez donc, il était troisième ligne dans l’équipe de Castres ; alors, depuis qu’il a arrêté le sport, il a tendance à prendre du poids. On dira bientôt qu’il est gros.

Jérôme Garrouste est un homme important. Il est important pour la société dans laquelle il est Directeur des Ressources Humaines. Il a sous sa responsabilité la gestion de 485 personnes, réparties aux quatre coins de la France sur une demi-douzaine d’implantations, sans compter le bureau d’Ashford en Angleterre et celui de Bochum en Allemagne.

Jérôme Garrouste est un homme fort important. Depuis quatre ans, il doit procéder à des restructurations et des fermetures de site qui entraînent pas mal de licenciements. Dans l’exercice de cette partie pénible de ses attributions, il a fait preuve d’un tel talent que toutes les autorisations de licenciements lui ont été accordées et qu’aucun des procès engagés devant les Continuer la lecture de La force de l’habitude 

¿ TAVUSSA ? (66) – Il faut brûler Notre-Drame de Paris

        Ah, Paris !

Pour les automobilistes, l’enfer.
Selon le Parisien, les automobilistes n’ont jamais perdu autant de temps dans les embouteillages dans les grandes métropoles, Paris est la ville la plus embouteillée de France devant Marseille et Bordeaux, et la 4ème ville la plus embouteillée d’Europe derrière Dublin, Athènes et Édimbourg. Hidalgo veut supprimer 60 000 places de stationnement, près de la moitié du total, pour faire des pistes cyclables1.

Pour les piétons, la jungle.
-incapable de compenser sa réduction drastique des capacités offertes aux automobiles par une augmentation des fréquences des bus et une amélioration du confort du métro et du RER,
-peu désireuse de faire respecter l’interdiction faite aux vélos et trottinettes Continuer la lecture de ¿ TAVUSSA ? (66) – Il faut brûler Notre-Drame de Paris 

Cafés, etc. – Critique aisée n°195

Critique aisée n°195

Cafés, etc.
Mercure de France – 116 pages

C’est un type qui va dans les bistrots.
Il y va tout seul, dans des tas de bistrots. Souvent, il dit leur enseigne, il donne leur adresse, il les décrits, juste un peu ou plus précisément. Ça dépend.
La plupart du temps, il ne précise pas ce qu’il consomme, mais il consomme, c’est forcé, car dans ces bistrots, il y reste longtemps, une heure, deux heures, plus même, parfois. Alors, vous comprenez, il faut bien qu’il consomme.
Une fois assis, il commence par regarder. Il regarde le serveur, un couple, une femme, la porte des toilettes, le plafond, n’importe quoi, la rue même. Et puis il écrit. Des notes, des phrases, ou même seulement Continuer la lecture de Cafés, etc. – Critique aisée n°195 

Black Mirror – Critique aisée n°194

Critique aisée n°194

Black Mirror
Netflix

Après The Big Bang Theory, et sur un total de presque 200 critiques publiées, ceci n’est que la deuxième Critique aisée à porter sur une série télévisée.

Encore une série. Une série américaine. Ah non ! Elle est britannique, plutôt. Bof ! C’est pareil ! Et diffusée sur Netflix en plus !  Pouah ! On ne va pas se laisser prendre à des trucs comme ça, non mais sans blague. On a mieux à faire. Lire le JdC, par exemple.
Bon, allez, on va essayer quand même, puisque Machin nous a dit que c’était pas mal du tout et que Machin, c’est Machin.
Tiens ? Il y a déjà cinq saisons ! Allons-y pour le premier épisode de la première saison. Faut être logique quand même. Et puis sans ça, on ne va rien comprendre, enfin, s’il y a quelque chose à comprendre…

Premier épisode, première saison : L’hymne national.
Bonne mise en scène, bons acteurs… Ça, les Anglais, ils savent faire… Mais quelle histoire grotesque ! Le premier ministre, pour sauver une Continuer la lecture de Black Mirror – Critique aisée n°194 

On m’appelait Benito (4/4)

(…) De là, en fonction du monde sur les pistes, nous pourrons prendre un café les skis aux pieds avant de foncer vers Bellevarde, l’essentiel étant de se retrouver en haut de Tovière peu après 4 heures. Bien sûr, il n’est pas question de prendre mes partenaires à rebrousse-poil en leur révélant mon plan d’un seul coup. Il faut agir progressivement et avec diplomatie. J’aurai tout le temps de le leur lâcher par bribes dans le téléphérique ou pendant le piquenique.

Finalement, ça s’est très bien passé et nous avons pu faire à peu près ce qui était prévu. L’endroit trouvé pour pique-niquer était idéal et nous n’avions pas oublié le tire-bouchon. La neige a été plutôt bonne avec pourtant un peu de verglas en bas de la Solaize. J’ai bien dû faire une concession : suite à un refus général et catégorique de prendre un café les skis aux pieds, nous nous sommes installés confortablement au soleil sur la terrasse du bar de l’Ouillette. Ça été un peu dur d’en repartir mais, à 4h20, nous étions en haut de Tovière.

Tous les quatre, côte à côte, face à la pente, nous contemplons Tignes-le-Lac qui commence à passer à l’ombre. Nous sommes tous Continuer la lecture de On m’appelait Benito (4/4) 

On m’appelait Benito (3/4)

(…) Le rythme est pris, les virages s’enchaînent, six, sept, huit. Le plaisir monte. Les cuisses chauffent, le souffle se raccourcit. Il suffit de se redresser un peu et de prendre la piste en longue traversée pour que les muscles se calment et que le souffle revienne. Les bras sont maintenant ballants le long du corps, les jambes sont presque raides et n’amortissent plus les bosses. Les secousses sont agréables aux membres qui se détendent. La neige profonde approche. Un long et calme virage permet de l’effleurer et de retrouver le centre de la piste.

Reprise du rythme. Cinq, six virages serrés, puis un arrêt brutal à la limite de la neige damée soulève un éventail de cristaux étincelants. Regard vers le haut. Seulement trois ou quatre points rouges ou bleus sur la piste. C’est le matin. Le Mont Blanc est là, brillant sous son parfait petit nuage en forme de lentille.

Regard vers le bas. La gare du télésiège des Tommeuses est juste en dessous, toute proche, au milieu d’un faux plat, entre deux « murs ». C’est le meilleur endroit : petit saut pivoté et forte poussée sur les bâtons et c’est tout de suite la plus forte pente. Quatre virages à peine marqués, le corps presque droit, la vitesse augmente. Le cinquième virage est une longue courbe à pleine vitesse à travers le faux plat ; les bras sont écartés, en croix, le corps incliné vers l’intérieur. C’est frimeur, facile, surjoué, mais le plaisir est intense.

Sur leur lancée, les skis décollent à la rupture de pente qui amorce le mur suivant. Ils volent au-dessus de la neige sur quelques mètres puis, l’un après l’autre, ils giflent le sol, flap, flap. La vitesse augmente encore. Quatre grands virages plus bas, Continuer la lecture de On m’appelait Benito (3/4) 

Phèdre – Critique aisée n°193

Critique aisée n°193

Phèdre
Jean Racine
Mise en scène : Brigitte Jaques-Wajeman
Rôle titre : Raphaële Bouchard
Par le Théâtre de la Ville au Théâtre des Abbesses.

Cette fois-ci, nous n’avons marché qu’une heure et demi dans un Paris privé de Métro pour parvenir jusqu’au Théâtre des Abbesses, qui abrite le Théâtre de la Ville pour le temps de son interminable rénovation.

Quand même pas à la taille du Théâtre de la Ville (1000 places), celui des Abbesses (400 places) est cependant un vrai théâtre, d’architecture greco-moderne, moins confortable qu’il n’y parait au premier abord, mais avec une salle plutôt pentue qui permet de bien voir de partout. (Bien entendre de partout, c’est une autre histoire et on y reviendra.)

Avant ce soir là, je n’avais vu Phèdre qu’une seule fois. Maria Casarès tenait le rôle titre, Alain Cuny était Thésée et Jean Vilar était à la fois Théramène et metteur en scène. C’était au TNP. Nous y avions été traîné par notre école. Je n’avais pas seize ans. Je me souviens du décor minimaliste, juste un petit banc sur un grand Continuer la lecture de Phèdre – Critique aisée n°193 

On m’appelait Benito (2/4)

(…) La veille au soir, sur la foi d’une météo particulièrement favorable et presque d’un commun accord, nous avions décidé de partir, sac au dos, pique-niquer du côté du col de l’Iseran, à l’autre extrémité du domaine de Val d’Isère. Cet objectif nécessitait de partir plein Est, et de monter tout d’abord au sommet de Tovière.

De l’endroit où nous débouchions sur cette esplanade enneigée, nous pouvions voir que le télésiège de Tovière tournait déjà mais à vide et après avoir dissuadé l’un d’aller prendre un petit café pour la route, l’autre d’aller faire son tiercé, et avoir persuadé le troisième que l’achat d’une nouvelle paire de gants pouvait attendre jusqu’au soir, nous parvenions au bas du télésiège, précédant d’une courte tête la foule des écoliers de ski qui venait d’être lâchée.

Neuf heures. En ce début de matinée, le flanc de montagne sur lequel grimpe notre balancelle est à l’ombre et, malgré le temps magnifique, il y fait froid. Chacun se tasse sur le siège et s’emmitoufle dans son anorak, sa capuche, ses gants. A la suite d’une série de contorsions destinées à atteindre la poche droite de ma combinaison, j’allume une cigarette. Un exploit. François annonce qu’il a oublié ses lunettes de soleil, ah non, les voilà… Jean-Louis demande si quelqu’un a pensé à emporter un tire-bouchon, parce que l’année dernière… Patrick a fermé les yeux — il doit réviser le planter de bâton — et moi, je me demande si la Daille sera déjà au soleil. Tandis que le dernier Continuer la lecture de On m’appelait Benito (2/4) 

On m’appelait Benito (1/4)

Il y a bien longtemps, quand finissait le mois de Janvier, nous allions, François, Patrick, Jean-Louis et moi, passer quelques jours dans notre appartement de Tignes. En fait, il appartenait à François mais c’était « notre appartement ».

La plupart du temps, nous partions en train. Pendant le voyage aller, nous jouions presque continuellement au Rami ou au « truc qui monte et qui descend », ce jeu de cartes dont jamais je n’ai pu me rappeler le nom. Une fois à Bourg-Saint-Maurice, nous prenions un taxi. Pendant la montée, comme des enfants excités, nous commentions avec inquiétude la faible quantité ou le gris de la neige du bord de la route, spéculant sur ce qu’elle pourrait être en haut.  Et puis, une demi-heure plus tard, passé le barrage sur l’Isère, passés les derniers tunnels, le soleil éclatait dans un virage bordé de belles congères arrondies. Dix minutes après, essoufflés par les bagages et l’altitude, nous ouvrions la porte de « notre » appartement. L’affectation des couchages avait été discutée abondamment pendant le voyage, mais elle recommençait inévitablement au moment de poser les valises. Un peu plus tard, alors que le soleil passait derrière la Grande Casse, nous nous rendions Continuer la lecture de On m’appelait Benito (1/4) 

Bartleby – Critique aisée n°192

Critique aisée n° 192

Bartleby
Herman Melville

Bartleby ! Depuis cent cinquante ans, cette petite nouvelle de l’auteur de Moby Dick redevient régulièrement à la mode. Par exemple, si dans une soirée, vous déclarez : « Tiens ! Je viens de lire Bartleby ! »…

Attendez, attendez : un conseil, ne vous donnez pas le ridicule de le prononcer comme je l’ai entendu faire au Masque et la Plume de France-Inter : Barteulbaille. Non, prononcez-le comme ça se prononce, c’est-à-dire tout simplement Barteulbi.

Bon, donc, si dans une soirée, vous déclarez : « Tiens, je viens de lire Bartleby ! »…

Encore une chose, si vous permettez : en vérité, le Continuer la lecture de Bartleby – Critique aisée n°192