Archives pour la catégorie Textes

BONJOUR, PHILIPPINES ! – 6 – RETOUR A MANILLE

CHAPITRE 6 – RETOUR A MANILLE

Où l’on constate que contrairement à la foudre, la malédiction a encore frappé au même endroit et où l’on découvre les sports en vogue le dimanche à Manille.

***

— Nous venons d’atterrir à l’aéroport international de Manille. Il est 21 heures 15 et la température extérieure est de 90° Fahrenheit. Nous vous rappelons que votre ceinture doit rester attachée jusqu’à l’arrêt complet de l’appareil…..

Je ne prête même plus attention à la partie de l’annonce qui porte sur les armes. Lorsque nous sortons de l’aéroport, il est près de dix heures, et je ne pense qu’à ma chambre au huitième étage du Hilton.

Quelques heures auparavant, pendant le voyage en voiture entre Iligan et l’aéroport de Cagayan, Ratinet m’avait demandé de mes nouvelles. Brinquebalé par les chaos de la route, fatigué par mes jours de fièvre, et sans doute aussi vexé par Continuer la lecture de BONJOUR, PHILIPPINES ! – 6 – RETOUR A MANILLE 

Parasite – Critique aisée n°162

Critique aisée n°162

Parasite
Bong Joon Ho  -2019
Palme d’or du festival de Cannes 2019

Je vous avais dit que « Douleur et Gloire » n’aurait pas la Palme d’Or, et il ne l’a pas eu ( voir Critique  aisée n° 160). Je vous dis aujourd’hui que « Parasites » ne méritait pas la Palme d’Or, mais qu’il l’a eu. On ne peut pas toujours être écouté.

Donc, pour moi, Parasite ne méritait pas la Palme d’Or. Bon, d’accord, c’est un bon film, mais de là à le mettre au niveau du Troisième homme, d’Un homme et une femme, de M.A.S.H., d’Apocalypse now, d’All that jazz, de Barton Fink… ! Bien sûr, la Palme a été aussi attribuée à des trucs pas terribles, mais Parasite est bien mieux que pas terrible.

Quand, comme beaucoup de critiques, on ne sait pas trop quoi dire d’un film, on commence par le raconter, en se disant que les idées viendront. Mais raconter le film serait Continuer la lecture de Parasite – Critique aisée n°162 

Guillaume n’aime pas l’avion – 2

Fin de la première partie publiée hier :

—Doung !

—Mesdames, Messieurs, nous rencontrons actuellement un incident sans gravité qui retarde notre atterrissage. Ce problème technique devrait être résolu dans les minutes qui viennent. En attendant, nous vous prions de rester à vos places, ceinture attachée. Nous vous tiendrons au courant

MAIS SI VOUS VOULEZ LIRE CETTE PREMIÈRE PARTIE, CLIQUEZ ICI

Deuxième partie

« Tu parles, pense Guillaume. Ils nous racontent des blagues ! » L’avion continue à évoluer doucement dans le ciel. Le silence règne maintenant dans la cabine. Des minutes passent, et puis :

—Doung !

—Mesdames et Messieurs, ici votre commandant de bord. Nous rencontrons actuellement un problème technique qui nous impose d’atterrir en procédure d’urgence. Je vous demande de rester assis calmement à vos places et de conserver votre ceinture de sécurité attachée. Le personnel de cabine va vous instruire de la procédure à suivre.

« Merde ! Je le savais ! », pense Guillaume. Aux premiers mots du pilote, après quelques légers cris de surprise ici ou là, c’est un brouhaha général qui se fait entendre. Des bras se lèvent pour appeler les hôtesses. Un homme au visage cramoisi s’est dressé dans l’allée centrale. Du fond de l’avion, il marche à grands pas vers l’avant. Deux hôtesses l’arrêtent dans le couloir. Guillaume devine une discussion en anglais. L’homme retourne à regret à sa place. Il regarde droit devant lui, le regard fixe, les yeux écarquillés.  Dans la rangée de sièges qui est devant Guillaume, la femme qui est assise côté hublot s’est mise à pleurer doucement. L’homme à côté d’elle lui parle gentiment en italien. D’une voix douce et monotone, il tente de la calmer.

Catherine a écouté avec attention la dernière annonce du pilote, puis elle a jeté un coup d’œil à Guillaume.

—Ça va ?

Pour toute réponse, Continuer la lecture de Guillaume n’aime pas l’avion – 2 

Guillaume n’aime pas l’avion – 1

Première partie

Doung !

—La compagnie Delta Airlines vous souhaite la bienvenue à bord de ce Boeing 777 à destination de Paris-Orly. Nous atteindrons notre destination dans sept heures et trente minutes. Le temps sera calme sur l’ensemble du parcours avec un risque de turbulences une heure avant l’arrivée. Vous pouvez dès à présent détacher votre ceinture de sécurité. Un diner vous sera servi dans quelques instants. Le personnel de bord est à votre disposition pour…

Dès le début de l’annonce, les hôtesses avaient commencé à s’agiter, fermant les rideaux qui séparent la classe Business du reste de l’avion, sortant les apéritifs et s’enquérant du confort des passagers. Ce tranquille va et vient du personnel de bord, ces légers bruits de vaisselle, ces murmures polis et familiers, tout cela finissait de rassurer Guillaume. Il avait commencé à se sentir un peu mieux dès qu’il avait perçu, en même temps que la décélération du Boeing, le bruit de ses deux réacteurs qui passait du stade « hurlement rageur » de la montée à celui de « calme vrombissement » de la vitesse de croisière. Mais le début du service de cabine achevait toujours de le convaincre que tout allait bien, car si on servait le champagne, c’était bien la preuve qu’il n’y avait plus de danger.

Guillaume n’aime pas l’avion. Malgré ses centaines de décollages et d’atterrissages et bien qu’aucun incident ne se soit jamais produit sur aucun de ses vols, il n’aime pas l’avion. Il n’aime pas cette idée d’être enfermé dans un gigantesque tube en même temps que deux ou trois cents autres personnes assises sur une énorme citerne de produit hautement inflammable. Il n’aime pas cette idée de n’être qu’un bagage impuissant aux ordres d’un équipage qui, en cas de problème, ne fera que lui déguiser la vérité, celle par exemple que l’avion va immanquablement se casser la figure. Non, Guillaume n’aime pas l’avion. Compte tenu de son métier, c’est plutôt Continuer la lecture de Guillaume n’aime pas l’avion – 1 

BONJOUR, PHILIPPINES ! – 5 – LA FIÈVRE MONTE A MINDANAO

CHAPITRE 5 – LA FIÈVRE MONTE A MINDANAO

Ce chapitre est essentiel et onirique à la fois. C’est pourquoi il est important de rappeler ce qui s’est passé jusqu’à présent. Voici : Gérard, André et Philippe ont été envoyés à Manille pour une étude routière financée par la Banque Mondiale. Ils s’envolent ce soir pour Mindanao pour découvrir demain le terrain où va s’exercer leur art. Gérard, le chef de bande, est joyeux, comme souvent, et André est bougon, comme toujours. Quant à Philippe, ça va mieux.

***

— Philippines Airlines est heureuse de vous accueillir sur ce vol à destination de Cagayan de Oro. Nous atteindrons notre destination après une heure et 45 minutes de vol. Nous volerons à une altitude de 22000 pieds. Sur le parcours le temps sera calme avec des risques de turbulences à l’arrivée. Nous remercions les passagers éventuellement porteurs d’armes à feu de bien vouloir les décharger.

C’est la deuxième fois que j’entends cette annonce qui continue pourtant à me surprendre. J’espère qu’il n’y aura pas de fausse manœuvre lors du déchargement. Effectivement, le temps est beau. Le soleil traverse le hublot à l’horizontal. En bas, c’est Continuer la lecture de BONJOUR, PHILIPPINES ! – 5 – LA FIÈVRE MONTE A MINDANAO 

Rocketman – Critique aisée n°161

Critique aisée n°161

Rocketman
Dexter Fletcher – 2019
Taron Egerton, Jamie Bell

Moi, j’aimais bien Queen, avec Freddy Mercury ; Kind of Magic ou Bohemian Rapsody, ça me faisait toujours vibrer. Et puis Freddy Mercury avait l’air d’un type intéressant. Bon, il est mort. Alors Dexter Fletcher a tourné son biopic. La critique était tellement bonne que je suis allé le voir, ce biopic, Bohemian Rapsody, justement. Mais j’ai tellement détesté l’acteur qui joue Mercury qu’il m’a gâché le film au point que je n’ai pas pu faire la mienne . Elle aurait été épidermique, mauvaise et probablement un peu injuste.

Mais, bien avant Queen, j’avais bien aimé Elton John. On m’avait offert son premier 33 tours en 1970 ou 1971. Je me souviens qu’il y avait cette formidable chanson Border song » avec ses chœurs et ses arrangements grandioses, à la limite du grandiloquent. Superbe ! Et puis bien sûr Your song. Eternelle !

Alors quand j’ai su que sortait son biopic, j’ai eu envie d’aller le voir, mais quand j’ai su que Continuer la lecture de Rocketman – Critique aisée n°161 

BONJOUR, PHILIPPINES ! – 4 – UN SOIR AU MONTE CARLO

CHAPITRE 4 – UN SOIR AU MONTE CARLO

Le résumé des trois chapitres passés est-il vraiment nécessaire ? C’est évidemment l’avenir qui vous intéresse. Le voici dévoilé : dans ce quatrième épisode des aventures de Philippe au Philippines, on verra comment négocier une chambre au Hilton, comment devenir membre d’un club très fermé de Manille et pourquoi Ratinet n’a pas de chance.

***

Les choses vont mieux, du moins pour moi. Ces derniers jours, quand j’ai eu fini de tailler mes crayons, j’ai consacré mon temps à lire quelques études sur Mindanao et à examiner avec Pacifico de quels moyens matériels et humains nous pourrions disposer pour organiser une enquête de trafic, pour la réaliser et la dépouiller. Nous avons établi un premier Continuer la lecture de BONJOUR, PHILIPPINES ! – 4 – UN SOIR AU MONTE CARLO 

Conversation sur le sable – 6

Saint-Brévin-l’Océan, 12 août 1948

 Voix off dont on aperçoit l’ombre dans l’angle inférieur droit de la photo, essuyant ses yeux :
— Faut reconnaître, c’est du brutal !

  Enfant au premier plan :
— Vous avez raison, il est curieux hein ?

  Enfant au deuxième plan :
— J’ai connu une polonaise qu’en prenait au petit déjeuner. Faut quand même admettre que c’est plutôt une boisson d’homme.

  Voix off dont on aperçoit l’ombre dans l’angle inférieur droit de la photo, les yeux dans le vague :
— Tu sais pas ce qu’il me rappelle ? C’t’espèce de drôlerie qu’on buvait dans une petite taule de Bien Ho Har, pas tellement loin de Saïgon. Les volets rouges et la taulière, une blonde komac. Comment qu’elle s’appelait , Nom de Dieu ?

Les jambes au maillot de bain en laine en arrière-plan :
— Lulu la nantaise.

Pour réentendre les conversations précédentes, cliquez dessus :
Première conversation
Deuxième conversation
Troisième conversation
Quatrième conversation
Cinquième conversation

BONJOUR, PHILIPPINES ! -3 – MITRAILLETTE, CHAMPAGNE ET TAILLE CRAYON

CHAPITRE 3 – MITRAILLETTE, CHAMPAGNE ET TAILLE CRAYON

Résumé des chapitres précédents

Personnages principaux :
André Ratinet : ingénieur routier, dit « Dédé Badluck »,
Gérard Peltier : chef de mission, optimiste
Philippe : ingénieur économiste, le narrateur

Ces trois personnages sont réunis à Manille pour une étude routière. Dans les deux chapitres précédents, Ratinet a pris une tasse de café sur son pantalon, il a perdu sa valise et il s’est fait voler par des vrais-faux policiers. Cela n’a pas entamé le moins du monde l’enthousiasme forcené de Peltier. Quant au narrateur, il est plutôt dans l’observation et l’expectative.

***

Le jour se lève sur Manille. La brume posée sur la baie ne laisse voir que les superstructures des dizaines de cargos qui attendent leur tour pour entrer dans le port. Un soleil horizontal brille sur le Roxas Boulevard, déjà bruyant de Jeepneys bariolées, de camions enguirlandés et de voitures aux vitres argentées au milieu d’une nuée de motocyclettes, de vélos et de triporteurs virevoltants. Les fumées qui s’échappent des cuisines des restaurants ambulants montent tout droit puis s’étalent dans le ciel sans vent.

Je n’entends ni ne vois rien de tout ça car ma chambre donne sur l’arrière de l’hôtel. Je dors. Je suis troublé dans mon rêve par un bruit qui se distingue brutalement du ronronnement familier de l’air conditionné. Très vite, ce bruit unique se sépare en deux sons identifiables par ma conscience progressivement retrouvée : je reconnais le bourdonnement de mon réveil et le grondement du Continuer la lecture de BONJOUR, PHILIPPINES ! -3 – MITRAILLETTE, CHAMPAGNE ET TAILLE CRAYON 

Lire ou écrire, il faut choisir

Quand j’ai commencé à écrire, il y a cinq ou six ans, je ne me doutais pas de là où ça me mènerait.

Il y a une dizaine d’années, quand je n’ai eu plus grand-chose d’autre à faire que manger, dormir, boire, dire bonjour à la dame et choisir la chaine TV, je me suis mis à lire. Pendant deux ou trois ans, j’ai lu, surtout les classiques, Proust et Flaubert en particulier, qui m’ont permis d’entrevoir ce que j’avais raté à faire autre chose. J’ai lu pour le plaisir de découvrir une histoire, et avec elle, l’existence de sentiments inconnus, ou pour celui de retrouver des émotions oubliées ou trop éprouvées. A ces plaisirs s’est vite ajouté celui de la musique des mots, du rythme des phrases, de la fluidité du texte ou de ses aspérités. Pour définir cette association de caractéristiques de l’écriture, j’aurais bien utilisé le mot style, mais pour beaucoup de gens, dire d’un écrivain qu’il a du style, c’est le ranger dans la catégorie des écrivains désuets, démodés, dépassés, empesés, finis, foutus, pilonnés. Les fantômes d’André Maurois, de Roger Martin du Gard, de Gilbert Cesbron et de bien d’autres gloires du siècle dernier en savent quelque chose. C’est vrai qu’ils avaient du style, mais « on écrit plus comme ça aujourd’hui ». Pourtant Proust, Conrad, Hemingway, Chandler, Continuer la lecture de Lire ou écrire, il faut choisir