Archives pour la catégorie Textes

Never grow old – Critique aisée 169

Critique aisée n°169

Never grow old
Ian Kavanagh – 2019
John Cusack, Emile Hirsch, Déborah François

Ce film, je vais pouvoir vous en dire la fin. Ce n’est pas mon habitude, mais de deux choses l’une : ou vous l’avez vu et vous la connaissez, ou vous ne l’avez pas vu et vous ne la connaîtrez jamais.
Jamais ?
Jamais !
Ou alors dans deux ou trois ans sur l’écran fissuré de votre tablette obsolète et d’ici là, il y a longtemps que vous aurez oublié ma critique.
Mais pourquoi, ce jamais péremptoire ?
C’est évident :

  1. Never grow old est sorti au mois d’août
  2.  C’est un western
  3.  Il n’est pas signé Quentin Tarentino
  4.  Ni Brad Pitt, ni Tom Cruise ne jouent dedans
  5.  La presse n’a pas été très bonne

Cinq mauvaises raisons, mais raisons quand même pour qu’il disparaisse des salles au bout d’une semaine.

La critique du Masque et la Plume ayant été unanimement bonne, je Continuer la lecture de Never grow old – Critique aisée 169 

Le voyage du petit Christian à Rome – 2ème partie

Pour lire la première partie de cette histoire, c’est

ICI

Le voyage du petit Christian à Rome

Deuxième partie

Nos fiancées

Nos quatre copines préférées, c’est Michèle, Claudine, Anne G et Anne M et y en a qui disent que c’est nos fiancées.

Michèle, c’est une brunette qui porte une drôle de coiffe compliquée sur la tête, des antiquités dans les bras tous les dimanche-matins et des verres de contact qui tombent sans arrêt ; en plus elle  a une hyperthyroïdie auto-car-immune dissociée de type IIb, la plus rare, celle qui donne toujours chaud, toujours soif et toujours envie de bouger. Mais c’est vrai qu’elle a fait de drôles de progrès et que maintenant elle a beaucoup moins envie de bouger qu’avant mais faut dire aussi que Francis il a décidé de l’attacher de 8 heures du matin à 8 heures du soir comme ça il n’est plus obligé de courir après elle aux brocantes des quatre coins de l’Europe. Et puis en plus, si jamais elle s’échappait quand même, Francis il a un fusil à pompe.. Michèle, malgré tout ça, elle n’est pas rancunière et elle est follement amoureuse de Francis, un autocariste batave et germanophobe qui se shoote à la poupée bretonne et comme elle est plutôt gaie, dans sa province natale, on l’appelle Madame BOVA-RIT.

Il y a aussi Claudine qui est une amie d’enfance de Richard à tel point qu’on dirait qu’ils étaient mariés avant de naître. On voit bien que Claudine, elle se sent déjà Continuer la lecture de Le voyage du petit Christian à Rome – 2ème partie 

Nighthawks enfin expliqué – 0

Nighthawks est probablement le tableau de plus célèbre d’Edward Hopper. Les commentateurs s’accordent en général pour dire que ce tableau, peint en 1942, est une représentation de la solitude et de l’aliénation de l’individu dans la société américaine.

Dans les jours qui viennent, grâce à une étude en 7 chapitres dont le premier paraitra dans une semaine exactement, nous verrons qu’il n’en est rien. La première explication paraitra le 7 septembre.

En attendant, voici, sans commentaire, l’œuvre en question :

¿ TAVUSSA ? (57) : Correctitude ou correction, il va falloir choisir

Quand on écrit aujourd’hui, même si l’on n’est lu que par quelques dizaines de personnes, il faut faire très attention aux mots que l’on emploie, aux plaisanteries que l’on fait, aux anecdotes que l’on raconte, aux thèmes que l’on aborde. Sinon, le flair surdéveloppé des beagles du service de détection du politiquement incorrect a tôt fait de vous signaler, pas encore aux autorités, mais à l’attention des zélotes de la correctitude.

J’ai pu constater la précision des instruments de contrôle de la conformité à la néo-pruderie ambiante lors de la publication sur un forum d’écriture de cet article « Qui était donc ce type ? » que j’avais déjà publié ici-même. Si ça ne vous rappelle rien, vous pouvez le  relire en cliquant sur son titre ci-dessus. Mais si vous vous en souvenez, vous vous souviendrez aussi que, dans des phrases voisines, j’avais écrit en substance que Continuer la lecture de ¿ TAVUSSA ? (57) : Correctitude ou correction, il va falloir choisir 

Aurore (bis)

Je n’ai aucun scrupule à vous rediffuser ce poème immortel, paru une première fois il y a presque cinq ans ! Cinq ans…

Le soleil s’est levé derrière le toit qui fume
Les oiseaux ont chanté, les nuages ont blanchi.
J’ai enfoncé mes yeux dans l’oreiller de plume
Et mes poings ont battu l’édredon avachi.
« Vos gueules! », ai-je crié aux bruyants volatiles,
Et « Eteins la lumière! » à l’astre du matin
« Je veux dormir encore, ramassis d’imbéciles,
Et toi, sacré flambeur, cesse d’être importun!
Non mais, ça va pas bien, tas d’oiseaux de malheur?
Cessez immédiatement tous ces cris incongrus
Car faire autant de bruit et ce, d’aussi bonne heure,
Est passible de mort, ou pire, c’est bien connu!
Et quant à toi, Phoebus, vraiment tu exagères!
Tu agaces mon œil, Ô vieil enquiquineur.
Je ne supporte plus tes mauvaises manières.
Je te le dis tout net : Va te faire voir ailleurs ! »
Le soleil s’est caché : il m’avait entendu.
De la même manière, ayant fermé leur bec,
Sans doute un peu vexés, les oiseaux se sont tus.
Le calme est revenu et le sommeil avec.
Cette histoire n’a pour but que de vous démontrer
Qu’il est possible de dormir jusqu’à onze heures
A la condition bien sûr de s’adresser
Avec fermeté à tous les emmerdeurs.

Le voyage du petit Christian à Rome – 1ère partie

Attention, ne vous y trompez pas ! Ce que vous allez lire et regarder dans quelques instants est un pastiche. Veuillez bien noter que les textes ne sont pas de Goscinny et les illustrations, pas de Sempé. Vous aurez peut-être du mal à y croire, mais c’est vrai : c’est un pastiche. Voici l’une de ces épopées dans lesquelles Lorenzo dell’Acqua raconte ses voyages entre copains.

Aujourd’hui, c’est le premier épisode avec la présentation de quelques personnages. Les épisodes suivants paraitront les 1er septembre, 6 septembre et 11 septembre.

Soyez attentifs, ça commence comme ça :

 

Le voyage du petit Christian à Rome

Mallé-Gossini

                                  

                                                           à Livia,
                                                           notre guide et amie
                                                           patiente et passionnante

Première partie

Mes copains

Pendant les vacances, avec mes copains, on fait des voyages extraordinaires ! Mes copains, ils sont terribles : il y a Richard, Francis, Christian et Laurent.

Richard, encore appelé Bouli mec, c’est le premier de la classe et le chouchou de la maîtresse qu’on a surnommée Sainte Livia parce que, quand elle nous voit boire tout le Frascati, elle n’arrête pas de dire « Mon Dieu, mon Dieu ». Richard, il est drôlement agaçant parce qu’il est toujours premier en histoire et en préhistoire, en égyptologie et en gastronomie quantitative, en psychanalyse et en acrobatie, en podologie photographique, en 5 ème symphonie, en alsacien et en petit nègre, mais il est bon dernier en gymnastique parce qu’il dit qu’il a une terrible sciatique qu’il a ramenée d’Indochine comme un ami de son père. Nous, on ne connait ni l’Indochine ni la Sciatique mais il paraît que c’est deux petits pays qui se touchent et c’est Christian qui a vu ça sur la mappemonde de sa fiancée (qui en a deux grosses de mappemonde en fait).

Richard, il dit tout le temps qu’il est Continuer la lecture de Le voyage du petit Christian à Rome – 1ère partie 

La grande Beune – Critique aisée 168

Critique aisée n°168

La grande Beune
Pierre Michon – 1996
Collection Folio – 78 pages

Honnêtement, j’ai un peu de mal à commencer cette critique. Ceci pour deux raisons. La première, c’est que ce livre m’a été offert et recommandé par un ami.

Et déjà, là, je m’arrête et m’interroge : Pourquoi avoir précisé « par un ami » ? Qui d’autre qu’un ami peut-il vous offrir un livre ? Un livre n’est pas un cadeau de civilité, comme une boite de chocolat ou un bouquet de fleurs — d’ailleurs, on m’offre assez peu de fleurs. Comme le parfum, le livre est un cadeau des plus personnels avec la différence qu’il est personnel à celui qui offre. Il peut révéler ses goûts et ses couleurs, sa façon d’aimer, ses détestations. Il engage sinon son honneur, mais parfois sa réputation — pas à tous les coups, bien sûr, mais quand même. Que celui qui, offrant un livre, accepte ainsi de s’exposer, éventuellement d’être jugé, est bien une preuve d’amitié.

Mais j’y pense : pourquoi à « offert » ai-je ajouté « et recommandé » ? Quelqu’un, même quelqu’un qui ne serait pas de vos amis, vous a-t-il dit un jour : « Tiens, je t’ai apporté un livre. Il est sans intérêt, creux et ennuyeux ; de plus, il est mal écrit et n’a rencontré aucun succès » ?  Non, bien sûr ! Parce que, quand on offre Continuer la lecture de La grande Beune – Critique aisée 168 

Ici est tombé le lieutenant Martinet

Elles ont toujours été là, ces plaques. Du plus loin que je me souvienne, elles ont toujours été là. Je les ai vues, enfant, quand je descendais du carrefour de l’Observatoire vers le Luxembourg pour prendre le commandement de l’un de ces petits bateaux en bois le temps de quelques traversées de bassin. Elles étaient là quand, adolescent, je fréquentais les cinémas du Boulevard Saint Michel, puis, plus tard, étudiant, quand je partageais mon temps entre le Lycée Saint Louis, les cafés de la place de la Sorbonne et les fauteuils ensoleillés du Luco. Elles étaient toujours là quand j’ai emmené mes enfants au Luxembourg faire ce que j’y avais fait avant eux. Parfois, un petit bouquet de fleurs passé dans un anneau les soulignait. Parfois, je prenais le temps de les lire… Raymond Bonnand, 19 ans, Jean Bachelet, 24 ans… et parfois, un sentiment d’inconfort me prenait, mélange de culpabilité, de pitié et d’admiration envers ces garçons qui ne connaitraient plus jamais ce que, moi, j’allais connaitre : le soleil, les filles, les voyages, les amis, la famille, les enfants… Et puis, bien sûr, je passais à autre chose. Quoi de plus normal ? Mais quand même, toutes ces années, le nom du lieutenant Martinet est resté gravé dans ma mémoire.

Il parait que, dans Paris, il y a plus de deux cents plaques commémoratives de la mort de ceux, jeunes pour la plupart, qui se sont fait tuer en combattant pour la libération de Paris à la fin du mois d’aout 1944, il y a exactement 75 ans.

En voici quelques-unes, glanées dans mon Continuer la lecture de Ici est tombé le lieutenant Martinet 

La nasse

Quand le temps est beau, vers le milieu de la matinée et pour une bonne partie de la journée, le trottoir des numéros impairs de la rue Soufflot passe à l’ombre. Les étudiants, les touristes, les habitants du Quartier Latin et les employés de mairie y vont et y viennent en liberté. Ils montent vers le Panthéon ou descendent vers le Luxembourg, se croisant bien à leur aise grâce à la généreuse largeur de l’espace qui leur est réservé. Pourtant, à peu près à mi-chemin entre la place Edmond Rostand et le monument dédié Aux Grands Hommes par la Patrie Reconnaissante, on trouve le magasin de A.Pedone Éditeurs. Cette librairie aux profondeurs boisées insoupçonnables mériterait sans doute que quelqu’un lui consacre un jour tout un article mais, pour aujourd’hui, tout ce qu’il faut en savoir c’est Continuer la lecture de La nasse 

Il était une fois à Hollywood – Critique aisée n°167

Critique aisée n°167

Il était une fois à Hollywood
Quentin Tarentino – 2019
Leonardo di Caprio, Brad Pitt, Al Pacino, Bruce Dern, Ken Russell

Beaucoup de bruit pour rien.
Non, je ne suis pas juste, pas pour rien. Mais beaucoup de bruit pour pas grand-chose assurément. Pas aussi risible que Kill Bill, pas aussi caricatural que Inglorious bastards, pas aussi déplaisant que Django, pas aussi lamentable que les Huit salopards, voici « Il était une fois à Hollywood« .

Pour une fois depuis plusieurs années, ce film de Tarentino ne m’a ni agacé, ni irrité. Il m’a simplement déçu. Déçu, parce que la bande annonce laissait prévoir plus d’humour que je n’en ai trouvé dans le film, parce que les acteurs de première grandeur qui apparaissent dans le film cabotinent à qui mieux mieux, parce que je m’étais laissé prendre à son incroyable campagne de promotion, destinée sans doute à compenser une sortie en salles au mois d’Aout, le mois des nanars… mais pas déçu à cause des critiques enthousiastes, ça non, car j’avais fait en sorte de ne rien lire ni entendre avant de me rendre à l’Escurial ce dimanche après-midi. En attendant que la séance ne commence — j’arrive toujours avant l’heure de la séance, car j’aime voir les bandes annonce et même les films publicitaires et les attractions, mais ça c’est fini depuis 1955 — je pensais que c’était dans cette même salle où, il y a soixante-dix ans, j’allais au balcon voir Erroll Flynn mater  » La Révolte des dieux rouges ».
Ça c’était la touche personnelle, celle que j’ajoute toujours pour montrer que je ne suis pas un robot.

Bon, le titre, d’abord.
On sait que, au risque de n’être que cela, Tarentino est un maître ès références. Alors, on peut se demander si le titre Continuer la lecture de Il était une fois à Hollywood – Critique aisée n°167