Archives pour la catégorie Textes

Retour au Comptoir

J’y suis retourné, au Comptoir du Panthéon1. Ce doit être mon côté aventurier. Eh bien, elle était là, ma serveuse2, égale à elle-même3 Elle ne semblait pas se souvenir de notre dernière rencontre. Ou alors, elle ne m’a pas reconnu. Ou elle a fait semblant. Elle m’a servi mon café, sans un mot ni un sourire, bien sûr, mais dans des temps raisonnables. Alors, pour cette fois, je l’ai laissée vivre.

Note 1 – Si vous voulez savoir de quoi je parle, cliquez là-dessus
Note 2 – Melissa
Note 3 – Visage sévère et pâle, silhouette mince et nerveuse, cheveux bruns rassemblés dans un chignon incertain, débardeur gris foncé, jeans slim taille basse noirs symétriquement déchirés aux genoux, rangers de cuir noir,

Bientôt publié
Demain,  A Ré – 2
21 Août, Il était une fois à Hollywood – Critique aisée n°167
22 Août,  Une chambre en Ville (di Paraso) – 2
23 Août,  La nasse

La caverne de Platon

La caverne de Platon

Vous connaissez l’allégorie de la caverne ? Mais oui, bien sûr, vous la connaissez. Vous n’allez quand même pas dire que non devant tout le monde. Mais vous avez un peu oublié les détails, c’est ça, hein ? Vous vous souvenez vaguement : les hommes enchainés, les ombres projetées sur le fond de la caverne… Mais à partir de là, ça devient confus, non ? Ne culpabilisez pas trop — ma propre science est toute fraiche —  et laissez-moi vous faire une modeste piqûre de rappel. En principe, c’est sans douleur.  De toute façon, vous pouvez bien consacrer cinq ou six minutes au texte la plus célèbre de la philosophie occidentale.

Pour expliquer l’allégorie de Platon, on ne peut à mon avis se passer de l’image. J’ai choisi celle-ci :

Elle m’a parue la plus claire et la plus Continuer la lecture de La caverne de Platon 

BONJOUR, PHILIPPINES ! – 13 – RATINET, SUITE ET FIN

CHAPITRE 13 – RATINET, SUITE ET FIN

Voici donc la fin des aventures de Philippe aux Philippines. Mais, ce qui fera l’objet de ce dernier chapitre, c’est plutôt le dénouement de celles de Ratinet. André Ratinet, dit Riton Padbol, dit Andy Bad Luck, dit Dédé la Déveine, a pris une pris une place de premier plan dans le développement de cette histoire. On se souvient que le bonhomme attire les ennuis comme la Normandie la pluie. Après avoir perdu sa valise entre Bruxelles et Bangkok, s’être fait dévaliser en douceur dans Luneta Park, après avoir photographié les plus belles fleurs du monde avec une caméra vide de pellicule, ne voilà-t-il pas qu’il a rencontré le démon de midi en la personne de la jolie Tavia. Ces dernières semaines, la jeune personne a beaucoup perturbé l’ingénieur dans sa recherche du meilleur tracé pour la route côtière nord de Mindanao. Ça lui a valu les reproches amers de son bien-aimé chef de mission, Gérard Peltier. Mais, quand il décide de ramener la donzelle à Montalivet-les-Bains (Gironde) et que, pour cela, il a un besoin urgent de 5000 dollars, quand il compte les emprunter, certes indirectement mais quand même, à la Banque Mondiale, ou, à défaut, à ses collègues, les choses deviennent graves. A ce stade, et bien que l’éternel optimiste Peltier ait assuré que « ça allait se tasser », le lecteur sent bien que les aventures de Ratinet ne vont pouvoir s’achever que dans la douleur. C’est ce qu’on va voir dans ce dernier chapitre dont on remarquera qu’il porte le numéro 13. Mais pouvait-il en être autrement ?

Au cours de notre dîner du vendredi précédent, obstinément optimiste, Peltier avait déclaré que  » ça allait se tasser ». Il parlait bien entendu des velléités de Ratinet d’emporter la Continuer la lecture de BONJOUR, PHILIPPINES ! – 13 – RATINET, SUITE ET FIN 

Les Saisons – Critique aisée 166

Critique aisée n°166

Les Saisons
Maurice Pons – 1965
Christian Bourgois – 214 pages
 

Il faut avouer que j’ai bien failli abandonner. J’ai tellement patiné dans la gadoue froide et visqueuse des vingt premières pages, je me suis tellement senti mal à l’aise à entrer dans ce village en ruine sous cette pluie désespérante, j’ai tellement été rebuté par les premières rencontres avec ses habitants que j’ai bien failli abandonner et ranger le bouquin avec son billet de train composté coincé entre les pages vingt et vingt et un — car on ne sait jamais…

Il n’y avait pas que le climat de ce bled pourri qu’on me décrivait qui me dissuadait d’avancer, pas que la peinture à la Bidochon des premiers exemplaires de sa population qui me prenait à rebrousse-poil, et pas que la noirceur cauchemardesque de l’atmosphère qui me faisait craindre le pire. Ce qui me freinait le plus, c’était la richesse et la désuétude du vocabulaire qui m’annonçaient une indigestion rapide.

Cette phrase faillit bien emporter ma décision :

« (…) assise à califourchon sur les genoux de l’un des douaniers, — le douanier en second à ce qui devait apparaître bientôt — qui la maintenait contre lui en lui plaquant les deux mains ouvertes sur les fesses, elle lui pressait entre deux doigts les ailes du nez, et la séborrhée sale dont elles étaient gorgées jaillissait des pores en petits vermisseaux à têtes noires.« 

Mais avant de lâcher prise, avant de me mettre à relire Bonjour Tristesse ou Continuer la lecture de Les Saisons – Critique aisée 166 

Qui était donc ce type ? (Couleur Café n°29)

LE JOURNAL DES COUTHEILLAS – NUMERO 2082

Couleur Café n°29

Qui était donc ce type ?

Café Hugo
22 Place des Vosges

C’est un quartier où je ne viens presque jamais, un café où je n’étais jamais venu. Voyons voir.
Les vieilles tables en bois sont marquées de coups et de brulures d’autrefois et les larges banquettes en moleskine marron sont craquelées comme je les aime. La serveuse, aimable, est en bon état. Installé contre le mur du fond, je tourne le dos à un grand miroir encadré de mosaïques aux motifs géométriques rouges, jaunes et argent. Devant moi, au premier plan, deux tables vides, puis la terrasse, puis, au-delà de la chaussée, les grilles du jardin et enfin les arbres de la place des Vosges, encore dénudés. Le mur qui sépare la salle de la terrasse est percé des mêmes arcades que celui qui sépare la terrasse de la chaussée. Les deux sont faits des mêmes pierres jaunes griffées, jointées à sec. Un passage par Wikipédia m’apprend que le Café Hugo occupe le rez-de-chaussée de l’Hôtel Laffemas (XVIIème siècle) et que la maison qui fut celle du grand Victor est à deux pas.
J’ai rendez-vous tout près d’ici dans un peu plus d’une heure. J’ai le temps de prendre un autre café et d’observer.

A ma gauche, près de l’arcade, un couple est installé. L’homme me fait face. Posées à plat sur la table, ses deux mains recouvrent la main droite de la Continuer la lecture de Qui était donc ce type ? (Couleur Café n°29) 

BONJOUR, PHILIPPINES ! – 12 – LE SERPENT DE MER

LE JOURNAL DES COUTHEILLAS – 4 AOUT 2019 – N°2079

CHAPITRE 12 – LE SERPENT DE MER

La soirée au Chalet au cours de laquelle Ratinet s’était vu refuser 5000 dollars tant par la Banque Mondiale que par ses collègues de mission avait eu lieu un mercredi. Le jeudi matin, j’accompagnai Robertson à l’avion de Kuala-Lumpur, et je ne repassai pas au bureau de la journée. Comme le lendemain, c’était le week-end de Pâques qui commençait, je n’entendis plus parler de Ratinet jusqu’au mercredi suivant. Après-tout, c’était le problème d’un chef de mission de gérer ce genre de situation, pas le mien.

Depuis plusieurs semaines, Antoine, son ami Jean-Marc et moi, nous projetions de passer ce week-end quelque part au bord de la mer à faire de la plongée sous-marine. Cela paraissait compliqué. On nous avait bien indiqué qu’il était possible de louer des petites maisons dans les villages de pêcheurs de la presqu’ile de Mabini, mais c’était un endroit difficile d’accès et nous n’avions Continuer la lecture de BONJOUR, PHILIPPINES ! – 12 – LE SERPENT DE MER 

Sans nouvelles de Gurb – Critique aisée n°165

Journal des Coutheillas, numéro 2075 !
Vous êtes sûr ?
Certain ! 

Critique aisée n°165

Sans nouvelles de Gurb.
Eduardo Mendoza -1990
Roman traduit de l’espagnol par François Maspero
125 pages- 6,50 €
Disponible à la FNAC avec 5% de réduction en cas de retrait en magasin !

Eduardo Mendoza est un écrivain espagnol. Né en 1943, il est, m’as-t-on dit (en fait, on c’est Wikipédia, le viatique de l’homme cultivé), considéré comme l’écrivain le plus représentatif de sa génération. Il a remporté le prix Cervantès en 2016.

Je suis tombé par hasard sur cet étrange petit bouquin en cherchant à retrouver dans ma bibliothèque le seul roman vraiment comique de Marcel Proust, « Mon narrateur chez les riches« , qui m’avait fait tant rire quand j’étais rempailleur de chaises au Moyen Tibesti.

Le thème est le suivant : un vaisseau spatial venu d’ailleurs se pose dans la région de Barcelone. À bord, deux aliens, le commandant et son adjoint, Gurb. Il est important de savoir que ces deux-là sont des êtres incorporels. Bon. Gurb est envoyé en reconnaissance par son chef qui, après consultation du Catalogue Astral Indicatif des Formes Terrestres Assimilables, choisit pour lui la forme de Madonna. Au bout de quelques heures, Gurb n’est pas Continuer la lecture de Sans nouvelles de Gurb – Critique aisée n°165 

BONJOUR, PHILIPPINES ! – 11 – LES 5000$ DE RATINET

CHAPITRE 11 – LES 5000 DOLLARS DE RATINET

Il m’a fallu quitter le paradis des plages de Mindanao car je n’avais plus rien à y faire. Grâce à l’efficacité des jeunes filles que Placido avait placées sous son affectueuse autorité, le dépouillement de l’enquête de transport se déroulait tranquillement.

Me voici donc à nouveau dans le purgatoire de Manille pour m’occuper maintenant de l’étude économique proprement dite. Je dois, entre autres choses, me poser des questions du genre de celles-ci : pour les dix, quinze et vingt prochaines années, quelle sera la croissance démographique de l’île, combien y aura-t-il de voitures, de camions, d’autocars, de tonnes d’ananas, de mètres cubes de noix de coco…? Mais, si je veux avancer, je dois éviter de me poser des questions comme : est-ce que la tension qui existe entre l’Islam des propriétaires actuels de l’île et le catholicisme des colons envoyés par le gouvernement ne va pas exploser un jour ou l’autre en Continuer la lecture de BONJOUR, PHILIPPINES ! – 11 – LES 5000$ DE RATINET 

Une vie de dingue

Attention, ceci est le 2069ème numéro du JdC !
c’est dingue, non ? 

Une vie de dingue

C’est quand le gnou fugace
commence à barbifier
dans les surtarbrandurs
qu’il faut que l’oxymore subtil
manduque vers son ergastule.
Proverbe Chihuahua

 

Je dédie cette biographie à moi-même,
sans qui rien de tout cela n’aurait été possible.

Chapitre premier : les origines 

Si mes souvenirs sont bons, je suis né un 24 décembre vers 23h45 entre un bœuf et un âne gris. Et pourquoi cela, vous demandez-vous ? Eh bien, essentiellement parce que le gynécologue accoucheur de ma mère était parti à l’improviste à la Martinique pour trois semaines. Ma mère ne put se résoudre à attendre son retour et, en l’absence de mon père pour la conduire à l’hôpital, elle me donna le jour dans la ferme familiale. Il faut dire qu’à cette époque, papa était parti acheter des langoustines depuis plus de trois ans, ce qui rendait ma filiation incertaine. Dès que je fus en âge de comprendre cette bizarrerie de calendrier, je posai la question à ma mère et m’éloignais aussitôt. Un peu plus tard, elle me répondit très franchement en m’expliquant qu’il s’agissait là de l’un de ces miracles de l’amour et que je ferais mieux de réviser l’annuaire des marées plutôt que de perdre mon temps à faire de la généalogie. Sur quoi, elle me laissa redescendre du toit de la grange où je m’étais réfugié.

Cette question étant résolue, je pus retourner à la construction de Continuer la lecture de Une vie de dingue 

BONJOUR, PHILIPPINES ! – 10 – ANANAS, EXOCETS ET NOIX DE COCO !

CHAPITRE 10 – ANANAS, EXOCETS ET NOIX DE COCO !

L’enquête de circulation à grand spectacle que j’ai lancée entre Iligan et Butuan se termine et le dépouillement des milliers de questionnaires qui en résultent va bientôt commencer. Il est temps que je retourne à Mindanao pour organiser le début de cette opération.

Lorsque j’arrive à l’aéroport de Cagayan de Oro, Placido Palangsang est là qui m’attend avec la Jeep Willys. Il a l’air très en forme. Pendant le trajet vers la ville, il m’explique en quelques mots qu’il a pris la décision d’arrêter l’enquête trois jours plus tôt que prévu à cause de la défection soudaine de nombreux enquêteurs, retournés dans leur famille pour on ne sait Continuer la lecture de BONJOUR, PHILIPPINES ! – 10 – ANANAS, EXOCETS ET NOIX DE COCO !