Archives pour la catégorie Textes

La transparence – Critique aisée 16

Il y a un peu plus de quatre ans, j’avais écrit ce petit texte, en révolte contre la volonté affichée de transparence à tous les étages. A la surprise générale, ma diatribe n’a eu aucun effet que l’on puisse constater sur les moeurs actuelles.
A mon grand regret, je me vois donc dans l’obligation de la publier à nouveau :

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, la transparence n’est pas que le contraire radieux de la sombre dissimulation.

Dans le domaine privé, la transparence n’est souvent qu’une facilité, un moyen d’éviter la réflexion, promu par le souci du moindre effort et la négation de la sensibilité de l’autre, une façon négligente de lui balancer en vrac une part de sa vérité et de le laisser se débrouiller avec.

Dans le domaine social, c’est aussi une mode, lancée un jour par un censeur de Canal+ en quête de rigueur morale, un pilier de la pensée unique, un mot d’ordre dicté par les journalistes dans le seul intérêt de leur profession. « Moi, journaliste, j’exigerai de mes sujets une totale transparence dans tous les domaines sinon je créerai dans le public une suspicion légitime à leur encontre ».

Dans le domaine politique, la transparence serait le remède à tous les maux, mots tordus, pots de vins, compromissions, hypocrisies, échecs et lâchages inhérents à cette profession en décomposition. Mais, dans ce monde-là, la transparence n’est que l’artifice du prestidigitateur qui montre sa main droite pour qu’on ne prête pas attention à ce que fait sa main gauche.

La transparence…Méfiez-vous en !
Et ne la pratiquez qu’avec parcimonie et à bon escient.

Homère, la mort et les poux

Avec Marcel Proust et Raymond Chandler, Homère est l’un de mes auteurs favoris. Si on sait tout du petit Marcel et presque tout du grand Raymond, on n’en sait que très peu sur Homère.

On ne sait même pas s’il a vraiment existé. Certains auteurs savants prétendent qu’Homère était en fait plusieurs personnes. D’autres, encore plus savants, précisent qu’il est une création pure de poètes épiques qui se seraient forgés un ancêtre dont ils seraient les descendants, formant ainsi l’École des Homérides.

A supposer qu’il ait existé, était-il vraiment grec ? La question parait stupide, pourtant, selon des sources différentes et tout aussi savantes, il se pourrait bien qu’il Continuer la lecture de Homère, la mort et les poux 

¿ TAVUSSA ? (50) : Que faut-il faire des stations Autolib désertées ?

Dans le cadre de la lutte finale contre les automobilistes, après avoir mis fin d’un trait de plume à un service qui fonctionnait — trait de plume qui pourrait contractuellement couter dans les 200 millions d’Euros à la Ville de Paris — tous les cerveaux de l’Hôtel de Ville ont été mis à contribution pour trouver une nouvelle utilisation aux espaces qui avaient été retirés aux automobiles pour les attribuer aux Autolib. Une réunion de tempête de cerveaux (brainstorming) s’est tenue jeudi dernier au sous-sol de l’Hôtel de Ville dans un local spécialement aménagé pour pourvoir soutenir un siège de trois semaines en cas d’échec aux élections municipales ou d’attaque nucléaire. 
Nous avons pu interroger l’un des cerveaux membre de ce cercle restreint — dans tous les sens du terme. Il convient de préciser que, craignant de futures réactions électorales et violentes de la population parisienne, inspiré par l’auteur inconnu de l’éditorial anonyme du New York Times, ledit cerveau est entré récemment en résistance interne — et en contact avec nous — contre la Maire de la capitale, la citoyenne Hidalgo. Terrorisé par la menace de sévères brimades en cas de non adhésion sans faille aux projets automobilicides de Cruella de Paris, il nous a supplié de conserver son identité secrète, ce que nous avons accepté moyennant une rémunération mensuelle de 12,50 € à payer en tickets-restaurant le 15 de chaque mois.

Si George Profonde n’est pas d’ici là exposé au pilori sur la place de l’Hôtel de Ville, nous serons en mesure de publier prochainement le détail des mesures envisagées. Pour le moment, nous nous contenterons de la liste des idées qui ont été retenues et qui vont faire très prochainement l’objet d’un A.P.S. (Avant-Projet Stupide)

Mairie de Paris

Fluctuat nec mergitur, sed qusque tandem, Hidalga, abutere patientiam nostram ?

Réunion du xx/xx/xxxx

Confidentiel dépense. For your eyes only. Défense d’afficher. Taupe secret. Nicht rauchen

Liste préliminaire d’idées pour l’utilisation des espaces laissés inoccupés sur et le long des trottoirs de la capitale à la suite de l’arrêt du service des automobiles électriques en libre-service.

  • Aménagement des espaces de stationnement en plates-bandes plantées de gazon avec massifs de fleurs ou de plantes diverses (roses, orties, cactus, orchidées sauvages…) Les bornes de recharge électrique existantes seront aisément transformées en système d’arrosage automatique et les abris semi-cylindriques sur trottoir en garages à tondeuses.
  • Installation de mini espaces de sport : mini-tennis, mini-golf, mini-foot… Pour éviter la perte des balles et ballons, ces terrains seront entourés de grillages de hauteur convenable. Les abris semi cylindriques seront équipés pour servir de vestiaire pour les sportifs.
  • Aménagement en pâtures à raison d’une vache, ou de trois quarts de cheval, ou de trois moutons ou de quatre chèvres par espace. Les abris sur trottoir seront avantageusement utilisés par les bergers durant la mauvaise saison.
  • Installation de fermes d’éoliennes de petites dimensions dont la puissance délivrée alimentera presque entièrement les feux de signalisation des éoliennes. L’absence éventuelle de vent sera palliée par les courants d’air provoqués par le passage des autobus et des camions.
  • Aménagement en champs miniatures de blé, de maïs, de betteraves ou de cannabis. La circulation sera interrompue dans les rues adjacentes au moment des moissons. Les enfants des écoles y seront amenés régulièrement pour des séances de travaux pratiques.
  • Aires de jeux avec toboggans, balançoires et bacs à sable. Des clôtures électrifiées provisoires seront installées pour séparer les enfants du trafic automobile et éviter tout accident malheureux en attendant la suppression définitive de la circulation.
  • Terrains de pétanque ou de boule lyonnaise, ou de quille, ou de bowling.
  • Pistes de curling, stands de tir à l’arc.
  • Terrains d’apprentissage et d’entrainement pour la formation continue des employés municipaux permettant toute l’année des exercices de balayage de feuilles mortes, ramassage de détritus, défonçage de trottoir pour mise à jour de canalisations.
  • Aménagement en terrains vagues pour faciliter l’intégration des jeunes de banlieue.
  • Aménagement en terrain vide avec panneau d’interdiction de stationner pour exaspérer les automobilistes
  • Aménagement en places de stationnement autorisé tous les lundis de 3h15 à 5h55 du matin, le mardi toutes les heures paires sauf s’il pleut, le mercredi 15 aout toute la journée, et le 18 septembre des années bissextiles. Le reste du temps, le stationnement sera strictement interdit sous peine de peine.

Les A.P.S.(1) de ces différents projets devront être déposés avant vendredi en huit sur le bureau de la Maire qui choisira en toute indépendance. A ce propos, la Maire rappelle à Monsieur Hubert Luberlu que l’établissement d’un A.P.S. pour son projet de restitution des places Autolib aux automobilistes serait inopportun et nuisible à son avancement.

Note 1 : A.P.S. : Avant Projet Sommaire Stupide

ET DEMAIN, UN EXERCICE DE DESSIN D’ARCHITECTURE

L’Entracte (Couleur café n°25)

Couleur Café n°25

L’Entracte 
75 avenue des Gobelins, Paris

9h20 : la terrasse du café est à l’ombre, mais le soleil brille sur l’avenue des Gobelins. Par ces deux ou trois jours extraordinaires d’avril, le matin, il fait encore frais, mais on sent que la douceur ne va pas tarder. A l’autre bout de la terrasse où je bois mon double-express, une jeune femme vient de s’asseoir. Elle me fait face, mais elle ne me voit pas. Elle allume une cigarette, commande je ne sais quoi, ouvre son téléphone et compose. En attendant la réponse, machinalement, elle regarde dans ma direction. Gêné d’avoir été surpris en train de l’observer, je plonge vers mon écran et passe à autre chose. Quelques lignes plus tard, je relève les yeux. Elle a la tête penchée, le téléphone collé à son oreille gauche. À la hauteur de sa bouche, sa main droite tient une cigarette allumée qui fume devant ses yeux baissés. Elle parle. Entrecoupée par le bruit des voitures qui descendent l’avenue, j’entends confusément sa conversation :
«  …mais pourquoi tu dis ça… tu sais bien que ça ne pouvait pas… jamais discuter avec toi…prendre mes affaires ce soir… te voir souvent quand même…c’est ça, moi aussi, moi aussi…  » 
Un capuccino et un verre d’eau sont maintenant sur la table. La main qui tient la cigarette s’écarte un instant pour chasser la fumée de devant ses yeux et je vois qu’elle pleure.

Ils ont sans doute fait l’amour vers une heure du matin, pas très bien. Et puis, au lieu de s’endormir, à plat dos, côte à côte, les yeux fixés Continuer la lecture de L’Entracte (Couleur café n°25) 

Moi, Charlotte Simmons – Critique aisée n° 135

Critique aisée n° 135

Moi, Charlotte Simmons
Tom Wolfe – 2004
Pocket – 1008 pages

Je ne vais pas vous raconter la fin de « Moi, Charlotte Simmons« , l’avant dernier livre de Tom Wolfe. Je ne vais pas vous la raconter parce que je n’ai pas pu y arriver, à la fin. Le bouquin compte 1008 pages, dans l’édition Pocket que j’ai trainée avec moi pendant un mois.
1008 pages, c’est dans la norme pour Wolfe, et d’habitude ça ne me gêne pas. Au contraire, quand un bouquin Continuer la lecture de Moi, Charlotte Simmons – Critique aisée n° 135 

¿ TAVUSSA ? n° 49 : L’Amérique et son mur

Sous la houlette d’un président indécent sous tous rapports, les États-Unis vont dans le mur.

Les divisions partisanes y sont exacerbées comme jamais depuis la fin de la ségrégation. L’Amérique saisit maintenant la moindre occasion de se déchirer : la cause des femmes, celle des noirs, des immigrants, le charbon, l’écologie, la presse, l’assurance maladie, la nomination d’un juge à la Cour Suprême, un cyclone à Porto-Rico, la parole d’une star du porno, celle d’un General Attorney, celle d’un Deputy General Attorney, sans oublier ce mur frontalier ni les autres innombrables pommes de discorde. Chaque décision devient partisane, chaque évènement doit être classé pro-Trump ou anti-Trump, Républicain ou Démocrate, campagnard ou citadin, red-neckien ou élitiste. Les rodomontades ridicules, les mensonges éhontés, les grossièretés quotidiennes du Donald sont devenues insupportables. Les critiques incessantes et sans nuances du Washington Post sont devenues agaçantes, et les louanges permanentes et aveugles de Fox News, risibles. « Ce chaos quotidien est fatiguant » vient de dire Michelle Obama.

Chez les supporters de Trump, on parle désormais couramment et ouvertement d’un État profond, de conspirations contre Continuer la lecture de ¿ TAVUSSA ? n° 49 : L’Amérique et son mur 

Les vacances du petit Lorenzo – 2

LES SLIPS DE BAIN EN LAINE

Bien d’autres interrogations essentielles se posaient à Tharon. Je n’ai jamais compris la raison d’être des maillots de bains en laine. J’ai bien dit en laine, comme un pull over. D’abord, cela avait un côté ridicule parce qu’il n’y avait pas d’élastique. Le slip baillait donc de tous côtés ce qui n’était pas très indécent vu notre âge mais nous obligeait néanmoins à une certaine vigilance. Ensuite dans l’eau, cela devenait lourd pour Continuer la lecture de Les vacances du petit Lorenzo – 2 

Les frères Sisters – Critique aisée n°134

Critique aisée 134

Les frères Sisters
Jacques Audiard – 2018
John C.Reilly, Joaquin Phoenix, Jake Gyllenhaal, Riz Ahmed

Pour la première fois, Jacques Audiard se lance en Amérique. Avec un western, en plus. L’Amérique, souvent, c’est dangereux pour le cinéma français et l’Ouest encore bien davantage. Mais Audiard ne s’en sort pas mal du tout.

Dans sa structure générale, le film est très classique : deux hommes à cheval qui en poursuivent deux autres à travers l’Orégon et la Californie vers une confrontation que l’on croit deviner. L’imagerie est classique également : longues et lentes chevauchées à travers les plaines, les forêts et les montagnes, bivouacs au bord des torrents, couchers de soleils somptueux, dialogues réduits à l’essentiel, aurores grises et froides, villes champignons de la ruée vers l’or, bruyantes et sales, où le danger est à chaque coin de bar.

Les frères Sisters, c’est ça, mais pas seulement comme on dit aujourd’hui. Parce que les deux poursuivants sont spéciaux : deux frères, crasseux, dont l’un est une tête brulée, un surdoué du colt, un alcoolique violent alors que l’autre, sous un aspect de brute encore plus épaisse, est presque Continuer la lecture de Les frères Sisters – Critique aisée n°134 

Café marron (Couleur café n°24)

Couleur Café n° 24

Le Pont Royal
8 Rue du Bac

C’est un tout petit bistrot aux couleurs parisiennes de petit bistrot.
Les couleurs parisiennes du petit bistrot parisien sont à base de marron :
Marron rouge les petites tables carrées et la moleskine des banquettes,
Marron clair les murs,
Marron foncé les inscriptions qui ordonnent en arc de cercle : « Dégustez nos vins de province », « Apéritifs », « Champagne », « Macon », « Petit Chablis », qui désignent les « Toilettes « .
Parfois une ardoise en trompe l’œil apporte sa touche noire avec au milieu le souvenir d’un ancien plat du jour.
Mais le marron reprend ses droits en Continuer la lecture de Café marron (Couleur café n°24) 

Thunder road – Critique aisée n°133

Critique aisée n°133

 Thunder road
Jim Cummings – 2018
Jim Cummings, Kendal Farr

C’est l’histoire de Jimmy Arnaud, flic. Il a des problèmes : il est en instance de divorce, il va perdre la garde de sa fille, il vient de perdre sa mère. Il est aussi dyslexique reconnu depuis son enfance. Mais il souffre aussi de pétages de plombs chroniques en cas d’émotion forte. Donc la vie n’est pas simple pour lui. Pourtant c’est un flic plein de bonne volonté, un père aussi plein de bonne volonté que le flic, mais il n’y arrive pas. Quand il avance d’une case, un pétage de plomb le fait reculer de deux.

La chanson Thunder Road (Bruce Springsteen) lui a été transmise par sa mère. Elle lui donne le courage de tenir car elle Continuer la lecture de Thunder road – Critique aisée n°133