Archives pour la catégorie Textes

Les voisins

Ce texte se compose de deux versions distinctes d’un même évènement anodin : la rencontre de deux voisins dans un train.Il a été écrit dans le cadre d’un atelier d’écriture : « Prendre une histoire bien connue et la raconter d’un autre point de vue« . C’était le thème de l’exercice.
Ne soyez pas surpris : dans la première version, celle du 4ème droite, vous reconnaitrez peut-être une partie d’un texte publié en octobre 2015. C’était ça, l’histoire bien connue.

Les voisins

(1er voisin – 4ème droite)

— Vous ne connaissez pas mon voisin du dessus ? C’est un type plutôt petit, étroit, précis, mais pas tout à fait ridicule. Ses traits sont assez fins, mais ils portent une expression pusillanime. Il approche de la cinquantaine, mais il a les cheveux presque blancs. Il porte des Continuer la lecture de Les voisins 

Comédies musicales – Critique aisée n°144

Critique aisée n°144

Comédies musicales
Philharmonie de Paris.
221 avenue Jean-Jaures
Paris 19°
Entrée 11 €
Metro Porte de Pantin

Les promoteurs de cette exposition la présentent comme ceci :

« UNE EXPOSITION IMMERSIVE
L’exposition prend le parti d’immerger les visiteurs dans les films eux-mêmes, par des projections géantes, accompagnées de photographies et de documents rares. La scénographie a été confiée à Pierre Giner qui a imaginé un espace ouvert, faisant la part belle aux montages d’extraits thématiques peuplés de personnages qui dansent, de Fred Astaire à John Travolta, de Cyd Charisse aux héroïnes de Jacques Demy, de West Side Story aux objets virevoltants de La Belle et la Bête. Un panorama en musique pour découvrir la richesse et la diversité des comédies musicales. »

Que dire devant une telle annonce ? Qu’elle est mensongère ou que l’exposition est ratée ?

Suivez-moi bien. On entre dans une première salle de dimensions modestes. L’un de ses murs exalte Chantons sous la pluie par le biais de quelques cartels explicatifs désordonnés qui entourent une affiche du film. Ils nous expliquent que ce film est la meilleure comédie musicale jamais tournée. Je suis d’accord. Sur le mur d’images d’en face, tourne en boucle un tout petit extrait de la plus fameuse scène dans laquelle Gene Kelly chante effectivement sous la pluie. Quelqu’un devrait Continuer la lecture de Comédies musicales – Critique aisée n°144 

Le livre de l’Éthiopien – 2

Il n’y a pas si longtemps, je vous ai raconté comment le Livre de l’Éthiopien m’était tombé entre les mains. Si vous avez raté cet épisode essentiel de ma vie intellectuelle, vous pouvez toujours CLIQUER ICI pour le retrouver. A cette occasion je vous avais parlé de Rutebeuf, ce poète oublié de tous sauf de Léo Ferré. Aujourd’hui, j’aimerais vous parler de du Bellay.

A l’école, je n’aimais pas du Bellay. Je l’avais toujours considéré comme un raseur de première, alors que Ronsard, non. Pourtant, chez les célèbres duettistes Lagarde et Michard, Ronsard et du Bellay étaient toujours associés, comme Bouvard à Pécuchet et Roux à Combaluzier. Mais le « Mignonne, allons voir si la rose..; » de Ronsard avait, par son côté dragueur coquin, quelque chose de plaisant pour les adolescents rigolards et frustrés que nous étions, alors que Continuer la lecture de Le livre de l’Éthiopien – 2 

Les Veuves – Critique aisée n°143

Critique aisée n° 143

Les Veuves
Steve McQueen – 2018
Viola Davis, Michelle Rodriguez, Elizabeth Debicki, Cynthia Erivo, Robert Duvall, Colin Farell, Liam Neeson.

Le pitch est totalement artificiel : les veuves de quatre braqueurs tués au cours de leur dernier casse se réunissent pour poursuivre leur travail et rembourser leurs dettes. McQueen — j’ai du mal à dire complètement le nom du réalisateur, Steve McQueen, car pour moi, il n’y a qu’un seul Steve McQueen et ce n’est pas lui — a tiré, dit-on, d’une série télévisée britannique, un puissant thriller qui est une vraie réussite du genre. Construit très classiquement  — braquage raté, recrutement et préparation du braquage suivant, braquage et chute — le film est très efficace, la fin n’est pas trop attendue et la scène d’ouverture — le casse des hommes qui tourne mal — coupe carrément le souffle.

A peine caricaturales, les quatre femmes sont assez réussies. On appréciera les performances, brèves mais excellentes, de Robert Duvall et de Colin Farrell. On voit si peu Liam Neeson qu’il en est supportable.

Si vous aimez le genre, vous ne devriez pas être déçus.

ET DEMAIN, TOM WOLFE VOUS PARLE

Les missions de Lorenzo (2)

Dans la journée, Lorenzo dell’ Acqua se promène souvent. Il se donne des missions : parcourir tel quartier, déambuler dans tel musée, faire tant de kilomètres. Il en tire des photographies accompagnées souvent de commentaires, parfois de brèves histoire. Il appelle ça ses « Écrits illustrés de Paris ». Moi je les range sous le titre générique « Les missions de Lorenzo ». Voici la deuxième:

Mardi 9 janvier  : 11,3 km

Metro ligne 6 jusqu’à la station Bir-Hakeim. La Seine est en crue et j’espère trouver des vues inhabituelles de ces quais que je connais par cœur au propre comme au figuré. Le ciel est gris, les nuages bas et la lumière blafarde. La pluie n’est pas loin et je reçois quelques gouttes près de la Tour Eiffel.

un chapelet de péniches semble abandonné au beau milieu de la Seine

Ailleurs, c’est un spectacle inconnu et dévasté qui s’offre à moi

En approchant de la place de la Concorde le paysage s’organise soudain pour le photographe. La Grande Roue bientôt démontée répond aux graffitis colorés sur l’ancienne voie express. A priori tout cela est très laid mais je vais tenter quand même quelques photos. Impossible de prévoir si Continuer la lecture de Les missions de Lorenzo (2) 

En Liberté ! – Critique aisée 142

Critique aisée 142

En Liberté !
Pierre Salvadori – 2018
Adèle Haenel, Pio Marmal, Audrey Tautou

Depuis quelques années, en fait depuis la disparition de Gérard Oury, de Philippe de Broca, d’Edouard Molinaro, d’Yves Robert et de quelques autres, la comédie n’est plus un genre très bien traité par le cinéma français. Bien sûr, de temps en temps, nous avons des bonnes surprises, mais pour un Ridicule ! combien de Taxis I, II, III, pour un Beaumarchais l’Insolent, combien de Tuches I, II, III, et pour un Intouchables, combien d’Alad’1, Alad’2 ?

La fin de cette année nous a pourtant donné une très honorable comédie, Le Grand Bain, dont j’ai fait une critique mesurée ici même il n’y a que quelques jours.

Elle nous donne aussi En Liberté !, comédie bien plus qu’honorable. Contrairement au Grand Bain qui accumulait les clichés et les stéréotypes dans tous les domaines de la réalisation, En Liberté ! est totalement original, ébouriffé et toujours surprenant. Pas une seule situation qui évolue dans le sens que vous anticipiez, pas un seul personnage qui fasse ou dise ce que vous attendiez de lui, vous êtes constamment pris à contre-pied, ce n’est pas courant, et c’est très drôle. Comme toujours, je ne vous raconterai pas le film. Pour ça, vous pouvez lire n’importe quelle critique professionnelle. Mais je me permets quand même de souligner à votre attention quelques gags d’arrière-plan parmi d’autres :

-des vigiles assistent médusés en direct à une scène de casse de bijouterie sur leurs écrans de surveillance et réagissent comme si c’était une série télévisée.

-un tueur en série repentant essaie à plusieurs reprises de se constituer prisonnier, mais les flics sont trop occupés par leurs problèmes personnels pour l’écouter.

-des flics en uniforme sortent d’urgence en intervention en courant en zigzag à cause des barrières de sécurité qui protègent le commissariat.

Bon film, vous pouvez y aller.

The Thing in Death Valley

Pour la version originale française de ce texte, cliquez sur le titre ci-dessous:
La Chose dans la Vallée de la Mort

The Thing in Death Valley

We had left Las Vegas and the Golden Nugget around 2 a.m. after half a night of frantic gambling: I had won a ten- dollar silver coin at my fourth attempt on a slot machine and I thought that it was time for me to stop. After that, I had danced from one foot to the other in front of a black-jack or a roulette table not daring to take a chance with the least of my remaining one hundred dollars. The three others had encountered various fortunes, that is they had lost more or less money. Around one in the morning, a kind of a tacit agreement appeared when we had found ourselves wandering under the gigantic light-up cow boy who was dancing above the casino main entrance. Another hour of hesitation and, to conclude this night of madness, we had decided to go back to the Chevrolet waiting in the parking lot.

It was my turn to drive. For one hour or two, we went North-West, towards Death Valley. Under the white light of the hi-beams, the concrete of US 95 had Continuer la lecture de The Thing in Death Valley 

Mes terrasses – 2 – Bistro Mauzac

Mes terrasses – 2

LE BISTRO MAUZAC
7 rue de l’Abbé de l’Épée. Paris 5°

Le matin, quand je ne vais pas à la Crêperie, c’est là que je viens poser mon MacBook pour une heure ou deux. Ce café-restaurant a été repris par une jeune femme il y a quatre ou cinq ans. Elle n’a rien changé au décor, absolument rien. C’est le genre de truc qui me plait, je l’ai dit plus haut. On se croirait fin des années cinquante, avec son carrelage en opus incertum de marbre beige veiné de noir, ses murs de fausses briques en papier peint, son bar démesuré en demi-cercle, ses banquettes recouvertes de tissu écossais passé, ses chaises assorties en bois blond, ses lustres aux abat-jours coniques orange, son porte-manteau près de l’entrée et, juste à côté, la table où sont étalés trois ou quatre journaux du jour.  Entre deux ardoises affichant le plat du jour, une affiche de Jour de Fête confirme l’année. J’oubliais la terrasse : dans cette partie un peu plus large et ombragée de la rue de l’Abbé de l’Épée, sa terrasse aux dais et parasols brique attire Continuer la lecture de Mes terrasses – 2 – Bistro Mauzac 

Le livre de l’Éthiopien – 1

L’autre jour, j’ai pris l’autobus 38 et je suis descendu à la station Auguste Comte. Elle est équipée d’un bel abribus et près de l’abribus, il y a un banc. C’est l’un de ces bancs publics à l’ancienne, bien vert, bien solide et bien raide. Près du banc se tenait un homme, maigre, le visage triangulaire, émacié, buriné. Son âge ? Entre quarante et soixante-quinze ans, sans doute. Ses cheveux longs et blancs étaient ébouriffés par le vent qui remontait le Boulevard Saint-Michel, mais sa barbe était celle d’un homme soigné. Sa veste et son pantalon, l’une de tweed à chevrons et l’autre de lin blanc cassé, impeccables mais hors saison tous les deux, flottaient autour de sa silhouette. Ses chaussures de Continuer la lecture de Le livre de l’Éthiopien – 1