Archives de catégorie : Textes

AVENTURE EN AFRIQUE (5)

Le fleuve et le chantier de Saadia

Un dimanche matin Michel de Verdière m’a convié à une balade en zodiac sur le fleuve Niger en amont du pont Kennedy, en saison de hautes eaux. Ce pont d’une longueur de plus d’un kilomètre et a été financé et construit par les   Américains en remplacement d’un vieux bac. La plus grande partie de la ville se trouve sur la rive gauche du fleuve.

Cette sortie m’a permis d’observer les berges. Vers le pont les rives du lit majeur étaient cultivées. Il y avait de petits jardins maraîchers qui fournissaient la capitale en légumes frais. Rive gauche Continuer la lecture de AVENTURE EN AFRIQUE (5)

LES TROIS PREMIÈRES FOIS : La nuit des Roggenfelder (4)

(…) et tout en la regardant intensément dans les yeux, de ma main restée libre, je lui pris un sein et le serrai. Je fus surpris par sa douceur. Tandis qu’une tendre tiédeur gagnait la paume de ma main, je pensais que j’étais perdu : elle allait me gifler, ou crier, ou s’échapper pour courir jusqu’au refuge et me dénoncer à mes camarades horrifiés, je serais chassé sur le champ du refuge et de Sankt-Johann et je rentrerais chez mes parents couvert de honte…

— Non, Franz, dit Tavia en écartant doucement ma main de sa poitrine.

J’étais sauvé ! Elle n’allait pas me dénoncer… Et puis elle ajouta :

— Pas maintenant…

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Pas maintenant ? Qu’est-ce que ça voulait dire pas maintenant ?

Pas maintenant, pas cette nuit, pas ici au milieu de tous nos camarades ? Pas maintenant, mais un autre jour, mais demain peut-être ?

Ou encore, pas maintenant, nous sommes, tu es, bien trop jeune ?

Ou alors, pas maintenant, mais tout à l’heure, tout à l’heure, quand nous rentrerons au refuge et que nous allongerons côte à côte dans le dortoir ?

Je ne savais que penser. Pour cacher mon égarement, je fis semblant d’être fâché. Je lui lâchai la main, lui tournai le dos et regardai loin devant moi. Du dos de ses doigts, elle frôla ma nuque. Je frissonnai. Et maintenant, Continuer la lecture de LES TROIS PREMIÈRES FOIS : La nuit des Roggenfelder (4)

LES TROIS PREMIÈRES FOIS : La nuit des Roggenfelder (3)

(…) et je décidai de m’installer à côté de la plus petite des deux filles, la plus jolie. Mais, comme j’hésitai un instant sur la façon de m’y prendre, la sœur d’Anton, Lara, vint m’en empêcher en posant son sac à l’endroit que j’avais choisi. J’en fus réduit à faire trois pas de plus vers le fond et à jeter d’un air indifférent mon sac à côté de celui de la plus grande des deux filles ; la plus grande ; la moins jolie ; mais jolie assez quand même.

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Chacun entreprit de déballer ses affaires. Tout en discutant avec son amie, ma voisine commença par sortir de son sac un épais chandail et ce qui devait être une chemise de nuit. Elle fit un rouleau de son lainage et le plaça là où bientôt elle poserait sa tête pour dormir. Elle déplia sa chemise de nuit et se mit à genoux pour l’étendre soigneusement sur le matelas. C’était une chemise en grosse toile écrue qui devait être rude à la peau. Les manches étaient serrées aux poignets et le col se fermait par une demi-douzaine de boutons en os. La chemise me parut tellement longue que j’imaginai qu’elle devait recouvrir la jeune fille au moins jusqu’aux chevilles. Enfin, elle sortit une sorte de grosse bourse en laine bigarrée dont je ne devinai pas l’usage. Elle la déposa sur le chandail roulé juste au-dessus du col de la chemise de nuit si bien que l’on aurait dit qu’une immense poupée au visage violemment maquillé reposait sur sa couche les bras le long du corps. Tous ces préparatifs accomplis sans qu’elle m’ait jeté un seul coup d’œil, Tavia — j’avais appris son prénom en l’entendant apostrophée par Anton — se redressa Continuer la lecture de LES TROIS PREMIÈRES FOIS : La nuit des Roggenfelder (3)

LES TROIS PREMIÈRES FOIS : La nuit des Roggenfelder (2)

(…) Nous partirons d’ici demain à trois heures. Je crois que tout le monde viendra. Demande à l’auberge qu’on te prépare des sandwiches.

— Mais si nous partons aussi tard, cela veut dire que nous ne serons pas arrivés avant six heures du soir et qu’il faudra rentrer de nuit !

— Sauf si on la passe au refuge, mon petit vieux !

— On passera la nuit là-haut ? Mais les filles ? …

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Jamais, au grand jamais, mes sœurs ou mes cousines n’accepteraient de dormir dans un refuge avec des garçons. Elles n’oseraient même pas y songer. D’ailleurs, leurs parents ne les y autoriseraient pas.

— Quoi, les filles ? s’étonna Anton. Elles viennent aussi,  bien sûr !

Certes, au cours de nos après-midi dans la campagne, il arrivait bien que quelques gestes amoureux s’échangent entre garçons et filles, mais cela restait délicat, léger, naturel et toujours au vu et au su des autres. Ces manifestations affectueuses, auxquelles, à mon grand regret, je ne participais pas, auraient certainement choqué mes parents mais pour moi, elles restaient Continuer la lecture de LES TROIS PREMIÈRES FOIS : La nuit des Roggenfelder (2)

LES TROIS PREMIÈRES FOIS : La nuit des Roggenfelder (1)

LES TROIS PREMIÈRES FOIS

Le diner s’était prolongé fort tard dans la nuit. D’abondantes volutes de fumées bleues et grises flottaient sous les poutres du plafond de l’auberge en enveloppant la roue de charrette qui, avec ses pauvres ampoules électriques, faisait office de lustre au-dessus de nos têtes. Depuis quelques instants, sans doute sous l’effet des mets et des vins que nous avions absorbés en quantité, nous étions tombés dans un silence méditatif qui contrastait avec la gaité et la vivacité des conversations que nous avions échangées jusque-là.

Franz Bauer, Bertram Fitzwarren et moi nous étions rencontrés pour la première fois quelques heures auparavant dans les bureaux de la Compagnie Maritime des Indes Orientales dont le Princesse des Mers devait appareiller dans la nuit pour Sidney via Singapour et Macassar.

Pour des raisons et des destinations différentes, chacun d’entre nous avait retenu une cabine sur le Princesse des Mers et nous avions lié connaissance en accomplissant les formalités d’embarquement. Compte tenu de la marée, le cargo ne pourrait quitter le port avant trois ou quatre Continuer la lecture de LES TROIS PREMIÈRES FOIS : La nuit des Roggenfelder (1)

AVENTURE EN AFRIQUE (4)

Très courte leçon d’histoire récente

 De l’indépendance en 1960 jusqu’au coup d’état de 1974 le pays a été dirigé par Diori Hamani, premier président du Niger. Il a été député et représentait le Niger à l’Assemblée Nationale française. Un coup d’état militaire, la nuit du 14 au 15 avril 1974 (3 mois après notre départ) met en place Seyni Kountché. Depuis cette époque, ce n’est Continuer la lecture de AVENTURE EN AFRIQUE (4)

AVENTURE EN AFRIQUE (3)

Fayçal d’Arabie saoudite

Un matin fin novembre quelques jours après mon arrivée Issoufou me dit tout excité « patron le roi Fayçal nous rend visite c’est le gardien de la Mecque ». Jean-Georges Martinet me conseilla d’aller voir le campement des cavaliers à la sortie de Niamey en bordure de la route de l’aéroport. Je m’y suis rendu le lendemain matin au lever du jour : grand Continuer la lecture de AVENTURE EN AFRIQUE (3)

AVENTURE EN AFRIQUE (2)

Courte leçon de géographie

Avant d’aller plus loin  dans le récit des aventures de l’Expert au Niger, il serait peut-être bon de rappeler en quelques lignes ce qu’était ce pays dans les années 70 et ce qu’il est aujourd’hui. Rassurez-vous, ce ne sera pas long.

*

Les Nations Unies considèrent le Niger comme l’un des pays les moins développés du monde.

Superficie : 1.267.000 km2  (France : 644.000 km2), pays sans accès à la mer, enclavé Continuer la lecture de AVENTURE EN AFRIQUE (2)

AVENTURE EN AFRIQUE (1)

Géraud (voir ci-contreétait, non ! est géomètre-expert (car Expert un jour, Expert toujours). A présent qu’il a pris sa retraite, il s’est mis à écrire quelques souvenirs du temps où, jeune VSNA (Volontaire du Service National Actif), il accomplissait son temps au Niger entre novembre 1972 et janvier 1974.

Il va nous raconter ici quelques-unes des aventures qu’il a vécues au milieu des Djema, des Haoussa, des Peuls et des Touaregs.

 La première scène se passe le 15 novembre 1972. Maintenant, c’est Géraud qui parle :

15 novembre 1972

Arrivé à Niamey, au sortir de l’avion, la chaleur nous tombe dessus, toujours avec mon costume de velours marron par plus de 30 degrés. Je suis accueilli par mon prédécesseur Jean-Georges Martinet, ingénieur géomètre INSA de Strasbourg. Il me conduit à la case de passage dite “des infirmières” dans un quartier populaire de la capitale.

La case des infirmières

La case des infirmières était une grande case de passage. Antérieurement, des infirmières avaient dû l’occuper d’où son nom. C’était une villa de type colonial avec un petit enclos bordé de hauts murs avec un garage indépendant. La rue était en terre battue avec deux grands fossés de part et Continuer la lecture de AVENTURE EN AFRIQUE (1)

Le pouvoir absolu rend fou absolument

La campagne de la Maire de Paris pour accéder à la Présidence de la République sombrant dans l’indifférence au point que c’en devient ridicule, Anne Hidalgo avait décidé de se reconcentrer  sur la Capitale. Selon leur caractère, les Parisiens étaient terrorisés ou résignés. Mais on sait que l’idéologie conduit toujours au totalitarisme et que le totalitarisme finit toujours par trouver en lui-même sa propre punition. Pour le prouver, voici un conte moral extrait de “L’interminable et lamentable histoire des disparus de la rue de Rennes”, publié ici par le passé.

Le contexte :

La scène se passe à l’Hôtel de Ville. Anne Hidalgo, Maire d’alors, vient de lire un article de presse la concernant. Cet article ne lui convenant pas entièrement, elle rumine son mécontentement devant son Chef de Cabinet, Hubert Lubherlu.

Manière de penser l’urbanisme (15)

Quand elle eut fini de lire, elle reposa l’article devant elle sur le bureau puis elle parut se concentrer quelques instants avant de relever les yeux et de s’adresser calmement à son Chef de Cabinet.

—Bon, écoutez Lubherlu. Il y a du bon et du mauvais là-dedans. D’abord, le style est déplorable : on dirait un mélange d’un Mallet-Isaac d’avant 68 et de la Gazette de Gouzon(15).  Et qu’est-ce que c’est que ce dicton faussement Continuer la lecture de Le pouvoir absolu rend fou absolument