Archives pour la catégorie Textes

Monologue intérieur I

Il est midi passé ! Il fait absolument que je l’appelle maintenant, il a une heure libre pour déjeuner, je vais pouvoir lui parler… Je dois lui donner une réponse. C’est décidé, je vais aller vivre avec lui, je vais lui dire oui. Il attend depuis hier soir. J’aurais dû lui dire oui tout de suite, ça aurait été plus gentil. Pourquoi ne l’ai-je pas fait ?

Je vais me garer là, sur livraison, et l’appeler.

Qu’est-ce que j’ai fait de mon portable ? Dans mon sac ? Il n’y est pas. Il a dû glisser par terre. Non. Je l’ai oublié ! Sur mon bureau, j’en suis sure. Quelle idiote !

Une heure déjà. Plus beaucoup de temps. Tiens, une cabine. Pas libre. Dépêche-toi. Il ne me reste plus que le bistrot d’en face. Pourquoi faut-il toujours Continuer la lecture de Monologue intérieur I 

Retour chez Lipp

 Couleur café n°33

Retour chez Lipp

Aujourd’hui, nous sommes lundi et il est presque 13 heures à Saint Germain des Prés. Je suis seul et j’ai faim. Une seule solution : le restaurant. Mais lequel ?

Autrefois, je pouvais aller déjeuner et même diner seul dans n’importe quel restaurant. Il me suffisait d’un livre ou d’un magazine, ou même d’un simple journal pour que je m’y sente parfaitement à l’aise qu’il s’agisse d’un boui-boui de bord de route ou d’un établissement classé des beaux quartiers. A présent, rien n’est plus pareil. Il n’y a plus d’après à Saint Germain des Prés. Il n’y en a plus guère parce qu’il n’y a plus de Continuer la lecture de Retour chez Lipp 

Le Porteur d’Histoire – Critique aisée n°199

Critique aisée n°199

Le Porteur d’Histoire
Alexis Michalik
Théâtre des Béliers, Paris 18°

Pour commencer, le théâtre était à perpette, rue Sainte-Isaure, sur le flanc nord de la butte Montmartre, mais plus près du périphérique que du Sacré-Coeur, c’est tout dire.
Ensuite, depuis un mois c’était la grève. Une dizaine de pour cents des employés de la RATP bloquait Paris dans de gigantesques embouteillages. Alors, il fallait prendre ses précautions parce que le spectacle commençait à 19 heures, la pointe de l’heure de pointe. Être précautionneux, cela voulait dire prévoir deux Continuer la lecture de Le Porteur d’Histoire – Critique aisée n°199 

Les missions de Lorenzo (4)

Mardi 7 janvier : 11 km.

Ça avait pourtant bien commencé …

Sous un ciel couvert, je pars sans grande conviction voir dans la Chapelle de la Salpêtrière l’exposition de sculptures de Daniel Hourdé, ce gentil monsieur qui nous avait invités à dîner chez lui dans une véritable caverne d’Ali Baba. Pas de chance. L’exposition doit être terminée depuis longtemps mais la chapelle est superbe et je crois bien que je ne la connaissais pas. J’ai le vague souvenir pourtant d’y être venu voir une exposition mais de quoi et de qui ? Elle m’avait semblé petite ce qui n’est pas le cas. Vide comme aujourd’hui, elle est impressionnante. Il est interdit de photographier à l’intérieur.

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Les Siffleurs – Critique aisée n°198

Critique aisée n°198 

 Les Siffleurs
Corneliou Prumboiu – 2019
Vlad Ivanov, Catrinel Marlon
97 minutes – 8,50 € tarif senior

Nous autres critiques de cinéma, nous aimons bien de temps en temps donner à nos critiques un sous-titre qui, sous la forme d’un jeu de mots, d’un calembour ou d’une référence littéraire, indiquera d’entrée au lecteur le sens de notre appréciation. Par exemple, j’avais fait un « Ad Astra – désastreux » dont j’étais assez Continuer la lecture de Les Siffleurs – Critique aisée n°198 

Mauvaise humeur

Couleur Café n°32

Mauvaise humeur
Planet Hollywood – Disney Village- Marne la Vallée

La salle est ronde, froide et hideuse. Il n’y a pas une seule fenêtre, alors on ne voit pas que dehors, il pleut. Mais on le sait. On le sent.

De la fausse peau de zèbre orne des kilomètres carrés de murs. Des lances et des masques africains y sont pendus de travers ici et là. Intercalés, des écrans de télévision diffusent des images ineptes d’adultes hilares, de montagnes enneigées et de lagons bleus. Le sol lisse en ciment gris foncé parsemé de paillettes brillantes me rappelle les quais de la station de métro Sully-Morland de mon enfance. Le courant d’air qui me souffle dans les jambes aussi. Au plafond, on ne s’est même pas donné la peine de cacher les câbles et les gaines de ventilation. On s’est contenté de peindre le tout en bleu foncé. Comme ça, ça se voit moins. L’éclairage n’est ni violent ni sombre. Il est seulement terne. On dirait une installation provisoire de chantier.

Ça résonne de partout.

L’humidité, les courants d’air, le bruit, les enfants, tout me donne Continuer la lecture de Mauvaise humeur 

OCCUPIED – Critique aisée n°197

Critique aisée n°197

OCCUPIED
Série norvégienne
Erik Skjoldbjærg, Karianne Lund, Jo Nesbø

La Norvège, vous connaissez ? Moi, je n’y ai jamais mis les pieds. Tout ce que je savais d’elle avant d’aller consulter Wikipedia, c’est que c’est collé contre la Suède tout au nord de l’Europe, que c’est couvert de neige et de fjords, qu’il n’y a pas beaucoup d’habitants et que quand on les entend discuter entre eux, on dirait qu’ils parlent à l’envers. Je croyais savoir aussi que les Norvégiens qui, il y a quarante ans, se nourrissaient exclusivement de saumons fumés et de ragout de rennes, vivent aujourd’hui de pétrole et de gaz naturel comme le premier émir arabe venu. On m’avait dit aussi, mais ça il ne faut pas le répéter, que les Suédois racontent sur les Norvégiens les histoires que les Français racontent sur les Belges. Mais ça, c’était avant qu’ils ne deviennent les rois du pétrole. Bref, je ne savais pas grand-chose sur la Norvège, mais ça ne me préoccupait pas plus que ça.

Et puis, il y a eu OCCUPIED.

OCCUPIED, c’est une série Netflix et norvégienne dans laquelle je me suis imprudemment lancé. Alors, j’ai voulu en savoir davantage sur le pays. Et voilà :
La Norvège, 380.000 km2, ça fait à peu Continuer la lecture de OCCUPIED – Critique aisée n°197 

La ville debout

Vous l’avez peut-être remarqué : ce n’est pas la première fois que j’utilise cette photo. Prise  il y a six ou sept ans du ferry-boat qui relie Staten Island à Manhattan, on y voit par dessus quelques têtes anonymes se profiler le skyline du quartier des affaires de New York par un matin gris. La sourde angoisse mêlée de promesse qui selon moi diffuse de cette photo me l’avait fait choisir pour illustrer un texte que j’ai publié ici récemment : Les Immigrants.

J’ai fait la connaissance de ce ferry lors mon premier voyage en Amérique. C’était en 1962, en juillet. À l’arrivée, je n’avais rien vu de Manhattan, ni même de New York. Trop pressé sans doute de commencer mon aventure, au sortir de l’aéroport d’Idlewild avec quelques coéquipiers éphémères, j’avais pris immédiatement un bus qui m’avait amené directement dans le New Jersey, là où commençait l’autoroute qui menait vers Continuer la lecture de La ville debout 

¿ TAVUSSA ? (67) – Socialistes de tous les pays, arrêtez les conneries !

Allez ! Je me lance ! Ce soir – demain matin pour nous – c’est Bernie Sanders qui arrivera en tête du caucus de l’Iowa. Si j’ai bien compris et si les traditions sont respectées — dans ce pays qui a si peu d’histoire, tout est conduit par les traditions — les deux qui arriveront en tête du Caucus de l’Iowa (le premier à être organisé) seront les candidats à la candidature lors des prochaines primaires du parti Démocrate. Il est en effet d’usage que les candidats classés troisième et au-delà retirent leur candidature. Selon ma boule de cristal, Bernie Sanders sera donc classé premier. Son avance lui donnera un énorme avantage sur son compétiteur.

Mais qui sera-t-il, ce compétiteur ? De mémoire, je ne connais pas tous les autres chevaux en course, seulement Warren, Bloomberg, Buttigieg et Biden.

Warren me semble exclue : il ne me parait pas possible que deux candidats « socialistes », Sanders et Warren, puissent remporter un caucus, même au sein du parti Démocrate.

Bloomberg a fait l’impasse sur l’Iowa. Il ne figurera donc pas au palmarès de cet état. Ça ne l’empêchera de maintenir sa candidature aux primaires jusqu’au dernier moment.

Buttigieg serait sans doute le meilleur candidat à opposer à Donald Trump. Il présente bien et parle bien ; il est jeune, il est centriste, il a fait de très bonnes études et une belle guerre en Afghanistan. Pourtant, Continuer la lecture de ¿ TAVUSSA ? (67) – Socialistes de tous les pays, arrêtez les conneries ! 

Les Filles du Docteur March – Critique aisée n°196

Critique aisée n° 196

Les Filles du Docteur March
Greta Gerwig
Saoirse Ronan, Emma Watson, Laura Dern, Meryl Streep, Timothée Chalamet, Louis Garrel

Les Filles du Docteur March (Little Women) est un roman écrit par Louisa May Alcott en 1868. Il raconte la vie quotidienne de la famille March, dont le père est parti à la guerre de sécession, laissant derrière lui sa femme et ses quatre filles.
Ce premier roman connu immédiatement un tel succès que Louisa écrivit une suite dès l’année suivante, puis deux autres suites en 1871 et en 1886.
Personnellement, je n’ai lu aucun des romans de Mme Alcott mais je me souviens qu’enfant, le titre français de la traduction du premier volume de la saga, Les Quatre filles du Docteur March, parue en 1951 était sur toutes les lèvres.

Bien entendu le cinéma s’est vite emparé de ce succès, et la dernière adaptation de Greta Gerwig en est en fait la sixième. Vers l’âge de dix ou douze ans, probablement Continuer la lecture de Les Filles du Docteur March – Critique aisée n°196