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Le Cujas (24)

Par des amis qu’il avait au gouvernement de Vichy, le Comte obtenait de temps en temps des informations sur les négociations du gouvernement de Pétain avec les Allemands pour obtenir la libération des soldats français. Mais on a fini par comprendre qu’elles ne mèneraient à rien et que jamais les Allemands ne libèreraient les français avant la fin de la guerre.
La vie au château s’est organisée. Le comte reprenait en main la gestion des terres et des bois, ma belle-mère cherchait des œuvres où elle pourrait être utile, et moi, j’essayais de ne pas perdre espoir.

Chapitre 6 — Antoine de Colmont

Septième partie

L’existence sans Antoine s’est installée, comme une habitude. Les mois ont passé, sans nouvelles, jamais. Et puis, plus de deux ans après notre arrivée à Vauvenargues, le 27 juillet à trois heures du matin, il y a eu du bruit dans le château. Je me suis levée et du haut du grand escalier, j’ai vu Antoine. Il était debout au milieu du hall illuminé. Mario était à côté de lui, une lanterne éteinte à la main et un énorme sourire aux lèvres. Antoine était habillé en prêtre. Le bas de sa soutane était en lambeaux, elle était boueuse et ses chaussures déformées n’avaient rien d’ecclésiastique. Il était maigre, décharné, brulé par le soleil, poussiéreux, épuisé, mais il était là. La Comtesse est sortie de sa chambre à son tour, et puis le Comte et nous étions là, tous les trois agrippés à la balustrade, à regarder Antoine qui s’efforçait de sourire. C’était un dimanche.

Oui, il s’était évadé. Il nous l’a raconté plus tard par petits morceaux. La caserne Niel à Verdun, un premier camp à Hammelburg en Bavière, puis un deuxième à Nuremberg ; une première tentative d’évasion, manquée ; un mois de cachot et puis, un an plus tard, une deuxième, réussie, celle-là ; la traversée du sud de l’Allemagne, la plupart du temps à pied ; trois jours sur les boggies d’un wagon de chemin de fer entre Stuttgart et Chalons ; et puis la soutane, donnée par le curé de Tavaux, le passage de la ligne de démarcation, quelques jours de repos dans une ferme du Haut-Jura, et puis la milice qui le pourchasse et puis Grenoble, la Route Napoléon, Manosque, et enfin Vauvenargues.

Non, je n’en sais pas beaucoup plus. Antoine était un Colmont, vous savez, et il ne donnait jamais beaucoup de détails. Il n’était pas non plus du genre à s’étendre sur les risques qu’il avait courus. Pourtant, quand je lis aujourd’hui les récits de ceux qui ont fait comme lui, qu’ils aient été repris ou non, je peux imaginer les dangers de ses cent jours de cavale. Quatre cents kilomètres à travers l’Allemagne nazie : chaque carrefour, chaque gare, chaque village, ou même chaque villageois pouvait le jeter dans les mains de la Gestapo, sans parler des contrôles au passage de la frontière. Et puis la France occupée, avec en plus de la Gestapo la police de Vichy, la Milice et sans cesse la crainte d’être découvert. Et puis le passage de la ligne de démarcation et, en dernier, ce qu’on appelait la Zone Libre, avec le risque constant d’une dénonciation ou simplement du zèle d’un fonctionnaire borné.
Quand il me parlait de son évasion, Antoine disait simplement qu’il avait eu de la chance. Bien sûr, il avait eu froid, très froid même, surtout pendant l’épisode du train vers Paris et puis dans la montagne du Haut-Jura, juste avant de tomber sur le vieux fermier qui l’avait accueilli quelques jours. Il avait eu faim aussi et, là aussi, le plus dur, ç’avait été pendant le voyage sous le wagon. Quand il descendait de sa cachette, deux planches entre les boggies, pour se dégourdir les jambes, ce ne pouvait être que la nuit, quand le convoi s’arrêtait dans une gare ou en pleine nature. Mais il lui était impossible de s’éloigner du train qui pouvait repartir à n’importe quel moment. Sa plus grande peur, il l’avait eue dans la gare de Châlons-sur-Marne, quand la Gestapo avait entrepris de fouiller les wagons. En entendant les soldats approcher, il s’était laissé tomber des boggies et s’était glissé dans une ancienne fosse de visite remplie d’huile et d’eau boueuse. Il y était resté plusieurs heures, jusqu’à ce que la nuit lui permette de sortir de la gare et de traverser la ville sans être vu. « Tu vois, Isabelle, j’ai eu continuellement de la chance. Les soldats ont trouvé les planches, mais pas moi. Après, ça a presque été facile. »

— Oui, c’est à peu près tout ce qu’il m’a dit de son évasion.

— Non, sur ses camps, je n’en sais pas beaucoup plus. Quand je l’interrogeais, il me répondait en plaisantant : « Tu sais, Isabelle, c’était très monotone. On s’ennuyait énormément. Pourquoi voudrais-tu que je te raconte ça ?» Ça, c’est quand il allait bien. Mais parfois, son moral retombait. Alors, il racontait un peu. Il disait que cela avait été dur, surtout à cause de la faim. Manger et ne pas tomber malade, c’était l’obsession de tout le monde. Ce qu’il supportait difficilement aussi, c’était la rancœur, le défaitisme presque général qui régnait chez les prisonniers. Quand ils ne parlaient pas des gamelles infectes qu’on leur donnait ou des repas somptueux qu’ils s’offriraient dès leur libération, ce qui occupait toutes leurs conversations, c’était leurs officiers — tous des incapables ! — les hommes politiques — tous des pourris ! — et la façon dont ils leurs régleraient leur compte à leur retour. Ils ne pouvaient expliquer autrement que par leur trahison la défaite en quelques semaines de l’armée réputée la plus puissante d’Europe.
A part l’insuffisance des repas, les soldats prisonniers n’étaient pas maltraités mais leur moral était très bas et l’humeur générale était à la résignation. La plupart restait dans l’attente d’une éventuelle libération par les Allemands. C’était une sorte de mythe, une croyance que rien ne venait jamais justifier. Mais tel jour, le bruit courait que les agriculteurs allaient être libérés. Le lendemain, ce devait être les postiers, ou les médecins. Un autre jour, c’était les cheminots ou les pères de famille. Jamais aucune libération ne venait confirmer ces rumeurs, et pourtant les prisonniers continuaient à y croire à chaque fois. C’est pour cela que les tentatives d’évasion étaient si rares. Et pour une autre raison aussi : les évadés étaient pratiquement tous repris. Pour ceux-là, c’était le cachot, sans lumière, sans sortie, sans toilette, presque sans nourriture. Antoine avait vécu ça pendant tout un mois après sa première évasion. C’est la seule période de sa captivité sur laquelle il s’étendait parfois. En fait, il s’était évadé sans vraiment l’avoir voulu, presque par hasard. Un soir, on le ramenait avec son kommando du chantier où il avait travaillé toute la journée. Le camion qui les transportait était sorti de la route pour verser dans un fossé. Il y avait quelques blessés, mais Antoine se retrouvait indemne, étendu dans les fougères de l’autre côté du fossé. Il faisait nuit noire. Les soldats qui gardaient le kommando étaient pour la plupart étourdis ou bloqués dans la cabine du camion. « C’est presque sans réfléchir, m’a dit Antoine, que j’ai profité du désordre pour m’enfoncer dans la forêt. » Deux autres prisonniers l’avaient accompagné. Plus tard, il s’était étonné que si peu aient saisi cette occasion pour s’enfuir. Mais, sans préparation, sans vêtements civils, sans argent, il n’avait tenu que trois jours. Repris, il n’avait pas parcouru dix kilomètres.
Le cachot lui avait donné l’occasion de réfléchir sur beaucoup de choses, le sens de sa vie, la vanité des études, l’absurdité des projets pour en arriver là, quatre mètres carrés d’obscurité… notre couple, à peine formé, déjà séparé… ce qui avait amené cette guerre insensée, perdue presque sans combattre, et l’avenir, le sien et celui des centaines de milliers de jeunes hommes comme lui, affamés, perdus, sans autre futur que celui que les Allemands voudraient bien leur donner… les mauvaises pensées, le cachot, le manque de nourriture, le froid, l’absence de nouvelles… il était découragé, sans volonté. Selon son propre aveu, il sombrait dans le désespoir. Un jour, on a amené un autre évadé dans la cellule voisine. Ils n’avaient pas le droit de se parler, bien sûr, mais ils y arrivaient quand même, la nuit, quand les gardes se rassemblaient autour du poêle pour jouer aux cartes. L’homme s’appelait Gilbert Guersant. Il était au cachot pour évasion lui aussi. Trois fois évadé, trois fois repris, condamné à six mois de cachot. Il toussait beaucoup. Il disait qu’il était malade, qu’il ne survivrait surement pas aux six mois de cachot auxquels on l’avait condamné. Guersant était communiste. Il avait vite compris qui était Antoine et il ne cherchait pas à le convaincre à ses idées. Mais comme à un enfant, avec patience, il lui expliquait le communisme. C’était devenu un ami pour Antoine. Il en parlait avec chaleur, avec émotion. Avec ses idées simples, ses certitudes bien ancrées et son incroyable bonne humeur Guersant lui avait remonté le moral. Antoine m’a dit : « C’est drôle, en deux ou trois semaines, Guersant m’est devenu plus cher que beaucoup de mes amis. Il m’a redonné l’énergie qui m’a permis de tenir encore un an. Il doit être mort aujourd’hui… je n’ai jamais vu son visage. »

A SUIVRE

Le Cujas (23)

« Veuillez m’excuser, Monsieur, Isabelle et moi sommes des amis d’enfance. Ne craignez rien, je vous la rends dans un instant… Isabelle ! Cela doit bien faire cinq ans… Cinq ans ! Mais où étais-tu passée ? Ah oui, c’est vrai, le Liban ! Mon Dieu, le Liban ! Quelle idée ! Et maintenant ? Tu es à Paris ? Et qu’est-ce que tu fais, à Paris ? Tu es mariée ? Avec ce Monsieur que voilà peut-être ? Non ? Allons tant mieux ! Je veux dire… Ah ! Je ne sais plus ce que je dis… »

Chapitre 6 — Antoine de Colmont

 

Sixième partie

Antoine était au comble de l’émotion. Il parlait, parlait sans que rien puisse l’arrêter. Après un moment, son amie de la terrasse est venue nous rejoindre. Elle n’avait pas l’air content. « Antoine, mon chou ! Enfin ! D’abord, qui c’est celle-là ? Tu pourrais me présenter au moins ! » Je ne sais plus ce qu’il lui a répondu, mais c’était plutôt sec et la fille est retournée s’asseoir, vexée. Je lui ai demandé : « Tu n’es plus fâché ? » Il m’a dit que ce serait bien stupide de sa part d’être encore fâché après cinq années, qu’à l’époque nous étions des enfants et que, d’ailleurs, il avait retrouvé Georges, il le fréquentait très régulièrement. Il m’a même demandé si cela me ferait plaisir de le revoir. « Ça m’est complètement indifférent », lui ai-je répondu. Il a eu l’air surpris et puis il m’a dit tout bas : « Bon, pardonne-moi, mais je dois te laisser. Il faut que j’aille calmer l’autre, là, à la terrasse » « Qui est-ce ? ai-je demandé ». Il m’a répondu : « Personne… Claudine, une fille… Bon, il faut absolument qu’on se revoie, n’est-ce pas ? Je t’écris, je t’appelle… allez au revoir, Isabelle, à très bientôt ». Et il m’a laissée là sur le trottoir, en oubliant de me demander mon adresse. J’ai rejoint Charles et nous sommes descendus à Saint-Germain prendre un verre. Trois jours plus tard, il m’appelait chez mes parents pour m’inviter à déjeuner pour le lendemain. Il avait remué ciel et terre pour arriver à me retrouver dans tout Paris. Il connaissait un petit bistrot tout à fait charmant près des quais. Il allait faire beau et nous pourrions surement déjeuner dehors sous les platanes.
Effectivement, nous avons déjeuné sous les platanes de la petite place. Le temps était doux, la cuisine était basque, l’endroit calme et la clientèle peu nombreuse. De notre table, on pouvait apercevoir la flèche de Notre-Dame à travers les branches des marronniers du Quai de Montebello. Au début du repas, nous n’étions que deux amis d’enfance qui se retrouvent après une longue séparation. Nous nous rappelions Vauvenargues, le château, la cabane dans l’arbre, les escapades à Sainte Victoire, Mario, nos parents… mais nous ne parlions ni de Georges ni de la journée au lac de Bimont. Je lui racontais le Liban, il me parlait de ses études. On riait, on était bien. Et puis, Antoine s’est interrompu brusquement dans une histoire de chahut à la Fac. Il est resté comme ça, couteau et fourchette en l’air, suspendus au-dessus de la table. Son regard était fixé sur son assiette. J’ai cru un instant qu’il y avait quelque chose de bizarre dans son poisson. Et puis il a posé ses couverts, il m’a regardée, il a avancé sa main en travers de la table, il a saisi la mienne et il a commencé à parler.
« Isabelle, m’a -t-il dit, je ne peux pas continuer plus longtemps cette conversation stupide. Je suis là, devant toi que je n’ai pas vue depuis des années, je te retrouve par hasard, et je te parle de la Fac de lettres, et tu me parles de tes parties de tennis au Club Français de Beyrouth, et je plaisante comme un crétin sur tes flirts libanais, et tu me taquines sur le genre de mes petites amies… »
J’avais le souffle coupé. Je ne savais pas encore ce qu’il allait me dire, mais je crois que mon corps avait déjà deviné. J’étais glacée et je commençais à trembler.
Antoine continuait : « C’est trop dur, Isabelle. C’est trop dur de faire semblant d’être ton ami, comme autrefois, comme avant Georges. Depuis cinq ans, je pense à toi, je t’imagine à tous les instants de la journée et de la nuit, je répète dans ma tête tes gestes favoris, ta façon d’incliner la tête, de poser ta main droite sur ton épaule gauche quand tu attends, tes regards joyeux ou furieux, ta façon déliée de prononcer mon nom, Antouane… »

Il s’est tu un instant. A présent, j’avais compris. Ma main était toujours prisonnière. Le sang me battait aux oreilles, je devais être toute rouge, affreuse. Il attendait sans doute que je dise quelque chose, mais j’en étais incapable.

« Tu sais, Isabelle, Georges… au lac… j’ai fini par comprendre. J’ai compris que je n’avais rien compris, qu’à ce moment-là tu m’aimais un peu, mais que moi, l’idiot du village, je ne pensais qu’à devenir Flaubert tandis que Georges, lui, il était là, vivant.

— Antoine… »

J’essayais de l’interrompre, mais il continuait.

« Je vous en ai voulu, tu sais, à toi et à Georges. Surtout à toi. Je vous en ai voulu pendant des mois, et puis un jour, je lisais je ne sais plus quel livre, peu importe, et je me suis mis un instant à penser comme la jeune femme du roman. Et j’ai compris. Mais c’était trop tard, bien sûr.

—Antoine…

— Et puis surtout l’amour propre, la honte d’avoir été aussi ridicule devant ceux qui m’étaient les plus chers m’ont empêché de venir te parler. Quel imbécile ! Et voilà ! Cinq ans ! Cinq ans de perdus. Mais c’est fini, et même si c’est aujourd’hui la dernière fois que nous devons nous voir, il faut que je te le dise : je t’aime. »

Je restais muette.

« Isabelle ? … Isabelle ? »

Je n’ai rien dit. J’ai retiré ma main de la sienne puis je l’ai avancée de nouveau pour entrecroiser mes doigts avec les siens…

Pardonnez-moi, Dash. Je sais que c’est un peu ridicule, cette scène. Antoine était souvent grandiloquent, théâtral, mais c’était un si joli moment… C’est difficile d’en parler en pensant qu’il est sous la terre, tout près d’ici, dans cet horrible cimetière de Montparnasse… tandis que nous sommes là, à nous demander où nous allons déjeuner….

Vous êtes gentil, Dashiel. Merci… Si nous allions marcher un peu, maintenant ? J’aimerais vous montrer la place Fürstenberg, la passerelle des Arts, la place Dauphine. Vous verrez, c’est charmant. On y va ?

***

Voilà. C’est comme ça que nous nous sommes retrouvés, Antoine et moi. 1937. Nous avions 23 ans. Le lendemain, rue Toullier, j’ai expliqué à Charles que je le quittais, gentiment, en amie. Nous avions passé du temps ensemble, toujours agréable, et même souvent joyeux, mais c’était fini. Je passais à autre chose et nous ne nous verrions plus. Il n’a pas mis longtemps à deviner : « C’est le type de l’autre jour, au Capoulade ? » Je ne lui ai pas répondu. Nous avons fait l’amour une dernière fois. Charles était sans rancune. D’ailleurs, il était incapable du moindre mauvais sentiment. Je l’ai revu, deux ou trois fois depuis la Libération. Il est médecin à Versailles. Je suis rentrée chez mes parents. Comme d’habitude, et je leur ai parlé de cours passionnants et de profs incompréhensibles. Antoine a rompu avec Claudine. Pour ça, il l’a invitée à prendre le petit déjeuner au Ritz. Il m‘a dit que ça s’était plutôt bien passé. Trois jours plus tard, j’ai annoncé à mes parents que j’avais retrouvé Antoine de Colmont, que nous étions amants, et que je partais dès le lendemain m’installer chez lui, rue de Vaugirard. Cette scène aussi, on peut dire qu’elle s’était plutôt bien passée.

Nous avons vécu comme ça, étudiants, à Paris, deux merveilleuses années jusqu’au fameux jour de la canne jetée du haut du Pont Royal.

Si vous voulez… Donc, nous étions tous là au château, à attendre le retour d’Antoine de captivité. Mais Antoine ne revenait pas. Les semaines passaient et nous n’avions aucune nouvelle. Les vagues informations que le Comte de Colmont arrivait à obtenir se contredisaient sans arrêt. Un jour, Antoine avait été emmené en Allemagne, un autre jour, il avait été libéré et était en chemin pour Paris. Un autre jour encore, il s’était évadé et tentait de rejoindre l’Angleterre… ou l’Espagne. La seule certitude que nous avions, c’est un camarade d’Antoine qui nous l’avait apportée, Paul Hellbrun. Hellbrun avait été fait prisonnier à Longwy et interné à la caserne Niel de Verdun en même temps que lui. Mais lui avait été libéré le 3 aout comme Alsacien. À ce moment, Antoine était en bonne santé.

Par des amis qu’il avait au gouvernement de Vichy, le Comte obtenait de temps en temps des informations sur les négociations du gouvernement de Pétain avec les Allemands pour obtenir la libération des soldats français. Mais on a fini par comprendre qu’elles ne mèneraient à rien et que jamais les Allemands ne libèreraient les français avant la fin de la guerre.

La vie au château s’est organisée. Le comte reprenait en main la gestion des terres et des bois, ma belle-mère cherchait des œuvres où elle pourrait être utile, et moi, j’essayais de ne pas perdre espoir.

A SUIVRE

Bientôt publié

12 Août, 07:47 Septembre arrive
12 Août, 16:47 RENDEZ-VOUS À CINQ HEURES (55)
13 Août, 07:47 Le Cujas (24)

Le Cujas (22)

J’ai peut-être bu un tout petit peu trop de champagne, mais vous, alors, vous, vous êtes complètement coincé, mon pauvre petit.
Eh bien, il ne me reste plus qu’à vous demander… Qu’est-ce que vous faites, Dashiel ? Qu’est-ce qu’il vous prend ? En plein milieu de l’après-midi ! Vous êtes fou, Dash, j’attends quelqu’un…

Vous vous en foutez ? Eh bien ! Vous cachez bien votre jeu, vous… Attendez, attendez… Laissez-moi au moins le temps de …

Chapitre 6 — Antoine de Colmont

Cinquième partie

Dash !… Dash… ! Réveillez-vous, monsieur le journaliste. Il est presque 8 heures du soir. C’est l’heure de nous habiller et d’aller marcher un peu. Je propose que nous allions prendre un verre au Flore. On y trouvera surement des amis à moi. Après, nous irons diner chez Lipp ou à la Chèvre d’Or. Vous aimez le jazz ? Suis-je bête, bien sûr, vous aimez le jazz ! Nous pourrions aller au Tabou ou à la Rose Rouge… Nous sommes à l’aube Continuer la lecture de Le Cujas (22) 

Le Cujas (21)

Mais, mon cher, croyez bien que nous sommes toutes comme ça, bonnes familles ou pas, toutes, à un moment ou à un autre… toutes, nous voulons ce regard dans vos yeux, nous désirons vos mains, vos lèvres, sur nous. Mais vous… vous… trop timides, vous n’êtes pas prêts, ou pas encore, ou pas au bon moment. Vous, vous pensez à vos jeux idiots de garçons, vous reprenez vos vantardises de gamins balourds. Alors, nous, nous réprimons nos désirs, nous reprenons nos jeux idiots de filles, nos bavardages de chipies… nous passons le temps, en attendant que vous… Ah ! Si seulement quelqu’un vous avait dit cela quand vous étiez adolescent ! C’est bien ce que vous pensez en ce moment, n’est-ce pas ?

Chapitre 6 — Antoine de Colmont

Quatrième partie

Donc, j’attendais Antoine, j’espérais Antoine, j’étais prête pour Antoine. J’avais quinze ans. Dès qu’il est arrivé à Vauvenargues, j’ai mis ma nouvelle robe d’été et j’ai couru le retrouver. Il était tout excité et moi, j’ai pensé que c’était de me revoir. Il m’a dit : « Allons tout de suite au Paradis, j’ai quelque chose à te dire ». Continuer la lecture de Le Cujas (21) 

Le Cujas (20)

Selon lui, nous devions donc voir Antoine rentrer dans moins d’un mois. Malheureusement, ça ne s’est pas passé comme ça…
Servez-vous, Dashiel, je vous en prie. Est-ce que vous savez qu’en France, quand on remplit son verre à ras-bord avec la dernière goutte d’une bouteille de champagne, c’est qu’on va se marier dans l’année ? Vous n’êtes pas marié, j’espère ? Non ? Alors, tentez votre chance… C’est cela… Je vais chercher une autre bouteille. A moins que vous ne préfériez quelque chose de plus fort ? Non ? Vous avez raison, il est encore trop tôt. Alors, champagne ce sera !

Chapitre 6 — Antoine de Colmont

Troisième partie

Ah ? Je ne vous ai pas dit ? Eh bien, j’ai connu Antoine toute petite. Antoine et moi, nous étions cousins par les Sagan, cousins assez éloignés donc, mais cousins tout de même. Dans les années 90, mon grand-père, le Marquis de Prosny a décidé de se lancer dans l’industrie en ouvrant une huilerie-savonnerie près de Marseille. L’usine a pris de l’importance et sa présence sur place est devenue indispensable. Il a donc vendu son château de Neuville pour venir s’installer à Aix. Ce sont les Colmont qui lui ont permis de trouver et d’acheter l’Hôtel de Gensac, au centre d’Aix. Quand mon grand-père est mort, mon père est venu s’y installer pour prendre la direction de l’usine. Trois ans après, Continuer la lecture de Le Cujas (20) 

Le Cujas (19)

Sur le front, tout était calme et chacun prenait ses habitudes. Quand Antoine venait en permission, nous sortions sans arrêt… Nous étions encore des jeunes mariés, vous comprenez ? On dansait, on faisait la fête, on riait, on plaisantait même sur cette “drôle de guerre” qui ne voulait pas commencer. Et Antoine repartait, certain de revenir le mois suivant. Et puis, le 10 mai 40, les Allemands ont attaqué. Vous connaissez la suite…

 

Chapitre 6 — Antoine de Colmont

Deuxième partie

Oui, la débâcle. On parlait de milliers de morts dans nos rangs et de prisonniers par dizaines de milliers. Rue de l’Université, tout le monde était fou d’inquiétude. Mon beau-père passait ses journées à téléphoner à ses relations militaires, il faisait le siège des ministères où il avait de la famille, mais personne ne savait rien. Les Allemands avançaient toujours. Il devenait de plus en plus certain qu’ils seraient bientôt à Paris. Le 11 juin en fin d’après-midi, mon beau-père a embarqué Continuer la lecture de Le Cujas (19) 

Le Cujas (18)

Chapitre 6 — Antoine de Colmont

Première partie

Oui, c’est un appartement agréable. C’est mon refuge…un peu haut perché… presque inaccessible. Venez voir sur le balcon…C’est beau, n’est-ce pas, sous cette lumière. On dirait qu’il va y avoir de l’orage… Vous connaissez un peu Paris, Monsieur Stiller ? Regardez, là, c’est le clocher de Saint-Germain des Prés, et là, les tours de Notre-Dame, la flèche de la Sainte Chapelle. Là-haut, c’est le dôme du Panthéon… et Saint-Étienne du Mont… et là-bas, tout au fond, le Sacré-Cœur… On dirait qu’il n’y a que des églises à Paris… C’est vrai que d’ici, on ne voit Continuer la lecture de Le Cujas (18) 

RENDEZ-VOUS À CINQ HEURES (49)

RENDEZ-VOUS À CINQ HEURES (49)

31/07/2020

Guy nous conseille de regarder ce film
Démesuré comme son acteur principal
À voir absolument

FITZCARRALDO

1982

Un chef d’œuvre cinématographique, de Werner Herzog.

Je ne vous apprendrai rien de l’épopée d’un entrepreneur givré (normal pour un fabricant de glace), Fitzcarraldo, rôle tenu par Klaus Kinsky (Dieu ait son âme, mais j’en doute), en Amazonie profonde, vers les années 1900 :
Passionné par le théâtre et le Bel Canto, Fitzcarraldo veut construire une réplique du Teatro Amazonas de Manaus, mais à Iquitos, capitale de l’Amazonie péruvienne, où il pourra ensuite faire venir son idole Caruso.
Pour cela, il faut des sous, beaucoup de sous, et ce n’est pas Continuer la lecture de RENDEZ-VOUS À CINQ HEURES (49) 

Le Cujas – Chapitre 5 – Achir Soltani

Chapitre 5 — Achir Soltani

C’est ça, Monseigneur, installez-vous, prenez votre temps. Moi, vous savez, j’ai rien sur le feu. Vous m’avez apporté des cigarettes ? Ah oui, c’est bien ! C’est Simone qui vous a dit la marque ? Un chouette fille Simone. Elle me laisse pas tomber, elle, au moins. C’est pas comme d’autres… Bon, qu’est-ce que vous voulez ? Parce que sur votre demande de visite, y avait juste écrit : « Entretien préparatoire à l’écriture d’un roman ». Ça veut dire quoi, ça ? Vous voulez écrire un roman sur moi ? Vous êtes sûr ?

Sur moi et sur d’autres ? Qui ça, donc ?

Tiens, c’est drôle, cette photo. J’y ai pensé pas plus tard qu’hier soir. Marrant, non ? J’avais dix-sept ans. C’était le bon temps… Bon, là, c’est Sammy. Le grand brun, je sais pas. Après, c’est Simone, et celui-là, c’est l’aristo ; de Colmont, qu’il s’appelait. L’ouvrier au bar ? Inconnu au bataillon. La bonne femme, ça doit être la patronne et à côté, le loufiat. Z’auriez pas du feu, Monseigneur ? Continuer la lecture de Le Cujas – Chapitre 5 – Achir Soltani 

Le Cujas (17)

(…) En trois ou quatre semaines, le Marquis devient le claque de la Wehrmacht et de la haute. Au bout d’un mois, on n’accepte plus les soldats ni les sous-offs, encore une idée de Sammy. On monte les prix, on aménage le sous-sol en boite de nuit, avec un petit orchestre et un spectacle, s’il vous plait ! La grosse affaire. Simone drive les filles, elle organise les permanences et elle règle les petites histoires, Sammy accueille les huiles et gère les finances.

Chapitre 5 — Achir Soltani

Quatrième partie

Moi ? Je m’occupe de la discipline chez les filles et de la protection du Marquis. Parce qu’on a fait des envieux, forcément, et puis aussi du tort à deux ou trois clandés de deuxième zone. Alors, il y en a qui viennent pour essayer de faire peur aux clients et aux filles. J’ai embauché deux malabars pour ça. Un devant la porte, et l’autre en réserve à l’intérieur. On finit par nous laisser tranquilles. Une fois le Suédois et les filles payés, il en reste pas mal, du fric, bien assez pour mener Continuer la lecture de Le Cujas (17)