Archives de catégorie : Thème imposé

Toute la ville en parle

Voici un texte très laborieusement écrit pour répondre à la demande faite sur un forum d’écriture que je fréquente. Il faut préciser que l’auteur de la demande avait au préalable présenté un texte qu’elle avait conçu à partir de la photo d’un arbre dont un gros trou dans le tronc avait été comblé au moyen de briques et de mortier. C’était une histoire tout à fait agréable, à base de petits lutins qui aimaient trop faire la fête, ou quelque chose comme ça.

La demande qui suivait le texte était celle-ci : « au cours de la même balade, disait-elle, j’ai photographié une statue recouverte d’une bâche. Qu’est-ce que je pourrai bien écrire là-dessus ? »

Toujours prêt à rendre service et à retarder la rédaction du dernier chapitre de mon Cujas, j’ai proposé ceci :

 Toute la ville en parle

Toute la ville en parle. Depuis des mois, à l’heure où le gardien ferme les grilles du square Anastase Grougnard, un homme entre dans le jardin et s’y fait enfermer pour la nuit. Il a apporté avec lui deux grands sacs. L’un contient — c’est visible car les outils débordent du bagage mal fermé — tout un attirail de sculpteur, des marteaux, des maillets, des ciseaux, des pics, des brosses, enfin tout ce qu’il faut pour tailler et polir la pierre. L’autre sac ? Eh bien, personne ne sait ce qu’il contient. Quand la nuit tombe, en scrutant l’obscurité, les passants attardés peuvent apercevoir à travers les buissons qui doublent les grilles du jardin la vague lueur d’une lanterne. En écarquillant les oreilles, ils peuvent aussi entendre les coups rythmés que l’homme donne sur le gros parallélépipède de pierre qu’au début du printemps le nouveau Maire a fait apporter au centre du square. 
Et quand le jour se lève et que les grilles ont été rouvertes par l’unique Continuer la lecture de Toute la ville en parle

Rendez-vous à cinq heures : la drôle de guerre des mondes

La page de 16h47 est ouverte…

Un Incipit à faire peur

Vous savez bien sûr que la première phrase en gras du texte ci-dessous est de H.G. Wells. C’est celle de son roman La guerre des mondes

La drôle de guerre des mondes
par Philippe

“Personne n’aurait cru, dans les dernières années du XIXe siècle, que les choses humaines fussent observées, de la façon la plus pénétrante et la plus attentive, par des intelligences supérieures aux intelligences humaines et cependant mortelles comme elles ; que, tandis que les hommes s’absorbaient dans leurs occupations, ils étaient examinés et étudiés d’aussi près peut-être qu’un savant peut étudier avec un microscope les créatures transitoires qui pullulent et se multiplient dans une goutte d’eau.”

Vrout Ptlamn regardait les mots s’inscrire sur le proumgh qui lui faisait face au fur et à mesure qu’il les pensait. Il réfléchissait :

— C’est pas mal comme début. Un peu classique peut-être, mais ça fait sérieux, professionnel et attrayant tout à la fois. C’est tout ce qu’il faut pour un article historique dans une revue non spécialisée.

Satisfait, il s’interrompît un instant pour envoyer une brève arrière-pensée à Knat. Il ne fallait surtout pas qu’il oublie de rapporter des fragrances fraiches sinon, ils n’auraient bientôt plus rien d’autre que des aérosols à se mettre sous la trompe.
Avant de reprendre sa pensée principale, il voulait se Continuer la lecture de Rendez-vous à cinq heures : la drôle de guerre des mondes

Rendez-vous à cinq heures : la guerre des mots

La page de 16h47 est ouverte…

Un Incipit à faire peur

Vous savez bien sûr que la première phrase en gras du texte ci-dessous est de H.G. Wells. C’est celle de son roman La guerre des mondes

La  guerre des mots
par Claude

Personne n’aurait cru, dans les dernières années du XIXe siècle, que les choses humaines fussent observées, de la façon la plus pénétrante et la plus attentive, par des intelligences supérieures aux intelligences humaines et cependant mortelles comme elles ; que, tandis que les hommes s’absorbaient dans leurs occupations, ils étaient examinés et étudiés d’aussi près peut-être qu’un savant peut étudier avec un microscope les créatures transitoires qui pullulent et se multiplient dans une goutte d’eau. Que je puisse en arriver à concevoir un dispositif si perfectionné et que nous conservions également l’efficacité habituelle, l’exigence que l’ingéniosité demandasse à toutes les spécialités ne pusse s’exécuter sans Continuer la lecture de Rendez-vous à cinq heures : la guerre des mots

Rendez-vous à cinq heures : biais cognitif

La page de 16h47 est ouverte…*

L’excipit :  créer un texte se terminant par les phrases ci-dessous qui sont celles qui achèvent Victoireroman de Joseph Conrad. 

(…) Davidson sortit son mouchoir pour essuyer la sueur de son front.
« Et alors, Excellence, je suis parti. Il n’y avait rien à faire là-bas.
— Manifestement », acquiesça l’Excellence.
Davidson, pensif, sembla peser l’affaire dans son esprit, puis murmura, avec une tristesse placide :
« Rien ! » 

Biais cognitif
par Claude

Plutôt que de rester Davidson alla passé en revue tout ce qui manifestement empêchait de reproduire le résultat attendu de la manifestation très sous-estimé de tous ceux qui partageaient essentiellement le même intérêt pour les échanges corporatif de ce qui est évalué en littérature légale. Pour peu que nous révélons les secrets de production, la nervosité face à ce soulèvement à l’égard des masques et des vaccins la méfiance des protagonistes est à fleur de  peau.

—Essentiellement le publique doit comprendre autrement ce que sont Continuer la lecture de Rendez-vous à cinq heures : biais cognitif

Rendez-vous à cinq heures : une expédition bien décevante

La page de 16h47 est ouverte…*

L’excipit :  créer un texte se terminant par les phrases ci-dessous qui sont celles qui achèvent Victoireroman de Joseph Conrad. 

(…) Davidson sortit son mouchoir pour essuyer la sueur de son front.
« Et alors, Excellence, je suis parti. Il n’y avait rien à faire là-bas.
— Manifestement », acquiesça l’Excellence.
Davidson, pensif, sembla peser l’affaire dans son esprit, puis murmura, avec une tristesse placide :
« Rien ! » 

 

Une expédition bien décevante
par Philippe

— Alors, Major Davidson, cette expédition ? demanda le Gouverneur.

L’officier de sa Majesté se tenait debout, raide et poussiéreux devant le plus haut fonctionnaire du protectorat britannique.

— Décevante, Excellence, décevante !  répondit le vieux soldat d’un air navré.

— Comment cela ?  s’énerva l’Excellence. Vous ? Un officier expérimenté, explorateur chevronné, serviteur dévoué de la Couronne, vous qui avez découvert le café de Colombie britannique, le thé de Ceylan, le bœuf de Kobe et le Continuer la lecture de Rendez-vous à cinq heures : une expédition bien décevante

L’Univers, ses lois, ses principes et autres âneries (6) – Les trous noirs

Je reprends aujourd’hui ma célèbre série de vulgarisation scientifique, interrompue depuis trois ans, avec un exposé un peu technique sur l’invention des trous noirs. Ce texte  a été très vaguement inspiré par l’opuscule “Brèves réponses aux grandes questions” que mon regretté confrère, Stephen Hawking, a publié en 2018, l’année même de sa disparition. 

On sait que si on crache en l’air, ça vous retombe sur la tête. Il en est de même quand on tire un boulet de canon à la verticale : il retombe aussi, mais c’est plus dangereux. C’est pour cela que l’usage en est tombé en désuétude.

Pendant des années, peut-être même des siècles, les gens se sont dit : “Bon, c’est comme ça et, de toute façon, qu’est-ce qu’on y peut ? ” Et puis un jour, on a voté la loi de la gravité et c’est tout de suite allé mieux. Les crachats et les boulets continuaient à retomber mais, au moins, on savait pourquoi.

Et puis un jour, on a voulu envoyer en l’air des fusées qui ne retombent pas. Pour cela, on les a faites pointues et on a mis beaucoup d’essence dedans. Mais ça n’a pas marché et les fusées se sont mises à retomber par terre comme de vulgaires obus. Elles retombaient, elles retombaient, elles retombaient tellement que ça finissait par devenir contrariant. Et pas mal cher, aussi.

Alors quelqu’un a eu l’idée d’augmenter la vitesse des fusées. C’était devenu possible avec les nouveaux moteurs Continuer la lecture de L’Univers, ses lois, ses principes et autres âneries (6) – Les trous noirs

Rendez-vous à cinq heures : L’éclat de la baudruche

La page de 16h47 est ouverte…*

L’excipit :  créer un texte se terminant par les phrases ci-dessous qui sont celles qui achèvent Victoireroman de Joseph Conrad. 

Davidson sortit son mouchoir pour essuyer la sueur de son front.
« Et alors, Excellence, je suis parti. Il n’y avait rien à faire là-bas.
– Manifestement », acquiesça l’Excellence.
Davidson, pensif, sembla peser l’affaire dans son esprit puis murmura, avec une tristesse placide :
« Rien ! »

L’éclat de la baudruche
par Jim

Les historiens s’accordent à penser qu’il existait autrefois un petit état, disparu aujourd’hui dans les circonstances que nous allons voir, situé quelque part au centre du continent sud-américain et dont l’origine remontait à la fin du quinzième siècle quand quelques conquistadors égarés y prirent racine. Son nom supposé était le Guadalatecas. Cet état avait une apparence : une gouvernance héréditaire depuis l’origine sur le modèle Kim nord-coréen ; et une réalité : une solitude imposée par Continuer la lecture de Rendez-vous à cinq heures : L’éclat de la baudruche

😎😘 😇🙂…

En poésie, je ne connais pas grand-chose. Sorti de Ronsard, Rimbaud, VIgny et Baudelaire, je suis en terre inconnue.

J’ai bien aperçu quelques fois dans des magazines cuculturels des poèmes graphiques, qui utilisent la typographie et la mise en page pour faire apparaître des formes avec des mots, mais ça ne m’a pas ému plus que ça.

Récemment, un ami m’a fait suivre un article du New York Times traitant de l’utilisation poétique des signes de ponctuation. Intéressant.

Cela m’a fait penser qu’il existe un nouveau mode d’expression scriptural qui, bien que très utilisé de nos jours dans les écrits triviaux et banals, reste ignoré pour ne pas dire méprisé des élites capables de conjuguer correctement des verbes de plus de deux syllabes. Je veux parler des émoticones, des smileys comme on dit là-bas, des émojis comme on dit ailleurs ou des petits bonshommes jaunes qui rigolent comme on dit chez moi.

J’ai donc décidé de composer le premier poème au monde, entièrement réalisé en émoticones. Pour mes débuts, j’ai préféré l’octoticone, plus vague et plus soluble dans l’air.

Ce n’est pas sans une certaine émotion que je Continuer la lecture de 😎😘 😇🙂…

Le boson de Higgs (Part two of two)

Ceci est la suite de la conférence sur le boson de Higgs dont la première partie est parue hier. Bon courage. 

 

“(…) Bon, je continue : Faisant fi de la pusillanimité de certains, je viens donc, pour le bénéfice des autres, de définir ce qu’est la Nouvelle.”

Passons maintenant à la Chute.

Comme pour la Nouvelle, je commencerai par balayer d’un geste nonchalant mais auguste quand même un peu toutes les acceptions du terme considéré autres que celle qui nous intéresse. On ne perdra donc pas de temps à parler des Chutes de reins, de l’Empire romain ou du Zambèze, ni des Chutes de neige, de pierres ou dans l’escalier. Entendons-nous bien, et pour cela, faisons taire les plaisantins, nous parlons de la Chute au sens littéraire.

Qu’est donc qu’une Chute ?

La Chute d’une histoire, c’est Continuer la lecture de Le boson de Higgs (Part two of two)

Le boson de Higgs (Part one of two)

Bonsoir Mesdames, bonsoir Mesdemoiselles, bonsoir Messieurs,

Laissez-moi tout d’abord vous remercier d’être venus si nombreux ce soir dans cette magnifique salle multisports de Charmeux-les-Chambrées. Il est certes très étonnant mais surtout très réconfortant pour un vieux scientifique comme moi qu’autant de personnes puissent s’intéresser à un sujet aussi ardu que « Le boson de Higgs », et ceci  dans un environnement pour le moins rustique, il faut bien le dire. Comme dit le poète : « J’y crois pas ! »

Avant d’entrer dans le vif du sujet, je voudrais vous narrer une petite aventure qui m’est arrivée à l’instant. Il se trouve qu’au moment où j’allais pénétrer dans cette salle, un individu m’a abordé et, me prenant par le revers du veston, m’a posé à brûle-pourpoint — c’est dire s’il me tenait serré — la question suivante : Continuer la lecture de Le boson de Higgs (Part one of two)