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Conversation sur le sable – 6

Saint-Brévin-l’Océan, 12 août 1948

 Voix off dont on aperçoit l’ombre dans l’angle inférieur droit de la photo, essuyant ses yeux :
— Faut reconnaître, c’est du brutal !

  Enfant au premier plan :
— Vous avez raison, il est curieux hein ?

  Enfant au deuxième plan :
— J’ai connu une polonaise qu’en prenait au petit déjeuner. Faut quand même admettre que c’est plutôt une boisson d’homme.

  Voix off dont on aperçoit l’ombre dans l’angle inférieur droit de la photo, les yeux dans le vague :
— Tu sais pas ce qu’il me rappelle ? C’t’espèce de drôlerie qu’on buvait dans une petite taule de Bien Ho Har, pas tellement loin de Saïgon. Les volets rouges et la taulière, une blonde komac. Comment qu’elle s’appelait , Nom de Dieu ?

Les jambes au maillot de bain en laine en arrière-plan :
— Lulu la nantaise.

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Première conversation
Deuxième conversation
Troisième conversation
Quatrième conversation
Cinquième conversation

Lire ou écrire, il faut choisir

Quand j’ai commencé à écrire, il y a cinq ou six ans, je ne me doutais pas de là où ça me mènerait.

Il y a une dizaine d’années, quand je n’ai eu plus grand-chose d’autre à faire que manger, dormir, boire, dire bonjour à la dame et choisir la chaine TV, je me suis mis à lire. Pendant deux ou trois ans, j’ai lu, surtout les classiques, Proust et Flaubert en particulier, qui m’ont permis d’entrevoir ce que j’avais raté à faire autre chose. J’ai lu pour le plaisir de découvrir une histoire, et avec elle, l’existence de sentiments inconnus, ou pour celui de retrouver des émotions oubliées ou trop éprouvées. A ces plaisirs s’est vite ajouté celui de la musique des mots, du rythme des phrases, de la fluidité du texte ou de ses aspérités. Pour définir cette association de caractéristiques de l’écriture, j’aurais bien utilisé le mot style, mais pour beaucoup de gens, dire d’un écrivain qu’il a du style, c’est le ranger dans la catégorie des écrivains désuets, démodés, dépassés, empesés, finis, foutus, pilonnés. Les fantômes d’André Maurois, de Roger Martin du Gard, de Gilbert Cesbron et de bien d’autres gloires du siècle dernier en savent quelque chose. C’est vrai qu’ils avaient du style, mais « on écrit plus comme ça aujourd’hui ». Pourtant Proust, Conrad, Hemingway, Chandler, Continuer la lecture de Lire ou écrire, il faut choisir 

Le Bon, la Brute et les Enfants – 7 – Version Série Noire

1-Notations
2-Soutenue
3-Argotique
4-Proustienne

5-Aigre

6-Enfantine

7-Version Série Noire
Le seul changement que j’ai apporté à cette version a été de la raccourcir un peu.

Si vous n’êtes jamais allé dans le Bronx, continuez comme ça. Mais si un jour, par un effet pervers de travaux routiers, vous deviez traverser ce quartier de New York pour rentrer de JFK à Manhattan, renfoncez-vous au fond de votre taxi, ouvrez en grand le New York Times, plongez-y votre nez et ne regardez pas dehors. Mais si par malheur vous deviez absolument vous y rendre et que vous passiez du côté du carrefour Brook / 148ème, vous avez des chances de m’y rencontrer. Je traine tous les jours dans le coin, vers chez Matt, plus précisément devant ou à l’intérieur du « Matt’s cocktail lounge ». Si jamais vous entriez au Matt’s cocktail Lounge, vous pourriez être surpris par le décalage abyssal qui existe entre le standing du lieu et son appellation de « cocktail lounge ». L’élégance du mot devait refléter les ambitions de Matt quand il avait ouvert sa boite une demi-douzaine d’années plus tôt. C’est l’effet habituel du Bronx que de dissoudre ce genre de rêve.

Vous pourriez aussi être surpris par l’aspect du type qui est assis au bar à la place du fond et qui parle à sa bouteille de Milwaukee’s. Un mètre quatre-vingt-quinze, cent-quinze kilos, chaussures de cuir avachies, chemise à carreaux flottant sur un jean usé mais véritable, l’ensemble, homme et vêtements, ayant l’air très fatigué. Le type assis au bar là-bas, c’est Continuer la lecture de Le Bon, la Brute et les Enfants – 7 – Version Série Noire 

Le Bon, la Brute et les Enfants – 6 – Version enfantine

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2-Soutenue
3-Argotique
4-Proustienne

5-Aigre

6-Version enfantine
Cette version est toute nouvelle. Son narrateur n’a pratiquement rien vu de ce que les autres avaient vu avant lui. Il a d’autres centres d’intérêt. Normal, c’est un petit gars du quartier Italie. Ça ne l’empêche pas de raconter son histoire à lui.

Aujourd’hui, c’est mercredi. Y pas classe ! Même pas ce matin, à cause que madame Verdurin, la prof de dessin, elle est malade. Elle est souvent malade, madame Verdurin. Elle dit tout le temps qu’elle a des « mots de tête » et que c’est de notre faute à cause du bruit qu’on fait et tout. Nous on se demande ce que ça peut bien être que des « mots de tête ». Natcho y dit que c’est des trucs de femmes, mais Natcho, y dit souvent des choses qui sont même pas vraies, juste pour faire son intéressant. Faudrait que je demande à maman mais j’ose pas trop vu que c’est peut-être des trucs pas très ragoutants, des trucs qu’y faut pas qu’on soit au courant à notre âge.

Bon en tout cas madame Verdurin aujourd’hui elle est malade et y aura pas classe de toute la journée. Alors, ce matin, juste avant de partir à l’hôpital — elle est infirmière à Pompidou, Maman — à sept heures pétantes elle a réveillé Papa. Il était pas content. Y râlait, y disait que c’était pas des heures de chrétien pour Continuer la lecture de Le Bon, la Brute et les Enfants – 6 – Version enfantine 

Le bon, la brute et les enfants – 5 – Version aigre

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3-Argotique
4-Proustienne

Le bon, la brute et les enfants
5 — Version aigre
C’est la dernière en date. Elle n’est pas la plus sympathique. Mais des gens comme ça, ça existe. Même à Paris

 » Il n’y a plus de saison, vous ne trouvez pas ? Non ? Regardez cette chaleur : il est à peine onze heures, le mois d’avril n’est pas fini et il fait chaud comme au mois d’août ! Enfin, qu’est-ce que vous voulez, avec toutes ces centrales atomiques, ils nous bousillent le climat.

Non mais, regardez-moi ces filles, là, sur le trottoir d’en face ! Elles n’ont pas quinze ans et elles s’habillent déjà comme des putes ! Excusez-moi, mais il n’y a pas d’autre mot, comme des putes ! Regardez un peu la grande bringue ! Vous avez vu la jupe ? Enfin, si on peut appeler ça une jupe ! Si c’était ma fille, moi…Enfin… Heureusement que je n’ai pas d’enfant !

Vous êtes du quartier ? Ah, vous aussi ! C’est drôle, je ne vous avais jamais vue. Vous devez être nouvelle par ici, alors. Moi, j’habite rue Pierre Nicole, au 13, au rez-de-chaussée. N’allez pas croire que je suis concierge, ou gardienne comme on dit aujourd’hui ou quelque chose comme ça.  Non, je suis copropriétaire. J’ai mes millièmes, je vais aux assemblées, je paie mes charges et tout. A propos des charges, Continuer la lecture de Le bon, la brute et les enfants – 5 – Version aigre 

Le Bon, la Brute et les Enfants – 4 – Version proustienne

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3-Argotique

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4-Version proustienne
Cette version là, vous la connaissez déjà. Mise à part la référence aux Niobides, je n’y ai pas changé une virgule. Par respect…  

Longtemps, je me suis assis de bonne heure à la terrasse de cet établissement de la rue Gay-Lussac pour y déguster ma première coupe de champagne dans laquelle je laissais s’amollir une petite madeleine dorée et joufflue parmi les fines bulles qui montent en colonnes élégantes et spiralées dans ce breuvage aristocratique. Je pensais déjà à la morne journée qui s’étendait presque à l’infini devant moi et qui me séparait encore du souper qui m’attendait ce soir dans un hôtel du Faubourg Saint-Germain, quand une voiture à chevaux vint s’arrêter devant ma table, obstruant ma vue sur les jeunes filles en fleurs qui, à cette heure matinale, descendent en cortège vers le Luxembourg en faisant virevolter leurs ombrelles multicolores.

La voiture était conduite par un de ces hommes du peuple, de ceux que l’on nomme Fort-des-Halles et dont les muscles Continuer la lecture de Le Bon, la Brute et les Enfants – 4 – Version proustienne 

Le Bon, la Brute et les Enfants – 3 – Version argotique

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3-Version argotique
Cette version n’avait encore jamais été publiée. Vous n’aurez pas de peine à deviner de quel auteur je me suis inspiré. J’aurais aimé qu’elle puisse être lue par André Pousse, mais je crains que cela ne soit pas possible.

Dès l’aurore, je me décidai à rejoindre mon troquet habituel, le Week-End. Vous savez, le petit rade qu’est en haut de la rue Gay-Lussac ! Je m’étais à peine installé en terrasse que l’église d’à côté s’est mise à sonner le tocsin. Onze coups ! Y m’ont résonné directos dans le ciboulot. Y savent quand même bien que j’ai le réveil délicat, les curetons ! Je m’en vais lui causer du pays, moi, au sacristain. « Mais bon », que je me suis dit, « calme-toi, Dico, — les affranchis m’appellent Dico parce que j’ai du vocabulaire — calme toi, il fait beau, il est que onze heures, t’es en avance sur ton planning et t’as tout le temps de prendre deux-trois ballons d’aligoté pour t’éclaircir les méninges avant d’aller rejoindre Le Doulos vers les trois plombes à Vincennes ». C’est qu’il vaut mieux avoir l’esprit bien dégagé sur les oreilles quand on va aux courtines. J’étais donc là tranquille, peinard, bien carré derrière mon premier godet de la journée à regarder passer Continuer la lecture de Le Bon, la Brute et les Enfants – 3 – Version argotique 

Le Bon, la Brute et les Enfants – 2 – Version soutenue

2-Version soutenue
Elle est soutenue dans la mesure où elle utilise un vocabulaire un peu plus riche et des adjectifs en plus grand nombre. Cette version n’est pas beaucoup plus rigolote que la précédente, mais on pourra y noter quand même une tentative de rêverie et la confirmation du retournement d’humeur du narrateur.

 Ce matin, vers onze heures, je me suis installé à la terrasse du café-tabac Le Week-End. Comme d’habitude, j’ai commandé un café-croissant. Il fait beau. De l’autre côté de la rue Gay-Lussac, un groupe de jeunes filles descend gaiment vers le Boulevard Saint-Michel. Un instant, je me demande où elles vont : la Sorbonne, le Luxembourg, les magasins de vêtements ? En un éclair, je choisis celle qui ferme la marche et j’imagine sa vie. Dix-huit ans, native de Bordeaux, première année de Droit… non pas de Droit, une licence d’Histoire-Géo plutôt. Elle est songeuse parce que ce soir, elle a rendez-vous avec un garçon, Antoine, un parisien. Il l’emmènera se promener sur les quais, et là peut-être…

Mais d’un coup, ma jolie brune disparait avec ses rêves : un camion vient de se garer devant ma table et je ne vois plus rien que de gros Continuer la lecture de Le Bon, la Brute et les Enfants – 2 – Version soutenue 

Le Bon, la Brute et les Enfants – 1 – Notations

Dans les six jours qui viennent, vous allez subir six fois la même histoire. Six fois ! La même histoire ! Ça va vous faire pratiquement la semaine. Mais par le style d’écriture, ce devrait être six histoires différentes. Les trois premières façons, vous les connaissez probablement déjà. Elles avaient été publiées, avec d’autres non reprises aujourd’hui, dans le JdC il y a presque quatre ans. Je les ai à peine modifiées, sauf un raccourcissement drastique de la version Série Noire. Par contre j’ai ajouté deux nouvelles manières que je trouve intéressantes : la version Argotique et la version Enfantine. Voici l’ordre dans lequel elles paraitront : 1.Notation – 2.Soutenue – 3.Argotique – 4.Proustienne– 5.Enfantine – 6.Série Noire. Et voici la première d’entre elles :

1-Notations
C’est la version nette, sèche, sans fioriture, quasiment une anamnèse, presque un haïku. Ce n’est pas rigolo, mais c’est la base. En plus, elle est parfaitement authentique. À apprendre par cœur pour demain matin.

Assis à la terrasse du tabac le Week-End, je prends mon café-croissant. Il fait beau.
Un camion de livraison de bière se gare devant la terrasse. Le livreur est un jeune costaud. Il porte un sweatshirt moulant blanc sale. Son crâne est rasé et ses bras sont tatoués. Il a l’air pressé et de mauvaise humeur. Il débarque ses tonneaux bruyamment. Il m’est antipathique.
Des enfants d’un lycée voisin passent en groupe. Ils vont au Luxembourg. Leur passage empêche l’homme de continuer son débardage. Les enfants passent par deux entre le camion et la terrasse. Occupés par leurs conversations, ils ne voient rien autour d’eux. De son plateau, le livreur les regarde passer. Il sourit. Parfois, il leur fait une farce en touchant la tête d’un enfant. Alors l’enfant cherche en riant d’où lui vient ce contact.
L’atmosphère du jour a changé.

Bientôt publié :Le Bon, la Brute et les Enfants

  • 2 Mai, ……..   2 – Version soutenue
  • 3 Mai, ……..     3 – Version argotique
  • 4 Mai, ……..     4 – Version proustienne
  • 5 Mai, …….       5 – Version aigre
  • 7 Mai, …….       6 – Version enfantine
  • 8 Mai, ……        7 – Version Série Noire

 

Mon roman favori : Trois jours de la vie de John Doe

L’histoire se passe à Manhattan dans les années Cinquante, juste avant Noël.
John Doe est un lycéen. Il est d’une famille très aisée. Ses parents et sa sœur, Patricia, habitent un très bel appartement dans Park Avenue. Mais lui, il est pensionnaire à Pencey, un établissement chic et cher de Pennsylvanie. Incapable de s’adapter à la vie en communauté avec les autres élèves, il vient de s’en faire exclure définitivement. Il rentre seul à New York et va vivre trois jours à errer dans la ville.
La seule personne qu’il aime vraiment et avec laquelle il parvient à communiquer, c’est Patricia, sa sœur de six ans. Sans réveiller ses parents, il ira la voir dans l’appartement de Park avenue pour parler avec elle.
La seule autre personne avec laquelle John tentera de communiquer pendant ces trois jours sera Monsieur Fink-Nottle, son professeur d’Anglais. Fink-Nottle, sensible et intelligent, sera sur le point de Continuer la lecture de Mon roman favori : Trois jours de la vie de John Doe