Archives pour la catégorie Thème imposé

Mon roman – 5

Mon roman
Je vais écrire un roman. Pour l’instant, je n’ai pas le sujet. Mais tout le reste est prêt. Voyez plutôt :

 1 – Titre et épaisseur de mon roman (déjà paru)

 2- Personnages de mon roman (déjà paru)

3 – Construction de mon roman (déjà paru)

4 – Dédicace et Exergue de mon roman (déjà paru)

5 – Critiques de mon roman

Pour mettre de mon côté les critiques en leur mâchant le travail et pour éviter les surprises, j’écrirai moi-même les critiques de mon roman et je les enverrai aux journaux. Voici les premières :

Le Figaro
Entre Soljenitsyne et Roux-Combaluzier , à mi-chemin de Thérèse Raquin et de la Porte d’Orléans, partagé entre « Le Dniepr coule toujours dans le même sens » et « Ascenseur pour l’échafaud » , ce court roman devrait donner satisfaction à tout le monde et déplaire souverainement aux autres.


Télérama
Tous les ingrédients d’un drame désopilant  sont réunis dans cette œuvre magistrale que l’on n’attendait plus d’un auteur que sa Continuer la lecture de Mon roman – 5 

Mon roman – 4

Mon roman
Je vais écrire un roman. Pour l’instant, je n’ai pas le sujet. Mais tout le reste est prêt. Voyez plutôt :

 1 – Titre et épaisseur de mon roman (déjà paru)

 2- Personnages de mon roman (déjà paru)

3 – Construction de mon roman (déjà paru)

4 – Dédicace, Exergue et Incipit de mon roman

La dédicace
Il y a une question primordiale qui se pose à tout romancier : à qui dédiera-t-il son roman ? En effet, il est d’usage de placer, toute seule, aux deux tiers de la troisième page et de préférence justifiée à droite, une dédicace. Une dédicace mystérieuse et laconique telle que « À Francesca » est recommandée. Elle fait chic et elle suscite l’intérêt du lecteur qui ne peut que se demander « mais qui est donc cette Francesca ? ». Elle éveille un intérêt encore plus vif chez l’épouse de l’auteur, pour peu que son prénom soit Simone.

On peut avantageusement préciser un peu sa dédicace en disant par exemple, pour rattraper le coup : « À mon épouse, sans qui rien n’aurait été possible ».

En ce qui me concerne, je Continuer la lecture de Mon roman – 4 

Mon roman – 3

Mon roman
Je vais écrire un roman. Pour l’instant, je n’ai pas le sujet. Mais tout le reste est prêt. Voyez plutôt :

 1 – Titre et épaisseur de mon roman (déjà paru)

 2- Personnages de mon roman (déjà paru)

3 – Construction de mon roman

C’est une des premières choses que l’on apprend dans toutes les bonnes écoles d’écrivains : la construction d’un roman ne se voit pas, mais c’est elle qui soutient l’histoire. Je n’ai aucune idée de ce que sera l’histoire de mon roman, mais par contre, sa structure sera comme ça :

Le début
Mon roman n’aura pas de début, ou alors un début qui aura l’air d’une fin, sans que ce soit vraiment la fin, la vraie fin, si vous voyez ce que je veux dire. En fait, le mieux serait qu’il commence à la page 27. Les vingt-six Continuer la lecture de Mon roman – 3 

Mon roman – 2

Mon roman
Je vais écrire un roman. Pour l’instant, je n’ai pas le sujet. Mais tout le reste est prêt. Voyez plutôt :

 1 – Titre et épaisseur de mon roman (déjà paru: CLIQUER ICI)

 2- Personnages de mon roman

Leur nombre
Dans mon roman, il n’y aura que quatre personnages. Pourquoi ? Parce que ma propre expérience m’a montré qu’au-delà de ce nombre, le client — car le lecteur n’est rien d’autre qu’un client, n’est-ce pas ? — ne s’y retrouve plus : quand un personnage réapparait après plusieurs pages d’absence, le lecteur ne sait plus très bien qui il est et il doit revenir en arrière pour se le rappeler. Ça le fatigue et ça l’énerve. Or, il ne faut ni fatiguer ni énerver le lecteur. Je me limiterai donc à quatre personnages. Ou alors, si l’intrigue devait absolument en nécessiter davantage, j’ajouterais à la fin du livre un annuaire. Pour chaque personnage, j’y rappellerais ses principales caractéristiques, son état civil, les grands traits de sa personnalité et la façon dont il est lié aux autres.

J’avais failli opter pour des notes de bas de page, par exemple :

(…) Après avoir pris un copieux petit-déjeuner, Eric1 tua Françoise2 de quatre coups de revolver et partit pour le Guatemala3.(…)
——————————————————————
(1) : Fils de Marcel, amant de Françoise
(2) : Épouse de Marcel
(3) : Pays d’Amérique centrale entouré par le Mexique, le Belize, la mer des Caraïbes, le Honduras, le Salvador et l’océan Pacifique. Capitale : Guatemala

mais on m’a convaincu que cette solution alourdirait la lecture, sans compter l’augmentation du coût de composition typographique. Alors, va pour le lexique. Ça serait bien aussi d’ajouter une photo.

Leur nom
Les personnages de mon roman auront  Continuer la lecture de Mon roman – 2 

Mon roman – 1

Mon roman
Je vais écrire un roman. Pour l’instant, je n’ai pas le sujet. Mais tout le reste est prêt. Voyez plutôt :

 1 – Titre et épaisseur de mon roman

Le titre

Le titre de mon roman n’aura pas de rapport avec son sujet. Il devra tout simplement être vendeur, car qu’est-ce qu’on demande d’autre à un titre ?

Prendre le prix du livre comme titre, c’est une bonne idée de départ : 19,99 €, ça sonne bien. Et puis, en cas de dévaluation, ça fait un nouveau roman. Mais Beigbeder a déjà fait le coup avec ses deux bouquins 99 Francs et 14,99 Euros.

J’avais également pensé à « Comme il vous plaira« . Ça n’engage à rien et ça donne envie, mais ça aussi, c’était déjà pris.

En fait, le titre, s’il ne dépend pas du sujet, doit dépendre du genre. Pour une autobiographie, « Moi » serait un bon titre, mais je crains que Sacha Guitry ne l’ait déposé. Pour un roman noir, j’aimerais assez « Les bretelles sanglantes » et pour un Continuer la lecture de Mon roman – 1 

Juliette et le Jardinier

Elle, c’est Juliette. Elle est belle comme une rose du matin, comme une goutte d’eau de pluie, comme un frisson dans les feuilles de bouleau, comme un parfum de cerise. Elle chante comme un rouge-gorge, elle parle comme l’eau de la fontaine, elle bouge comme l’ombre d’un roseau. Je l’aime depuis toujours ; depuis que je l’ai vue pour la première fois sortir de Santa Anastasia auprès de sa mère, je l’aime ; depuis que je guette à sa fenêtre le plus léger mouvement de rideau, je l’aime davantage ; depuis que je suis entré au service son père et que je la vois chaque jour, je suis fou d’elle, j’explose d’amour, je meurs de désir. Mais, bientôt, j’oserai lui parler, moi, le jardinier, elle, la fille unique de la plus grande famille de la ville. Je lui dirai que je l’aime, que pour elle je gagnerai des fortunes, je régnerai sur un archipel et je l’en ferai reine. Elle sourira, elle comprendra et, un jour, elle m’aimera.

Elle m’aimera, moi, le presque rien du tout, le fils de personne, le vaurien, le voleur de bourses, l’écorcheur de chats. Elle m’aimera, moi, le presque bossu, le trop grand, le trop maigre, le trop laid, elle m’aimera. Je lui parlerai et elle m’aimera. Je lui parlerai demain à l’aurore. C’est pour lui parler demain à l’aurore que je Continuer la lecture de Juliette et le Jardinier 

La fin de l’écriture

La fin de l’écriture suivie de La fin de la lecture
par Lorenzo dell’Acqua

Cher ami,

         Avez-vous su que pour sa centième édition, la NRF a demandé à Marcel Proust de lui transmettre son œuvre avec la dictée vocale de son iPhone ? Grâce à la nouvelle fonction lecture orale, ses admirateurs pourront désormais entendre la voix de l’auteur lisant lui-même son texte. L’idée est a priori excellente et je ne saurais trop vous inciter à y réfléchir. Votre blog lu de votre voix enrouée, cela devrait faire un tabac dans les manufactures.

         J’ai donc déjeuné avec mon ami Marcel Proust qui ne parvenait pas à écrire son premier chapitre en utilisant la dictée vocale. Chaque fois, l’appareil inscrivait : « Longtemps, je me suis couché de bonheur »1. J’avais beau lui dire que ce n’était pas si mal, il ne voulait rien savoir. J’ai tenté de l’amadouer en lui expliquant que certains de ses collègues étaient Continuer la lecture de La fin de l’écriture 

Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ?

Pourquoi y-a-t-il quelque chose plutôt que rien ? 
En voilà une question idiote ! Et pourtant, elle a fait la célébrité d’un petit bibliothécaire de province, Gottfried Wilhelm Leibniz (1646-1716).
En voici quelques autres, tout aussi existentielles et tout aussi bêtes. Leurs auteurs ont préféré demeurer dans l’anonymat. C’est pas comme ce prétentieux de Gottfried.

Pourquoi les femmes ne peuvent-elles se mettre du mascara
la bouche fermée ?

Pourquoi faut-il cliquer sur « Démarrer » pour arrêter Windows ?

Pourquoi le jus de citron est-il fait de saveurs artificielles
et le liquide vaisselle est fait de vrais citrons ?

Pourquoi n’y a-t-il pas de nourriture pour chat à saveur
de souris ?

Pourquoi est-ce qu’on appuie plus fort sur les touches
de la télécommande quand ses piles sont presque à plat ?

Pourquoi les pilotes Continuer la lecture de Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ? 

La reconversion de Coupy et Coupot

Avant, j’étais agriculteur. J’avais une toute petite ferme, vingt hectares que je louais et vingt autres bien à moi. Chaque année, j’élevais une dizaine de veaux pour la viande ; j’avais une vingtaine de poules pour les œufs et un potager pour le reste. Quelques pommiers aussi, pour le cidre. Mais pas de femme. Vécu plus de quarante ans comme ça !

Mais ça, c’était avant. Avant que je prenne ma retraite.
Maintenant, je suis touriste.
J’ai vendu mes terres, mes bêtes et mon matériel à Derry, mon voisin. Je lui aurais bien vendu aussi mes poules, mais il n’avait plus d’argent, alors je les ai vendues à mon autre voisin, Dieudeville. Bref, j’ai tout vendu, sauf la maison, la 207, la machine à laver le linge et les congélateurs.
Et je suis devenu touriste.
Enfin, pas tout de suite. D’abord, je suis allé à Château, chez Leclerc Continuer la lecture de La reconversion de Coupy et Coupot 

Andromaque de Cyrénaïque

Avertissement : ce texte a été écrit dans le cadre d’un atelier d’écriture. Le thème de l’exercice était : Écrire une courte nouvelle dont la première phrase est celle-ci : « Rien ne serait arrivé si je n’avais pas changé de coiffeur. »  C’est le jeu de l’incipit qui recommence. Celui-ci, on l’aura reconnu, figure en tête d’une nouvelle de Eric-Emmanuel Schmitt.

Andromaque de Cyrénaïque

Rien ne serait arrivé si je n’avais pas changé de coiffeur. Mais pourtant, il fallait bien que j’en trouve un autre : le mien, le Gaulois que j’avais acheté l’année passée pour trente deniers sur le marché de la Prata Flaminia, avait attrapé le typhus. Il m’en fallait donc un autre de toute urgence. C’est pourquoi je m’étais rendu sur l’Aventin, chez Podalydès, le Grec affranchi, celui qui s’est spécialisé dans les esclaves pour soins du visage et du corps.

Je passai en revue sa marchandise et finit par tomber sur une petite nubile de Cyrénaïque qui, m’assura Podalydès, ferait très bien l’affaire. Elle savait couper les cheveux à ravir, friser, coiffer, raser la barbe, le torse et les jambes et faire des massages décontractants.

—Trente-cinq deniers, me dit-il.

Je pris un air hautain et offusqué à la fois.

—Tu plaisantes sans doute, méchant Grec !

—Vous savez, noble Seigneur, aujourd’hui, c’est le prix, m’assura-t-il. Les pirates de Cilicie, nos principaux fournisseurs, sont de plus en plus exigeants. On ne trouve plus rien de correct à moins de trente deniers, et cette petite Disiset est exceptionnelle, vous verrez.

—Disiset, tu dis ? Qu’est-ce que c’est que ce nom ridicule ?

—C’est celui d’une déesse égyptienne ou quelque chose comme ça, je ne suis pas sûr, mais ça peut se changer sans problème.

Comme j’hésitais encore, il me fit une proposition qui me parût honnête :

—Bon, allez, je vous fais un cadeau : vous la prenez à trente-deux deniers, mais sans garantie. Par contre, je vous propose une assurance à six deniers : si elle meurt avant deux ans, je vous la remplace gratuitement. Ça vous la fait à trente-huit deniers, mais avec une sécurité totale pendant deux ans ! Alors, noble Seigneur, qu’est-ce que vous en dites ?

Nous finîmes par nous mettre d’accord sur trente-neuf deniers avec une garantie de quatre ans.

Je repartis de chez Podalydès suivi par mon achat. Tout en redescendant les pentes de l’Aventin, je réfléchissais. « Trente-neuf deniers, me disais-je, c’est quand même cher pour une toute petite coiffeuse de Cyrénaïque. Elle n’a surement pas d’expérience, et en plus elle s’appelle Disiset ! On n’a pas idée ! Je me suis encore fait avoir ! Ah, c’est bien vrai ce qu’on dit : Méfie-toi du Grec quand il te fait un cadeau ! » D’un autre côté, je me disais aussi qu’avoir le cheveu bien coupé, bien frisé et bien soigné était indispensable pour tenir le rang qui depuis peu était devenu le mien. « De plus, un bon massage des fessiers, dont Disiset était spécialiste, ne pourra me faire que du bien après ma chevauchée matinale », pensai-je en me rappelant que mon Gaulois massait comme un barbare. Je pris aussitôt deux décisions : premièrement celle de couper par le Champ de Mars pour rentrer directement chez moi et deuxièmement, celle de changer le nom ridicule de Disiset en Andromaque, un vrai nom de coiffeuse, celui-là. C’est alors qu’en arrivant du côté du Théâtre de Pompée, je vis une grande assemblée de personnes debout sur les marches de la Curie. Je pouvais reconnaitre quelques sénateurs et chevaliers de ma connaissance ainsi que deux généraux. Le reste de la troupe était composé de la foule romaine habituelle, patriciens, marchands, soldats, esclaves… Tout à coup, je distinguai la haute silhouette de Marc-Antoine. Il riait très fort au milieu d’un petit groupe de soldats de sa garde. Je m’approchai et il me reconnut aussitôt. Nous tombâmes dans les bras l’un de l’autre.

—Ave, Marcus Antonius ! le saluai-je. Que se passe-t-il ici donc ce matin ?

—Ave, Quintus Tertius ! Nous allons tenir une séance du Sénat dans le Théâtre de Pompée. Nous attendons César.

—Mais toi qui ne daignes jamais venir à ces séances, pourquoi es-tu là aujourd’hui ?

—Par sécurité. On craint un attentat contre César. Mais tant que je serai à ses côtés, ces lâches ventripotents de sénateurs n’oseront pas lever la main sur lui. Tu vois là-bas, c’est Brutus. Regarde cet air avantageux qu’il prend. Pourtant il suffirait que j’éternue pour qu’il prenne peur et s’enfuie ventre à terre. Mais parlons d’autre chose, mon vieux Quintus, qu’est-ce que c’est que cette petite chose toute bronzée que tu traines derrière toi ?

—Ça ? C’est Andromaque, ma nouvelle coiffeuse. Je l’ai depuis ce matin. Je ne l’ai pas encore essayée.

—Vraiment ? Écoute : comme d’habitude, César va arriver très en retard. J’ai donc un peu de temps devant moi. Cela t’ennuierait-il beaucoup si j’essayais Andromaque à ta place ?

—Tu sais bien que je ne peux rien refuser à celui qui m’a sauvé la vie à Alésia et à Pharsale. Mais ne me l’abîme pas, hein ! Elle est toute neuve.

Je regardai Marc-Antoine s’éloigner de son pas de géant, entrainant derrière lui ma petite coiffeuse. Je m’assis sur la margelle de la fontaine pour réfléchir sérieusement. J’étais là à penser au style qu’Andromaque pourrait donner à ma nouvelle coiffure quand une clameur s’éleva de l’autre bout de la place. « César, César ! Vive Jules César ! Vive le Dictateur, Vive le Roi ! » C’était sans doute César qui approchait. Et Marc-Antoine qui n’était pas là ! Je me dressai sur la pointe de mes sandales et, par-dessus la foule, je réussis à apercevoir l’Imperator qui pénétrait dans la Curie, suivi de peu par Brutus. Et Marc-Antoine n’était pas toujours pas là ! Il allait surement se faire réprimander par César. Eh bien tant pis pour lui, après tout. On ne peut pas tout avoir à la fois, les honneurs et le plaisir. Devant les marches de la Curie, la foule s’était dispersée et je m’étais remis au frais près de la fontaine. J’en étais à penser aux massages des fessiers quand des cris se firent entendre. Derrière un Brutus exalté qui, la toge en sang, brandissait un poignard en hurlant, des sénateurs excités sortaient de la Curie en criant « Le tyran est mort ! Nous avons tué César ! Vive la République ! Vive Brutus ! ». De l’autre côté de la place, Marc-Antoine, affolé, à peine habillé, sans armes, arrivait vers moi en courant et en criant « César ? Où est César ? ». Lorsqu’il passa à côté de moi, je lui demandai :

—Et ma coiffeuse ?

Il ne prit même pas la peine de me répondre et poursuivit sa course vers la Curie.

Je n’ai jamais revu Andromaque, ni César d’ailleurs. Trente-neuf deniers, quand même !

 

Bientôt publié

6 Mar,       Vice – Critique aisée n°154
7 Mar,       Tableau 244
8 Mar,       Edmond – Critique aisée n°155