Archives pour la catégorie Thème imposé

Homère, la mort et les poux

Avec Marcel Proust et Raymond Chandler, Homère est l’un de mes auteurs favoris. Si on sait tout du petit Marcel et presque tout du grand Raymond, on n’en sait que très peu sur Homère.

On ne sait même pas s’il a vraiment existé. Certains auteurs savants prétendent qu’Homère était en fait plusieurs personnes. D’autres, encore plus savants, précisent qu’il est une création pure de poètes épiques qui se seraient forgés un ancêtre dont ils seraient les descendants, formant ainsi l’École des Homérides.

A supposer qu’il ait existé, était-il vraiment grec ? La question parait stupide, pourtant, selon des sources différentes et tout aussi savantes, il se pourrait bien qu’il Continuer la lecture de Homère, la mort et les poux 

¿ TAVUSSA ? (50) : Que faut-il faire des stations Autolib désertées ?

Dans le cadre de la lutte finale contre les automobilistes, après avoir mis fin d’un trait de plume à un service qui fonctionnait — trait de plume qui pourrait contractuellement couter dans les 200 millions d’Euros à la Ville de Paris — tous les cerveaux de l’Hôtel de Ville ont été mis à contribution pour trouver une nouvelle utilisation aux espaces qui avaient été retirés aux automobiles pour les attribuer aux Autolib. Une réunion de tempête de cerveaux (brainstorming) s’est tenue jeudi dernier au sous-sol de l’Hôtel de Ville dans un local spécialement aménagé pour pourvoir soutenir un siège de trois semaines en cas d’échec aux élections municipales ou d’attaque nucléaire. 
Nous avons pu interroger l’un des cerveaux membre de ce cercle restreint — dans tous les sens du terme. Il convient de préciser que, craignant de futures réactions électorales et violentes de la population parisienne, inspiré par l’auteur inconnu de l’éditorial anonyme du New York Times, ledit cerveau est entré récemment en résistance interne — et en contact avec nous — contre la Maire de la capitale, la citoyenne Hidalgo. Terrorisé par la menace de sévères brimades en cas de non adhésion sans faille aux projets automobilicides de Cruella de Paris, il nous a supplié de conserver son identité secrète, ce que nous avons accepté moyennant une rémunération mensuelle de 12,50 € à payer en tickets-restaurant le 15 de chaque mois.

Si George Profonde n’est pas d’ici là exposé au pilori sur la place de l’Hôtel de Ville, nous serons en mesure de publier prochainement le détail des mesures envisagées. Pour le moment, nous nous contenterons de la liste des idées qui ont été retenues et qui vont faire très prochainement l’objet d’un A.P.S. (Avant-Projet Stupide)

Mairie de Paris

Fluctuat nec mergitur, sed qusque tandem, Hidalga, abutere patientiam nostram ?

Réunion du xx/xx/xxxx

Confidentiel dépense. For your eyes only. Défense d’afficher. Taupe secret. Nicht rauchen

Liste préliminaire d’idées pour l’utilisation des espaces laissés inoccupés sur et le long des trottoirs de la capitale à la suite de l’arrêt du service des automobiles électriques en libre-service.

  • Aménagement des espaces de stationnement en plates-bandes plantées de gazon avec massifs de fleurs ou de plantes diverses (roses, orties, cactus, orchidées sauvages…) Les bornes de recharge électrique existantes seront aisément transformées en système d’arrosage automatique et les abris semi-cylindriques sur trottoir en garages à tondeuses.
  • Installation de mini espaces de sport : mini-tennis, mini-golf, mini-foot… Pour éviter la perte des balles et ballons, ces terrains seront entourés de grillages de hauteur convenable. Les abris semi cylindriques seront équipés pour servir de vestiaire pour les sportifs.
  • Aménagement en pâtures à raison d’une vache, ou de trois quarts de cheval, ou de trois moutons ou de quatre chèvres par espace. Les abris sur trottoir seront avantageusement utilisés par les bergers durant la mauvaise saison.
  • Installation de fermes d’éoliennes de petites dimensions dont la puissance délivrée alimentera presque entièrement les feux de signalisation des éoliennes. L’absence éventuelle de vent sera palliée par les courants d’air provoqués par le passage des autobus et des camions.
  • Aménagement en champs miniatures de blé, de maïs, de betteraves ou de cannabis. La circulation sera interrompue dans les rues adjacentes au moment des moissons. Les enfants des écoles y seront amenés régulièrement pour des séances de travaux pratiques.
  • Aires de jeux avec toboggans, balançoires et bacs à sable. Des clôtures électrifiées provisoires seront installées pour séparer les enfants du trafic automobile et éviter tout accident malheureux en attendant la suppression définitive de la circulation.
  • Terrains de pétanque ou de boule lyonnaise, ou de quille, ou de bowling.
  • Pistes de curling, stands de tir à l’arc.
  • Terrains d’apprentissage et d’entrainement pour la formation continue des employés municipaux permettant toute l’année des exercices de balayage de feuilles mortes, ramassage de détritus, défonçage de trottoir pour mise à jour de canalisations.
  • Aménagement en terrains vagues pour faciliter l’intégration des jeunes de banlieue.
  • Aménagement en terrain vide avec panneau d’interdiction de stationner pour exaspérer les automobilistes
  • Aménagement en places de stationnement autorisé tous les lundis de 3h15 à 5h55 du matin, le mardi toutes les heures paires sauf s’il pleut, le mercredi 15 aout toute la journée, et le 18 septembre des années bissextiles. Le reste du temps, le stationnement sera strictement interdit sous peine de peine.

Les A.P.S.(1) de ces différents projets devront être déposés avant vendredi en huit sur le bureau de la Maire qui choisira en toute indépendance. A ce propos, la Maire rappelle à Monsieur Hubert Luberlu que l’établissement d’un A.P.S. pour son projet de restitution des places Autolib aux automobilistes serait inopportun et nuisible à son avancement.

Note 1 : A.P.S. : Avant Projet Sommaire Stupide

ET DEMAIN, UN EXERCICE DE DESSIN D’ARCHITECTURE

¿ TAVUSSA ? n° 49 : L’Amérique et son mur

Sous la houlette d’un président indécent sous tous rapports, les États-Unis vont dans le mur.

Les divisions partisanes y sont exacerbées comme jamais depuis la fin de la ségrégation. L’Amérique saisit maintenant la moindre occasion de se déchirer : la cause des femmes, celle des noirs, des immigrants, le charbon, l’écologie, la presse, l’assurance maladie, la nomination d’un juge à la Cour Suprême, un cyclone à Porto-Rico, la parole d’une star du porno, celle d’un General Attorney, celle d’un Deputy General Attorney, sans oublier ce mur frontalier ni les autres innombrables pommes de discorde. Chaque décision devient partisane, chaque évènement doit être classé pro-Trump ou anti-Trump, Républicain ou Démocrate, campagnard ou citadin, red-neckien ou élitiste. Les rodomontades ridicules, les mensonges éhontés, les grossièretés quotidiennes du Donald sont devenues insupportables. Les critiques incessantes et sans nuances du Washington Post sont devenues agaçantes, et les louanges permanentes et aveugles de Fox News, risibles. « Ce chaos quotidien est fatiguant » vient de dire Michelle Obama.

Chez les supporters de Trump, on parle désormais couramment et ouvertement d’un État profond, de conspirations contre Continuer la lecture de ¿ TAVUSSA ? n° 49 : L’Amérique et son mur 

Le Théâtre de l’Athénée-Louis-Jouvet

Il y a quelques jours, j’étais à l’Athénée
Avecque mon épouse, une femme bien née.
Nous allions voir Caubère dans son dernier spectacle.
Mais j’ai déjà tout dit de cette vraie débâcle.

Ce dont je veux parler ce soir, c’est du théâtre.
Attention ! Pas de l’art dont Thalie est la Muse,
Car vous savez que je n’en suis pas idolâtre.
J’ai beau tenter souvent, c’est rare qu’il m’amuse.

Mais laissons ce sujet et parlons de la salle.
Elle est à l’italienne et c’est ça qui m’emballe,
Ça et la devanture qui est de l’Art Nouveau.
Cela se voit très bien sur ma belle photo.

Inaugurée en dix-huit cent quatre-vingt-seize,
Elle abrita longtemps la comédie française,
Pas l’Illustre Théâtre, non, le genre théâtral.
Quand Louis Jouvet en fit son quartier général,
De mille neuf cent trente-quatre jusqu’à cinquante et un,
On y vit Giraudoux, Molière, Jules Romains,
Corneille, Achard, Genet et Jean-Paul Sartre enfin,
Amphitryon trente-huit, L’Impromptu de Paris,
Electre et Don Juan, L’Annonce faite à Marie,
La Folle de Chaillot, et Tartuffe, et Ondine,
Enfin tout pour réjouir les foules citadines.
C’était toute une époque, j’aurais aimé en être,
Mais c’est vrai qu’on ne peut avoir été et être.

Jouvet fut un génie : comédien au théâtre,
Acteur au cinéma, directeur opiniâtre,
Et au Conservatoire, découvreur de talents,
Rigoureux, sans pitié, et sans équivalent.
Dans cet établissement, disait François Perier,
« Voir Jouvet enseigner, l’écouter, l’observer,
Etait une expérience unique, un festival
De brio et d’intelligence théâtrale 1 « .

Aujourd’hui, c’est bien triste, tout ça a disparu.
Jouvet, Anouilh, Achard, Giraudoux ne sont plus.
Et nous avons Baffie, et Riquier et Weber
Qui servent chaque soir des spectacles pépères.
C’est bien dommage ! Enfin, il faut s’en contenter.
Ce sera ça ou bien regarder la télé.

Note 1 :
Ceci est la transcription exacte de la citation de François Perier qui, quand il le voulait, parlait en alexandrins. Quel talent !

ET DEMAIN, LE PASSÉ ANTÉRIEUR

5-Aurélien et Bérénice : Un coup de Jarnac

Et voici maintenant la 5ème version de l’exercice :

5-Aurélien et Bérénice – Un coup de Jarnac
La première fois qu’Aurélien vit Bérénice, il la trouva franchement laide. Elle lui déplut, enfin. Il n’aima pas comment elle était habillée. Une étoffe qu’il n’aurait pas choisie. Il avait des idées sur les étoffes. Une étoffe qu’il avait vue sur plusieurs femmes. Cela lui fit mal augurer de celle-ci qui portait un nom de princesse d’Orient sans avoir l’air de se considérer dans l’obligation d’avoir du goût. Ses cheveux étaient ternes ce jour-là, mal tenus. Les cheveux coupés, ça demande des soins constants. Aurélien n’aurait pas pu dire si elle était blonde ou brune. Il l’avait mal regardée. Il lui en demeurait une impression vague, générale, d’ennui et d’irritation. Il se demanda même pourquoi. C’était disproportionné. Plutôt petite, pâle, je crois… Qu’elle se fut appelée Jeanne ou Marie, il n’y aurait pas repensé, après coup. Mais Bérénice. Drôle de superstition. Voilà bien ce qui l’irritait.
Il y avait un vers de Racine que ça lui remettait dans la tête, un vers qui Continuer la lecture de 5-Aurélien et Bérénice : Un coup de Jarnac 

Aurélien et Bérénice : Un coup de baguette magique (2 : suite et fin)

Je ne vais pas résumer ce qui s’est passé avant ce qui suit. Vous n’avez qu’à le lire en  

CLIQUANT ICI

(…)

—Ah, Bérénice ! dit Roger qui avait des lettres car il n’avait manqué son baccalauréat que de peu. Bérénice ! Reine de Palestine, maitresse de l’empereur de Rome ! Bérénice, quel prénom magnifique, et quel excellent choix, mademoiselle !

Impressionnée, Yvonne avait commencé à se lever, lissant d’une main sa coiffure et de l’autre sa minijupe en lycra doré façon crocodile. Puis elle fit quelques pas chancelants vers le centre de la pièce tout en minaudant :

—Je suis confuse. Je manque un peu de sommeil ces temps-ci et j’ai dû attraper un petit rhume au Musée du Louvre… Je dois être affreuse…

—Mais non, mais non, répondit machinalement Roger tout en observant Yvonne dans le faisceau du projecteur que ce salaud de Francis venait d’allumer.

C’était la première fois que Roger voyait Yvonne en pleine lumière et dans sa totalité. Moi aussi. Il la trouva étonnamment laide. Moi, pareil. Ses traits étaient remarquablement asymétriques : son nez aiguisé s’incurvait du haut en bas vers la gauche et son menton pointu obliquait franchement dans la même direction comme pour suivre le mouvement initié plus haut. Semblable à un toit de chaume au-dessus d’une fenêtre en œil-de-bœuf, son sourcil droit, plus haut que le gauche, surmontait Continuer la lecture de Aurélien et Bérénice : Un coup de baguette magique (2 : suite et fin) 

Aurélien et Bérénice : Un coup de baguette magique (1)

Il n’est pas nécessaire d’avoir lu les précédents « Aurélien et Bérénice » pour pouvoir lire ce texte. Sachez seulement qu’il s’agit d’un exercice de thème imposé : écrire une histoire originale commençant par l’incipit du roman Aurélien de Louis Aragon. Compte tenu de ce que je connais de votre capacité de concentration, je vous livre cet exercice en deux parties.

Aurélien et Bérénice : Un coup de baguette magique (1)

La première fois qu’Aurélien vit Bérénice, il la trouva franchement laide. Moi aussi d’ailleurs. Une histoire incroyable ! Il faut absolument que je vous raconte ça.

C’était l’aurore aux doigts de rose. Roger et moi, nous venions de faire la fermeture du Lapin à Gil. Imprégnés d’absinthe de contrebande et de bière éventée, nous descendions en varappe les pentes vertigineuses de Montmartre en nous appuyant aux murs élastiques des immeubles et aux rampes molles des escaliers de la Butte qui, de façon étonnante, s’obstinaient à nous repousser méchamment vers le milieu de la chaussée. Malgré les récifs, les vents contraires et la marée montante, les ailes du Moulin Rouge finirent par apparaitre à nos yeux hagards et assoiffés. La Place Pigalle, ses bars à filles, ses filles, sa fontaine et sa station du Métropolitain nous tendaient les bras dans le jour naissant. Mais la Régie Autonome dormait encore du sommeil sans rêve de l’ouvrier parisien et l’eau de la fontaine était notoirement trafiquée. Alors, il fallait bien que nous entrions dans l’un de ces estaminets minables qui s’empressaient autour de nous. L’un deux, fortuitement le plus proche, Continuer la lecture de Aurélien et Bérénice : Un coup de baguette magique (1) 

Aurélien et Bérénice : Un coup pour rien

Si vous n’avez pas lu l’article d’avant-hier, ce serait le moment de le faire. Cliquez sur :

Aurélien et Bérénice : Un coup de foudre et Un coup du sort

 

3-Aurélien et Bérénice – Un coup pour rien

La première fois qu’Aurélien vit Bérénice, il la trouva franchement laide.
La deuxième fois aussi d’ailleurs. Ses traits étaient remarquablement asymétriques : son nez aiguisé s’incurvait du haut en bas vers la gauche et son menton pointu obliquait franchement dans la même direction comme pour suivre le mouvement initié plus haut. Semblable à un toit de chaume au-dessus d’une fenêtre en œil-de-bœuf, son sourcil droit, plus haut que le gauche, surmontait un œil couleur café au lait, mais avec plus de lait que de café. Si son œil droit était pratiquement de la même couleur que le gauche, il s’obstinait à regarder dans une direction différente de celle de son faux jumeau. Cachées par des cheveux épais dont la couleur rappelait celle de ses yeux, quoiqu’avec un peu plus de café, ses oreilles demeuraient invisibles. Aurélien se dit que c’était préférable. Sa bouche et ses dents étaient chez elle ce qu’il y avait de plus réussi : il n’y avait pratiquement rien à leur reprocher.
Sur cette constatation encourageante, Aurélien se mit à considérer la silhouette de Bérénice. Malgré sa taille moins que moyenne, elle arrivait quand même à paraitre dégingandée. C’était l’effet de sa grande maigreur à laquelle s’ajoutait une légère scoliose idiopathique. Poitrine creuse, dos vouté, bras ballant, pas trainant, c’était sa posture coutumière.

Aurélien, lui-même, n’était pas un Apollon du Belvédère. Ce qu’on remarquait tout d’abord chez lui, c’était sa calvitie. Si elle ne concernait que le haut du crâne, elle en occupait cependant Continuer la lecture de Aurélien et Bérénice : Un coup pour rien 

Aurélien et Bérénice : Un coup de foudre et Un coup du sort

Je vous ai déjà parlé de ce petit jeu, « Adoptez un Incipit », qui consiste à prendre la première phrase d’un roman, si  possible connu, et d’en faire la première phrase d’un texte original et personnel.
J’en avais exposé la théorie dans un célèbre article, « ADOPTEZ UN INCIPIT », et la pratique dans un texte « INCIPIT »
Vous pouvez lire ces deux textes en cliquant sur leur titre ci-dessous :

ADOPTEZ UN INCIPIT

 INCIPIT

 Aujourd’hui, je renouvelle l’exercice, mais en plus fort : avec le même incipit, celui du roman d’Aragon, Aurélien, je vous propose cinq textes :

 Aurélien et Bérénice – 1 – Un coup de foudre
Aurélien et Bérénice – 2 – Un coup du sort
Aurélien et Bérénice – 3 – Un coup pour rien
Aurélien et Bérénice – 4 – Un coup de baguette magique
et 

Aurélien et Bérénice – 5 – Un coup de Jarnac

qui commencent tous les cinq avec cette phrase :

« La première fois qu’Aurélien vit Bérénice, il la trouva franchement laide. »

Par pitié pour le lecteur exténué que vous êtes probablement, seuls les deux premiers textes vous sont livrés aujourd’hui. Le troisième le sera demain et le quatrième, réparti sur les deux jours suivants. Allons-y :

 1-Aurélien et Bérénice – Un coup de foudre

La première fois qu’Aurélien vit Bérénice, il la trouva franchement laide.
La deuxième fois aussi d’ailleurs. Ses traits étaient remarquablement asymétriques : son nez aiguisé s’incurvait du haut en bas vers la gauche et son menton pointu obliquait franchement dans la même direction comme pour suivre le mouvement initié plus haut. Semblable à un toit de chaume au-dessus d’une fenêtre en œil-de-bœuf, son sourcil droit, plus haut que le gauche, surmontait un œil couleur café au lait, mais avec Continuer la lecture de Aurélien et Bérénice : Un coup de foudre et Un coup du sort