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À demain, aux Ides de Mars

La scène se passe à Rome, dans l’office d’une villa.
Servilius, esclave du propriétaire des lieux, travaille à la présentation de plats somptueux et abondants. Entre Diodiros, également esclave.

 

Servilius

-Ah ! Salut, Diodiros, je suis bien content de te voir ! Ce matin, il y a du travail. Tu penses, nous recevons à déjeuner douze personnes, et pas des moindres ! Ils sont déjà là, dans l’atrium. Que des sénateurs !

Diodiros

-Non, Servilius, onze sénateurs et un préteur.

Servilius

-Ah, c’est vrai, j’oubliais que ton maître venait d’être nommé à ce haut poste par César lui-même. Toutes mes félicitations, Diodiros. Tu peux être fier, car l’honneur retombe aussi un peu sur toi.

Diodiros 

-Dans notre maison, pour les esclaves, il y a bien peu d’honneur et beaucoup de coups… A propos, dis-moi, Servilius, comment est-il, ton maître à toi ?

Servilius

-Comment ça, comment est mon maître ? C’est mon maître, c’est tout. Il est de la famille des Junii. Il est sénateur de la République. C’est un homme important à Rome. Peut être l’un des plus importants… après César bien sûr.

Diodiros

-Non, je veux dire, avec toi, il est comment ? Il est doux, il est généreux ? Ou bien il est injuste, violent, il te bat ? Enfin, comment est-il, quoi ?

Servilius

-Le seigneur Brutus est très bon. Il ne m’a jamais battu que quand c’était nécessaire. Non, non, c’est un homme juste et droit et il me traite bien. Il m’a même permis d’avoir une femme. Et je crois bien que dans une dizaine d’années, peut être cinq, il m’affranchira. Et Cassius, ton maître à toi, comment est-il ?

Diodiros

– C’est un méchant homme. Il est aigri et injuste. Quand il est contrarié, il choisit un ou deux de ses esclaves et il les fait fouetter devant lui par le régisseur. Il dit que ça le calme. Hier soir, il était très en colère contre César à cause de son dernier discours au Sénat. Alors il s’est vengé sur moi. Pendant une heure ! Qu’est-ce que j’ai pris! Regarde !

Servilius

-Mais qu’est-ce qu’il a contre César, ton Cassius ? Qu’est-ce qu’il lui a fait, César ? Il est bon, César ! Il traite bien ses propres esclaves, il est proche du peuple, il a rapporté beaucoup d’argent à Rome, César ! Il donne de grands jeux, il fait construire un nouveau forum, et tout le monde l’aime, César. Il s’entend d’ailleurs très bien avec mon maître Brutus. Je l’ai même entendu dire qu’il allait peut-être l’adopter pour lui donner une place encore plus importante dans la République.

Diodiros

-Ecoute ! Moi, César, je m’en fiche. Ça m’est égal qu’il rapporte de l’argent à Rome, et s’il traite bien ses esclaves, c’est tant mieux pour eux. Tout ce que je sais, c’est qu’il met le préteur Cassius en colère, et quand le préteur Cassius est en colère, c’est l’esclave Diodiros qui est  battu.

Servilius

-De toute façon, ce n’est pas nos affaires. Si Cassius t’a amené ici ce soir, ce n’est pas pour que tu passes ton temps à bavarder, mais pour m’aider au service. Va donc vérifier qu’il ne manque rien dans l’atrium. Moi, je vais voir ce qu’ils fichent à la cuisine. Je suis sûr qu’il va falloir que je cogne encore un peu sur ces fainéants de Sidoniens.

Diodiros sort et revient dix minutes plus tard.

Diodiros

-Dis donc, Servilius, ça a l’air plutôt sérieux chez les patrons.

Servilius

-Ah oui?

Diodiros 

-Plutôt, oui ! Pendant tout le temps où je suis resté, c’était Sulpicius Galba qui parlait. Tous autour étaient silencieux. Personne ne pensait à réclamer à boire ou à manger. Cassius fixait Brutus et ses yeux étaient comme des poignards. Galba faisait des grands gestes en parlant de République, d’Honneur, de Tyrannie, de Dictature… Je n’ai rien compris !

Servilius

-Ecoute mon conseil, Diodiros, si tu n’as rien compris, ça vaut mieux pour toi. Un esclave, et surtout un esclave Grec comme toi, moins il en sait, mieux ça vaut pour lui. Alors, finis donc de préparer ces corbeilles de fruits. Moi, je vais apporter les premiers plats.

Servilius sort et revient après un long moment.

Servilius

-Tu avais raison Diodiros, c’est sérieux, très sérieux. J’ai entendu des choses graves, et je…

Diodiros

-Des choses graves, tu veux dire graves pour nous ?

Servilius

-Pour tout le monde, pour eux et pour nous. Ecoute : quand je suis entré dans la pièce, c’était Brutus qui parlait. Il disait qu’il avait le plus profond respect et un amour presque filial pour César, que c’était un grand homme et que tout ce que César voulait c’était la grandeur de Rome dans la République.

Diodiros

-Et alors ? Moi, tu sais, la grandeur de Rome…

Servilius

-Attends, tu vas voir. Alors ton Cassius a dit qu’il ne reconnaissait plus son ami Brutus, lui, le descendant direct du héros qui avait renversé le dernier roi de Rome, Tarquin le Superbe, lui, le meilleur des Junii, le juriste intègre, le soldat courageux, l’homme le plus respecté de Rome, qu’il était devenu lâche, qu’il trahissait les traditions de sa famille, l’honneur des patriciens et la République.

Diodiros 

-Et Brutus se laissait traiter de lâche, de traître, comme ça ? Sans rien dire ?

Servilius 

-Rien ! Il était assis à la table. Il écoutait les yeux fermés, les mains croisées sous le menton. Et puis, Cassius s’est mis à parler de César. La haine faisait vibrer sa voix. C’est vrai qu’il a l’air méchant, ton maître. Il disait que l’orgueil de César grandissait chaque jour, qu’il voulait mettre à bas la République, se faire couronner roi ou même empereur, exproprier tous ses opposants, les bannir ou les faire assassiner, qu’il fallait l’arrêter avant qu’il ne soit trop tard. Il a dit aussi que tous les hommes présents dans la pièce pensaient comme lui, et qu’ils n’attendaient plus qu’une chose : que Brutus devienne leur chef et qu’ensemble, ils renversent César et le chassent de Rome. Et tous les autres approuvaient, criaient, applaudissaient.

Diodiros

-Par Athéna, ils ont dit tout ça devant toi ?

Servilius 

-Tu sais bien qu’ils parlent tous sans faire attention à nous. C’est comme si nous n’étions pas là. Moi, pendant ce temps-là, j’arrangeais les plats sur les tables en me faisant le plus discret possible. Mais je commençais à regretter très fort d’avoir entendu tout ça, et je glissais doucement le long du mur vers la porte de l’office. Au moment où j’allais sortir, mon maître s’est levé de son siège. Il s’est appuyé des deux mains sur la table, et il a parlé d’une voix douce et ferme. Il a dit simplement : Rappelle-toi, Cassius, et vous, nobles sénateurs, rappelez-vous que Brutus aime César comme un fils aime son père et que jamais Brutus ne fera de tort à César. Et il est sorti de la pièce vers le péristyle.

Diodiros

-Et après? Qu’est-ce qui s’est passé après?

Servilius

-Après ? Je ne suis pas sûr, parce que j’étais sorti de l’atrium. Je m’étais caché derrière la tenture qui ferme l’office et je n’entendais plus très bien. Il y a eu d’abord un grand silence, et puis quelqu’un a dit qu’il fallait absolument que Brutus se joigne à eux car lui seul pouvait leur apporter  l’honorabilité indispensable à leur conjuration. S’il n’était pas à leur tête quand ils tueraient César, ils seraient tous considérés comme des assassins. Ils seraient lapidés par la foule.

Diodiros

-Mais alors, César, ce n’est pas le chasser de Rome qu’ils veulent. C’est le tuer !

Servilius

-On dirait, oui. Et c’est bien pour ça que c’est très grave pour nous aussi. S’ils tuent César, ça va déclencher toutes sortes de choses, d’autres meurtres, des massacres, une révolution, peut-être même une guerre civile…Et ça, ce n’est jamais bon pour les esclaves. Mais il y a pire. Un peu après, un autre a dit que maintenant que Brutus était au courant de la conspiration et qu’il ne voulait pas en être, qu’il s’était même déclaré l’ami de César, il fallait le tuer avant qu’il ne les dénonce. Là-dessus, il y a eu encore beaucoup de bruit, de cris, de disputes…Au début, ton maître ne voulait pas qu’on tue Brutus, que Brutus ne savait rien de précis, qu’étant son ami, il ne ferait certainement rien contre eux, que la mort de Brutus rendrait César plus prudent, inaccessible…Tous se sont tus pour réfléchir et puis l’un a dit d’un ton grave : « Il est vrai que Brutus ne sait rien de précis, non, rien, à part tous nos noms…Il doit mourir. » Et tous ont crié : « Brutus doit mourir ! »

Diodiros

-Et mon maître ? Il criait aussi ?

Servilius

-Je ne crois pas, parce que j’ai entendu sa voix qui leur demandait un sursis : qu’ils partent tous, et lui reviendrait voir Brutus un peu plus tard pour tenter à nouveau de le convaincre de se joindre à eux. S’il n’y parvenait pas avant la nuit, il serait d’accord pour que Brutus meure.

Diodiros

-Ça va mal, ça va très mal. Il faut absolument faire quelque chose. Il faut s’enfuir, ou avertir César, ou…je ne sais pas…

Servilius

-Ne sois pas stupide, Diodiros. Tu sais bien que fuir est impossible. Tu n’as pas d’argent. Tu serais rattrapé et crucifié en moins d’une semaine. Et si jamais tu arrivais à approcher César et que tu lui dénonces la conjuration, tu peux être certain qu’il te ferait passer à la question pour s’assurer que tu dis bien la vérité. Non, fuir ou parler à César, c’est impossible pour nous.

Diodiros

-Il faut au moins que tu avertisses ton maître. Ils vont le tuer, et toute sa maison avec, et toi avec…Parle-lui, il saura quoi faire, lui. Dis-lui de faire semblant d’accepter d’entrer dans le complot. Ensuite qu’il aille dénoncer Cassius et ses amis à César. Il les fera arrêter dans la nuit et nous serons tranquilles.

Servilius

-Tu as raison, Diodiros. C’est bien un conseil de Grec, mais tu as raison. Brutus ne pourra pas faire autrement que de dénoncer Cassius. De cette manière, il sauvera sa propre vie et celle de de l’homme qu’il dit aimer comme un fils. César sera nommé empereur, Brutus deviendra gouverneur d’une riche province, et moi, c’est sûr qu’il m’affranchira par reconnaissance pour l’avoir averti. Merci, Diodiros, grâce à ton conseil, tout va rentrer dans l’ordre.

Diodiros

-Oui, mais moi, je vais me retrouver sans maître, probablement exécuté en même temps que lui, ou revendu à je ne sais qui. Il faut que tu fasses quelque chose pour moi. Tu me dois bien ça.

Servilius

-Ecoute. Reviens ici demain matin dès l’aube. Je te cacherai dans le cellier tout le temps qu’il faudra. Quand ton maitre aura été exilé ou exécuté, je parlerai de toi à Brutus et je lui demanderai de te garder comme esclave. Il ne pourra pas refuser. Sois tranquille, tout ira bien.

Bon, va-t’en, maintenant. Il faut que j’aille convaincre Brutus d’entrer dans le complot, ou plutôt de faire semblant. Ça ne devrait pas être difficile.

Alors, à demain, Diodiros, à demain ! Aux Ides de Mars !

Rideau

Note:
Bien entendu, et vous l’auriez compris même sans cette note, cette scène se passe la veille des Ides de Mars, c’est à dire le 14 mars. L’année est 44 avant J.C. C’est aux Ides de mars de cette année que Jules César sera été assassiné dans le Théâtre de Pompée, dont les ruines se trouvent Largo di Torre Argentina à Rome, par des conjurés menés par Brutus et Cassius. Cela fait aujourd’hui exactement 2062 ans, moins 1 jour.

ET DEMAIN, FAUT-IL ÊTRE BON OU MÉCHANT POUR GOUVERNER ?

Gloire et Vie éternelle ou Un peu de philo, ça peut pas faire de mal (2)

D’abord, un peu d’histoire, ou de mythologie, comme on voudra :
Au cours de son voyage de retour de Troie vers son royaume d’Ithaque, sur l’ordre de Circée, Ulysse descend aux enfers. Il va y rencontrer beaucoup de beau monde : Phèdre, Ariane, Jocaste, Agamemnon, Ajax…mais surtout Achille *.
Achille, roi des Myrmidons, bouillant guerrier, héros invincible, a trouvé la gloire en tuant Hector, fils de Priam, en combat singulier puis en mourant d’une flèche lancée par Pâris, frère d’Hector, reçue au seul endroit fragile de son corps, le talon. Vous le saviez ça, non ?

Et maintenant, la philo :
C’est un penchant naturel chez l’homme, ce mortel, que de rechercher l’éternité et il a souvent cru que l’un des moyens d’y parvenir était d’obtenir la gloire. Achille a choisi la gloire des armes et il l’a obtenue, éternellement. Et pourtant… Au royaume d’Hadès, lorsque Ulysse, vivant, rencontra Achille, mort, il le salua de la sorte ** :

— Achille, jamais mortel ne sera plus heureux que toi : de ton vivant, les Grecs t’honoraient comme un dieu, et maintenant tu règnes sur les morts.

Achille répondit :

— N’essaie pas de me consoler de la mort, illustre Ulysse ! J’aimerais mieux vivre et servir un pauvre paysan pouvant à peine se nourrir que régner sur tous les morts qui ne sont plus.

Ça fait réfléchir, non ?

Notes
* Curieusement, Ulysse aux enfers n’y rencontrera pas Enée. Celui-ci, pourtant, et de source sure***, devait se trouver aussi dans les parages à la même époque. Etrange…

** D’après Homère

*** D’après Virgile

ET DEMAIN, HOPPER REVISITÉ 

 

 

 

Expressions toutes défaites (3)

Voici un troisième jeu d’expressions qui, si vous les utilisez à bon escient, feront remarquer en vous l’homme ou la femme de qualité et vous permettront de briller en société :

Fort comme un truc
De l’apnée juvénile
Une luxure du poignet
Des tripes à la mode de Caïn
Le bizarre d’Istanbul
Entre le marteau et l’écluse
Blanchir le Rubicon
Voir Denise et mourir
Vieux motard que j’aimais
Faire d’une bière deux coups
C’est pas demain la vieille
Il vaut mieux avoir des remorques que des regrets
Un indien vaut mieux que deux tu l’auras
Un râtelier d’artiste
Mettre la clé sous la morte
A marin, marin et demi
Etouffer dans l’neuf
La maison du plus fort est toujours la meilleure
Arrondir les ongles
Il m’a terrorrifié
Bras dessus, gras dessous
Le banc de Moebius

Si vous avez oublié les précédentes, vous pouvez les retrouver en cliquant sur ces liens :

http://www.leblogdescoutheillas.com/?p=649

http://www.leblogdescoutheillas.com/?p=3969

ET DEMAIN, CALL ME BY YOUR NAME, LA CRITIQUE

L’Univers, ses lois, ses principes et autres âneries (5) -Le principe d’Heinsenberg

Le principe d’Heisenberg

—Dis-donc, je viens d’en entendre une bonne. Y a un savant, un allemand, Wurtemberg je crois qu’il s’appelle, ou quelque chose comme ça, il a dit qu’en principe, c’est pas possible connaitre en même temps la vitesse et la position d’un truc qui se déplace un peu vite. Non mais, j’y crois pas ! C’qu’ils vont pas chercher quand même ! En tout cas, si c’est vrai, il faudra le dire aux flics ! Parce qu’ils arrêtent pas de m’envoyer du papier pour me dire que, j’sais plus quand, j’étais Porte de la Chapelle à 129 kilomètres-heure sur le Périphérique. Y doivent pas en avoir entendu parler, de Gutenberg ! Eh, garçon ! Un aut’ Calva, siouplait ! Tu r’veux un café ?

—Non, merci. Il s’appelle Heisenberg, Werner Heisenberg.

—Qui ça ?

—Eh bien, le savant dont tu parles. C’est un physicien : Heisenberg. Pas Gutenberg, ni Wurtemberg : Heisenberg.

—Ah bon …

—Et ce dont tu parles, c’est de son principe, le Principe d’Heisenberg. C’est de la science.

—Comme le Principe d’Archimède, alors ?

—C’est ça. On dit aussi Principe d’Indétermination ou Principe d’Incertitude.

—T’es certain ? Non, j’rigole ! Et c’est bien ça qu’y dit, Machinberg, qu’on peut pas savoir en même temps où on est et à quelle vitesse on va ?

—Si on veut, mais ça ne s’applique qu’à des particules.

—Des trucs tout petits alors ?

—C’est cela, de la taille de l’atome, ou plus petit encore.

—Alors, ça ne s’applique pas aux voitures ?

—Ni aux voitures, ni aux hommes, ni à rien d’autre que des particules.

—Donc, c’est fichu pour mon PV. J’peux pas leur sortir Furstemberg et son principe pour le faire annuler ?

—Non.

—Dommage ! Mais c’est sûr, ça, qu’on ne peut pas mesurer en même temps la position et la vitesse ? Moi, je crois que s’ils prenaient des télescopes électroniques, des microscopes télescopiques, des radars, des sonars, et tout le bazar de la NASA, ils y arriveraient.

—Même avec les meilleurs instruments, les plus précis du monde, ils n’y arriveraient pas.

—Incroyable !

—Mais non, pas incroyable. Difficile à comprendre, mais pas incroyable. Le principe d’incertitude ne découle pas d’une insuffisance expérimentale, mais d’une propriété fondamentale de la matière.

—C’est vache, quand même !

—C’est comme ça.

—Mais, dis-moi, à quoi ça sert le Principe de Goldenberg ?

—Heisenberg, le principe d’Heisenberg !

—Bon d’accord, le Principe d’Heisenberg. Bon, ben, celui d’Archimède, je vois bien à quoi il sert : à flotter, et ça, c’est drôlement utile. Mais, celui-là, à quoi y peut bien servir ?

—Eh bien, il sert à aller plus loin dans la construction de la théorie quantique, à mieux expliquer certains phénomènes, par exemple l’intrication quantique, la superposition quantique, la dualité quantique, l’effet tunnel quan…

—Oh ! Eh ! Oh ! Pas si vite ! Et d’abord, c’est quoi, ça, l’imbrication quantique ?

—Pas l’imbrication, l’intrication… Eh bien, c’est le phénomène dans lequel deux particules ont des états liés, autrement dit ce qui arrive à l’une arrive à l’autre quelle que soit la distance qui les…

­—Sans blague ! Et l’effet tunnel ?

—C’est la propriété qu’ont les particules quantiques de traverser des obstacles infranchissables comme s’il y avait…

—Marrant ! Et la dualité quantique ?

—C’est la propriété des particules d’être à la fois corpuscules et ondes, c’est-à-dire…

—Formidable ! Et tu comprends tout ça, toi ?

—Absolument pas.

—Et les autres ?

—Je n’en suis pas sûr.

—Ah bon ?

—Ecoute : il y a un prix Nobel de Physique, Richard Feynman, qui a dit : « Si vous croyez comprendre la mécanique quantique, c’est que vous ne la comprenez pas »

—Mais alors, pourquoi y font tout ça, ces savants ?

—Tu vas comprendre ; le même Feynman a dit aussi : « La physique, c’est comme le sexe : ça peut donner naissance à des résultats concrets, mais ce n’est pas pour ça que nous la pratiquons. »

—Et le Prix Nobel, là, Rainman, il y comprenait quelque chose ?

—Feynman, pas Rainman, bon sang de bonsoir ! Feynman ! Pas davantage. Il a même dit au cours d’une conférence :  « Croyez-vous vraiment que je puisse vous expliquer tout cela de manière que vous le compreniez ? Non, ce n’est pas sérieux : vous n’allez certainement pas comprendre. Mais alors, direz-vous, pourquoi vous donnez-vous tant de mal ? Pourquoi passer tant de temps devant nous, si c’est pour que nous ne comprenions rien à ce que vous allez dire ?
Précisément, je me suis fixé comme objectif que vous restiez ici à m’écouter. Car pour ne rien vous cacher, les étudiants non plus n’y comprennent rien. Pourquoi ? Tout simplement parce que je n’y comprends rien moi-même. Personne d’ailleurs n’y comprend rien. »

—Ah ben, ça, ça m’rassure !

 

ET DEMAIN, UN TABLEAU DE 60 PAR 43 CENTIMETRES DE SEBASTIEN COUTHEILLAS

¿ TAVUSSA ? 39 – La Saint-Valentin en Floride

C’est dans une école de Parkland, Floride, que le nouveau massacre de la Saint-Valentin a eu lieu.
Dix-sept morts parmi les élèves et les professeurs
tués par un élève de 19 ans
avec une arme automatique
un AR-15
désigné dans l’armée comme le fusil d’assaut M16
acheté en toute légalité
par quelqu’un qui n’aurait même pas eu le droit de s’acheter une bière.

Quelques jours plus tard, le sénateur républicain Marco Rubio et la représentante de la National Riffle Association, Dana Loesch, sont venus à Parkland faire face à une assemblée d’élèves et de parents d’élèves.
CNN était là, bien sûr.

C’était émouvant de voir ces jeunes gens exprimer leur incompréhension et leur colère devant l’inaction des politiques depuis tant d’années, depuis tant de morts. C’était émouvant et en même temps dérisoire de les voir tenter d’arracher des promesses à ces deux personnages politiques expérimentés.
Émouvant et dérisoire.

C’était pathétique de voir le sénateur Rubio, qui fut candidat aux primaires républicaines, patauger dans les circonvolutions pour dire que ce massacre était désolant, qu’il n’aurait jamais dû arriver, que lui-même était pour toute loi qui renforcerait le contrôle psychologique préalable à l’achat d’une arme, mais que le strict contrôle des armes n’était pas la solution. C’était pathétique de le voir dix fois refuser de dire que désormais il n’accepterait plus d’argent de la NRA.
Pathétique et inquiétant.

C’était désolant de voir Madame Loesch, déclarer qu’étant que mère de famille elle-même, elle était tout aussi touchée par cet événement dramatique qu’une autre , puis reprendre presque dans les mêmes termes que le sénateur la litanie selon laquelle ce terrible évènement n’aurait jamais dû arriver et que la NRA était en faveur d’un renforcement du contrôle psychologique préalable à l’achat des armes.
Désolant et terrifiant.

Et tandis que se déroulaient ces débats sans espoir, tandis que l’on pouvait voir la calme colère de ces élèves et de ces parents, tandis que l’on pouvait constater la froide habileté dans la fausse compassion des politiques face à leurs accusateurs, pendant ce temps, les éléments de langage adéquats étaient distribués dans les milieux républicains, et ils étaient répétés à longueur d’interview à qui voulait ou ne voulait pas les entendre : ces jeunes gens qui interpellaient Rubio et Loesch, qui exigeaient d’eux des engagements, des actions, ceux-là n’étaient que des enfants, de stupides idéalistes, manipulés par la gauche et les partisans du contrôle des armes. Il n’était pas possible qu’ils s’expriment de cette façon si articulée, si calme, si volontaire. Des spécialistes leur avait donc dicté ce qu’ils disaient. Et d’ailleurs, comment auraient-ils pu avoir l’argent pour les bus qui les emmenaient vers les lieux de manifestation, si ce n’est par le lobby anti-armes ?

Et pendant ce temps-là, le Donald trouvait la solution pour empêcher les futurs massacres. Cette solution est composée pour le moment de trois dispositions.
-La première : interdire les dispositifs qui permettent de transformer une simple arme automatique en arme d’assaut.
-La deuxième : monter l’âge minimum légal pour acheter une arme à 18 ans.
-Et enfin, la troisième, particulièrement géniale : armer les professeurs.

Il y aurait beaucoup à dire, et surtout à ironiser, sur ces mesures. Mais cette chronique est déjà bien assez longue comme ça et je sens que vous vous lassez. Alors, je me limiterai aujourd’hui à quelques courtes observations sur la troisième mesure.
Armer les professeurs ?
-ce serait encore davantage d’armes en circulation,
-ce serait, aux dépens des écoles publiques et privées, une augmentation du chiffre d’affaire des fabriquant d’armes,
-et ce serait, j’ose à peine plaisanter, aussi une menace mortelle pour les cancres, chahuteurs et autres persécuteurs de profs.

Si vous avez encore une minute, laissez-moi vous donner quelques chiffres :
NRA : 4.300.000 membres et 202.000.000 $ en dons annuels.
USA : Entre 250 et 350.000.000 d’armes à feu, 5000 foires aux armes à feu par an.
Les USA représentent 4% de la population mondiale, mais les américains possèdent 30% des armes à feu existant dans le monde.
Aux USA, il y a eu 18 fusillades en milieu scolaire depuis le début de l’année, soit une tous les 3 jours.
Cela fait huit jours qu’il n’y en a pas eu.

ET DEMAIN, SERA VENU L’AGE DE SE TAIRE

« Je me souviens » ou « Conseils pour commencer à écrire »

Le Je me souviens est exercice d’écriture courant. Il consiste à dresser une suite de bribes de souvenirs dont chacune commence par les mots Je me souviens. Ces bribes reflètent des souvenirs personnels propres à leur auteur en même temps qu’elles évoquent une époque. C’est un exercice que je recommande chaudement à ceux que titillent une vague envie d’écrire. Quitte à raconter quelque chose, autant commencer par ce qu’on croit connaitre : sa vie. Voici la méthode :

a) Choisir un après-midi grisâtre et une pièce où il fera doux, s’installer sans hâte et confortablement, faire le vide dans sa tête, mais pas trop longtemps car l’habitude s’en prend vite.

b) Choisir un lieu, une maison, un appartement, préférablement de son enfance, le parcourir des yeux et de la mémoire, s’arrêter à la première image un peu nette, et écrire son premier je me souviens, ensuite, et pour quelques instants, quelques instants seulement, ne pas résister à l’immense édifice du souvenir, écrire un deuxième puis un troisième souvenir.

c) S’arrêter obligatoirement avant le quatrième, car on n’écrit pas une autobiographie, n’est-ce pas ? Pas encore. Relire, raturer, remplacer, simplifier, épurer, réduire. Chasser les adverbes comme Continuer la lecture de « Je me souviens » ou « Conseils pour commencer à écrire » 

¿ TAVUSSA ? (37) Checks and balances, it just doesn’t work.

USA : Checks and balances, it just doesn’t work.
USA : Pouvoirs et contre-pouvoirs, ça ne marche pas

L’élection inattendue du Donald en tant qu’homme le plus puissant monde ayant eu lieu, de bonnes âmes adeptes du wishful thinking, c’est à dire prenant leurs désirs pour des réalités, ont dit, m’ont dit : « Rassurez-vous ! Les Pères Fondateurs, rédacteurs de la Constitution des États Unis ont tout prévu. James Madison n’a-t-il pas déclaré « All men having power ought be mistrusted »  ? (On ne doit pas faire confiance aux hommes de pouvoir) Mieux encore, il a écrit :

« The accumulation of all powers, legislative, executive and judicial in the same hands, whether of one, a few, or many, and whether hereditary, self–appointed, or elective, may justly be pronounced the very definition of tyranny ».
(L’accumulation de tous les pouvoirs, législatif, exécutif et judiciaire dans les mêmes mains, que ce soit celles d’un seul, de quelques-uns, ou de beaucoup, que ce soit par héritage, auto-désignation ou élection peut à juste titre être considérée comme la définition même de la tyrannie.)

« Vous voyez, m’ont-ils dit. Avec ça, avec les droits de la Chambre, les prérogatives du Sénat et l’autorité de la Cour Suprême, on est tranquille. »

Mais le problème, c’est que ça ne marche pas. Pas cette fois-ci en tout cas.

Le Président actuel nomme sans vergogne à peu près qui il veut. La plupart des ambassadeurs des USA sont à présent de riches donateurs à la campagne qui n’ont aucune expérience diplomatique. Il en est de même pour une grande partie des ministres et des responsables d’agences gouvernementales.

Le Président actuel, sans davantage de vergogne, révoque ou pousse à la démission à peu près qui il veut, le directeur du FBI, le directeur adjoint du FBI, peut-être bientôt l’Attorney General et le conseiller spécial du Ministère de la Justice qui dirige l’enquête sur la Campagne de Trump.

Et que font les contre-pouvoirs, les Checks and Balances, pendant ce temps ? Rien.

Ils ne font rien parce que la Chambre des représentants est à majorité Républicaine (240 sur 435), le Sénat est à majorité Républicaine (51 sur 100), la Cour suprême est à majorité républicaine (5 sur 9).

La plupart des membres de ces majorités sont conscients de ce qui se passe. Ce sont pour la plupart des politiciens et des juristes expérimentés. Ils voient bien ce vers quoi le Donald les entraine. Mais pas un ne bouge, pas un ne dit mot de peur d’encourir les quolibets de l’homme qu’ils ont choisi pour être leur président. Pas un ? Si, l’un d’entre eux  l’a fait : le sénateur d’Arizona, John McCain. Il est en train de mourir dans un hôpital de Phoenix.

Alors, pour le moment, quand on a un Trump Président, et des élus inconditionnels et intéressés seulement à conserver leur poste, checks and balances, it just doesn’t work !

Ce n’est quand même pas comme ça qu’on nous avait décrit l’Amérique. Ou alors lui faut-il juste un peu plus de temps ?

 

ET DEMAIN, DES CONSEILS POUR COMMENCER A ECRIRE

Fake News-Fausses Nouvelles-Lost in translation

L’édition du 8 janvier dernier du New Yorker a publié un article intéressant de Louis Menand dont le titre est WORDS OF THE YEAR (LES MOTS DE L’ANNÉE). Il semble en effet qu’il existe une sorte de compétition anglophone pour désigner les meilleurs mots apparus au cours de l’année passée. J’ai imprudemment entrepris de vous résumer cet article et d’en traduire un extrait. C’est la traduction qui pose problème. On va voir ça.

L’auteur commence par éliminer YOUTHQUAKE (changement culturel, politique ou social significatif résultant de l’action ou de l’influence des jeunes) parce que le mot était utilisé dès 1965.  Il réserve le même sort à FEMINISM, promu par le Webster Dictionary comme le mot le plus recherché en ligne en 2016. 2016, oui, mais en 2017 ? Il note que DIVERSITY et TOGETHER, très utilisés au cours des années précédentes, ne le seront probablement plus beaucoup dans les quelques années à venir. Après nous avoir distraits avec quelques plaisanteries purement locales — j’entends par là, purement nord-américaines —  l’auteur nous amène là où il voulait, c’est-à-dire au mot FAKE.
Monsieur Menand est américain et il sait ce que FAKE veut dire. Mais nous, le savons-nous ?

Voyons cela :

FAKE est un nom commun. Sa traduction Continuer la lecture de Fake News-Fausses Nouvelles-Lost in translation 

¿ TAVUSSA ? (35) –  Impeachment, c’est pas demain la veille !

Je ne sais pas vous, mais moi, le Donald, il m’obsède. Savoir que le Président des Etats Unis d’Amérique est un agent infiltré de l’ennemi héréditaire de l’Amérique, la Russie, en même temps qu’un homme d’affaires sans scrupule, un menteur invétéré, un jouisseur infantile et un grabbeur compulsif, ça ne vous fait rien à vous ?  Moi, ça m’obsède. Manquerait plus qu’il soit vulgaire !

J’ai déjà publié ici-même plusieurs textes qui, me disent mes proches, pourraient bien me valoir un jour une interdiction d’entrée sur le territoire des Etats-Unis. Les mêmes m’adjurent de ne pas continuer dans cette voie. Bon, d’accord, j’arrête ; de toute façon, le mal est fait.

Mais, que ça ne m’empêche pas d’écrire un article purement technique sur un sujet qui, on se demande pourquoi, me tient à cœur : l’Impeachment.

L’IMPEACHMENT

D’abord, il faut le prononcer correctement :  /ɪmˈpiːtʃmənt/ ou Immpitchmainte, comme on veut.
Bon, ça, c’est fait.

Ensuite, impeachment, qu’est-ce que ça veut dire ?
Je pense que vous l’aurez traduit tout naturellement, j’allais dire tout bêtement, par empêchement, au sens dInterruption prématurée du mandat présidentiel (Larousse). Béatement satisfait de votre  Continuer la lecture de ¿ TAVUSSA ? (35) –  Impeachment, c’est pas demain la veille ! 

J’étais seul hier soir au Théâtre Français

J’étais seul hier soir au Théâtre Français.
L’auteur n’avait pas grand succès,
Ce n’était que Molière, et nous savons du reste
Que ce grand maladroit qui fit un jour Alceste …

Un salon du XVIIème (siècle).
Philinte entre à grands pas, portant un plateau sur lequel se trouvent une bouteille et deux coupes. Alceste le suit en protestant.

Alceste
Mais enfin, mon ami, puisque je n’en veux pas…

Philinte
Apprenez, cher Alceste, qu’avant tout bon repas
Le Champagne s’impose : c’est une obligation,
Surtout quand il s’agit de notre réveillon.
Un peu d’effervescence vous disposerait mieux
Envers les autres hommes, les jeunes et les vieux.
Et il se pourrait bien que ce vin vous amène
A oublier un temps la dure Célimène.

Alceste
Laissez là Célimène, Philinte, je vous prie,
Quant aux hommes, je ne veux en faire mes amis.
Et je ne bois jamais !

Philinte
.                                          Eh bien, vous devriez !
Avec modération, mais régularité.
Acceptez de goûter avec moi ce breuvage
Et je vous aimerai le reste de votre âge.
Ça ! Vous ne dites rien ! C’est que vous consentez !
Ah ! J’en suis fort heureux. Maintenant, observez :
A la jolie bouteille, comme pour une maitresse,
Je lui défait sa coiffe avec délicatesse.
Puis je saisis le fil qui lui sert de ceinture,
Le dénoue lentement, car c’est dans ma nature.
A présent, elle est nue, il faut être énergique
Et saisir le bouchon, qui résiste, c’est logique,
Le tourner en tous sens, jusqu’à ce qu’il faiblisse
Et saute du flacon jusque dans les coulisses.
Regardez maintenant, j’incline la bouteille
Et répand dans nos verres le produit de la treille.

Alceste
Merci, cela suffit, vraiment, et juste un doigt
Car vous savez fort bien que jamais je ne bois

Philinte
Cher Alceste, à présent qu’est versé ce champagne,
Laissez-moi vous guider dans sa dégustation.
Ce merveilleux breuvage ne nous vient pas d’Espagne
Mais d’un moine français nommé dom Pérignon.
Admirez tout d’abord cette limpidité,
Ce soleil matinal dans le vin enfermé.
Observez maintenant ces si petites bulles
Qui jaillissent du fond hors de leur ergastule.
Oyez comme elles chantent en parvenant à l’air,
Formant à la surface une mousse légère.
Laissez s’évanouir cette écume céleste.
Il faut attendre encore un peu, mon cher Alceste.
Approchez votre nez, mais gardez la distance,
Ce n’est pas du Bourgogne ! Sentez la différence.
Et puis enfin, goûtez ! Donnez-m’en des nouvelles.
Dissertez, il est temps, et baillez-m’en de belles.
Est-ce un brut, mélange de deux ou trois cépages
Ou un millésimé de cinq ou six ans d’âge ?
Nous vient-il d’Epernay ou alors de Bergère-
Sous-Montmirail ? Et puis, le paieriez-vous très cher ?
La finesse des bulles est-elle à votre goût ?
Et la température, comment la trouvez-vous ?
Décidément, mon cher, vous n’êtes pas bavard
Et vous gardez pour vous vos rares commentaires,
Car la dégustation est vraiment tout un art
Qui bien mieux s’exerce en parfait solitaire.
Mais afin de gouter mon plaisir en entier
Et pour récompenser tant d’années d’amitié
Portée par moi vers vous qui êtes si bougon,
Dites-moi quelque chose…

Alceste
.                                                       Je l’admets, il est bon.
Cela étant acquis, il n’est pas nécessaire
D’en dire davantage.

Philinte
.                                             Ah ! Mon ami sincère !
D’aucuns diraient que c’est assurément trop court
Mais ces trois mots de vous valent tout un discours,
Et sachant qu’aujourd’hui le Champagne vous plait,
En ce beau jour de l’an, mon plaisir est complet.

Rideau !

ET DEMAIN, UNE ECLIPSE DE TOUR EIFFEL