Archives pour la catégorie Thème imposé

LE VENT SANS LES VOILES

Avertissement
Ce « Vent sans les voiles » est ma deuxième (et restera probablement ma seconde) expérience théâtrale. La première fut cette tragédie néo-grecque dont le titre n’est pas resté dans toutes les mémoires : « Homéotéleute et Polyptote ». Sans doute bien trop ambitieux et bien trop en avance sur son époque, mon Homéotéleute n’a pas été accepté par un public cramponné à ses habitudes culturelles qui le ramènent inexorablement aux vaudevilles, comédies de boulevard, duos comiques  et autres âneries non subventionnées. 
Il veut du théâtre de boulevard, le Public ? Eh bien, je vais lui en donner, moi, du théâtre de boulevard. Voici donc « Le vent sans les voiles« , comédie en cours d’écriture pour un nombre variable de comédiens en un nombre indéterminé d’actes, de coups de théâtre et de scènes de ménage.

Je déclare formellement ici que je ne me sens tenu par aucune contrainte relative à la logique, la vraisemblance, le respect des bonnes mœurs et de la syntaxe. Je tiens également à préciser que je ne garantis pas que cette œuvre aura une fin, ou même qu’elle ira au-delà de la première scène du premier acte.

Vous êtes prévenu : vous qui entrez ici, quittez tout esprit critique et éteignez vos smartphones. Merci d’avance.
Henri Ratinet

 LE VENT SANS LES VOILES

Comédie en gestation et quelques actes

par Henri Ratinet

Liste (provisoire) des personnages

-Henri, auteur dramatique

Acte I – Scène I

Un salon néo-bourgeois-bohème. Côté cour, une porte style western donne sur la cuisine. Au centre, une porte à deux battants ouvre sur une entrée et sans doute sur le reste de l’appartement. Côté jardin, une grande fenêtre. Au beau milieu de la scène, contre la rampe, faisant face aux coulisses, un bureau des années 50. Sur le bureau, un MacBook ouvert dont l’écran est allumé. Le reste du mobilier, canapé, table haute, table basse, fauteuil, chaise, bibliothèque, télévision sera de styles divers. Aux murs, un grand plan du métro de New-York dessiné au rouge à lèvres, et quelques autres œuvres contemporaines. Quand le rideau s’ouvre, c’est le petit matin. La scène est vide. A travers la porte fermée, on entend un homme qui parle fort. Il est en colère :

HENRI

—Eh bien pars, si tu veux, pars, qu’est-ce que tu veux que je te dise ? Fiche le camp, retourne chez ta mère, tu lui donneras bien le bonjour de ma part à la Madone de Villetaneuse ! Ou mieux, va chez ton  Continue reading

L’Univers, ses lois, ses principes et autres âneries (2)

Le chat de Schrödinger

Vous vous souvenez certainement du chat de la Mère Michel, ce charmant chat manquant retrouvé par un fabriquant de nouilles sur le grand air du Traderidera.
Vous vous souvenez sans doute des chats de Siné, mais si, mais si, ces chats nés si lassants et se nourrissant exclusivement et approximativement de calembours.
Vous vous souvenez peut-être du chat du Cheshire, celui d’Alice et de Lewis, cher chat lent, affable et rhétorique, excentrique et philosophe au sourire si persistant.

Mais vous rappelez-vous le chat de Schrödinger (1)(2) ? Vraiment ? Pas du tout ? Tiens, c’est étonnant ! Pourtant, c’est un chat intéressant. Jugez-en, car voici, immédiatement, ce qu’on sait de lui :

  • Il vit dans une boîte, fermée.
  • Est-elle en carton ondulé,
  • En fer ou en bois de rose ?
  • On ne sait pas.
  • Mais il faut qu’elle soit bien close,
  • N’est-ce pas,
  • Sans ouverture aucune,
  • Et que dedans il y ait un chat,
  • Ou tout ça serait pour des prunes.
  • Dans la boite, il y a un système
  • Déclenché par le seul hasard
  • Pour tuer le chat sans chrysanthèmes.
  • Ce Schrödinger, quel barbare !
  • A un instant donné ou non,
  • On peut se poser la question :
  • Le chat est-il vivant ou mort?
  • Mais on ne le sait pas encore.
  • Donc il est à la fois mort et vivant.
  • Simultanément ? Simultanément !
  • Pourtant ce chat n’est pas zombie.
  • Pas plus qu’il n’a neuf vies.
  • C’est peut-être un chat domestique,
  • Mais c’est avant tout
  • Un chat quantique.
  • Le chat quantique, voyez-vous,
  • A ceci de commun avec l’atome courant
  • Qu’il peut être à la fois, et c’est assez marrant,
  • Dans deux états très différents
  • En même temps.
  • Et quantique, le fameux chat sera
  • Tant que la boite on n’ouvrira.
  • Et demeurera le mystère
  • De l’animal de Schrödinger
  • Mais quand la boite on ouvrira
  • La lumière fera la lumière
  • Dans la boite, rien d’extraordinaire
  • A cela,
  • Mais aussi sur le sort du chat
  • Et enfin Schrödinger saura
  • Si son chat est vif ou défunt.
  • Mais en attendant, bernique !
  • Et sur le sort du chat quantique
  • On ne saura rien, rien de rien. (3)(4)

Notes

  • 1—Erwin Schrödinger —1887-1961— physicien, philosophe et théoricien scientifique autrichien
  • 2—Le chat de Schrödinger est une expérience de pensée destinée à mettre en évidence le problème de la mesure.
  • 3—Si vous voulez vraiment connaitre la version scientifique de cette belle histoire, vous pouvez toujours Googeliser sur Schrödinger, son chat, l’Ecole de Copenhague, la superposition ou la décohérence quantique, mais si je n’étais que vous, comme disait mon professeur de mathématiques, je m’en tiendrai à ma version, plus vague et plus soluble dans l’air, sans rien en elle qui pèse ou qui pose.
  • 4—Certains gourous mal intentionnés ont profité de la célébrité de ce paradoxe et de sa difficulté d’appréhension pour en déduire des tas de billevesées sur la superposition de réalités, l’existence d’univers parallèles, et tout un tas d’autres trucs propres à troubler les âmes simples… dont vous ne faites pas partie, bien évidemment, car vous, vous savez que ce qui est valable mathématiquement pour la mécanique quantique est une absurdité dans le monde physique réel, y compris dans celui du chat.
  • ET DEMAIN, UN COLLAGE DE SEBASTIEN COUTHEILLAS, LE CENT SOIXANTE SEIZIÈME.

L’Univers, ses lois, ses principes et autres âneries (1)

Après sa fameuse série de 10 leçons de mythologie pour débutants, poursuivant son œuvre d’éducation des masses laborieuses, le Journal des Coutheillas se lance dans une nouvelle aventure pédagogique. Elle consiste à rappeler, au besoin apprendre et éventuellement faire comprendre à des gens qui n’en ont vraiment rien à faire les grands principes qui régissent leur existence. Cette série, qui s’intitule « L’Univers, ses lois, ses principes et autres âneries » commence aujourd’hui avec un exposé simple et pratique du Principe de Watt et de ses avantages. Elle se poursuivra avec le « Chat de Schrödinger », la « Loi de Murphy », le « Principe de Peter » et tout un tas d’autres trucs tout aussi rasoirs qu’inutiles.
Et maintenant, silence s’il vous plait.

Le principe de Watt

J’adore ce principe, je m’appuie dessus chaque fois que c’est possible et je le cite dès que l’occasion se présente. Et quand se présente-t-elle, cette occasion ? Eh bien, mais assez souvent, voyez-vous. Sachez par exemple que quand, chassé par le froid du boulevard, vous entrez au café-tabac Le Balto et que vos lunettes se couvrent de buée, c’est en vertu de ce principe. Quand, après une séance prolongée de rhétorique appliquée avec une adepte de l’école épicurienne dans votre voiture, vous relevez enfin la tête pour constater que vous ne voyez plus les étoiles au travers du parebrise, c’est la faute à Monsieur Watt. Et quand vous faites Continue reading

Post it n° 17 – 1er septembre

Le vent s’est levé. Force 4 sans doute. Il fait presque froid, un froid humide. C’est le vent du Sud-Ouest. Peut-être va-t-il pleuvoir bientôt ? Une serviette oubliée claque sur le fil.

Sous le grand séquoia, la vieille balançoire oscille. Les vélos sont rangés, la table de ping-pong repliée, à l’abri avec les chaises longues et le dinghy dégonflé. Devant la porte, les valises sont dressées sur leurs roulettes et les sacs appuyés contre le mur. Assis sur la coque d’un youyou retourné, il observe le manège des fourmis entre les aiguilles de pin.

Du pied, chaussé de cuir pour la première fois depuis longtemps, il creuse dans le sable humide de la dernière pluie une ligne en travers de leur parcours. Gigantesque fossé. Inquiètes, perplexes, observatrices, les fourmis se sont arrêtées un instant ; elles ont reculé, puis avancé à nouveau jusqu’au contrefort de la faille. Trois ou quatre d’entre elles ont longé cette digue sans en trouver l’extrémité. Alors, par saccades, elles ont traversé la faille et toutes ont repris leur parcours.

Dans la maison, l’explosion d’une porte a été suivie d’une protestation excédée : « …courants d’air, bon sang ! ».
Le claquement d’un moteur diesel progresse derrière le mur de pierres sèches.
Une voix : « Les enfants, le taxi est là ! »

La bulle

Il y a des moments où je me demande depuis combien de temps je suis là, immobile, coincée, littéralement comprimée à raison de dix-sept kilogrammes par centimètre carré avec des millions d’autres semblables pour former cette immense galette plate et ronde qui constitue mon univers.

Comment je suis arrivée là, j’en ai perdu le souvenir. Suis-je née là, m’y a-t-on amenée, je l’ignore. Peut-être ai-je toujours été là ? Peut-être y suis-je pour toujours ? Comment savoir ?
Comment savoir aussi pourquoi je suis là, pourquoi nous sommes toutes là, depuis une éternité, sans qu’il ne se passe rien, jamais ? A quoi sert-on ? Servira-t-on un jour ? Quel est le sens de tout ça ?

J’ai essayé de communiquer avec mes voisines d’à côté, de devant, de derrière, mais elles sont comme moi, exactement comme moi, elles ne savent rien, rien de rien.
Comme j’ai la chance d’être à la surface, j’ai eu des occasions Continue reading