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La caverne de Platon

La caverne de Platon

Vous connaissez l’allégorie de la caverne ? Mais oui, bien sûr, vous la connaissez. Vous n’allez quand même pas dire que non devant tout le monde. Mais vous avez un peu oublié les détails, c’est ça, hein ? Vous vous souvenez vaguement : les hommes enchainés, les ombres projetées sur le fond de la caverne… Mais à partir de là, ça devient confus, non ? Ne culpabilisez pas trop — ma propre science est toute fraiche —  et laissez-moi vous faire une modeste piqûre de rappel. En principe, c’est sans douleur.  De toute façon, vous pouvez bien consacrer cinq ou six minutes au texte la plus célèbre de la philosophie occidentale.

Pour expliquer l’allégorie de Platon, on ne peut à mon avis se passer de l’image. J’ai choisi celle-ci :

Elle m’a parue la plus claire et la plus Continuer la lecture de La caverne de Platon 

Les moulins d’Orient

—Ah si tu savais ce qui vient de se passer ! On l’a échappé belle ! J’en suis encore tout retourné !

—Qu’est-ce qui t’est arrivé ?

—Tu me croiras si tu veux, mais pas plus tard que tout à l’heure, j’ai rencontré Maurice, le druide.

—Où ça ?

—Ben, pas loin là, à la rivière.

—Croyais qu’il était en voyage.

—Non, non, il a fini par rentrer. Il avait l’air fatigué, tu sais, les traits tirés, le visage buriné, la barbe et les cheveux hirsutes et couverts de Continuer la lecture de Les moulins d’Orient 

Expressions toutes fêtes

Moi, vous me connaissez, je ne ferais pas de mal à une moule ! Pourtant, c’est vrai, un jour j’ai pété les ponts. Qu’est-ce que vous voulez ? Je suis pas un Béni Wi Fi ! Vous n’avez pas oublitéré, quand même ! Rappelez-vous, ça avait défrayé la comique. C’était pendant l’horaire d’une profonde nuit. Je venais de retrouver mon frère dans une explosition de peinture. Il parlait avec l’artiste. C’était du vrai char à bras. Moi, ça m’a mis la pisse à l’oreille et j’ai bien vu que son intelligence artificielle n’arrivait pas à cacher sa connerie naturelle. Alors, j’ai fait ce que vous auriez fait à ma place : battre le frère tant qu’il est chaud. Je sais bien que je n’aurais pas dû blanchir le Rubicon, mais qu’est-ce que vous voulez, errare humanum ouest. Ça a mis le feu aux poutres. Mais quand la fille a pris sa défonce et qu’elle m’a traité d’homme des casernes, ça m’a fait sortir de mes gants : je lui ai tracassé ses lunettes de sommeil. Elle s’est mise à pleurer comme un bas de laine et ça a fait dégouliner son masque à rat. Tout ça, c’était couru de fil de blanc, sûr comme Dieu et Dieu font quatre !

¿ TAVUSSA ? (56) : Le Rat de ville et le Rat des champs

La Fontaine, génial moraliste et acerbe critique des hommes et de la société, nous a donné cette fable : Le Rat de ville et le Rat des champs. Elle vous a probablement laissé le souvenir d’une comparaison entre la vie campagnarde et la vie citadine peu flatteuse pour cette dernière. Avec la libre interprétation qu’il en a donnée, Walt Disney a certainement implanté encore plus durablement dans nos souvenirs — ah ! la force des images — cette impression que la vie à la ville est, sinon dangereuse ou même seulement pénible, du moins vaine et superficielle, tandis que la vie à la campagne est, sinon indispensable ou même seulement seulement souhaitable, du moins vraie et remplie de sens.

Mais est-ce bien ce que le fabuliste avait en tête de nous dire ?
Commencez donc par relire sa toute petite histoire, et pour cela, veuillez bien cliquer sur son titre :

LE RAT DE VILLE ET LE RAT DES CHAMPS

Merci. Maintenant, notez la morale vers laquelle Continuer la lecture de ¿ TAVUSSA ? (56) : Le Rat de ville et le Rat des champs 

Conversation sur le sable – 6

Saint-Brévin-l’Océan, 12 août 1948

 Voix off dont on aperçoit l’ombre dans l’angle inférieur droit de la photo, essuyant ses yeux :
— Faut reconnaître, c’est du brutal !

  Enfant au premier plan :
— Vous avez raison, il est curieux hein ?

  Enfant au deuxième plan :
— J’ai connu une polonaise qu’en prenait au petit déjeuner. Faut quand même admettre que c’est plutôt une boisson d’homme.

  Voix off dont on aperçoit l’ombre dans l’angle inférieur droit de la photo, les yeux dans le vague :
— Tu sais pas ce qu’il me rappelle ? C’t’espèce de drôlerie qu’on buvait dans une petite taule de Bien Ho Har, pas tellement loin de Saïgon. Les volets rouges et la taulière, une blonde komac. Comment qu’elle s’appelait , Nom de Dieu ?

Les jambes au maillot de bain en laine en arrière-plan :
— Lulu la nantaise.

Pour réentendre les conversations précédentes, cliquez dessus :
Première conversation
Deuxième conversation
Troisième conversation
Quatrième conversation
Cinquième conversation

Lire ou écrire, il faut choisir

Quand j’ai commencé à écrire, il y a cinq ou six ans, je ne me doutais pas de là où ça me mènerait.

Il y a une dizaine d’années, quand je n’ai eu plus grand-chose d’autre à faire que manger, dormir, boire, dire bonjour à la dame et choisir la chaine TV, je me suis mis à lire. Pendant deux ou trois ans, j’ai lu, surtout les classiques, Proust et Flaubert en particulier, qui m’ont permis d’entrevoir ce que j’avais raté à faire autre chose. J’ai lu pour le plaisir de découvrir une histoire, et avec elle, l’existence de sentiments inconnus, ou pour celui de retrouver des émotions oubliées ou trop éprouvées. A ces plaisirs s’est vite ajouté celui de la musique des mots, du rythme des phrases, de la fluidité du texte ou de ses aspérités. Pour définir cette association de caractéristiques de l’écriture, j’aurais bien utilisé le mot style, mais pour beaucoup de gens, dire d’un écrivain qu’il a du style, c’est le ranger dans la catégorie des écrivains désuets, démodés, dépassés, empesés, finis, foutus, pilonnés. Les fantômes d’André Maurois, de Roger Martin du Gard, de Gilbert Cesbron et de bien d’autres gloires du siècle dernier en savent quelque chose. C’est vrai qu’ils avaient du style, mais « on écrit plus comme ça aujourd’hui ». Pourtant Proust, Conrad, Hemingway, Chandler, Continuer la lecture de Lire ou écrire, il faut choisir 

Le Bon, la Brute et les Enfants – 7 – Version Série Noire

1-Notations
2-Soutenue
3-Argotique
4-Proustienne

5-Aigre

6-Enfantine

7-Version Série Noire
Le seul changement que j’ai apporté à cette version a été de la raccourcir un peu.

Si vous n’êtes jamais allé dans le Bronx, continuez comme ça. Mais si un jour, par un effet pervers de travaux routiers, vous deviez traverser ce quartier de New York pour rentrer de JFK à Manhattan, renfoncez-vous au fond de votre taxi, ouvrez en grand le New York Times, plongez-y votre nez et ne regardez pas dehors. Mais si par malheur vous deviez absolument vous y rendre et que vous passiez du côté du carrefour Brook / 148ème, vous avez des chances de m’y rencontrer. Je traine tous les jours dans le coin, vers chez Matt, plus précisément devant ou à l’intérieur du « Matt’s cocktail lounge ». Si jamais vous entriez au Matt’s cocktail Lounge, vous pourriez être surpris par le décalage abyssal qui existe entre le standing du lieu et son appellation de « cocktail lounge ». L’élégance du mot devait refléter les ambitions de Matt quand il avait ouvert sa boite une demi-douzaine d’années plus tôt. C’est l’effet habituel du Bronx que de dissoudre ce genre de rêve.

Vous pourriez aussi être surpris par l’aspect du type qui est assis au bar à la place du fond et qui parle à sa bouteille de Milwaukee’s. Un mètre quatre-vingt-quinze, cent-quinze kilos, chaussures de cuir avachies, chemise à carreaux flottant sur un jean usé mais véritable, l’ensemble, homme et vêtements, ayant l’air très fatigué. Le type assis au bar là-bas, c’est Continuer la lecture de Le Bon, la Brute et les Enfants – 7 – Version Série Noire 

Le Bon, la Brute et les Enfants – 6 – Version enfantine

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1-Notations
2-Soutenue
3-Argotique
4-Proustienne

5-Aigre

6-Version enfantine
Cette version est toute nouvelle. Son narrateur n’a pratiquement rien vu de ce que les autres avaient vu avant lui. Il a d’autres centres d’intérêt. Normal, c’est un petit gars du quartier Italie. Ça ne l’empêche pas de raconter son histoire à lui.

Aujourd’hui, c’est mercredi. Y pas classe ! Même pas ce matin, à cause que madame Verdurin, la prof de dessin, elle est malade. Elle est souvent malade, madame Verdurin. Elle dit tout le temps qu’elle a des « mots de tête » et que c’est de notre faute à cause du bruit qu’on fait et tout. Nous on se demande ce que ça peut bien être que des « mots de tête ». Natcho y dit que c’est des trucs de femmes, mais Natcho, y dit souvent des choses qui sont même pas vraies, juste pour faire son intéressant. Faudrait que je demande à maman mais j’ose pas trop vu que c’est peut-être des trucs pas très ragoutants, des trucs qu’y faut pas qu’on soit au courant à notre âge.

Bon en tout cas madame Verdurin aujourd’hui elle est malade et y aura pas classe de toute la journée. Alors, ce matin, juste avant de partir à l’hôpital — elle est infirmière à Pompidou, Maman — à sept heures pétantes elle a réveillé Papa. Il était pas content. Y râlait, y disait que c’était pas des heures de chrétien pour Continuer la lecture de Le Bon, la Brute et les Enfants – 6 – Version enfantine 

Le bon, la brute et les enfants – 5 – Version aigre

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2-Soutenue
3-Argotique
4-Proustienne

Le bon, la brute et les enfants
5 — Version aigre
C’est la dernière en date. Elle n’est pas la plus sympathique. Mais des gens comme ça, ça existe. Même à Paris

 » Il n’y a plus de saison, vous ne trouvez pas ? Non ? Regardez cette chaleur : il est à peine onze heures, le mois d’avril n’est pas fini et il fait chaud comme au mois d’août ! Enfin, qu’est-ce que vous voulez, avec toutes ces centrales atomiques, ils nous bousillent le climat.

Non mais, regardez-moi ces filles, là, sur le trottoir d’en face ! Elles n’ont pas quinze ans et elles s’habillent déjà comme des putes ! Excusez-moi, mais il n’y a pas d’autre mot, comme des putes ! Regardez un peu la grande bringue ! Vous avez vu la jupe ? Enfin, si on peut appeler ça une jupe ! Si c’était ma fille, moi…Enfin… Heureusement que je n’ai pas d’enfant !

Vous êtes du quartier ? Ah, vous aussi ! C’est drôle, je ne vous avais jamais vue. Vous devez être nouvelle par ici, alors. Moi, j’habite rue Pierre Nicole, au 13, au rez-de-chaussée. N’allez pas croire que je suis concierge, ou gardienne comme on dit aujourd’hui ou quelque chose comme ça.  Non, je suis copropriétaire. J’ai mes millièmes, je vais aux assemblées, je paie mes charges et tout. A propos des charges, Continuer la lecture de Le bon, la brute et les enfants – 5 – Version aigre 

Le Bon, la Brute et les Enfants – 4 – Version proustienne

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2-Soutenue
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3-Argotique

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4-Version proustienne
Cette version là, vous la connaissez déjà. Mise à part la référence aux Niobides, je n’y ai pas changé une virgule. Par respect…  

Longtemps, je me suis assis de bonne heure à la terrasse de cet établissement de la rue Gay-Lussac pour y déguster ma première coupe de champagne dans laquelle je laissais s’amollir une petite madeleine dorée et joufflue parmi les fines bulles qui montent en colonnes élégantes et spiralées dans ce breuvage aristocratique. Je pensais déjà à la morne journée qui s’étendait presque à l’infini devant moi et qui me séparait encore du souper qui m’attendait ce soir dans un hôtel du Faubourg Saint-Germain, quand une voiture à chevaux vint s’arrêter devant ma table, obstruant ma vue sur les jeunes filles en fleurs qui, à cette heure matinale, descendent en cortège vers le Luxembourg en faisant virevolter leurs ombrelles multicolores.

La voiture était conduite par un de ces hommes du peuple, de ceux que l’on nomme Fort-des-Halles et dont les muscles Continuer la lecture de Le Bon, la Brute et les Enfants – 4 – Version proustienne