Archives pour la catégorie Fiction

Homéotéleute et Polyptote (3)

Résumé de ce qui s’est passé avant :

Polyptote est une très très jolie Zeugmienne de basse extraction. Elle est à Athènes pour suivre les cours de Solipsisme Perspicace de Doryphore d’Alexandrie. Pour le moment, elle se repose sur un petit banc en marbre de Thassos. C’est le Récitant qui parle. 

Homéotéleute sortait de son stage de Sémantique Sportive de Haut Niveau. La tête encore encombrée d’acrostiches, d’acronymes et d’acrotères, il regardait ses sandales et ne voyait rien d’autre autour de lui. C’était d’ailleurs une habitude chez ce jeune homme que de marcher la tête basse, ce qui lui valait très régulièrement des bosses sur le front et des coups de soleil sur la nuque, mais il ne pouvait faire autrement. Et voici pourquoi :

Homéotéleute était le fruit des amours illégitimes de Zeus, Assembleur des Nuées, et d’une simple mortelle, Polysémie aux Belles Cuisses, épouse d’Epiclèse, roi d’Antanaclase. Afin de pouvoir approcher la reine qu’il convoitait, le Cronide avait choisi de prendre l’apparence d’une girafe, déguisement qui le tentait depuis longtemps mais qui se révéla finalement peu commode pour embrasser la dame. Quand tout fut consommé, Continuer la lecture de Homéotéleute et Polyptote (3) 

Homéoteleute et Polyptote (2)

Résumé du début du premier acte :

En commençant ici votre lecture, vous avez raté la liste des personnages et des interprètes. Vous avez également manqué les trois coups et le lever de rideau sur le somptueux décor. Ce n’est pas bien d’arriver en retard au théâtre. Ca dérange tout le monde.
Le type au milieu, là, c’est le récitant. Il a demandé que l’on fasse silence et il vient de commencer son histoire. 

…Retenez vos larmes, étouffez vos cris, car il n’y a que dans le silence et le recueillement que l’on peut entendre une telle tragédie. Je commence…

C’est au pied du mont Lycabette, la colline aux loups féroces, qu’ils se rencontrèrent pour la première fois. Elle s’appelait Polyptote et lui, Homéotéleute. Elle venait de Zeugma, petite ile de la mer Métaphorique aux mille naufrages, et lui, des grandes plaines d’Antanaclase, riches en hypallages et en hypotyposes.

Polyptote était arrivée à Athènes un peu avant les dernières calendes pour suivre le cycle annuel des cours de Solipsisme Perspicace que prodiguait toujours Doryphore d’Alexandrie malgré son grand âge. C’était la première fois qu’elle quittait son ile où elle avait vécu jusque-là d’heureuses années, entourée de ses parents adoptifs, Charybde et Scylla, et de ses frères et sœurs Epigastre, Epigone, Epiphénomène et Epifanny. Elle était sans conteste la plus jolie des jeunes filles de Zeugma et, quand elle traversait la ville, simplement vêtue d’une peau de mouton de Panurge jetée sur ses épaules, les Zeugmiens faisaient pleuvoir sur elle des olives vertes et des figues de Barbarie en signe d’admiration tandis que les Zeugmiennes lui lançaient des éponges mouillées et des moules cuites en signe d’amitié. Mais depuis qu’elle était arrivée Continuer la lecture de Homéoteleute et Polyptote (2) 

Homéotéleute et Polyptote (1)

Tragédie en quatre ou cinq actes

A Sophocle, Eschyle et Giraudoux

(en toute fausse modestie)

Personnages

Épiclèse                      roi d’Antanaclase (M. Jean-Paul Belmondo)

Polysémie                   épouse d’Epiclèse (Mme Shirley McLaine)

Homéotéleute            fils d’Epiclèse (M. Gérard Jugnot)

Polyptote                   jeune Zeugmienne (Mlle Brigitte Bardot)

Le Récitant                récitant (M. Louis Jouvet)

Le Chœur Antique   vieille chorale (M. Michel Fugain et le Big Bazar)

Homère                      poète (M. Michel Simon)

Héra                           déesse (Mme Régine)

Aphrodite                  déesse (Mlle Sharon Stone)

Charybde                  pauvre pêcheur (M.Michel Colucci)

Scylla                         pauvre pécheresse (En alternance Mmes Jeanne et Yolande Moreau)

Villageois, invités, gardes, servantes, attaché consulaire, chevaux, raton laveur…


Homéotéleute et Polyptote

 Acte I

La scène est à Athènes et le décor entièrement blanc à l’exception de deux éléments : un grand cognassier du Péloponnèse et un petit banc en marbre de Thassos.

Le Récitant

Gens d’Athènes, prêtres de l’Acropole, commerçants de l’Agora, ménagères de Plaka et même vous, marins du Pirée, salut ! Laissez-moi ce soir dérouler devant votre assemblée attentive la vraie histoire de deux amants superbes et généreux, que certains dieux protégeaient mais que d’autres n’aimaient pas. Retenez vos larmes, étouffez vos cris, car il n’y a que dans le silence et le recueillement que l’on peut entendre une telle tragédie. Je commence…

LA SUITE DEMAIN

La suite de Balbec – Chapitre 3

(…) Quand j’arrivais dans la rue du Caporal Machinchose, on n’y voyait presque plus rien. J’avançais prudemment en longeant de près la façade des immeubles. A un moment, je butai dans je ne sais quoi et je m’affalai sur le sol en me cognant violemment la tête contre quelque chose d’incroyablement dur.

— Acréroneteudiouderoneteudiou ! jurai-je en m’adressant au trottoir.

3-Les Cahiers du Temps

Je me relevai, étourdi, en me frottant le front. J’avais froid, j’étais furieux et fatigué et mes deux genoux me faisaient souffrir. J’allais rebrousser chemin et retourner au chaud à mon hôtel quand je vis un spectacle étrange : noyée dans le brouillard, une vague lueur orangée avançait vers moi par petits bonds successifs depuis le fond de la rue. Quand elle arriva juste au-dessus de moi, je m’aperçus qu’elle provenait des réverbères de la ville qui venaient de s’allumer l’un après l’autre. J’étais maintenant baigné dans un cône de lumière jaune qui se découpait dans la masse sombre du brouillard qui m’entourait. Je levai les yeux et c’est alors que je vis l’enseigne.

Au-dessus de la porte d’entrée, accrochée par Continuer la lecture de La suite de Balbec – Chapitre 3 

La suite de Balbec – Chapitre 1

En cinq épisodes qui paraitront chaque jour à partir d’aujourd’hui mercredi 9 janvier et  jusqu’à dimanche prochain, voici le texte intégral de cet essai sur Marcel Proust en vacances que vous avez pu lire ici il y a un peu plus de deux ans. Cette édition a bénéficié de la correction de quelques erreurs typographiques et orthographiques récalcitrantes ainsi que de quelques rectifications stylistiques. À propos, ne me demandez pas quand le « début de Balbec » a été publié. Il y a un piège.

La suite de Balbec

Essai

1-A la recherche de Marcel Proust

Tout le budget va y passer! Faut dire ! Quelle idée de m’installer au Grand Hôtel ! Je croyais que le cadre, le luxe, la vue, tout ça, ça me donnerait des idées. Mais, rien. Depuis quatre jours que je suis installé dans cette chambre, je passe pratiquement tout mon temps assis à cette petite table devant l’écran de mon ordinateur. Et rien ! Je regarde les nuages, les vagues et les mouettes par la fenêtre ouverte. Je n’ai pas écrit une seule ligne valable.

Quand j’avais fait ma réservation, le prix annoncé pour la chambre et la pension complète m’avait fait frémir. Il dépassait de loin ce que j’avais imaginé. Il restait cependant dans les limites de ce que m’avait accordé Cottard, mon éditeur, pour lui livrer sous un mois un essai de 25.000 mots sur Proust. Le sujet précis, le point de vue, l’angle d’attaque, tout ça, il s’en fichait. Cottard m’avait dit :

— Coco, tu fais ce que tu veux du moment que tu parles de Proust. Proust, ça se vend en ce moment. Alors, vas-y! Mais, attention Coco, il y a urgence ! Télérama, Elle et les Inrocks sortent chacun un numéro spécial sur Proust pratiquement le même jour, dans six semaines, Il faut que Continuer la lecture de La suite de Balbec – Chapitre 1 

Les voisins

Ce texte se compose de deux versions distinctes d’un même évènement anodin : la rencontre de deux voisins dans un train.Il a été écrit dans le cadre d’un atelier d’écriture : « Prendre une histoire bien connue et la raconter d’un autre point de vue« . C’était le thème de l’exercice.
Ne soyez pas surpris : dans la première version, celle du 4ème droite, vous reconnaitrez peut-être une partie d’un texte publié en octobre 2015. C’était ça, l’histoire bien connue.

Les voisins

(1er voisin – 4ème droite)

— Vous ne connaissez pas mon voisin du dessus ? C’est un type plutôt petit, étroit, précis, mais pas tout à fait ridicule. Ses traits sont assez fins, mais ils portent une expression pusillanime. Il approche de la cinquantaine, mais il a les cheveux presque blancs. Il porte des Continuer la lecture de Les voisins 

The Thing in Death Valley

Pour la version originale française de ce texte, cliquez sur le titre ci-dessous:
La Chose dans la Vallée de la Mort

The Thing in Death Valley

We had left Las Vegas and the Golden Nugget around 2 a.m. after half a night of frantic gambling: I had won a ten- dollar silver coin at my fourth attempt on a slot machine and I thought that it was time for me to stop. After that, I had danced from one foot to the other in front of a black-jack or a roulette table not daring to take a chance with the least of my remaining one hundred dollars. The three others had encountered various fortunes, that is they had lost more or less money. Around one in the morning, a kind of a tacit agreement appeared when we had found ourselves wandering under the gigantic light-up cow boy who was dancing above the casino main entrance. Another hour of hesitation and, to conclude this night of madness, we had decided to go back to the Chevrolet waiting in the parking lot.

It was my turn to drive. For one hour or two, we went North-West, towards Death Valley. Under the white light of the hi-beams, the concrete of US 95 had Continuer la lecture de The Thing in Death Valley 

Le Comptoir du Panthéon (Couleur café n°26)

Couleur Café n° 26

 Le Comptoir du Panthéon

Avertissement : J’avais un compte à régler avec le Comptoir du Panthéon, 5 rue Soufflot, Paris 5ème. Alors, j’y suis retourné, j’ai regardé et j’ai écrit cette histoire. Ça va mieux maintenant.

C’est dimanche et il fait beau et chaud. Dans la partie haute de la rue Soufflot, la terrasse du Comptoir du Panthéon est bondée. Quelques habitués du quartier, raisonnablement halés, y retrouvent Paris avec plaisir en cette fin du mois d’août, mais l’essentiel de la clientèle est constitué de touristes. Ce sont des touristes comme je les aime, par couple ou par petits groupes de trois ou quatre, pas plus. Pas bruyants, contents d’être là, de se reposer une petite demi-heure avant de chercher la station de ce terrifiant RER qui devrait les mener aux Champs Élysées.

Il y a quelques minutes, je me suis installé de biais de manière à faire face au Panthéon.  J’observe le cheptel d’un œil bienveillant, satisfait de le voir nombreux et bien portant, un peu comme si j’en étais le propriétaire. En espérant la serveuse qui prendra tout à l’heure ma commande d’un Perrier sans glace et sans citron, je pense que j’ai bien fait de choisir cet endroit. N’eut été la chaleur de ce milieu d’après-midi, je me serais bien sûr installé au Rostand ou à la Crêperie. Mais à cette heure et en cette saison, leurs terrasses sont souvent surchauffées sous leurs vélums frappés par le soleil. A l’ombre, à distance des motocyclettes hystériques qui hurlent en gravissant la rue Saint Jacques comme si c’était une rampe de lancement, loin des marchands de vêtements du Boulevard Saint-Michel et de la foule bigarrée qui entre et sort du Luxembourg ou qui se presse devant les chromos accrochés aux grilles du jardin, la terrasse du Comptoir m’a parue accueillante.

Ce n’est pas comme la serveuse. Visage sévère et pâle, silhouette mince et nerveuse, cheveux bruns rassemblés dans un chignon incertain, débardeur gris foncé, jeans slim taille basse noirs symétriquement déchirés aux genoux, rangers de cuir noir, ses yeux évitent les miens, au point que, Continuer la lecture de Le Comptoir du Panthéon (Couleur café n°26) 

L’Entracte (Couleur café n°25)

Couleur Café n°25

L’Entracte 
75 avenue des Gobelins, Paris

9h20 : la terrasse du café est à l’ombre, mais le soleil brille sur l’avenue des Gobelins. Par ces deux ou trois jours extraordinaires d’avril, le matin, il fait encore frais, mais on sent que la douceur ne va pas tarder. A l’autre bout de la terrasse où je bois mon double-express, une jeune femme vient de s’asseoir. Elle me fait face, mais elle ne me voit pas. Elle allume une cigarette, commande je ne sais quoi, ouvre son téléphone et compose. En attendant la réponse, machinalement, elle regarde dans ma direction. Gêné d’avoir été surpris en train de l’observer, je plonge vers mon écran et passe à autre chose. Quelques lignes plus tard, je relève les yeux. Elle a la tête penchée, le téléphone collé à son oreille gauche. À la hauteur de sa bouche, sa main droite tient une cigarette allumée qui fume devant ses yeux baissés. Elle parle. Entrecoupée par le bruit des voitures qui descendent l’avenue, j’entends confusément sa conversation :
«  …mais pourquoi tu dis ça… tu sais bien que ça ne pouvait pas… jamais discuter avec toi…prendre mes affaires ce soir… te voir souvent quand même…c’est ça, moi aussi, moi aussi…  » 
Un capuccino et un verre d’eau sont maintenant sur la table. La main qui tient la cigarette s’écarte un instant pour chasser la fumée de devant ses yeux et je vois qu’elle pleure.

Ils ont sans doute fait l’amour vers une heure du matin, pas très bien. Et puis, au lieu de s’endormir, à plat dos, côte à côte, les yeux fixés Continuer la lecture de L’Entracte (Couleur café n°25)