Archives pour la catégorie Fiction

Guillaume n’aime pas l’avion – 1

Première partie

Doung !

—La compagnie Delta Airlines vous souhaite la bienvenue à bord de ce Boeing 777 à destination de Paris-Orly. Nous atteindrons notre destination dans sept heures et trente minutes. Le temps sera calme sur l’ensemble du parcours avec un risque de turbulences une heure avant l’arrivée. Vous pouvez dès à présent détacher votre ceinture de sécurité. Un diner vous sera servi dans quelques instants. Le personnel de bord est à votre disposition pour…

Dès le début de l’annonce, les hôtesses avaient commencé à s’agiter, fermant les rideaux qui séparent la classe Business du reste de l’avion, sortant les apéritifs et s’enquérant du confort des passagers. Ce tranquille va et vient du personnel de bord, ces légers bruits de vaisselle, ces murmures polis et familiers, tout cela finissait de rassurer Guillaume. Il avait commencé à se sentir un peu mieux dès qu’il avait perçu, en même temps que la décélération du Boeing, le bruit de ses deux réacteurs qui passait du stade « hurlement rageur » de la montée à celui de « calme vrombissement » de la vitesse de croisière. Mais le début du service de cabine achevait toujours de le convaincre que tout allait bien, car si on servait le champagne, c’était bien la preuve qu’il n’y avait plus de danger.

Guillaume n’aime pas l’avion. Malgré ses centaines de décollages et d’atterrissages et bien qu’aucun incident ne se soit jamais produit sur aucun de ses vols, il n’aime pas l’avion. Il n’aime pas cette idée d’être enfermé dans un gigantesque tube en même temps que deux ou trois cents autres personnes assises sur une énorme citerne de produit hautement inflammable. Il n’aime pas cette idée de n’être qu’un bagage impuissant aux ordres d’un équipage qui, en cas de problème, ne fera que lui déguiser la vérité, celle par exemple que l’avion va immanquablement se casser la figure. Non, Guillaume n’aime pas l’avion. Compte tenu de son métier, c’est plutôt Continuer la lecture de Guillaume n’aime pas l’avion – 1 

BONJOUR, PHILIPPINES ! – 5 – LA FIÈVRE MONTE A MINDANAO

CHAPITRE 5 – LA FIÈVRE MONTE A MINDANAO

Ce chapitre est essentiel et onirique à la fois. C’est pourquoi il est important de rappeler ce qui s’est passé jusqu’à présent. Voici : Gérard, André et Philippe ont été envoyés à Manille pour une étude routière financée par la Banque Mondiale. Ils s’envolent ce soir pour Mindanao pour découvrir demain le terrain où va s’exercer leur art. Gérard, le chef de bande, est joyeux, comme souvent, et André est bougon, comme toujours. Quant à Philippe, ça va mieux.

***

— Philippines Airlines est heureuse de vous accueillir sur ce vol à destination de Cagayan de Oro. Nous atteindrons notre destination après une heure et 45 minutes de vol. Nous volerons à une altitude de 22000 pieds. Sur le parcours le temps sera calme avec des risques de turbulences à l’arrivée. Nous remercions les passagers éventuellement porteurs d’armes à feu de bien vouloir les décharger.

C’est la deuxième fois que j’entends cette annonce qui continue pourtant à me surprendre. J’espère qu’il n’y aura pas de fausse manœuvre lors du déchargement. Effectivement, le temps est beau. Le soleil traverse le hublot à l’horizontal. En bas, c’est Continuer la lecture de BONJOUR, PHILIPPINES ! – 5 – LA FIÈVRE MONTE A MINDANAO 

BONJOUR, PHILIPPINES ! – 4 – UN SOIR AU MONTE CARLO

CHAPITRE 4 – UN SOIR AU MONTE CARLO

Le résumé des trois chapitres passés est-il vraiment nécessaire ? C’est évidemment l’avenir qui vous intéresse. Le voici dévoilé : dans ce quatrième épisode des aventures de Philippe au Philippines, on verra comment négocier une chambre au Hilton, comment devenir membre d’un club très fermé de Manille et pourquoi Ratinet n’a pas de chance.

***

Les choses vont mieux, du moins pour moi. Ces derniers jours, quand j’ai eu fini de tailler mes crayons, j’ai consacré mon temps à lire quelques études sur Mindanao et à examiner avec Pacifico de quels moyens matériels et humains nous pourrions disposer pour organiser une enquête de trafic, pour la réaliser et la dépouiller. Nous avons établi un premier Continuer la lecture de BONJOUR, PHILIPPINES ! – 4 – UN SOIR AU MONTE CARLO 

BONJOUR, PHILIPPINES ! -3 – MITRAILLETTE, CHAMPAGNE ET TAILLE CRAYON

CHAPITRE 3 – MITRAILLETTE, CHAMPAGNE ET TAILLE CRAYON

Résumé des chapitres précédents

Personnages principaux :
André Ratinet : ingénieur routier, dit « Dédé Badluck »,
Gérard Peltier : chef de mission, optimiste
Philippe : ingénieur économiste, le narrateur

Ces trois personnages sont réunis à Manille pour une étude routière. Dans les deux chapitres précédents, Ratinet a pris une tasse de café sur son pantalon, il a perdu sa valise et il s’est fait voler par des vrais-faux policiers. Cela n’a pas entamé le moins du monde l’enthousiasme forcené de Peltier. Quant au narrateur, il est plutôt dans l’observation et l’expectative.

***

Le jour se lève sur Manille. La brume posée sur la baie ne laisse voir que les superstructures des dizaines de cargos qui attendent leur tour pour entrer dans le port. Un soleil horizontal brille sur le Roxas Boulevard, déjà bruyant de Jeepneys bariolées, de camions enguirlandés et de voitures aux vitres argentées au milieu d’une nuée de motocyclettes, de vélos et de triporteurs virevoltants. Les fumées qui s’échappent des cuisines des restaurants ambulants montent tout droit puis s’étalent dans le ciel sans vent.

Je n’entends ni ne vois rien de tout ça car ma chambre donne sur l’arrière de l’hôtel. Je dors. Je suis troublé dans mon rêve par un bruit qui se distingue brutalement du ronronnement familier de l’air conditionné. Très vite, ce bruit unique se sépare en deux sons identifiables par ma conscience progressivement retrouvée : je reconnais le bourdonnement de mon réveil et le grondement du Continuer la lecture de BONJOUR, PHILIPPINES ! -3 – MITRAILLETTE, CHAMPAGNE ET TAILLE CRAYON 

BONJOUR, PHILIPPINES ! -2 – DES MÉFAITS DE L’AIR CONDITIONNÉ

Pour lire le CHAPITRE UN – UN PTEROCDACTYLE SUR FOND D’AZUR
il faut juste cliquer dessus.

CHAPITRE 2 – DES MÉFAITS DE L’AIR CONDITIONNÉ

Après un long voyage en compagnie d’André Ratinet, ingénieur et malchanceux, Philippe est arrivé à Manille de mauvaise humeur, agacé par l’enthousiasme permanent de son chef de mission et abasourdi par l’étrangeté du monde qui lui a sauté à la figure dès l’aéroport. Nous le retrouvons en milieu de matinée dans sa chambre du Blue Lagoon.

***

Malgré une fin de soirée plutôt agréable, la nuit n’a pas été bonne. Les six heures de décalage horaire, d’Ouest en Est de surcroit, y sont bien sûr pour quelque chose, mais il n’y a pas que ça : j’ai passé une bonne partie de ma nuit à me lever pour arrêter le climatiseur et obtenir le silence, et me relever pour le redémarrer dans la chaleur étouffante. Le vrai sommeil n’est venu qu’avec le lever du jour, et je me suis endormi, bercé par les borborygmes de l’appareil devenus familiers.

Réveillé vers dix heures, je ressens une sorte de sourde angoisse devant cette journée vide qui s’annonce. Il est trop tard pour le petit déjeuner, trop tôt pour le déjeuner. Je ne connais rien de Manille, de sa géographie, de ses quartiers, de ses moyens de transport, de sa population. Partir à pied le long de la baie ne me paraît pas envisageable ni même seulement prudent et, mis à part le Blue Lagoon, je n’ai qu’un autre point de repère dans cette ville immense et c’est le Continuer la lecture de BONJOUR, PHILIPPINES ! -2 – DES MÉFAITS DE L’AIR CONDITIONNÉ 

BONJOUR, PHILIPPINES ! -1 – UN PTÉRODACTYLE SUR FOND D’AZUR

BONJOUR, PHILIPPINES !

ptérodactyle

CHAPITRE 1 – UN PTÉRODACTYLE SUR FOND D’AZUR

La scène se passe au Bureau Central d’Etudes pour les Équipements d’Outre-Mer, 15 Square Max Hymans à Paris. Philippe est seul dans la salle de réunion du quatrième étage, département des études économiques. Sur le grand planisphère offert par UTA qui est affiché au mur, ça ressemble à un gigantesque ptérodactyle volant lourdement sur fond d’azur. C’est Mindanao.

***

Mindanao. J’ai mis du temps à trouver cette ile sur la carte, car au moment où j’ai appris qu’on voulait m’envoyer aux Philippines pour cinq ou six mois, je ne savais même pas dans quel océan se trouvait cet archipel. Maintenant, je sais : c’est loin. Cette multitude d’îles Continuer la lecture de BONJOUR, PHILIPPINES ! -1 – UN PTÉRODACTYLE SUR FOND D’AZUR 

Conversation sur le sable – 3

Saint Brévin l’Océan, 12 aout 1948

Voix off dont on aperçoit l’ombre dans l’angle inférieur droit de la photo :
— Oh Roger ! Ce qu’il est joli ton château de sable !

Enfant au premier plan :
—  Euh… ben…oui… euh… hein… ça … ça … ça va Ginette ?

Enfant au deuxième plan :
—  Parce que ce trou- là, ça ressemble à un château, peut-être ? Allez dégage, pétasse !

Voix off dont on aperçoit l’ombre dans l’angle inférieur droit de la photo
— Oh ben, Roger ! Il est pas poli ton copain !

Enfant au premier plan :
— Qui ça ? Celui-là ? Mais c’est pas mon copain !

Les jambes au maillot de bain en laine en arrière-plan, les yeux au ciel, en aparté  :
— Avant que le coq ait chanté, tu m’auras renié trois fois…

Pour ré-entendre les conversations précédentes, c’est  ici : 

Conversation sur le sable – 1

Conversation sur le sable – 2

Conversation sur le sable – 2

Saint Brévin l’Océan, 12 aout 1948

Voix Off dont on aperçoit l’ombre dans l’angle inférieur droit de la photo (Marcel) :
—    Dis, Roger, tu m’la prêtes, ta pelle. J’ai paumé la mienne.

Enfant au deuxième plan (Machin) :
—    C’est deux billes et un roudoudou du quart d’heure, mec !

Voix Off dont on aperçoit l’ombre dans l’angle inférieur droit de la photo (Marcel) :
—    Ta gueule, Machin. C’est à Roger que j’cause. Alors, Roger, tu m’la prêtes ?

Enfant au premier plan (Roger):
—    D’accord, Marcel. J’te r’file mon quart d’heure. Mais pour moi, ça sera trois billes et deux roudoudou. Et pis, faudra qu’tu lui rendes, la pelle, à Machin, bicose c’est la sienne.

Les jambes au maillot de bain en laine en arrière-plan sur la photo (Anonyme) :

—    Laisse béton, Marcel. C’est pas dans tes moyens, c’t’inflation. Y a une gisquette là-bas qu’a tout c’qui faut. On va bien arriver à la convaincre de nous la passer, sa pelle, et pour pas cher, encore !

Si on en veut un peu plus, on peut retourner voir Conversation sur le sable -1. Il suffit de cliquer sur le titre

 

PUBLICATIONS A VENIR

  • 30 Mar, ………..Tableau 247
  • 31 Mar, ……….J’ai retrouvé mon Baleinié
  • 2 Avr, ………… Juliette et le Jardinier

 

 

Un p´tit noir au zinc (Couleur café n°7)

Couleur café (7 )

21 janvier 2013      7 heures 44.
Comme chaque matin de la semaine, sauf les samedis, dimanches et jours fériés, j’entre au café « Le Floréal » situé exactement au 150 de l’avenue Parmentier à l’angle de la rue du Faubourg du Temple, à Paris dans le dixième arrondissement. J’ai seize minutes devant moi avant la prise de mon service d’agent d’accueil aux admissions de l’Hôpital Saint-Louis.

Il fait moins quatre degrés depuis quatre jours. C’est pourquoi ce matin, j’ai mis mon gros manteau gris à chevrons avec son col en fourrure de lapin, mon grand cache-nez fantaisie en laine rouge offert par ma belle-sœur, mes gants de cuir marron et le chapeau en astrakan que j’ai hérité de mon oncle Podger. Comme la neige est prévue pour ce soir 17 heures, j’ai mis mes caoutchoucs fourrés. Pour plus de sécurité, j’ai plié dans la poche droite de mon manteau mon passe-montagne en laine noire.

La température dans le café est de 22,5 degrés centigrades. Je compte onze consommateurs debout près du bar, quatorze clients assis, dont deux femmes, un garçon en salle (c’est un nouveau, un remplaçant sans doute) et Gégé, le barman. Les conversations portent sur le climat en général, le froid en particulier et l’annulation probable du prochain Paris-Saint-Germain-Bordeaux.
Je commande mon tilleul très chaud et un verre d’eau pas trop froide pour prendre mes médicaments. Je suis servi dans la minute.

7 heures 50.
Un individu pousse la porte vitrée qui, en vertu du principe de Watt, dit de la paroi froide, est couverte de condensation de vapeur d’eau. Il pénètre dans l’établissement recevant du public et vient se placer à ma gauche. Il est petit, sans doute un mètre soixante-deux, trapu, probablement soixante-quatorze kilos, et noir. Il a quarante ans, indubitablement. Il porte un chapeau de feutre marron, un manteau en poil de chameau beige, une veste de laine marron, une chemise blanche à rayures violettes et une cravate à rayures noires et oranges. Son pantalon est bleu roi, ses chaussures montantes sont jaunes. Je ne vois pas ses chaussettes. Son visage est rond et souriant. Il est très net et très propre. Il commande un café et un demi de Leffe, c’est-à-dire un verre de 33 centilitres de bière à la pression à 6,5 degrés d’alcool, et pose sur le zinc le montant exact des consommations dont il a lu le prix sur le tableau d’affichage réglementaire. L’odeur à la fois amère et sucrée du produit de fermentation provoque chez moi un léger écœurement. L’individu est désireux d’engager la conversation. Il parle. Il dit:

-« En 78, là, il faisait vraiment froid. Quand on pissait, ça gelait directement. C’était Continuer la lecture de Un p´tit noir au zinc (Couleur café n°7) 

La manducation des gnous

« La manducation des gnous » ou « la désidéologisation Flaubertienne d’une anamnésie obliquante »

Autour de la ziggourat, les gnous manduqaient des calembredaines sternutatoires. A l’oxymore, le surtarbrandur barbifiait au dessus des vistemboires en chiasme. Quand s’épanna l’acromégalie,  les thuriféraires des thébaïdes ratiocinèrent les chrysocales et l’anacoluthe procrastina dans les ergastules.