Archives pour la catégorie Récit

Une veille histoire de l’Ouest

Il y a très longtemps, pour la faire rire, mais aussi pour établir sa place dans le couple de manière définitive, il lui avait raconté cette vieille blague western :

« Deux chevaux traversent la prairie. Sur le premier, il y a un cow-boy endimanché. Sur le second, montée en amazone et en robe de mariée,  il y a la jeune femme qu’il vient d’épouser et qu’il ramène au ranch. Au bout d’une heure, son cheval  bute sur une pierre. Le cow-boy compte calmement:
— Un…

Un quart d’heure plus tard, son cheval fait un écart devant l’ombre d’un cactus. Le cow-boy compte calmement :
—Deux…

Dix minutes plus tard, le même cheval se cabre devant un serpent à sonnettes qui traverse la piste. Le cow-boy compte calmement :
—Trois…

Il descend de sa selle, sort son colt 45 et abat son cheval d’une balle dans la tête. Alors, la jeune femme dit :
—Mais mon chéri, pourquoi as-tu tué ce pauvre cheval ? Tu n’aurais pas dû faire ça !

Alors le cow-boy compte calmement :
—Un…

Beaucoup, beaucoup d’années ont passé et, l’autre jour, alors qu’ils marchaient côte à côte dans la ville, il a trébuché contre un trottoir et il est tombé.  Oh, il ne s’est pas fait mal, mais il l’a entendue qui comptait calmement :
— Un…

  • Bientôt publié

    • 25 Avr, ……..Les hommes des cavernes
    • 26 Avr, ……..Ah ! Les belles boutiques – 35
    • 27 Avr, ……..Trois jours de la vie de John Doe
    • 28 Avr, ……..Tableau 251

Les missions de Lorenzo (3)

Musée Picasso
par Lorenzo dell’Acqua

Ce jour-là, j’ai fait 1290 photos. Seul le numérique le permet. Qu’aurais-je fait hier ? Deux ou trois pellicules argentiques et à quel prix ! Je suis parti tôt avec Anne. Une facture du BHV donnait droit à un coupe-file pour le musée Picasso où j’avais décidé d’aller ce matin-là. J’en profiterai pour acheter deux vitres de cadre 50×50. Et c’est tout. Pas de chance, la proposition de billet coupe-file se terminait fin octobre ! Je suis donc venu pour rien. Comme il y a une justice immanente, je ne ferai aucune queue à l’entrée du musée Picasso. Curieuse impression. On nous prévient que c’est l’exposition d’un génie (ce que l’on savait) mais il n’y a rien de nouveau. J’ai même l’impression que ce n’est Continuer la lecture de Les missions de Lorenzo (3) 

La Traversée de Paris

Couleur café (4 ) 

La Traversée de Paris
45 rue Poliveau, Paris V

Entre les Gobelins et le Jardin des Plantes, précisément à l’angle de la rue Poliveau et de la rue Geoffroy Saint-Hilaire, il y a un café qui s’appelle « La Traversée de Paris« . Ce nom lui a sans aucun doute été donné en hommage au film du même nom, tiré lui-même du roman éponyme de Marcel Aymé. Le film était aussi réussi que le roman, drôle et cruel, sur la rencontre de deux égoïsmes dans le Paris de l’occupation allemande. On peut y voir une prestation extraordinaire de de Funès dans le rôle d’un charcutier nommé Jambier qui se livre au marché noir dans le sous-sol de sa boutique. Jambier y égorge un cochon tandis que Bourvil, porteur de valises, joue de l’accordéon pour couvrir les cris de l’animal et que Gabin, artiste peintre anar, fait monter les enchères en hurlant de manière à ce que tout le quartier entende: « Jambier, 45 rue Poliveau, c’est trois mille francs !« . Bref, tout ça pour expliquer pourquoi le café s’appelle « La Traversée de Paris« .
Le quartier n’a pas dû bouger beaucoup depuis l’Occupation. Les immeubles ont été ravalés et entretenus, mais à part ça, ils sont Continuer la lecture de La Traversée de Paris 

Objectif  : Le Monde

Objectif  : Le Monde

Au temps de ma jeunesse folle, il était de bon ton de considérer que Le Monde était un journal objectif. Personnellement, je n’en ai jamais cru un mot, mais il n’était pas toujours aisé d’apporter la contradiction à cette idée reçue, largement partagée pendant des décennies1  dans les milieux estudiantins et leurs environs. C’est pourquoi, l’autre jour, sur cet excellent podcast qu’est « Le Nouvel Esprit Public« , son créateur, animateur et modérateur, Philippe Meyer, qu’on ne soupçonnera pas de conservatisme exacerbé, m’a fait grand plaisir en rapportant cette anecdote à propos d’Hubert Beuve-Méry2.

Philippe Meyer, alors jeune journaliste sans emploi, déjeune avec Beuve-Méry pour discuter de son éventuelle collaboration au Monde. HBM présente longuement ses conceptions du journalisme en général et du Monde en particulier. Comme le Grand Manitou n’a pas prononcé une seule fois le mot « objectivité » au cours de son exposé, Meyer pose la question :
—Mais, Monsieur, qu’en est-il du devoir d’objectivité du journaliste ?
—Jeune homme, si vous entrez au Monde, contentez-vous donc d’une subjectivité désintéressée.

Le mot est joli, la formule est élégante, mais elle fait bon marché de la légende du journal3.

Notes
1 — Elle l’est beaucoup moins (partagée) depuis le séjour d’Edwy Plenel à la tête de la rédaction
2­­ — Directeur du Monde de 1944 à 1969
3 — C’est la chose la plus gentille que j’aie trouvé à dire sur Le Monde

Bientôt publié

    • Demain, …….A propos de l’affaire Dreyfus
    • 21 Mar, ………Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ?
    • 22 Mar, ………Tableau 246
    • 23 Mar, …….. La fin de l’écriture
    • 24 Mar, ……..Big Bang

Un p´tit noir au zinc (Couleur café n°7)

Couleur café (7 )

21 janvier 2013      7 heures 44.
Comme chaque matin de la semaine, sauf les samedis, dimanches et jours fériés, j’entre au café « Le Floréal » situé exactement au 150 de l’avenue Parmentier à l’angle de la rue du Faubourg du Temple, à Paris dans le dixième arrondissement. J’ai seize minutes devant moi avant la prise de mon service d’agent d’accueil aux admissions de l’Hôpital Saint-Louis.

Il fait moins quatre degrés depuis quatre jours. C’est pourquoi ce matin, j’ai mis mon gros manteau gris à chevrons avec son col en fourrure de lapin, mon grand cache-nez fantaisie en laine rouge offert par ma belle-sœur, mes gants de cuir marron et le chapeau en astrakan que j’ai hérité de mon oncle Podger. Comme la neige est prévue pour ce soir 17 heures, j’ai mis mes caoutchoucs fourrés. Pour plus de sécurité, j’ai plié dans la poche droite de mon manteau mon passe-montagne en laine noire.

La température dans le café est de 22,5 degrés centigrades. Je compte onze consommateurs debout près du bar, quatorze clients assis, dont deux femmes, un garçon en salle (c’est un nouveau, un remplaçant sans doute) et Gégé, le barman. Les conversations portent sur le climat en général, le froid en particulier et l’annulation probable du prochain Paris-Saint-Germain-Bordeaux.
Je commande mon tilleul très chaud et un verre d’eau pas trop froide pour prendre mes médicaments. Je suis servi dans la minute.

7 heures 50.
Un individu pousse la porte vitrée qui, en vertu du principe de Watt, dit de la paroi froide, est couverte de condensation de vapeur d’eau. Il pénètre dans l’établissement recevant du public et vient se placer à ma gauche. Il est petit, sans doute un mètre soixante-deux, trapu, probablement soixante-quatorze kilos, et noir. Il a quarante ans, indubitablement. Il porte un chapeau de feutre marron, un manteau en poil de chameau beige, une veste de laine marron, une chemise blanche à rayures violettes et une cravate à rayures noires et oranges. Son pantalon est bleu roi, ses chaussures montantes sont jaunes. Je ne vois pas ses chaussettes. Son visage est rond et souriant. Il est très net et très propre. Il commande un café et un demi de Leffe, c’est-à-dire un verre de 33 centilitres de bière à la pression à 6,5 degrés d’alcool, et pose sur le zinc le montant exact des consommations dont il a lu le prix sur le tableau d’affichage réglementaire. L’odeur à la fois amère et sucrée du produit de fermentation provoque chez moi un léger écœurement. L’individu est désireux d’engager la conversation. Il parle. Il dit:

-« En 78, là, il faisait vraiment froid. Quand on pissait, ça gelait directement. C’était Continuer la lecture de Un p´tit noir au zinc (Couleur café n°7) 

Café Premier (Couleur café n°27)

Couleur café n°27

Café Premier
17 boulevard Arago, Paris 13ème

Elles approchent de la terrasse, enveloppées toutes les deux. Elles parlent haut et clair. Elles hésitent à s’asseoir aux deux tables libres qui sont à ma gauche. La moins grosse jette un regard appuyé sur le sac que j’ai posé sur la chaise vide à côté de la mienne. Je l’enlève. La plus grosse y pose immédiatement le sien. Bousculant les tables légères, les deux s’installent avec peine sur les fragiles chaises de jardin multicolores en plaisantant à propos de l’effet de l’été sur leur régime. Je les déteste déjà.

La cinquantaine ou un peu moins, toutes les deux. L’une, légèrement bronzée, blonde, cheveux longs tirés en arrière, lunettes de soleil imitation chic relevées sur le haut du crâne, a fait ce matin un effort d’élégance. Robe légère aux motifs feuilles de thé marron foncé sur fond crème, large ceinture, chaussures de bon goût, sac peut-être cher. Ferragamo ? Sa voix est forte mais un peu sourde. Je ne comprends pas toujours ce qu’elle dit.

L’autre a dû abandonner toute recherche d’élégance et toute idée de régime. Teint couperosé de récents coups de soleil, cheveux châtain foncé, presque crépus, coupés assez courts. Elle porte une robe sans forme, aux étranges motifs géométriques, triangles, losanges et carrés entremêlés, remplis d’étranges couleurs, jaune, rose, rouge, orange et marron. Le sac, en matière plastique, a été acheté le même jour : il reprend les motifs de la robe. Le rose des ballerines de toile colle parfaitement à celui des losanges de la robe. Je reconnais mon erreur : il y a eu recherche.  La voix est forte et remarquablement claire : je comprends tout ce qu’elle dit.

Elle plaisante souvent. Elle raconte ses vacances à Cambo-les-bains, sa chambre d’hôtel avec balcon, le prix payé pour neuf jours, qui d’ailleurs n’a pas augmenté depuis l’année dernière, le pourboire qu’elle a laissé en partant, quatre euros par jour, celui qu’une amie éphémère a laissé, ridiculement élevé, les films qu’elle a vus à la télévision, la plage de Saint Jean de Luz, le petit restaurant sans prétention près de la Place Louis XIV, la gentillesse des gens du coin, le sans-gêne des touristes… Parfois, elle fait des détours par les manies de son ex-mari, les exigences de sa vieille mère malade, le produit qu’elle met sur ses cheveux quand elle va à la piscine, ou la meilleure façon de clouer le bec à son patron.

La robe aux feuilles de thé parle peu. Elle écoute. De temps en temps, elle acquiesce, renchérit un peu, commente rarement. Elle met en valeur, elle relance. Une bonne copine. Il y a longtemps qu’elle a abandonné l’idée de raconter ses propres vacances, ses propres histoires, ses propres soucis.  Dominer l’autre esthétiquement lui suffit.

Ce sont deux amies. Elles se complètent. Chacune connait ses propres faiblesses et les défauts de l’autre. L’une se croit drôle et pleine de charme, l’autre se croit belle et mystérieuse. Elles sont deux faire-valoir réciproques. Elles doivent draguer ensemble. L’Esprit et la Beauté, Athéna et Aphrodite, Laurel et Hardy ?

Mais elles doivent partir : l’une a rendez-vous avec son coiffeur et l’autre ne veut pas rater « Quatre mariages pour une lune de miel » sur TF1. Elles se lèvent et s’éloignent en contournant la terrasse.

J’entends une voix haute et claire qui dit : « Tu as vu le type à la table d’à côté ? Il n’a pas perdu une miette de ce qu’on disait. Il y a des gens qui n’ont vraiment rien à faire ! Et sans gêne, avec ça ! « 

 

Bientôt publié

  • 14 Mar, 8 h 47 min Toilette et galaxies
  • 15 Mar, 7 h 47 min Tableau 245
  • 16 Mar, 8 h 47 min Pourquoi avoir choisi d’écrire ?

De Gaulle et les femmes – Post it n°23

Plusieurs témoignages montrent que le Général De Gaulle n’était pas insensible à la beauté des femmes. En particulier, on dit qu’il avait été séduit, en tout bien tout honneur, notamment par Brigitte Bardot et par Jacqueline Kennedy. À ce propos, j’ai entendu un jour une anecdote qui, compte tenu de la personnalité du Général, me semble tout à fait vraisemblable.
Voici :

Simone Valère fut une très belle femme, épouse de l’acteur Jean Desailly et actrice elle-même.
Un beau matin, un membre du Cabinet, que par Continuer la lecture de De Gaulle et les femmes – Post it n°23 

Le livre de l’Éthiopien – 5 

Il y a deux mois environ, dans des circonstances peu ordinaires, je suis devenu propriétaire, où peut-être receleur, d’un recueil de poésie. Si vous voulez savoir pourquoi je l’appelle le Livre de l’Éthiopien, vous n’avez qu’à cliquer dessus.

Sur ce livre, des noms sont inscrits. Sur la couverture, en caractères d’imprimerie, on trouve Gustave Merlet et A.Fouraut. C’est normal, ce sont l’auteur et l’éditeur.

Si l’on Gougueulise Merlet, on trouve des choses. Wikipedia n’a rien à dire sur lui, mais l’Académie Française, oui. Par exemple, on apprend qu’il a vécu de 1828 à 1891, qu’il était agrégé de lettres et qu’il a reçu de l’Académie, pour trois de ses ouvrages, trois prix, respectivement de 1200, 2000 et 3000 Francs. Bon.

Sur le Web, il n’y a pas trace de l’éditeur A. Fouraut. C’est à se demander s’il a existé.

Les autres noms qui figurent Continuer la lecture de Le livre de l’Éthiopien – 5  

A l’enterrement d’Alexis

Il y a environ 4 ans, j’étais allé à un enterrement, celui d’Alexis.

À l’enterrement d’Alexis, je n’ai reconnu personne.

Nous n’avions jamais été vraiment ami, mais ce grand bonhomme m’avait impressionné. Haute taille et forte voix, fière allure et confiance en soi, esprit acéré et vive intelligence, il était mon aîné de peu. Quelques années avant moi, il avait fait les Ponts et suivi les cours du CEPE. Je devais lui succéder en tant qu’ingénieur trafic et économiste dans une étude d’autoroutes au Liban. Il avait bâti la méthode, je n’avais plus qu’à l’appliquer. Ce fut facile. Au cours des cinq ou six années qui suivirent, je le retrouvai plusieurs fois, au hasard de nos missions, à Téhéran, à Athènes, à Manille… Tous deux définitivement de retour à Paris, chacun pour des raisons différentes, nous avions instauré un déjeuner hebdomadaire auquel nous conviions Continuer la lecture de A l’enterrement d’Alexis