Archives pour la catégorie Récit

Retour au Comptoir

J’y suis retourné, au Comptoir du Panthéon1. Ce doit être mon côté aventurier. Eh bien, elle était là, ma serveuse2, égale à elle-même3 Elle ne semblait pas se souvenir de notre dernière rencontre. Ou alors, elle ne m’a pas reconnu. Ou elle a fait semblant. Elle m’a servi mon café, sans un mot ni un sourire, bien sûr, mais dans des temps raisonnables. Alors, pour cette fois, je l’ai laissée vivre.

Note 1 – Si vous voulez savoir de quoi je parle, cliquez là-dessus
Note 2 – Melissa
Note 3 – Visage sévère et pâle, silhouette mince et nerveuse, cheveux bruns rassemblés dans un chignon incertain, débardeur gris foncé, jeans slim taille basse noirs symétriquement déchirés aux genoux, rangers de cuir noir,

Bientôt publié
Demain,  A Ré – 2
21 Août, Il était une fois à Hollywood – Critique aisée n°167
22 Août,  Une chambre en Ville (di Paraso) – 2
23 Août,  La nasse

Qui était donc ce type ? (Couleur Café n°29)

LE JOURNAL DES COUTHEILLAS – NUMERO 2082

Couleur Café n°29

Qui était donc ce type ?

Café Hugo
22 Place des Vosges

C’est un quartier où je ne viens presque jamais, un café où je n’étais jamais venu. Voyons voir.
Les vieilles tables en bois sont marquées de coups et de brulures d’autrefois et les larges banquettes en moleskine marron sont craquelées comme je les aime. La serveuse, aimable, est en bon état. Installé contre le mur du fond, je tourne le dos à un grand miroir encadré de mosaïques aux motifs géométriques rouges, jaunes et argent. Devant moi, au premier plan, deux tables vides, puis la terrasse, puis, au-delà de la chaussée, les grilles du jardin et enfin les arbres de la place des Vosges, encore dénudés. Le mur qui sépare la salle de la terrasse est percé des mêmes arcades que celui qui sépare la terrasse de la chaussée. Les deux sont faits des mêmes pierres jaunes griffées, jointées à sec. Un passage par Wikipédia m’apprend que le Café Hugo occupe le rez-de-chaussée de l’Hôtel Laffemas (XVIIème siècle) et que la maison qui fut celle du grand Victor est à deux pas.
J’ai rendez-vous tout près d’ici dans un peu plus d’une heure. J’ai le temps de prendre un autre café et d’observer.

A ma gauche, près de l’arcade, un couple est installé. L’homme me fait face. Posées à plat sur la table, ses deux mains recouvrent la main droite de la Continuer la lecture de Qui était donc ce type ? (Couleur Café n°29) 

Sur le boulevard Arago – Post it n°26

Il fait bon dans le sous-bois du Boulevard Arago et ce n’est que par endroits que le soleil parvient à traverser le nuage de feuilles que les marronniers déroulent jusqu’à la clairière de la place Denfert-Rochereau. Le rempart de la maison d’arrêt et le mur des Sœurs de Saint Joseph encadrent la chaussée déserte qui monte silencieusement entre deux trottoirs ombragés vers le point de fuite où veille encore le grand lion de Belfort.
En cette fin de matinée de printemps, pas un souffle de vent ne fait bruisser les branches, pas une auto ne ronronne, pas une moto ne rugit, pas un vieillard ne tousse, pas un enfant ne crie. Les avions sont trop haut pour exister et les cloches ne sonneront pas avant midi. Même les stupides pigeons se sont tus. Nous non plus, nous ne disons rien. On entend juste le bruit de nos pas. C’est dimanche. Passé la rue Continuer la lecture de Sur le boulevard Arago – Post it n°26 

La Maison Marie

Couleur café n°28

Maison Marie
222 rue Saint-Jacques 75005 Paris
Samedi 2 février

Je n’aime pas beaucoup le café brasserie qui porte ce nom de Maison Marie depuis deux ou trois ans à l’angle aigu des rues Saint-Jacques et Gay-Lussac. Pendant plus d’un siècle, sous cette même enseigne et à cet emplacement on trouvait un primeur, c’est-à-dire un commerce de fruits et de légumes. Les couleurs de ses bacs, rouge, vert, orange, brun égayaient un peu ce triste trottoir qui fait face au triste Institut Océanographique. Bon, mais voilà, le petit commerce de centre-ville se meure, notamment parce que vous n’y allez plus, et quand il ne s’appelle pas Monop’ ou Carrefour-Market, il a du mal à résister aux offres inespérées des nouveaux bougnats de Paris.

Je n’aime pas beaucoup ce café, mais Continuer la lecture de La Maison Marie 

Une veille histoire de l’Ouest

Il y a très longtemps, pour la faire rire, mais aussi pour établir sa place dans le couple de manière définitive, il lui avait raconté cette vieille blague western :

« Deux chevaux traversent la prairie. Sur le premier, il y a un cow-boy endimanché. Sur le second, montée en amazone et en robe de mariée,  il y a la jeune femme qu’il vient d’épouser et qu’il ramène au ranch. Au bout d’une heure, son cheval  bute sur une pierre. Le cow-boy compte calmement:
— Un…

Un quart d’heure plus tard, son cheval fait un écart devant l’ombre d’un cactus. Le cow-boy compte calmement :
—Deux…

Dix minutes plus tard, le même cheval se cabre devant un serpent à sonnettes qui traverse la piste. Le cow-boy compte calmement :
—Trois…

Il descend de sa selle, sort son colt 45 et abat son cheval d’une balle dans la tête. Alors, la jeune femme dit :
—Mais mon chéri, pourquoi as-tu tué ce pauvre cheval ? Tu n’aurais pas dû faire ça !

Alors le cow-boy compte calmement :
—Un…

Beaucoup, beaucoup d’années ont passé et, l’autre jour, alors qu’ils marchaient côte à côte dans la ville, il a trébuché contre un trottoir et il est tombé.  Oh, il ne s’est pas fait mal, mais il l’a entendue qui comptait calmement :
— Un…

  • Bientôt publié

    • 25 Avr, ……..Les hommes des cavernes
    • 26 Avr, ……..Ah ! Les belles boutiques – 35
    • 27 Avr, ……..Trois jours de la vie de John Doe
    • 28 Avr, ……..Tableau 251

Les missions de Lorenzo (3)

Musée Picasso
par Lorenzo dell’Acqua

Ce jour-là, j’ai fait 1290 photos. Seul le numérique le permet. Qu’aurais-je fait hier ? Deux ou trois pellicules argentiques et à quel prix ! Je suis parti tôt avec Anne. Une facture du BHV donnait droit à un coupe-file pour le musée Picasso où j’avais décidé d’aller ce matin-là. J’en profiterai pour acheter deux vitres de cadre 50×50. Et c’est tout. Pas de chance, la proposition de billet coupe-file se terminait fin octobre ! Je suis donc venu pour rien. Comme il y a une justice immanente, je ne ferai aucune queue à l’entrée du musée Picasso. Curieuse impression. On nous prévient que c’est l’exposition d’un génie (ce que l’on savait) mais il n’y a rien de nouveau. J’ai même l’impression que ce n’est Continuer la lecture de Les missions de Lorenzo (3) 

La Traversée de Paris

Couleur café (4 ) 

La Traversée de Paris
45 rue Poliveau, Paris V

Entre les Gobelins et le Jardin des Plantes, précisément à l’angle de la rue Poliveau et de la rue Geoffroy Saint-Hilaire, il y a un café qui s’appelle « La Traversée de Paris« . Ce nom lui a sans aucun doute été donné en hommage au film du même nom, tiré lui-même du roman éponyme de Marcel Aymé. Le film était aussi réussi que le roman, drôle et cruel, sur la rencontre de deux égoïsmes dans le Paris de l’occupation allemande. On peut y voir une prestation extraordinaire de de Funès dans le rôle d’un charcutier nommé Jambier qui se livre au marché noir dans le sous-sol de sa boutique. Jambier y égorge un cochon tandis que Bourvil, porteur de valises, joue de l’accordéon pour couvrir les cris de l’animal et que Gabin, artiste peintre anar, fait monter les enchères en hurlant de manière à ce que tout le quartier entende: « Jambier, 45 rue Poliveau, c’est trois mille francs !« . Bref, tout ça pour expliquer pourquoi le café s’appelle « La Traversée de Paris« .
Le quartier n’a pas dû bouger beaucoup depuis l’Occupation. Les immeubles ont été ravalés et entretenus, mais à part ça, ils sont Continuer la lecture de La Traversée de Paris 

Objectif  : Le Monde

Objectif  : Le Monde

Au temps de ma jeunesse folle, il était de bon ton de considérer que Le Monde était un journal objectif. Personnellement, je n’en ai jamais cru un mot, mais il n’était pas toujours aisé d’apporter la contradiction à cette idée reçue, largement partagée pendant des décennies1  dans les milieux estudiantins et leurs environs. C’est pourquoi, l’autre jour, sur cet excellent podcast qu’est « Le Nouvel Esprit Public« , son créateur, animateur et modérateur, Philippe Meyer, qu’on ne soupçonnera pas de conservatisme exacerbé, m’a fait grand plaisir en rapportant cette anecdote à propos d’Hubert Beuve-Méry2.

Philippe Meyer, alors jeune journaliste sans emploi, déjeune avec Beuve-Méry pour discuter de son éventuelle collaboration au Monde. HBM présente longuement ses conceptions du journalisme en général et du Monde en particulier. Comme le Grand Manitou n’a pas prononcé une seule fois le mot « objectivité » au cours de son exposé, Meyer pose la question :
—Mais, Monsieur, qu’en est-il du devoir d’objectivité du journaliste ?
—Jeune homme, si vous entrez au Monde, contentez-vous donc d’une subjectivité désintéressée.

Le mot est joli, la formule est élégante, mais elle fait bon marché de la légende du journal3.

Notes
1 — Elle l’est beaucoup moins (partagée) depuis le séjour d’Edwy Plenel à la tête de la rédaction
2­­ — Directeur du Monde de 1944 à 1969
3 — C’est la chose la plus gentille que j’aie trouvé à dire sur Le Monde

Bientôt publié

    • Demain, …….A propos de l’affaire Dreyfus
    • 21 Mar, ………Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ?
    • 22 Mar, ………Tableau 246
    • 23 Mar, …….. La fin de l’écriture
    • 24 Mar, ……..Big Bang

Un p´tit noir au zinc (Couleur café n°7)

Couleur café (7 )

21 janvier 2013      7 heures 44.
Comme chaque matin de la semaine, sauf les samedis, dimanches et jours fériés, j’entre au café « Le Floréal » situé exactement au 150 de l’avenue Parmentier à l’angle de la rue du Faubourg du Temple, à Paris dans le dixième arrondissement. J’ai seize minutes devant moi avant la prise de mon service d’agent d’accueil aux admissions de l’Hôpital Saint-Louis.

Il fait moins quatre degrés depuis quatre jours. C’est pourquoi ce matin, j’ai mis mon gros manteau gris à chevrons avec son col en fourrure de lapin, mon grand cache-nez fantaisie en laine rouge offert par ma belle-sœur, mes gants de cuir marron et le chapeau en astrakan que j’ai hérité de mon oncle Podger. Comme la neige est prévue pour ce soir 17 heures, j’ai mis mes caoutchoucs fourrés. Pour plus de sécurité, j’ai plié dans la poche droite de mon manteau mon passe-montagne en laine noire.

La température dans le café est de 22,5 degrés centigrades. Je compte onze consommateurs debout près du bar, quatorze clients assis, dont deux femmes, un garçon en salle (c’est un nouveau, un remplaçant sans doute) et Gégé, le barman. Les conversations portent sur le climat en général, le froid en particulier et l’annulation probable du prochain Paris-Saint-Germain-Bordeaux.
Je commande mon tilleul très chaud et un verre d’eau pas trop froide pour prendre mes médicaments. Je suis servi dans la minute.

7 heures 50.
Un individu pousse la porte vitrée qui, en vertu du principe de Watt, dit de la paroi froide, est couverte de condensation de vapeur d’eau. Il pénètre dans l’établissement recevant du public et vient se placer à ma gauche. Il est petit, sans doute un mètre soixante-deux, trapu, probablement soixante-quatorze kilos, et noir. Il a quarante ans, indubitablement. Il porte un chapeau de feutre marron, un manteau en poil de chameau beige, une veste de laine marron, une chemise blanche à rayures violettes et une cravate à rayures noires et oranges. Son pantalon est bleu roi, ses chaussures montantes sont jaunes. Je ne vois pas ses chaussettes. Son visage est rond et souriant. Il est très net et très propre. Il commande un café et un demi de Leffe, c’est-à-dire un verre de 33 centilitres de bière à la pression à 6,5 degrés d’alcool, et pose sur le zinc le montant exact des consommations dont il a lu le prix sur le tableau d’affichage réglementaire. L’odeur à la fois amère et sucrée du produit de fermentation provoque chez moi un léger écœurement. L’individu est désireux d’engager la conversation. Il parle. Il dit:

-« En 78, là, il faisait vraiment froid. Quand on pissait, ça gelait directement. C’était Continuer la lecture de Un p´tit noir au zinc (Couleur café n°7) 

Café Premier (Couleur café n°27)

Couleur café n°27

Café Premier
17 boulevard Arago, Paris 13ème

Elles approchent de la terrasse, enveloppées toutes les deux. Elles parlent haut et clair. Elles hésitent à s’asseoir aux deux tables libres qui sont à ma gauche. La moins grosse jette un regard appuyé sur le sac que j’ai posé sur la chaise vide à côté de la mienne. Je l’enlève. La plus grosse y pose immédiatement le sien. Bousculant les tables légères, les deux s’installent avec peine sur les fragiles chaises de jardin multicolores en plaisantant à propos de l’effet de l’été sur leur régime. Je les déteste déjà.

La cinquantaine ou un peu moins, toutes les deux. L’une, légèrement bronzée, blonde, cheveux longs tirés en arrière, lunettes de soleil imitation chic relevées sur le haut du crâne, a fait ce matin un effort d’élégance. Robe légère aux motifs feuilles de thé marron foncé sur fond crème, large ceinture, chaussures de bon goût, sac peut-être cher. Ferragamo ? Sa voix est forte mais un peu sourde. Je ne comprends pas toujours ce qu’elle dit.

L’autre a dû abandonner toute recherche d’élégance et toute idée de régime. Teint couperosé de récents coups de soleil, cheveux châtain foncé, presque crépus, coupés assez courts. Elle porte une robe sans forme, aux étranges motifs géométriques, triangles, losanges et carrés entremêlés, remplis d’étranges couleurs, jaune, rose, rouge, orange et marron. Le sac, en matière plastique, a été acheté le même jour : il reprend les motifs de la robe. Le rose des ballerines de toile colle parfaitement à celui des losanges de la robe. Je reconnais mon erreur : il y a eu recherche.  La voix est forte et remarquablement claire : je comprends tout ce qu’elle dit.

Elle plaisante souvent. Elle raconte ses vacances à Cambo-les-bains, sa chambre d’hôtel avec balcon, le prix payé pour neuf jours, qui d’ailleurs n’a pas augmenté depuis l’année dernière, le pourboire qu’elle a laissé en partant, quatre euros par jour, celui qu’une amie éphémère a laissé, ridiculement élevé, les films qu’elle a vus à la télévision, la plage de Saint Jean de Luz, le petit restaurant sans prétention près de la Place Louis XIV, la gentillesse des gens du coin, le sans-gêne des touristes… Parfois, elle fait des détours par les manies de son ex-mari, les exigences de sa vieille mère malade, le produit qu’elle met sur ses cheveux quand elle va à la piscine, ou la meilleure façon de clouer le bec à son patron.

La robe aux feuilles de thé parle peu. Elle écoute. De temps en temps, elle acquiesce, renchérit un peu, commente rarement. Elle met en valeur, elle relance. Une bonne copine. Il y a longtemps qu’elle a abandonné l’idée de raconter ses propres vacances, ses propres histoires, ses propres soucis.  Dominer l’autre esthétiquement lui suffit.

Ce sont deux amies. Elles se complètent. Chacune connait ses propres faiblesses et les défauts de l’autre. L’une se croit drôle et pleine de charme, l’autre se croit belle et mystérieuse. Elles sont deux faire-valoir réciproques. Elles doivent draguer ensemble. L’Esprit et la Beauté, Athéna et Aphrodite, Laurel et Hardy ?

Mais elles doivent partir : l’une a rendez-vous avec son coiffeur et l’autre ne veut pas rater « Quatre mariages pour une lune de miel » sur TF1. Elles se lèvent et s’éloignent en contournant la terrasse.

J’entends une voix haute et claire qui dit : « Tu as vu le type à la table d’à côté ? Il n’a pas perdu une miette de ce qu’on disait. Il y a des gens qui n’ont vraiment rien à faire ! Et sans gêne, avec ça ! « 

 

Bientôt publié

  • 14 Mar, 8 h 47 min Toilette et galaxies
  • 15 Mar, 7 h 47 min Tableau 245
  • 16 Mar, 8 h 47 min Pourquoi avoir choisi d’écrire ?