Archives de catégorie : Récit

Un café ? Non, merci !

Moi, j’aime pas les cafés ; je ne m’y suis jamais senti bien et je n’y ai jamais perçu la moindre chaleur humaine. Les inconditionnels ont beau me dire qu’ils vont au café pour se retrouver face à eux-mêmes, moi, j’ai plutôt l’impression qu’ils y vont pour échapper à eux-mêmes. Dans leurs paradis publics pour rêveurs solitaires règne une connivence d’habitués dont je ne comprends pas la langue. Leur indifférence à l’égard des clients de passage accentue mon sentiment d’exclusion. Mais n’exagérons rien, tout n’est pas si désagréable dans un café ! Parfois, après de multiples tentatives infructueuses pour accrocher son retard fixé sur un horizon imaginaire, il arrive, mais pas à tous les coups, que le garçon s’aperçoive enfin de votre présence et condescende à venir prendre votre commande tout en vous faisant bien comprendre qu’il s’agit d’une faveur. Si vous étiez ce jour-là en charmante compagnie, votre honneur est sauf.

Non, décidément, je n’aime pas les cafés, mais alors pas du tout ! Leurs sièges sont inconfortables et, à mon malaise psychologique, s’ajoute un malaise physique qui Continuer la lecture de Un café ? Non, merci !

Retour de Campagne (17) – À la mer comme à la mer

À la mer comme à la mer

Nous voilà à nouveau confinés au bord de la mer mais cette fois-ci, ce  n’est plus le printemps, et, croyez moi, en hiver, c’est une toute autre aventure ! Heureusement, il y a des compensations. D’abord, les rues sont   (presque) désertes et le nombre d’irresponsables sans masque est bien moindre qu’à Paris. Mais, attention, comme me l’a fait remarquer un ami ingénieur bienveillant, il faut se méfier Continuer la lecture de Retour de Campagne (17) – À la mer comme à la mer

Retour de Campagne (15) – La dame de Chez Lipp – Suite&Fin par Lariègeoise

Retour de Campagne (14)
13 novembre 20

Le jeu « Suite & Fin » récemment proposé ici-même consistait à produire un texte en continuation d’un texte proposé par le JdC et dont le titre était « La dame de Chez Lipp »
Voici la contribution de Lariègeoise. Le texte de départ est imprimé en bleu et le texte de Lariègeoise en noir, tout simplement.

La dame de Chez LIPP

Chez Lipp, dans l’angle Nord-Est de la première salle, juste sous le petit panneau cartonné suspendu à une patère qui « pour la tranquillité de la clientèle, demande aux utilisateurs de téléphones portables de renoncer à s’en servir à table », il y a une femme qui n’y a pas renoncé.

Elle est entrée, seule, brune et pâle, l’oreille collée au petit écran.  Au maitre d’hôtel qui l’a reçue comme une habituée, elle n’a pas adressé un regard. Par un imperceptible mouvement de la tête, elle a refusé les services de la demoiselle du vestiaire et, sans interrompre sa conversation, dans un mouvement compliqué accompli avec la dextérité que seule donne une grande habitude, elle s’est débarrassée de son imperméable. Elle l’a posé sur la banquette, noir, noir comme son sac, comme son tailleur, comme ses chaussures et s’est assise à côté tout en continuant à parler.

On ne l’a pas vue passer commande, mais, quand le garçon lui apporté tout d’abord une corbeille de pain, puis une bouteille d’eau minérale, puis son plat sans doute habituel, elle l’a accueilli d’un sourcil levé réprobateur sans interrompre sa conversation.

Elle n’a pas l’air content, la dame en noir. Les yeux dans le vague, parfois au ciel, elle alterne de brèves périodes d’écoute et de longs soliloques tout en pignochant comme à regret dans son assiette. À intervalles irréguliers, il semble que la communication s’interrompe. Alors, la dame éloigne son téléphone de son oreille, le considère d’un œil incrédule et, le visage devenu plus pâle encore sous la lueur blafarde de l’écran, elle compose un numéro d’un index furieux.

Sur ces mots, la femme en noir se dirigea vers les toilettes et sourit en enlevant sa perruque brune.

Elle retraversa la salle dans l’indifférence générale ; l’écrivain abasourdi recommanda un demi pour se donner une contenance.

Sitôt dans la rue, elle se félicita : ce rôle de garce insolente, elle l’avait joué à merveille ; quel dommage qu’elle ne puisse le faire figurer sur son book.

Peut être y aurait-il une suite,  mais ici elle serait grillée…

Elle reçut illico les compliments du ” bunker “

Là bas, la Folle de Paris exultait : elle les avait tous bernés, ils la croyaient morte (merci Dr R) le curare avait été bien dosé, et cette intermittente au chômage avait joué les Dati à la perfection….

Quand ils réaliseraient la supercherie, il serait trop tard : le CDGE ( RER express) serait une voie unique d accès à Paris réservée aux vélos, tandis que le périphérique serait réservé à la culture du quinoa.

Les récalcitrants âgés, qui auraient eu la chance d échapper au Covid, ne résisteraient pas à cette vague , peu à peu ils quitteraient Paris ….

Alors elle régnerait sur une foule lobotomisée, uniquement préoccupée du sort des insectes et de la réouverture des bars.

Le mécanisme d’Anticythère – Chapitre 3

Chapitre 3 – Lucius Columna
Hiver 212 av. J.-C.

La nuit est sans lune et sans vent. La mer est calme. Archimède a regardé le pêcheur se mettre à l’eau et commencer à pousser devant lui la précieuse baudruche. Quand le nageur a disparu, le vieil homme s’est levé pour rejoindre lentement la citadelle. De là-haut, il a scruté la nuit en direction de l’Est jusqu’à ce que la frontière entre mer et ciel commence à se dessiner. Puisqu’aucun bruit ni aucun feu n’était apparu pendant la nuit, cela pouvait signifier que le pêcheur avait réussi à passer.  A moins qu’il ne se soit noyé, à moins que le bateau qui devait le prendre n’ait été capturé entre Corinthe et Syracuse, à moins qu’il n’ait pris du retard, à moins qu’il n’ait fait naufrage, à moins…. Continuer la lecture de Le mécanisme d’Anticythère – Chapitre 3

Le mécanisme d’Anticythère – Chapitre 1

Chapitre 1 – Ali Al-Niaimi
Printemps 217 av. J.-C.

Lorsqu’Archimède de Syracuse a reçu le messager d’Antiochos, roi de Babylone, il lui a demandé de s’asseoir un instant. Il lui a proposé de se laver les mains et lui a offert de l’eau et des figues. Puis, il l’a prié de repasser dans deux ou trois jours car il était très occupé en ce moment par une question d’optique absolument primordiale mais dont la résolution ne saurait tarder. Le messager eut beau faire valoir la très haute situation de son mandant, la très grande importance du message à transmettre et la valeur inestimable du cadeau qu’il était chargé de lui remettre, rien n’y a fait et Archimède l’a très doucement et très fermement poussé vers la porte.

Deux jours plus tard, assis sur un tabouret bas sous le plus vieil olivier de sa propriété de campagne, il écoute en silence le prince Ali Al-Niaimi, envoyé extraordinaire et neveu du roi Antiochos. Le prince connait les usages. Debout devant le vieil homme, il commence par réciter avec conviction l’interminable éloge que Continuer la lecture de Le mécanisme d’Anticythère – Chapitre 1

Paris ! À nous deux (5) – Trekking sans arme ni bagage

Aujourd’hui c’est Montmartre.

Deux bus, trois même parce que le premier était en service partiel, une heure pour arriver à Lamarck-Caulaincourt grâce aux hystéries de la folle de l’Hotel de Ville, et puis vingt minutes à pied pour parvenir Place du Tertre. La côte est rude mais il fait beau et encore frais. Sur la place, tous les restaurants sont prêts, ceux des environs aussi, il y a même un peintre syndiqué qui est de service malgré l’heure précoce. Si l’on met à part les indigènes, aisément reconnaissables parce qu’il existe un Montmartre Touch, le quartier est désert. C’est ce que j’espérais. Pas de touriste grégaire et fatigué, pas de vendeur camerounais de tour Eiffel et de cannes à selfie, rien, personne. Pourtant, il onze heures moins le quart. Je cherche un café-terrasse à l’ombre qui puisse m’accueillir pour un café-croissant, mais tous ont leurs tables déjà dressées pour l’hypothétique déjeuner du japonais aventureux ou du hollandais volant. Rien, c’est le Continuer la lecture de Paris ! À nous deux (5) – Trekking sans arme ni bagage

Bas les masques !

T’as d’beaux yeux, tu sais ?
Marcel Carné – Quai des Brunes, 1937.

Si j’ose aborder ce sujet frivole (mais préoccupant), c’est parce que mon âge m’y autorise désormais sans la moindre ambiguïté. Il devrait intéresser les lecteurs masculins du blog, peut-être certaines lectrices aux idées larges, et, à coup sûr, son rédacteur en chef.

Voilà. Depuis que le confinement s’est abattu sur notre vie quotidienne, je me demande si le port du masque n’aurait pas modifié la fréquence des coups de foudre fugitifs dans la rue, le bus ou le métro, encore que dans ce dernier le charme féminin ou masculin s’y fasse de plus en plus rare. Je m’explique : depuis que tout le monde porte un masque, j’ai le sentiment que le nombre de jolies femmes a augmenté de façon exponentielle alors que, paradoxalement, seule la moitié supérieure de leur visage est visible. La première explication Continuer la lecture de Bas les masques !

Paris ! À nous deux (4) – Revisiter le Musée d’Orsay

Mercredi 16 septembre, 16h30… L’esplanade du musée est presque déserte. Deux jeunes filles assises en tailleur face à face sur un socle de statue discutent en mangeant un sandwich. Elles sont jolies et presque parfaitement symétriques. On dirait que l’une est le reflet de l’autre. Je n’ose pas les photographier mais je le fais quand même, de loin, hypocritement, en faisant semblant de photographier une façade. C’était de trop loin : la photo ne présente aucun intérêt.
Les autres êtres humains qui peuplent l’esplanade, à peine une dizaine, sont un jeune couple asiatique et des gardiens, préposés, vigiles, sapiteurs, employés du Musée d’Orsay.
Plusieurs longs chemins zigzaguant entre deux cordons grenats portés par des piquets rutilants conduisent jusqu’à l’entrée tournoyante du Musée. Il y en a un pour les groupes,  un pour les membres de l’Association du Musée et un pour les visiteurs ayant réservé par Internet (car la réservation est obligatoire). . Tous ces chemins sont déserts. Je ne fais partie d’aucune de ces catégories, mais la troisième me parait défendable en cas d’enquête indiscrète. Au bout de cette troisième voie, un gardien m’assure que je vais pouvoir entrer quand même. « Guichet n°6, monsieur, je vous en prie ». Mises à part les quatre guichetières qui occupent Continuer la lecture de Paris ! À nous deux (4) – Revisiter le Musée d’Orsay

Paris ! À nous deux (3) – Les horreurs de Paris

Ce jour-là, j’avais décidé de commencer le tour des horreurs de Paris. Quand je dis « horreurs », je ne veux pas parler du Sacré-Coeur de Montmartre ni de l’Institut Imagine du Boulevard Montparnasse, non, je veux parler des horreurs récentes, celles que nous devons à notre Maire, toujours détestée mais toujours élue, celle dont je croyais bien avoir réglé le compte en révélant ses dictatoriales méthodes et ses perfides intentions dans mon explosif essai : « L’interminable et lamentable histoire des disparus de la rue de Rennes ». Hélas, cet ouvrage, pourtant remarquable ne serait-ce que par le sérieux de ses recherches, n’a pas rencontré le succès escompté, que ce soit auprès de la presse mainstream ou spécialisée, toujours à la botte du pouvoir en place, auprès des éditeurs pusillanimes et terrorisés par les éventuelles représailles d’une administration totalitaire, ou auprès du public (quoique les trois personnes qui l’avaient lu en entier m’aient déclaré spontanément que « ouais, c’était rigolo ».)

Donc, pour ce rallye des horreurs municipales, pour m’échauffer, j’aurais sans doute commencé par Continuer la lecture de Paris ! À nous deux (3) – Les horreurs de Paris

Paris ! À nous deux ! (2)

Couleur café n°38

Les Deux Palais
3 Boulevard du Palais

Vieil et grand établissement classique de Paris, situé dans l’île de la Cité, entre l’ancien Palais de Justice et la Préfecture de Police. Je me demande quel est ou quel était ce deuxième palais qui vaut son enseigne à cette brasserie. Sans doute le Palais de la Cité, autrefois résidence des rois de France.
Pourquoi suis-là ? En général, je ne fais que passer dans cette triste artère qui rejoint le Pont Saint Michel au Pont au Change. Mais aujourd’hui, j’ai pris le bus 21 car je comptais me rendre du côté du Palais Royal. A cette heure de faible circulation, dix heures du matin, le bus a dévalé le boulevard Saint Michel et traversé le pont sans encombre. Tout allait bien, jusqu’à ce qu’il vienne buter sur le feu rouge de la rue de Lutèce. Là, chacun pouvait constater à nouveau la complète réussite de la politique éclairée et volontariste de Notre Drame de Paris, politique qui consiste à décourager les automobilistes, favoriser chaque jour davantage la circulation des vélos, fut-ce au détriment de Continuer la lecture de Paris ! À nous deux ! (2)