Tous les articles par Philippe

Rendez-vous à cinq heures : souvenir de cinéma (6)

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 La règle du jeu

Pour moi, le meilleur film de tous les temps (pour la partie occidentale de l’hémisphère nord en tout cas. Au point que je n’ai jamais osé écrire une critique de ce chef d’oeuvre. La scène proposée n’est qu’un extrait d’une longue scène délirante où le génie de la réalisation de Renoir est à la manoeuvre. 

Dans cette scène, deux drames se développent au cours de cette soirée au château, au milieu des invités et des domestiques. D’un côté, le garde-chasse poursuit l’ex-braconnier (Carette) devenu domestique dont il est persuadé qu’il est l’amant de sa femme (Dubost). De l’autre, par dépit, la marquise, épouse fidèle du maitre des lieux, se jette dans les bras d’un aristocrate sans consistance. L’aviateur Continuer la lecture de Rendez-vous à cinq heures : souvenir de cinéma (6)

Je reste ouvert

Récemment, rebondissant sur son texte « Un café ? Non merci ! » publié ici il y a un eu plus d’un an, Lorenzo a souhaité que « j’apporte un peu de contradiction à mon enthousiasme pour les cafés »

Étrange demande  que celle qui m’est faite de m’apporter à moi-même ma propre contradiction. Bien sûr, il m’arrive, à moi comme à d’autres, de dire tout et son contraire et même n’importe quoi, mais moi, quand je le fais, c’est involontaire et je préfère l’expliquer par mon manque de mémoire que par ma versatilité ou ma schizophrénie.

Dans le cas présent, celui des cafés, il m’est difficile de contredire aujourd’hui ce Continuer la lecture de Je reste ouvert

La mort de Bergotte (2)

Morceau choisi 

La vie éternelle

Cet extrait fait suite à celui qui a été publié ici avant hier (La mort de Bergotte – Le petit pan de mur jaune).
Les obligations que l’homme (et en particulier l’artiste) se crée au cours de sa vie ont-elles un sens puisqu’un jour, il sera « mort à jamais ». « Mort à jamais ? Qui peut le dire ? » nous demande Proust qui connait la réponse. Mais ici, il n’est pas question de foi ni de religion.

Il était mort. Mort à jamais ? Qui peut le dire ? Certes, les expériences spirites, pas plus que les dogmes religieux, n’apportent la preuve que l’âme subsiste. Ce qu’on peut dire, c’est que tout se passe dans notre vie comme si nous y entrions avec le faix d’obligations contractées dans une vie antérieure ; il n’y a aucune raison, dans nos conditions de vie sur cette terre, pour que nous nous croyions obligés à faire le bien, à être délicats, même à être polis, ni pour l’artiste athée à ce qu’il se croie obligé de recommencer vingt fois un morceau dont l’admiration qu’il excitera importera peu à son corps mangé par les vers, comme le pan de mur jaune que peignit avec tant de science et l’admiration qu’il excitera importera peu à Continuer la lecture de La mort de Bergotte (2)

Rendez-vous à cinq heures : Do you know what it means to miss New-Orleans ?

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DO YOU KNOW WHAT IT MEANS TO MISS NEW ORLEANS
Billie Holiday

Et maintenant : Billie Holiday, accompagnée par Louis Armstrong, Zutty Singleton, Barney Bigard, Kid Ory, Bud Scott en 1946 pour un film, “New Orleans”, sorti en 1947. La jolie blonde émue, c’est Dorothy Patrick. Ne cherchez pas, elle n’a pas laissé de traces.

https://www.youtube.com/watch?v=m4jU8IQK5b0

 

Critique aisée 223 – Le Voyant d’Étampes

Critique aisée 223

Le Voyant d’Etampes
Abel Quentin-2021
Éditions de l’Observatoire – 380 pages – 20 €

Au début, on pense à Houellebecq ; un universitaire sur le retour, un peu alcoolique, solitaire, drôle, ironique, amer, lucide… Houellebecq. Après, on pense à Philippe Roth, victime de la pensée unique, de la racialisation et de la correctitude politique.

Jean Roscoff, le narrateur du Voyant d’Étampes, est un peu tout ça, prof, alcoolique, nostalgique d’une ex-femme pour laquelle il n’était pas fait, père attendri d’une fille aimante mais moutonnière, aigri par un échec littéraire de jeunesse, bientôt victime d’une de ces campagnes dont nos jeunes élites ont fait leur arme de destruction massive : l’antiracisme fureteur, la racialisation indéfrisable, le Wokisme intégral. (A la place d’  « intégral », mon correcteur d’orthographe automatique s’obstine à me proposer « intergalactique ». Il est en avance sur son temps, mon correcteur, mais de combien de mois ?)
Et ce qu’on lui reproche, à ce Roscoff-Houellebecq-Roth qui a écrit un ouvrage savant sur un poète ignoré, américain, communiste et disparu, c’est de n’avoir pas mis suffisamment en avant la négritude du bonhomme. Alors qu’en d’autres temps, Continuer la lecture de Critique aisée 223 – Le Voyant d’Étampes

Rendez-vous à cinq heures : Un barrage contre l’Atlantique

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Un barrage contre l’Atlantique
par Lorenzo

J’ai lu le dernier roman de Frédéric Beigbeder :
Frédéric Beigbeder a réussi à écrire un roman avec une succession de phrases indépendantes, imagées et poétiques, sans rapport chronologique ou logique entre elles. J’admire cette forme nouvelle d’écriture un peu comme celle d’Hemingway. Je ne l’ai pas trouvée fastidieuse contrairement à celle d’Eric Neuhoff dont le style aussi épuré, un sujet, un verbe, un complément, est lassant Continuer la lecture de Rendez-vous à cinq heures : Un barrage contre l’Atlantique

La mort de Bergotte (1)

Morceau choisi

Le petit pan de mur jaune

Bergotte est l’écrivain célèbre que Proust a créé pour la Recherche du temps perdu. Dans ce passage, sentant sa mort venir, Bergotte remet en cause toute son oeuvre : « C’est ainsi que j’aurais dû écrire… »

(…) Il mourut dans les circonstances suivantes : une crise d’urémie assez légère était cause qu’on lui avait prescrit le repos. Mais un critique ayant écrit que dans la Vue de Delft de Ver Meer (prêté par le musée de La Haye pour une exposition hollandaise), tableau qu’il adorait et croyait connaître très bien, un petit pan de mur jaune (qu’il ne se rappelait pas) était si bien peint, Continuer la lecture de La mort de Bergotte (1)