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La reconversion de Coupy et Coupot

Avant, j’étais agriculteur. J’avais une toute petite ferme, vingt hectares que je louais et vingt autres bien à moi. Chaque année, j’élevais une dizaine de veaux pour la viande ; j’avais une vingtaine de poules pour les œufs et un potager pour le reste. Quelques pommiers aussi, pour le cidre. Mais pas de femme. Vécu plus de quarante ans comme ça !

Mais ça, c’était avant. Avant que je prenne ma retraite.
Maintenant, je suis touriste.
J’ai vendu mes terres, mes bêtes et mon matériel à Derry, mon voisin. Je lui aurais bien vendu aussi mes poules, mais il n’avait plus d’argent, alors je les ai vendues à mon autre voisin, Dieudeville. Bref, j’ai tout vendu, sauf la maison, la 207, la machine à laver le linge et les congélateurs.
Et je suis devenu touriste.
Enfin, pas tout de suite. D’abord, je suis allé à Château, chez Leclerc Continuer la lecture de La reconversion de Coupy et Coupot 

Edmond – Critique aisée n°155

Critique aisée n°155

Edmond
Alexis Michalik – 2016
Théâtre du Palais Royal – Paris

Il a tout pour plaire cet Alexis Michalik. Trente-six ans, sympathique, spirituel, brillant même, beau mec, auteur à succès, comédien plutôt à l’aise, tout pour plaire. Sans savoir qui il était véritablement, j’avais beaucoup apprécié son incarnation d’un photographe-play-boy-non-comprenant dans une excellente série dont j’ai l’impression qu’elle n’a pas rencontré le succès qu’elle méritait, peut-être à cause de son titre à la sonorité un peu crasseuse : Kaboul Kitchen.

Quand j’ai su que le bonhomme écrivait aussi des pièces de théâtre et qu’il obtenait succès sur succès, ma sympathie a tourné à l’admiration puis, disons-le tout net, à la jalousie. Aussi, quand on m’a dit qu’Edmond, sa pièce créée il y a déjà trois ans, se jouait toujours, quand on m’a affirmé que, de Mémoires de Saint-Simon, jamais on n’avait vu une pièce aussi gaie, quand on m’a conseillé de ne voir le film que Michalik en a tiré qu’après avoir vu la pièce, j’ai renoncé provisoirement au cinéma — c’est assez rare pour que cela soit souligné — pour prendre deux places d’orchestre — 60 € la place, quand même — pour le théâtre du Palais-Royal.

Et j’y suis allé, mercredi soir, séance à 21 heures. Le bus 27 arrive tout de suite et ne met que 16 minutes pour Continuer la lecture de Edmond – Critique aisée n°155 

Vice – Critique aisée n°154

Critique aisée n°154

Vice
Adam McKay – 2018
Christian Bale, Steve Carell, Amy Adams

Dick Cheney ? Qui est-ce ?

En 2015, sur le sujet de la crise des subprimes, Adam McKay avait réalisé le confus « Casse du siècle » (The Big short).  Je n’y avais rien compris. C’est pour ça que je dis que c’était confus. Mais, après tout, c’était peut-être moi.

Et voilà que, sous forme d’une biographie décousue et virevoltante, il nous raconte de façon toute aussi confuse — mais c’est peut-être encore moi — l’ascension de Dick Cheyney. Le gros Dick, tonneau à bière bagarreur dans sa jeunesse, parvient — on ne comprend pas vraiment comment, mais on sait grâce à qui : sa femme — à des fonctions de plus en plus hautes, tout d’abord sous l’Administration Nixon (Assistant parlementaire), puis dans celle de Gerald Ford (Chef de Cabinet), puis de George H.W. Bush (Secrétaire à la Défense), enfin de George W.Bush (Vice-président).

Pour un Européen, et même pour un Français — comme moi par exemple — l’ascension du gros Dick est incompréhensible. Il peut y avoir plusieurs explications à cela :

a) je suis idiot,

b) c’est mal expliqué pour des non-américains,

c) c’est mal expliqué pour tout le monde.

Je ne suis pas très chaud pour petit a et, entre petit b et petit c, mon cœur balance. Toujours est-il que je n’ai pas compris.

Une fois que Dicky arrive à la Vice-Présidence, le film devient plus clair et en quelques scènes démonstratives à gros traits, on nous expose que :

1) l’invasion de l’Irak a été voulue par Dick Cheyney qui a profité de l’incroyable nullité et de la faiblesse de caractère d’un président des États Unis pour la lui imposer.

2) les USA ont entrainé derrière eux dans la guerre quelques pays en faisant valoir de fausses preuves d’une complicité de l’Irak avec Al Qaïda dans l’attentat contre le WTC et de l’existence d’armes de destruction massive.

3)la guerre d’Irak a entrainé la mort d’un million de personnes et l’exil de deux millions et demi d’autres personnes.

4)elle a déstabilisé la région et a conduit, notamment, à la création de Daesch, au renforcement du Chiisme et de l’Iran et du Sunnisme et de l’Arabie saoudite.

Bref, une vraie réussite.

Mais tout ça, nous, on le savait déjà et on peut penser quand même qu’après réflexion, une bonne partie des Américains l’avait compris aussi. On pourra toujours se dire que, peut-être, en ces temps où, par rapport au Donald, G.W.Bush apparait comme un dirigeant modéré et expérimenté, il fallait le rappeler aux Américains. Mais pour nous, vraiment, ce n’était pas la peine.

Si on laisse de côté son faible apport historique, on se dit qu’on aurait pu avoir un grand film politique montrant comment, en usant des réseaux, des ficelles et des arcanes de Capitol Hill, on parvient au sommet ou presque et comment on finit par détenir le sort du monde entre ses mains. Otto Preminger, par exemple, aurait fait ça très bien et, avec ses premières saisons, House of Cards fût une vraie réussite dans le genre. Mais dans Vice, tout est escamoté ou incompréhensible. Mais c’est peut-être moi.

On aurait pu avoir aussi un grand film psychologique, montrant l’ascension d’un homme à force de volonté ou de roueries ou des deux à la fois. Ce qu’Orson Welles aurait surement aimé faire, House of Cards l’a fait.

Mais McKay, tout occupé qu’il est à la seule peinture physique du personnage, ne nous donne pas grand-chose d’autre que les menaces ou les conseils de l’épouse de Cheyney et les grognements de Christian Bale pour expliquer l’ascension du futur VPotus.

Grossi de 25 kilos, parait-il, Christian Bale en Dick Cheney est rejoint dans la caricature par Steve Carell en Donald Rumsfeld.

Amy Adams en Lynne Cheyney et Sam Rockwell en George W.Bush s’en sortent très bien, et on pourra retenir comme scènes intéressantes celles qui mettent Cheney (le vice)  et Bush (le fils) face à face.

Bientôt publié

  • 7 Mar,        Tableau 244
  • 8 Mar,        Edmond – Critique aisée n°155
  • 9 Mar,        Miami (3) : Faena House
  • 10 Mar,     La reconversion de Coupy et Coupot

Andromaque de Cyrénaïque

Avertissement : ce texte a été écrit dans le cadre d’un atelier d’écriture. Le thème de l’exercice était : Écrire une courte nouvelle dont la première phrase est celle-ci : « Rien ne serait arrivé si je n’avais pas changé de coiffeur. »  C’est le jeu de l’incipit qui recommence. Celui-ci, on l’aura reconnu, figure en tête d’une nouvelle de Eric-Emmanuel Schmitt.

Andromaque de Cyrénaïque

Rien ne serait arrivé si je n’avais pas changé de coiffeur. Mais pourtant, il fallait bien que j’en trouve un autre : le mien, le Gaulois que j’avais acheté l’année passée pour trente deniers sur le marché de la Prata Flaminia, avait attrapé le typhus. Il m’en fallait donc un autre de toute urgence. C’est pourquoi je m’étais rendu sur l’Aventin, chez Podalydès, le Grec affranchi, celui qui s’est spécialisé dans les esclaves pour soins du visage et du corps.

Je passai en revue sa marchandise et finit par tomber sur une petite nubile de Cyrénaïque qui, m’assura Podalydès, ferait très bien l’affaire. Elle savait couper les cheveux à ravir, friser, coiffer, raser la barbe, le torse et les jambes et faire des massages décontractants.

—Trente-cinq deniers, me dit-il.

Je pris un air hautain et offusqué à la fois.

—Tu plaisantes sans doute, méchant Grec !

—Vous savez, noble Seigneur, aujourd’hui, c’est le prix, m’assura-t-il. Les pirates de Cilicie, nos principaux fournisseurs, sont de plus en plus exigeants. On ne trouve plus rien de correct à moins de trente deniers, et cette petite Disiset est exceptionnelle, vous verrez.

—Disiset, tu dis ? Qu’est-ce que c’est que ce nom ridicule ?

—C’est celui d’une déesse égyptienne ou quelque chose comme ça, je ne suis pas sûr, mais ça peut se changer sans problème.

Comme j’hésitais encore, il me fit une proposition qui me parût honnête :

—Bon, allez, je vous fais un cadeau : vous la prenez à trente-deux deniers, mais sans garantie. Par contre, je vous propose une assurance à six deniers : si elle meurt avant deux ans, je vous la remplace gratuitement. Ça vous la fait à trente-huit deniers, mais avec une sécurité totale pendant deux ans ! Alors, noble Seigneur, qu’est-ce que vous en dites ?

Nous finîmes par nous mettre d’accord sur trente-neuf deniers avec une garantie de quatre ans.

Je repartis de chez Podalydès suivi par mon achat. Tout en redescendant les pentes de l’Aventin, je réfléchissais. « Trente-neuf deniers, me disais-je, c’est quand même cher pour une toute petite coiffeuse de Cyrénaïque. Elle n’a surement pas d’expérience, et en plus elle s’appelle Disiset ! On n’a pas idée ! Je me suis encore fait avoir ! Ah, c’est bien vrai ce qu’on dit : Méfie-toi du Grec quand il te fait un cadeau ! » D’un autre côté, je me disais aussi qu’avoir le cheveu bien coupé, bien frisé et bien soigné était indispensable pour tenir le rang qui depuis peu était devenu le mien. « De plus, un bon massage des fessiers, dont Disiset était spécialiste, ne pourra me faire que du bien après ma chevauchée matinale », pensai-je en me rappelant que mon Gaulois massait comme un barbare. Je pris aussitôt deux décisions : premièrement celle de couper par le Champ de Mars pour rentrer directement chez moi et deuxièmement, celle de changer le nom ridicule de Disiset en Andromaque, un vrai nom de coiffeuse, celui-là. C’est alors qu’en arrivant du côté du Théâtre de Pompée, je vis une grande assemblée de personnes debout sur les marches de la Curie. Je pouvais reconnaitre quelques sénateurs et chevaliers de ma connaissance ainsi que deux généraux. Le reste de la troupe était composé de la foule romaine habituelle, patriciens, marchands, soldats, esclaves… Tout à coup, je distinguai la haute silhouette de Marc-Antoine. Il riait très fort au milieu d’un petit groupe de soldats de sa garde. Je m’approchai et il me reconnut aussitôt. Nous tombâmes dans les bras l’un de l’autre.

—Ave, Marcus Antonius ! le saluai-je. Que se passe-t-il ici donc ce matin ?

—Ave, Quintus Tertius ! Nous allons tenir une séance du Sénat dans le Théâtre de Pompée. Nous attendons César.

—Mais toi qui ne daignes jamais venir à ces séances, pourquoi es-tu là aujourd’hui ?

—Par sécurité. On craint un attentat contre César. Mais tant que je serai à ses côtés, ces lâches ventripotents de sénateurs n’oseront pas lever la main sur lui. Tu vois là-bas, c’est Brutus. Regarde cet air avantageux qu’il prend. Pourtant il suffirait que j’éternue pour qu’il prenne peur et s’enfuie ventre à terre. Mais parlons d’autre chose, mon vieux Quintus, qu’est-ce que c’est que cette petite chose toute bronzée que tu traines derrière toi ?

—Ça ? C’est Andromaque, ma nouvelle coiffeuse. Je l’ai depuis ce matin. Je ne l’ai pas encore essayée.

—Vraiment ? Écoute : comme d’habitude, César va arriver très en retard. J’ai donc un peu de temps devant moi. Cela t’ennuierait-il beaucoup si j’essayais Andromaque à ta place ?

—Tu sais bien que je ne peux rien refuser à celui qui m’a sauvé la vie à Alésia et à Pharsale. Mais ne me l’abîme pas, hein ! Elle est toute neuve.

Je regardai Marc-Antoine s’éloigner de son pas de géant, entrainant derrière lui ma petite coiffeuse. Je m’assis sur la margelle de la fontaine pour réfléchir sérieusement. J’étais là à penser au style qu’Andromaque pourrait donner à ma nouvelle coiffure quand une clameur s’éleva de l’autre bout de la place. « César, César ! Vive Jules César ! Vive le Dictateur, Vive le Roi ! » C’était sans doute César qui approchait. Et Marc-Antoine qui n’était pas là ! Je me dressai sur la pointe de mes sandales et, par-dessus la foule, je réussis à apercevoir l’Imperator qui pénétrait dans la Curie, suivi de peu par Brutus. Et Marc-Antoine n’était pas toujours pas là ! Il allait surement se faire réprimander par César. Eh bien tant pis pour lui, après tout. On ne peut pas tout avoir à la fois, les honneurs et le plaisir. Devant les marches de la Curie, la foule s’était dispersée et je m’étais remis au frais près de la fontaine. J’en étais à penser aux massages des fessiers quand des cris se firent entendre. Derrière un Brutus exalté qui, la toge en sang, brandissait un poignard en hurlant, des sénateurs excités sortaient de la Curie en criant « Le tyran est mort ! Nous avons tué César ! Vive la République ! Vive Brutus ! ». De l’autre côté de la place, Marc-Antoine, affolé, à peine habillé, sans armes, arrivait vers moi en courant et en criant « César ? Où est César ? ». Lorsqu’il passa à côté de moi, je lui demandai :

—Et ma coiffeuse ?

Il ne prit même pas la peine de me répondre et poursuivit sa course vers la Curie.

Je n’ai jamais revu Andromaque, ni César d’ailleurs. Trente-neuf deniers, quand même !

 

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6 Mar,       Vice – Critique aisée n°154
7 Mar,       Tableau 244
8 Mar,       Edmond – Critique aisée n°155

Les cartoons de James Thurber – 3

James Thurber, 1894-1961
Humoriste, écrivain, dessinateur, journaliste…, le cursus habituel. Il est pour moi, avec Robert Benchley, le meilleur humoriste new yorkais du début du vingtième siècle. (Ça paraît restrictif comme ça, ce classement, mais quand on y réfléchit, c’est quand même quelque chose).
Thurber a écrit de nombreux petits chefs d’œuvre que je vous recommande d’aller chercher chez votre libraire habituel : The seal in the bedroom and other predicaments – My life and hard times – The Thurber carnival…
J’ai publié ici ma traduction de « La vie secrète de Walter Mitty », son chef d’œuvre que vous pourrez lire en cliquant sur son titre ci-dessus.

Thurber était également un fameux cartoonist et, comme ses écrits, ses dessins utilisent essentiellement le ressort du nonsense, cet absurde anglo-saxon qui fait mes délices.
Un dessin de Thurber, c’est un fragment de vie sociale dans lequel le dialogue est en décalage par rapport au cadre de l’action. Cette incongruité vous amène à imaginer ce qui a bien pu se passer juste avant la scène décrite ou ce qui se passera juste après.

En voici un nouvel exemple :

— On ne vous a jamais appris la galanterie, mon vieux ?

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5 Mar,       Andromaque de Cyrénaïque
6 Mar,       Vice – Critique aisée n°154
7 Mar,       Tableau 244
8 Mar,       Edmond – Critique aisée n°155

Green Book – Critique aisée n°153

Critique aisée n°153

Green book
Peter Farrelly – 2018
Viggo Mortensen, Mahershala Ali

 Pour commencer une critique de cinéma, de théâtre ou de littérature, en général, je cherche une accroche. Le temps que je la trouve, que je l’écrive, que je la peaufine un peu, les idées pour le corps de la critique me viennent. Ou du moins, je les attends (que croyez-vous que je sois en train de faire en ce moment ?). Parfois, elles viennent, et parfois il faut que je change d’accroche. Pour ce qui est de Green Book, le dernier film de Peter Farelly, ma première idée a été de faire une comparaison entre ce film, Green Book, et Vice. Je les avais vus presque coup sur coup et je venais de terminer la rédaction de ma critique de celui des deux qui voudrait retracer l’ascension de Dick Cheney. J’avais donc tous les éléments en mémoire, mais le seul point commun que je leur ai trouvé, c’est le poids supplémentaire, la vingtaine de kilos qu’ont dû prendre Christian Bale et Viggo Mortensen, l’un pour incarner Dick Cheyney, Vice-Président des USA de 2001 à 2009, et l’autre, Tony Vallelonga, videur italo-américain du Bronx. Pas très intéressant.

Alors, j’ai trouvé une autre accroche : avec Green Book, je retrouvais l’Amérique, ma première Amérique, celle de mon road trip à moi, 1962, les USA, New York, la route, les voitures, la musique, les motels, les diners, les paysages, le Sud profond, la ségrégation… Pour commencer ma revue, je raconterais comment, à deux ou trois mois près, j’aurais pu rencontrer cette voiture, quelque part entre Birmingham et Montgomery, et, dans une gas station, croiser ce videur italo-américain du Bronx et ce pianiste noir distingué. Voilà ce que j’allais faire.

Puisque ça, c’est fait, voici maintenant ma critique : le film commence par une brillante séquence à la Woody Allen. La scène se passe au Copa, le Copacabana, le plus fameux cabaret des États Unis, celui où toutes les grandes vedettes du show business se sont produites devant les tables des dîneurs les plus fortunés de l’Amérique, emplissant à ras bord les caisses de son propriétaire, le patron de la mafia locale. Scène de foule élégante et bruyante, maîtres d’hôtel et serveurs affairés, accorte vendeuse de cigarettes, big band et crooner (personnellement je pense qu’il s’agit du regretté Bobby Darin, qui voulait devenir Sinatra, mais qui n’en a pas eu le temps.) Quand la musique éclate, quand Bobby Darin entame that old black magic, alors on est à New York, un New York qui a d’ailleurs disparu. Le reste du film n’aura rien à voir avec tout ça, mais cette scène, qui n’est là que pour introduire le personnage principal, le videur du Copa, montre toute la technicité du réalisateur. Le reste du film, c’est une comédie optimiste sur la ségrégation, qui met face à face (si l’on peut dire, vous verrez bien) deux personnages que tout oppose : en 1962, un pianiste noir, riche et raffiné embauche un italo-américain du Bronx pour lui servir de chauffeur-garde du corps pendant une tournée de trois mois dans le Sud profond. En suivant la progression classique d’un road movie, on se dirige tout droit vers un happy ending prévisible à travers des situations attendues. Prévisible, attendues, certes, mais qu’importe : la voiture est confortable, les paysages sont beaux, les motels parfois moins, les conversations souvent désopilantes et les acteurs formidables.

Il est d’usage de dire que la performance de Viggo Mortensen, homme naturellement grand et mince, au visage émacié et parfois même inquiétant, dans ce rôle de complète composition de gros bâfreur, vulgaire, cogneur, ignorant et de bonne volonté est extraordinaire et qu’elle aurait dû lui valoir l’Oscar du meilleur acteur (qu’il n’a pas eu). Pour l’Oscar, je ne sais pas. Mais pour le reste, je suis d’accord. Le personnage qu’il incarne dégage une telle force, une telle confiance en soi, une telle sympathie que l’on sait que rien de mal ne pourra arriver tant qu’il sera là. C’est pour le spectateur une situation confortable qui lui permet d’apprécier toutes les qualités du film.

Le pianiste noir, incarné par Maershala Ali, qui a obtenu à cette occasion l’Oscar du meilleur second rôle, ne pourra pas manquer de vous faire penser à Barack Obama.

Un critique professionnel a cité Frank Capra. Social, généreux, optimiste, drôle… Capra ? Ce n’est pas idiot.

Oscars 2019 : meilleur film : Green Book ; meilleur acteur dans un second rôle : Mahershala Ali

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  • 8 Mar,       Edmond – Critique aisée n°155

Absence

Dans mes oreilles, les conversations passent,
les unes par-dessus les autres, comme de longues vagues de marée basse.

J’avais lu ça quelque part et je l’avais noté. Impossible de retrouver qui l’avait écrit. Dommage pour l’auteur,  mais j’eusse aimé que ce fut moi.