Tous les articles par Philippe

Questions sans réponse

D’où venait ta joie de vivre, de qui, de quoi ? Rien ne l’entamait.

Comment choisissais-tu les centaines de livres qui garnissaient les murs du salon ? As-tu jamais pensé que je les lisais tous ?

Pourquoi gardais-tu secrète une partie de ta vie, nous laissant inventer n’importe quoi ?

Pourquoi agrémentais-tu toujours tes lettres de dessins humoristiques ? Était-ce pour tempérer tes mots affectueux ?

Pourquoi as-tu envoyé à la jeune expatriée que j’étais les bandes dessinées de tous les journaux ? Par peur de perdre le contact ?

Pourquoi voyais-tu la vie comme une fête qu’elle n’était pas ? Jouais-tu un jeu ?

Quelle eau de toilette, quel savon utilisais-tu ? Je voudrais retrouver leur odeur. Je n’y arrive pas.

Comment as-tu fait pour être heureux ?

Tu ne venais jamais en vacances avec nous. C’est peut-être pour ça que nous attendions la rentrée avec impatience.

Pourquoi avions-nous tous les deux saccagé la tonnelle, ne laissant que les arceaux ? Nous en avions bien ri. Je cultive encore des roses, je les taille, mais ce n’est plus pareil.

Pourquoi Maman pleurait-elle souvent alors que la vie nous paraissait si gaie ? Nous nous en doutions bien mais nous n’en parlions pas.

Croyais-tu nous préparer à la vie qui nous attendait ? Nous vivions dans une bulle que la première averse de notre âge adulte a crevée.

Est-ce grâce à toi que, cependant, au cœur de ces averses, il me reste toujours un soupçon de rêve, un rien de dérision, une miette d’espoir ?

Et puis, pourquoi réservais-tu tes élégances à tes sorties alors que nous te voyions si souvent avec ton vieux short tyrolien ? Et pourquoi est-ce que ça me donne envie de pleurer ?

MCC

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6 Juin, 07:47 TABLEAU 302
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RENDEZ-VOUS À CINQ HEURES (20)

RENDEZ-VOUS À CINQ HEURES (20)

3/06/20

Au fil des mots (3)

Crise et changement

« Les hommes n’acceptent le changement que dans la nécessité et ils ne voient la nécessité que dans la crise. » (Jean Monnet).

“La crise, c’est quand le vieux se meurt et que le jeune hésite à naître” (Antonio Gramsci)

“L’homme raisonnable s’adapte au monde ; l’homme déraisonnable persiste à vouloir adapter le monde à lui-même. C’est pourquoi le progrès ne peut venir que de ce dernier”. (Mark Twain)

“Dans la vie, il y a deux catégories d’individus : ceux qui regardent le monde tel qu’il est et se demandent pourquoi. Ceux qui imaginent le monde tel qu’il devrait être et qui se disent : pourquoi pas ?” (Georges Bernard Shaw)

“Ce n’est pas parce que les choses sont difficiles que nous n’osons pas, c’est parce que nous n’osons pas qu’elles sont difficiles” (Sénèque)

Petit rappel : l’idéogramme exprimant en chinois l’idée de crise est la réunion de celui signifiant « problème » et de celui signifiant « opportunité ».

Bruno

NDLR : Le règlement d’une nouvelle tentative de Cadavre exquis est en cours d’élaboration. Il sera publié dans quelques jours.

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Tracteur cherche emploi

Tracteur cherche emploi, même modeste. Intermittent du spectacle ayant tenu rôle  secondaire mais important dans la superproduction “Cars” de Pixar. Accepterait petits rôles de composition, rôles muets ou même figuration dans série bucolique sur FR3 ou documentaire agricole sur Arte. Écrire au Journal des Coutheillas qui transmettra. Si pas sérieux s’abstenir. 

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Dernière heure : la campagne est ouverte

Dernière heure : la campagne est ouverte
mercredi 3 juin

Ce n’est pas parce qu’il n’y a plus de Journal de Campagne que je ne vais pas en parler ! La preuve :

Il y a trois semaines, à propos des USA et des mesures de confinement, j’écrivais :

« Pour gagner les futures élections, Trump en appelle à l’insurrection. Absolument désespérant ! Ce pays est en train d’exploser. »

On peut suivre depuis bientôt quatre ans la dérive autoritaire de Donald Trump (les choses sont devenues trop sérieuses pour que je continue à le désigner par « Le Donald » comme le faisait Obama) et je n’arrive pas à me déterminer entre ces deux façons de voir les choses : Est-ce Trump qui inspire Orban en Hongrie, Bolsonaro au Brésil, Erdogan en Turquie, Modi en Inde, Duterte aux Philippines ou bien est-ce l’inverse ? (Je ne mets pas Putin et Xi Jinping dans le même panier, ceux-là sont des modèles accomplis pour nos candidats à la dictature).

Le point de départ des troubles qui se déroulent Continuer la lecture de Dernière heure : la campagne est ouverte 

Ricardo et la pastèque géante

Préface de l’auteur : J’ai beau me creuser la cervelle, je n’arrive pas à me rappeler ce qui a bien pu m’inspirer pour écrire un truc pareil.
L’absolue nécessité de pondre quelque chose pour remplir un trou du planning ?
Un vague souvenir de mes lectures des œuvres de Frederic Brown ?
Le temps orageux, l’approche de l’hiver, l’odeur entêtante de la pastèque le soir au fond des bois ?
Impossible de m’en souvenir.
Tout ce que je sais, c’est qu’avant d’écrire la première ligne, j’avais déjà trouvé le titre : « Ricardo ».
Ce n’est qu’après avoir écrit le mot FIN que j’ai ajouté la pastèque.

Intéressant, non ? 

*

C’est en rentrant de l’école à travers le désert du Serpente Azul que Ricardo rencontra la créature. Quatre miles et demi de cailloux, de buissons épineux, de sable et de cactus, c’est ce que traversait Ricardo tous les matins, tous les soirs, une heure et demie de marche sous le soleil impitoyable de la fin du printemps, dans le vent brulant de l’automne ou dans le froid sec de l’hiver. Et justement, là, c’était l’hiver.

Il n’avait pas fait aussi froid depuis 1956, cette fameuse année où même le lac salé de Guatalpa avait gelé et où la mère de Ricardo avait mis bas une paire de jumeaux pour la troisième fois. Le jeune garçon allait franchir l’étroit canyon que le Rio del Cabo-Cabo avait creusé en quelques centaines de millénaires et qui marquait le milieu de son parcours, quand il vit à une vingtaine de pas sur sa gauche une chose qui reposait sur le lit du Cabo-Cabo, à sec comme toujours. Ça ressemblait à une grosse pastèque coincée de travers entre les deux Continuer la lecture de Ricardo et la pastèque géante 

RENDEZ-VOUS À CINQ HEURES (19)

RENDEZ-VOUS À CINQ HEURES (19)

2/06/20

Cette nouvelle a été construite selon la méthode surréaliste des cadavres exquis, c’est-à-dire qu’elle a été composée par des auteurs différents qui, en suivant leur imagination personnelle et  dans leur style propre, ont écrit chacun la suite du texte de l’auteur précédent.

Le texte de base (Cadavre exquis n°0) est un court extrait d’un texte d’origine intitulé  « Les Deux Magots »

Cadavre exquis (0)

Par Philippe

Il y a quelques minutes une très jeune femme, vingt ans au plus, s’est installée non loin de moi. Je la vois de côté. Chez elle, tout est mince, clair et net. Le profil est précis, la queue de cheval châtain est courte et bien serrée et de sobres boucles d’oreille fantaisie pendent à ses oreilles. Elle se tient bien droite sans s’appuyer au dossier de la banquette. Elle regarde autour d’elle, me voit à peine. Le garçon s’approche, mais elle dit qu’elle attend quelqu’un. Un peu plus tard, elle est rejointe par une autre femme, un peu plus âgée, moins de trente ans. Elle se lève pour embrasser la nouvelle arrivante sur les joues (trois fois : elle doit être du Massif Central). Celle-ci est le contraire de celle-là. Tout en elle est arrondi, flou, imprécis. Sa silhouette de pas-tout-à-fait-grosse s’est tassée sur Continuer la lecture de RENDEZ-VOUS À CINQ HEURES (19) 

RENDEZ-VOUS À CINQ HEURES (18)

RENDEZ-VOUS À CINQ HEURES (18)

01/06/20

NDLR : Le JdC va très bientôt (en fait, demain) se trouver en manque de matière pour tenir son rendez-vous de 5 heures. Si vous avez des idées à revendre, des textes à soumettre, des colères à exprimer, des enthousiasmes à partager, c’est le moment de les envoyer. Bon, mais pour aujourd’hui, il y a encore ça : 

Les Critiques Aisées, c’est bien, mais c’est un peu long à faire. À lire aussi.
Alors, dès que j’aurai lu un truc intéressant, et si je n’ai pas le temps d’en faire une véritable critique, j’en ferai une note, pas un compte rendu, mais plutôt une impression de lecture.

Jeunesse
Joseph Conrad – 1902

Autour d’une table couverte de bouteilles et de verres, cinq hommes se racontent des histoires de mer. C’est le tour de Marlow qui fait le récit de son premier embarquement sur un voilier en tant que lieutenant.

Les faux départs de Londres pour Bangkok, les avaries, les tempêtes, le feu à bord, la découverte de l’Orient : soixante pages, une heure et demi de lecture. Quatre-vingt-dix minutes d’aventure en mer, d’enthousiasme juvénile et d’écriture claire.

On n’est vraiment loin des formules toutes faites et du délayage de John Grisham dont je parlais l’autre jour. Dans ces soixante pages, pas un cliché. La description du feu couvant à bord pendant des jours puis de son éruption sur le pont est aussi saisissante que celle de l’arrivée à bon port est émouvante.

Embarquez, lisez Jeunesse, lisez Conrad, tout Conrad.

 

Mon oncle d’Amérique – Critique aisée n°205

Critique aisée n°205

Mon oncle d’Amérique
Alain Resnais – 1980
Gérard Depardieu, Nicole Garcia, Roger Pierre

L’autre jour, sur Netflix et mon canapé, j’ai vu Mon oncle d’Amérique.

Mon oncle d’Amérique, c’est un film d’Alain Resnais de 1980. Très gros succès commercial à l’époque, célébré comme un chef d’œuvre encore aujourd’hui (par Les Inrocks, notamment), Dans les rôles principaux : Gérard Depardieu, Nicole Garcia, Roger Pierre, Pierre Arditti, Marie Dubois.

Mon oncle d’Amérique est un film didactique, choral, expérimental et ennuyeux.

Quand je suis allé sur Wikipédia pour chercher l’année de sortie, je l’ai vérifiée deux fois avant de l’accepter : 1980 ! Je lui aurais donné 15 ans de plus. Quand on dit de quelqu’un qu’on lui donnerait 15 ans de plus, cela veut dire qu’il vieillit mal. Mais ce n’est pas le cas de Mon oncle… : Mon oncle d’Amérique n’a pas mal vieilli, il était vieux au départ.

Sur un prétexte scientifique souligné par Continuer la lecture de Mon oncle d’Amérique – Critique aisée n°205 

RENDEZ-VOUS À CINQ HEURES (17)

RENDEZ-VOUS À CINQ HEURES (17)

31/05/20

Attention chantier ! Cette nouvelle est en cours de construction selon la méthode surréaliste des cadavres exquis, c’est-à-dire qu’elle composée par des auteurs différents qui écrivent chacun, en suivant leur imagination personnelle et  dans leur style propre, la suite du texte de l’auteur précédent.

Le texte de base (Cadavre exquis n°0) est un court extrait d’un texte d’origine intitulé  « Les Deux Magots »

Cadavre exquis (0)

Par Philippe

Il y a quelques minutes une très jeune femme, vingt ans au plus, s’est installée non loin de moi. Je la vois de côté. Chez elle, tout est mince, clair et net. Le profil est précis, la queue de cheval châtain est courte et bien serrée et de sobres boucles d’oreille fantaisie pendent à ses oreilles. Elle se tient bien droite sans s’appuyer au dossier de la banquette. Elle regarde autour d’elle, me voit à peine. Le garçon s’approche, mais elle dit qu’elle attend quelqu’un. Un peu plus tard, elle est rejointe par une autre femme, un peu plus âgée, moins de trente ans. Elle se lève pour embrasser la nouvelle arrivante sur les joues (trois fois : elle doit être du Massif Central). Celle-ci est le contraire de celle-là. Tout en elle est arrondi, flou, imprécis. Sa silhouette de pas-tout-à-fait-grosse s’est tassée Continuer la lecture de RENDEZ-VOUS À CINQ HEURES (17)