Retour de Campagne (27)- Bouvard et Pécuchet – SUITE&FIN  selon Lorenzo

Retour de Campagne (27)
Bouvard et Pécuchet – SUITE&FIN  selon Lorenzo

Comme il faisait une chaleur de 33 degrés, le boulevard Bourdon se trouvait absolument désert.

Plus bas le canal Saint-Martin, fermé par les deux écluses étalait en ligne droite son eau couleur d’encre. Il y avait au milieu, un bateau plein de bois, et sur la berge deux rangs de barriques.

Au-delà du canal, entre les maisons que séparent des chantiers le grand ciel pur se découpait en plaques d’outremer, et sous la réverbération du soleil, les façades blanches, les toits d’ardoises, les quais de granit éblouissaient. Une rumeur confuse montait du loin dans l’atmosphère tiède ; et tout semblait engourdi par le désœuvrement du dimanche et la tristesse des jours d’été.

Deux hommes parurent.

L’un, de taille moyenne, aux cheveux rares plus blancs que blonds, avait des yeux bleus fatigués par les longues soirées passées à recopier les registres de l’entreprise à laquelle il se consacrait corps et âme depuis de longues années. Il semblait Continuer la lecture de Retour de Campagne (27)- Bouvard et Pécuchet – SUITE&FIN  selon Lorenzo

Roaring twenties

Morceau choisi

Je crois vous avoir dit que je me trouvais récemment en Europe. En fait, ce n’était pas la première fois. J’y étais déjà allé il y a de nombreuses années avec Ernest Hemingway.

A l’époque, il venait d’écrire son premier roman. Gertrud Stein et moi l’avons lu. On lui a dit que c’était un bon roman, mais pas un grand roman, qu’il avait besoin d’être travaillé et que ça pouvait alors devenir pas mal du tout. On en a ri. Hemingway m’a mis son poing dans la gueule.

Cet hiver-là, Picasso vivait rue du Bac. Il venait de terminer un tableau représentant une assistante dentaire, nue au milieu du désert de Gobie. Gertrud Stein a dit que c’était un bon tableau mais pas un grand tableau. J’ai dit que ça pouvait Continuer la lecture de Roaring twenties

Retour de Campagne (26) – Bouvard et Pécuchet -SUITE&FIN par Bételgeuse

Retour de Campagne (26) 

Bouvard et Pécuchet – SUITE&FIN par Bételgeuse

Comme il faisait une chaleur de 33 degrés, le boulevard Bourdon se trouvait absolument désert.

Plus bas le canal Saint-Martin, fermé par les deux écluses étalait en ligne droite son eau couleur d’encre. Il y avait au milieu, un bateau plein de bois, et sur la berge deux rangs de barriques.

Au-delà du canal, entre les maisons que séparent des chantiers le grand ciel pur se découpait en plaques d’outremer, et sous la réverbération du soleil, les façades blanches, les toits d’ardoises, les quais de granit éblouissaient. Une rumeur confuse montait du loin dans l’atmosphère tiède ; et tout semblait engourdi par le désœuvrement du dimanche et la tristesse des jours d’été.

Deux hommes parurent.

Ils marchaient côte à côte, silencieusement, lentement.

Le premier, plutôt court et trapu, portait un manteau taillé dans un épais tissu à chevrons gris et noirs. Il avançait penché en avant, les mains croisées dans le dos de son pardessus à martingale. La courte pipe qu’il tenait de côté entre ses dents lui imposait un rictus qui lui donnait une expression dubitative. La fumée qui sortait par à-coups de Continuer la lecture de Retour de Campagne (26) – Bouvard et Pécuchet -SUITE&FIN par Bételgeuse

Le mécanisme d’Anticythère -Chapitre 8-1

Chapitre 8 – Timothy Grantham
Noël 1900     

C’est le jour de ses trente ans que Timothy Grantham avait débarqué du bateau de Southampton dans le port du Pirée. Le voyage n’avait duré que neufs jours, ce qui ne constituait qu’une performance très moyenne pour le dernier steamer de la Shaw, Savil and Albion Line.

Lorsqu’il franchit la passerelle au bout de laquelle l’attendaient les douaniers, c’était la première fois que Timothy mettait le pied hors du Royaume Uni. Bien sûr, il avait eu l’intention de passer quelques heures à terre à chaque escale. Il s’était même réjoui à l’avance d’admirer bientôt la Tour de Belem au bord du Tage, de prendre le thé sous le rocher de Gibraltar, de monter à la citadelle de Syracuse. Mais au cours du voyage, Timothy avait découvert qu’il était sujet au mal de mer et, à chaque fois que le bateau touchait à quai, il était bien trop malade pour se lever de sa couchette. Il était donc resté prostré dans sa cabine pendant la plus grande partie du voyage. Il avait même raté le franchissement du canal de Corinthe, cet ouvrage mythique dont il rêvait, ébauché Continuer la lecture de Le mécanisme d’Anticythère -Chapitre 8-1

Retour de Campagne (25) -Bouvard et Pécuchet – SUITE&FIN  selon Paddy

Retour de Campagne (25)
Bouvard et Pécuchet – SUITE&FIN  selon Paddy

Comme il faisait une chaleur de 33 degrés, le boulevard Bourdon se trouvait absolument désert.
Plus bas le canal Saint-Martin, fermé par les deux écluses étalait en ligne droite son eau couleur d’encre. Il y avait au milieu, un bateau plein de bois, et sur la berge deux rangs de barriques.
Au-delà du canal, entre les maisons que séparent des chantiers le grand ciel pur se découpait en plaques d’outremer, et sous la réverbération du soleil, les façades blanches, les toits d’ardoises, les quais de granit éblouissaient. Une rumeur confuse montait du loin dans l’atmosphère tiède; et tout semblait engourdi par le désœuvrement du dimanche et la tristesse des jours d’été.
Deux hommes parurent.

Un quidam flânant par-là sur le boulevard Bourdon eut remarqué que l’’un était un bel homme rasé de près, grand et mince, de type méditerranéen, distingué dans sa tenue, sur la tête un chapeau borsalino gris clair, un costume gris à fines rayures blanches sur une chemise noire et une cravate blanche. L’autre, bien moins distingué, plus petit, une barbe hirsute de 3 à 4 jours au moins, portait une casquette gavroche de couleur indéterminée, un blouson en cuir noir et un pantalon genre jean, rien de vraiment remarquable. Les deux hommes ne se parlaient pas. Ils entrèrent Continuer la lecture de Retour de Campagne (25) -Bouvard et Pécuchet – SUITE&FIN  selon Paddy

Maman ! Je vole !

Ce texte a été publié il y a plus de six ans sous le titre “Look, Ma ! I’am flying”. Pour cette nouvelle édition je n’ai changé que le titre : “Maman ! Je vole !”. Voici : 

Vers l’âge de vingt-cinq ans, j’ai dû faire mon service militaire. À l’époque, c’était une espèce de mode à laquelle bien peu échappaient. Par la grâce d’un piston non sollicité mais efficace, je me suis retrouvé pour dix-huit mois sur la base aérienne de Villacoublay à quelques kilomètres de Paris.
Quand vous êtes dans l’armée de l’air et que vous ne volez pas, on vous appelle un rampant. Ça n’a pas de caractère insultant, mais quand même, ça manque un peu de panache. Après un hiver passé à m’occuper vaguement de la bonne tenue des fossés et des routes de la base, j’éprouvais un profond ennui. Au premier jour du printemps, j’appris que l’armée de l’air payait pour les militaires, appelés comme élus, les frais d’inscription, de formation et de vol dans une école de vol-à-voile à côté de Paris. De plus, le fait d’être inscrit à cette école permettait Continuer la lecture de Maman ! Je vole !

Dernière heure : Sept ans de réflexion

Dernière heure : Sept ans de réflexion
26 novembre

Sept années de réflexion, d’écriture, de corrections, de composition, de vérifications et de publications : c’est aujourd’hui le 2559ème numéro et le premier jour de la huitième année du Journal des Coutheillas. 

Le 26 novembre 2013, comme un feu d’artifice inaugural, je publiai trois (!) articles à quelques minutes d’intervalle. Ce n’est pas sans un certaine plaisir que je les publie à nouveau aujourd’hui : 

26/11/13 10h22 :  Ma table de Travail

Ma table de travail n’en est plus vraiment une. Aujourd’hui, je dirais plutôt que c’est une table de retraite.
En fait, c’est un bureau. Il me vient de mon père, gros et lourd.(Pas mon père, mon bureau). Il est en bois. Son aspect général est rassurant. Quand on est assis derrière lui, on sent que pas grand chose de mauvais ne peut vous arriver.
Sa couleur est marron foncé, celle du bois ciré, vieilli, patiné tout d’abord par les manches de lustrines du début de l’autre siècle, suivies par les costumes en laine de l’entre deux guerres, puis par les pantalons en jean de ceux qui sont venus plus tard s’asseoir négligemment sur l’un des ses angles, et, enfin, par tous Continuer la lecture de Dernière heure : Sept ans de réflexion

Retour de Campagne (24)-Jouez au  SUITE&FIN  avec Gustave

Retour de Campagne n°24

Jouez au  SUITE&FIN  avec Gustave

Voici les premières lignes d’un chef d’œuvre que Flaubert a mis des années à écrire et qu’il n’a pas pu terminer avant de mourir. Comme titre, on dit qu’il avait envisagé « Encyclopédie de la bêtise humaine » mais, plus modestement, ce fut «Bouvard et Pécuchet».
Si vous ne l’avez pas encore lu, permettez-moi de vous y engager, mais pas avant d’avoir fait votre devoir d’aujourd’hui : prolonger les lignes du grand Gustave.
Si vous avez déjà lu Bouvard et Pécuchet, oubliez-les un instant et faites votre devoir comme devant. 
Et maintenant, voici le début du texte. À vous d’en trouver la fin.

Comme il faisait une chaleur de 33 degrés, le boulevard Bourdon se trouvait absolument désert.

Plus bas le canal Saint-Martin, fermé par les deux écluses étalait en ligne droite son eau couleur d’encre. Il y avait au milieu, un bateau plein de bois, et sur la berge deux rangs de barriques. Continuer la lecture de Retour de Campagne (24)-Jouez au  SUITE&FIN  avec Gustave