Désirer l’infinitif

Marie-Claire

Avoir le cœur qui flanche, les larmes au bord des yeux. Sans trop savoir pourquoi, ne plus se passionner pour rien. Faire saigner ses chagrins comme un enfant égratigne un genou blessé.

Chercher refuge auprès du piano. Poser ses mains sur le clavier. Frapper une touche, puis deux, retrouver ses automatismes.

Traduire avec ses doigts les notes que l’on a gravées dans sa mémoire, les laisser pénétrer en soi, ressentir un bien être, une chaleur, la paix.

Ecouter la musique, d’abord tendre, s’enflammer. Y trouver l’écho de ses sentiments, communier avec elle, s’y noyer.

Interpréter enfin le calme revenu, se détendre.

Effleurer le clavier d’une dernière caresse et quitter le piano, consolé.

 

Prendre sur soi, être toujours sur le qui-vive. Offrir de soi une image si lisse que rien ne s’y accroche. Donner satisfaction… Et voir le temps passer.

Dans un sursaut, lâcher prise. Décider de prendre du recul.

Choisir un moyen simple, prendre un congé, partir à la campagne. Marcher, mais marcher attentivement… Prendre de la terre entre ses doigts, retrouver son odeur un peu âcre qu’on avait oubliée. Observer le frémissement des feuilles, l’envol des oiseaux, la lumière changeante. Se griser des parfums : herbe froissée, mousse humide, champignon écrasé.

Se fondre dans la nature, participer à cette fête. Eprouver de la joie, récupérer son corps, se sentir vivant.

Avancer, aller jusqu’à la fatigue. Et puis, se rendre à l’évidence, il va bien falloir rentrer. Mais on n’est plus le même, on a retrouvé le plaisir d’exister.