AD ASTRA – Critique aisée n°172

Critique aisée n°172

AD ASTRA
Désastreux
James Gray – 2019
Brad Pitt, Tommy Lee Jones, Donald Sutherland

Pour commencer, comme d’habitude, un peu de small talk avant d’entrer dans le vif du sujet : tous les articles, tous les critiques, tous les amis et moi qui vous parleront de ce film vous diront avec componction que son titre vient de l’expression latine « Ad astra per aspera » qui signifie : « Vers les étoiles à travers les difficultés ». Ils pourront vous donner aussi une autre traduction, plus littérale : « Vers les étoiles par des chemins ardus ». On s’en fout, c’est pareil. Vous serez surement intéressé à savoir que c’est la devise du grand-duché de Meckembourg-Schwerin et de la marque de vêtements Quatre Cent Quinze. Personnellement, je préfère celle de Buzz l’Éclair : « Vers l’infini et au delà ! » Pour le film de James Gray qui vous emmène sur la Lune, puis sur Mars puis je ne sais où (Saturne ou Neptune, je ne sais plus mais de toute façon on s’en fout) et retour sur Terre, j’aurais plutôt choisi « Ad astra cum maestitia« , c’est-à-dire « Vers les étoiles avec ennui« . Heureusement, le retour est rapide.

Ceci dit, je ne sais pas pourquoi je m’entête à me précipiter pour voir, dès le jour de leur sortie, des films du genre d’Ad Astra ? Est-ce que j’espère vraiment retrouver quelque chose comme Planète interdite, ou Alien, ou Rencontres du troisième type, ou Avatar, ou Abyss, ou… Les récents films du genre que j’ai pu voir auraient pourtant dû me faire comprendre qu’aujourd’hui, la S.F., c’est souvent spectaculaire et stupide (Gravity) ou pontifiant et ennuyeux (Interstellar). Eh bien, Ad astra, c’est à peine spectaculaire, pas trop stupide, un poil pontifiant et ennuyeux à l’extrême.

Par le truchement d’un voyage dans l’espace, un homme part à la recherche de son père perdu, je ne vous dirai pas pourquoi, d’une part parce que je n’ai pas vraiment compris et d’autre part parce qu’on s’en fout aussi.

Vous avez remarqué ? Ça fait maintenant trois fois que j’utilise l’expression « on s’en fout« , tout d’abord à propos de la traduction de la locution latine, puis de la destination finale du héros et enfin de la raison du fils pour rechercher son père. Vous me connaissez, ce n’est pas un hasard. Ce n’est pas un hasard, parce que dans ce film, on se fout de tout.

On se fout des problèmes filiaux du héros, Brad Pitt, parfaitement plat, sans odeur ni saveur, continuellement bougon.
On se fout des péripéties qui autrefois ont amené son père, ermite barbu impénétrable, à sacrifier sa mission parce qu’on ne nous les montre pas.
On se fout des raisons qui l’ont poussé à disparaitre pendant seize ans ou (attention spoiler) à se suicider parce que, finalement, ça reste très vague. Serait-ce une vague mégalomanie ou un vague instinct scientifique ? On s’en fout.
On se fout des personnages secondaires : ils passent et disparaissent de l’écran ou meurent sans que jamais on s’y attache ni qu’on sache vraiment ce qu’ils venaient faire dans cette galère.
On se fout totalement de l’happy ending où l’épouse revient retrouver son héros, parce qu’on se foutait de la raison qui l’avait poussée à partir.

De tout, je vous dis ! On se fout de tout.

Vous lirez certainement ici et là que les images sont belles. Mais qui aujourd’hui pourrait rater des images de l’espace (sauf peut-être le Sénat avec son exposition sur les grilles du Luxembourg) ?

Vous lirez aussi que les scènes spectaculaires s’enchainent les unes aux autres. C’est tout d’abord totalement faux. De très longues scènes, en clair-obscur au sens propre comme au sens figuré, viennent vous exposer les états d’âme, d’ailleurs fort peu nombreux , du fils dans sa quête (il fallait bien que je le case, ce mot : la quête, du père en l’occurrence).

Pourtant, la scène d’ouverture est effectivement réussie et assez originale par son décor vertigineux. Une scène de poursuite de véhicules lunaires, qui se voulait sans doute l’un des clous du spectacle, vous laisse totalement indifférent — en fait, on s’en fout — tant elle est calquée sur n’importe quelle scène extraite de Mad Max ou d’un film sur la guerre d’Irak et tant elle arrive comme un cheveu sur la soupe, sans explication ni lien avec l’action, et tant elle est évacuée rapidement, sans impact sur le héros ni conséquence sur l’action. Une autre scène cependant constitue une vraie surprise, celle de l’exploration par le héros d’un vaisseau à la dérive. Je vous laisserai au moins cette surprise, en remarquant cependant que, comme la poursuite citée plus haut, cette scène n’a aucun rapport avec l’action du film.

Voilà tout ce que j’avais à vous dire sur Ad astra. Mais vous pouvez ne pas en tenir compte et aller le voir quand même. Personnellement, je m’en fous.

P.S. : La prochaine fois, je vous parlerai du dernier Woody Allen. Ça, vous pouvez aller le voir. Vous devez, même. Vous aurez toujours le temps de lire ma critique après.

Bientôt publié

21 Sep, 7 h 47 min En avant vers des jours meilleurs
22 Sep, 7 h 47 min Tableau 270
22 Sep, 18 h 47 min (pas de titre)
23 Sep, 7 h 47 min Contrainte et littérature

Lu ou entendu

Je l’ai croisé, mais de loin et de dos, c’est pour ça que je ne l’ai pas reconnu !

Il n’est pas parti juste pour partir, sinon il serait resté.

Il sortait à reculons pour faire semblant d’entrer.

La ceinture de sécurité me coupa le souffle en s’enfonçant profondément dans ma nuque.

Bientôt publié

20 Sep, 7 h 47 min Luchini : des écrivains parlent d’argent – Critique aisée n°104
21 Sep, 7 h 47 min En avant vers des jours meilleurs
22 Sep, 7 h 47 min Tableau 270

Dernière heure : Un voyage dans l’Univers

Dernière heure : Quatre mois en voyage dans l’univers, c’est long.
Mercredi 18 septembre

Ils ont remis ça !

Comme d’habitude. Sans rien dire. Ils ont remis les photos sur les grilles, sur mes grilles. Et pour quatre mois ! Cette fois-ci, c’est un assemblage hétéroclite et anarchique d’images de la lune et d’autres planètes, parfois séparées par des photos de  trois ou quatre Playmobils habillés de blanc, penchés sur des trucs enveloppés dans du papier d’argent ou jouant du saxo la tête en bas dans une minuscule chambre d’enfant dans laquelle aucun adulte ne serait entré depuis deux mois.

Aussi laide que les collections précédentes, constituée comme elles de photos vues mille fois, sans invention ni recherche artistique, au contraste et à la définition maximum, exaspérantes de convention et de banalité.

Moche, moche, moche !

Quatre mois !

¿ TAVUSSA ? (58) : Asphalt jungle

Habitués que vous êtes à mes Critiques aisées, en lisant ce titre, Asphalt jungle, vous vous régalez déjà à l’idée que je vais aujourd’hui vous parler de ce formidable film de 1950 de John Huston, de la présence physique écrasante de  Sterling Hayden, de l’éternel regard de labrador de James Whitmore, de la subtilité avide de Louis Calhern, de la courte mais prometteuse apparition de Marylin Monroe, de la superbe photographie noir et blanc de Harold Rosson et des tentatives de colorisation heureusement interdites. Eh bien non, je ne vais pas vous parler de The asphalt jungle, le film dont le titre avait été fidèlement traduit en français par « Quand la ville dort« .

Non, mon sujet aujourd’hui, c’est The asphalt jungle, et plus précisément The Paris asphalt jungle, autrement dit La jungle de l’asphalte parisien.

Vous me voyez encore venir et vous pensez qu’une nouvelle fois je vais me plaindre des milliers de travaux de Paris, tous commencés mais jamais finis1, de la réduction idéologique Continuer la lecture de ¿ TAVUSSA ? (58) : Asphalt jungle 

Les lapins de garenne

Ce texte a déjà été publié, mais chaque fois que revient la période de chasse, je ne peux m’empêcher d’y penser. 

Chronique des années quarante

2 – Les lapins de garenne

C’était en septembre. Vers la fin du mois. Je me souviens qu’il faisait beau.

Ils ont sauté dans le vide. Tous les trois. L’un après l’autre.

Quand Vercors est entré en trombe dans ma chambre en dérapant de ses quatre pattes sur le parquet, quand, à la fin de sa glissade, il a percuté la boite en carton dans laquelle ils habitaient depuis trois jours, ils ont fui vers la fenêtre grande ouverte. Pendant que le chien se rétablissait sur ses pattes, ils ont gravi la petite marche qui menait au balcon. Vercors les y a poursuivis, la gueule au ras du sol. Quand ils sont arrivés au bout, ils ont sauté dans le vide, tous les trois, l’un après l’autre. Le chien s’est arrêté en percutant la balustrade. Et moi qui l’avais suivi, je les ai regardés tomber du cinquième étage, tous les trois, l’un après l’autre. L’espace d’un instant, j’ai espéré qu’ils tomberaient sur le vélum de la boutique de Monsieur Martini. Mais l’élan que leur avait donné leur course les a propulsés au-delà de la toile tendue. Ils sont tombés tous les trois sur le trottoir, devant la confiserie.

Monsieur Martini avait dû les voir tomber car il est apparu de dessous la toile et s’est mis à regarder en l’air. Il m’a vu. Il a écarté un peu les bras et les a laissé retomber d’un air d’impuissance.

Dernière heure : RATP, des retraites très spéciales

 

Dernière heure : RATP, des retraites très spéciales
Samedi 14 septembre

88% des salariés de la RATP bénéficient du régime spécial.

Nombre de cotisants :     42300
Nombres de Retraités : 34900
Pensions de reversions : 11100

Cotisations des agents RATP :                    473.000.000€
Subventions publiques à la CRP-RATP : 681.000.000€

Calcul de la retraite : sur les 6 derniers mois (certaines primes incluses et après promotion de dernière minute (1))

Age moyen de départ en retraite : 55,7 ans (63 ans pour le régime général)
Pour les conducteurs : possibilité de partir à 50 ans et 8 mois
Pour les agents de travaux : possibilité de partir à 55 ans et 8 mois
Pour les employés administratifs : possibilité de partir à 60 ans et 8 mois
Pour les conducteurs de bus : 56 ans en moyenne

Source : A.F.P. & Cour des comptes – Données 2017
Note (1) : NDLR

Nighthawks enfin expliqué – 2

Si vous avez raté la première esquisse de Nighthawks, vous devez absolument CLIQUER ICI.

Voici maintenant le deuxième croquis préparatoire à l’œuvre majeure d’Edward Hopper. Dans cette version, ce n’est plus la femme que l’artiste cherche à accabler pour mieux mettre l’homme en valeur. C’est toute la vie de couple qu’il questionne de façon magistrale. On peut légitimement se demander si l’artiste s’est introduit dans son tableau à travers le barman ou à travers l’homme de dos. Le plus simple est de considérer que c’est dans les deux.

 

Roubaix, une lumière – Critique aisée n°171

Critique aisée 171

Roubaix, une lumière
Arnaud Desplechin – 2019
Roschdy Zem, Léa Seydoux, Sara Forestier, Antoine Reinartz

Pour une fois, je ne ferai aucun détour préalable, je ne prendrai aucune précaution oratoire, je ne vous conterai pas d’anecdote historique ou personnelle, je ne citerai aucune pédante référence à la carrière du réalisateur, à ses sources ou à ses obsessions personnelles, je ne ferai aucune allusion ironique à la critique de Télérama. Je vais simplement et brièvement vous dire que, ce film, vous pouvez le voir. Je vous y encourage, même.

C’est bien fait, les images sont belles, la musique est symphonique mais discrète, le récit est pathétique et policier et les deux parties du film, profondément différentes l’une de l’autre, sont également passionnantes.

Vous y trouverez principalement trois acteurs :
Roschdy Zem, enfin révélé dans un premier rôle,
Léa Seydoux, excellente,
Sara Forestier, transformée, enlaidie, incroyable !

Voilà, c’est tout pour aujourd’hui. Étonnant, non ?