Thunder road – Critique aisée n°133

Critique aisée n°133

 Thunder road
Jim Cummings – 2018
Jim Cummings, Kendal Farr

C’est l’histoire de Jimmy Arnaud, flic. Il a des problèmes : il est en instance de divorce, il va perdre la garde de sa fille, il vient de perdre sa mère. Il est aussi dyslexique reconnu depuis son enfance. Mais il souffre aussi de pétages de plombs chroniques en cas d’émotion forte. Donc la vie n’est pas simple pour lui. Pourtant c’est un flic plein de bonne volonté, un père aussi plein de bonne volonté que le flic, mais il n’y arrive pas. Quand il avance d’une case, un pétage de plomb le fait reculer de deux.

La chanson Thunder Road (Bruce Springsteen) lui a été transmise par sa mère. Elle lui donne le courage de tenir car elle dit que l’avenir est ailleurs que dans cette ville, qu’il faut partir, qu’il va partir.

Well, I got this guitar and I learned how to make it talk
And my car’s out back if you’re ready to take that long walk
From your front porch to my front seat
The door’s open but the ride ain’t free
And I know you’re lonely for words that I ain’t spoken
But tonight we’ll be free, all the promises’ll be broken

 Ce n’est pas par moi que vous saurez la fin.

Le film, réalisé et joué par Jim Cummings, a obtenu le Grand Prix du Festival de Cinéma Américain de Deauville. Il est très bien reçu par la critique professionnelle.

En ce qui me concerne, je l’ai trouvé plutôt original, quelquefois drôle — je n’ai pas pu m’empêcher de penser aux maladresses de Jerry Lewis et aux grimaces de Jim Carrey — vraiment tragique mais parfois lassant.

ET DEMAIN, ON FAIT LE MUR

Le liftier du Grand Hôtel

(…) Certaines choses étaient extrêmement agaçantes chez ce liftier : quoi que je lui eusse dit, il m’interrompait par  une locution «Vous pensez !» ou «Pensez !» qui semblait signifier ou bien que ma remarque était d’une telle évidence que tout le monde l’eût trouvée, ou bien reporter sur lui le mérite comme si c’était lui qui attirait mon attention là-dessus. «Vous pensez!» ou «Pensez !», exclamé avec la plus grande énergie, revenait toutes les deux minutes dans sa bouche, pour des choses dont il ne se fût jamais avisé, ce qui m’irritait tant que je me mettais aussitôt à dire le contraire pour lui montrer qu’il n’y comprenait rien. Mais à ma seconde assertion, bien qu’elle fût inconciliable avec la première, il ne répondait pas moins: «Vous pensez !», comme si ces mots étaient inévitables.

Marcel Proust
A la Recherche du Temps Perdu – Sodome et Gomorrhe

ET DEMAIN, THUNDER ROAD

NOUVELLES DU FRONT – 21/09/18

LA BÊTISE AU FRONT DE TAUREAU

Nous avons, pour plaire à la brute,
Digne vassale des Démons,
Insulté ce que nous aimons
Et flatté ce qui nous rebute ;
Contristé, servile bourreau,
Le faible qu’à tort on méprise ;
Salué l’énorme bêtise,
La Bêtise au front de taureau

 21/09/2018
NOUVELLES DU FRONT

Marchez, piétons !

Pour faire marcher les Parisiens, nous avons notre petit bonhomme vert :

A Berlin, c’est le célèbre Ampelmännchen :

Hé bien, maintenant, afin de ne heurter la sensibilité de personne, dans certains quartiers, Vienne, Londres, Madrid et Manchester viennent d’installer des feux semblables à ceux-ci :

ET DEMAIN, UN MÉTIER QUI SE PERD

 

 

Ah ! Les belles boutiques – 32

Zara
140 rue de Rennes. Paris 6ème

L’entreprise de distribution de produits alimentaires Félix Potin, est créée par Jean Louis Félix Potin (1820-1871) au milieu du XIXème  siècle et se développe sous le Second Empire. A la mort de son créateur, les héritiers de la marque poursuivent son développement. En 1904 ils ouvrent le grand magasin du 140 de la rue de Rennes. C’est la première grande surface alimentaire, sur six étages richement décorés.
L’enseigne disparait en 1995, plus de 150 ans après sa fondation.
Les derniers occupants de l’immeuble, Tati puis Zara, n’ont pas abimé le bâtiment Art Nouveau. Merci à eux.

La série « Ah ! les belles boutiques »
L’objectif : rendre hommage aux commerçants qui réussissent à conserver l’aspect traditionnel de leur façade de magasin, et les encourager à persévérer.
Le contenu : une photo de la devanture d’un magasin, avec si possible l’adresse et, très éventuellement, un commentaire sur la boutique, ou son histoire, ou son contenu, ou sur l’idée que s’en fait le JdC.

 

ET CE SOIR, DE NOUVELLES NOUVELLES DU FRONT

 

Ne lisez jamais Proust! – Critique aisée n°7

Ne lisez jamais Proust!

Oui, je sais, vous avez déjà lu ça, ici même, le 25 janvier 2014. Mais le conseil est toujours d’actualité. Et puis, j’ai rajouté des illustrations.

En matière d’art, j’ai un principe qui est de considérer que, si tant de gens aiment des œuvres que je n’apprécie pas, c’est qu’il y a probablement plus de chances pour qu’ils aient raison et moi tort que l’inverse. Tant de personnes ne pouvant être tous des snobs ou tous des idiots, mon premier mouvement est de penser que c’est moi qui dois être un béotien.
De ce principe découle naturellement la volonté de tenter quelques raisonnables efforts  pour aimer et, pourquoi pas, comprendre (mais on peut aimer sans comprendre, une œuvre d’art, une femme, …) ce qui, jusqu’à présent, m’ennuyait ou même me faisait ricaner.
La croyance en ce principe n’est pas une preuve particulière de modestie et, beaucoup de mes amis vous le diront, cette qualité n’est pas plus développée chez moi que chez le premier imbécile venu. De plus, toute modestie mise à part, je crois pouvoir situer assez précisément et sans illusion mes limites intellectuelles.

Je me dois également de préciser que je n’applique pas  ce principe de généreuse ouverture à tous les arts ni à tous les artistes.
En premier lieu, j’ai exclu du champ de mon possible Continuer la lecture de Ne lisez jamais Proust! – Critique aisée n°7 

Dernière heure : Expo-Photo-Luco

Dernière heure : Expo photo au Luco
Mercredi 19 septembre

Ça y est ! Comme personne n’écoute ce que je dis, ils l’ont refait ! Ils ont à nouveau placardé des photos sur les grilles du Luxembourg le long de la rue de Médicis, cachant les couleurs de l’automne qui s’annonce aux yeux attristés du passant nostalgique.

Comme il s’agit de photographies, pas terribles d’ailleurs, destinées à mettre en évidence le réchauffement climatique par ses effets sur les pôles, je ne dirai trop rien cette fois-ci.

Allez donc la voir, cette expo (*) et, heureux comme un Ulysse de trottoir, faites un beau voyage, et puis retournez-vous-en, plein d’usage et raison, vivre entre votre chauffe-eau, votre sèche-cheveux, votre sèche-linge, votre télévision, votre réfrigérateur et votre congélateur le reste de votre âge.

Et cette fois-ci, n’oubliez pas d’acheter un climatiseur dès le mois de mars prochain, parce qu’après, on sera en rupture de stock.

Note (*)

DE POLE EN POLE
Un monde qui disparait

ET DEMAIN, UN BON CONSEIL

Mademoiselle de Joncquières – Critique aisée n°132

Critique aisée n° 132

Mademoiselle de Joncquières
Emmanuel Mouret  –  2018
Cécile de France, Edouard Baer.
 
De très jolies images de salons dorés, de beaux châteaux, de grands parcs, une belle marquise-vos-beaux-yeux-d’amour-mourir-me-font, un marquis charmant et libertin…

Deux acteurs pénétrés de leur rôle, Cécile de France, la femme de quarante ans, son sourire, son regard moqueur, Edouard Baer, le dandy d’aujourd’hui, le libertin du 18ème (siècle), son léger embonpoint, sa chaleur humaine, sa voix (quelle voix !)…

Un scénario basé sur Diderot, d’élégants dialogues sur l’amour, dits parfaitement et différemment par le marquis et la marquise, une vengeance de femme, un retournement d’homme…

Une réalisation très sobre faite pour souligner le beau langage de ce siècle…

Malgré quelques longueurs dans le dernier tiers du film, malgré des situations quelque peu répétitives dans l’élaboration de la vengeance de la Marquise, tout cela fait un film agréable à regarder.

Mais cette histoire, tirée de Jacques le Fataliste de Diderot, d’une vengeance un peu laborieuse pour un crime pas si grave que ça finalement ne fera pas oublier Les Liaisons Dangereuses de Choderlos de Laclos, vengeance autrement plus machiavélique, dont Stephen Frears avait tiré un film autrement plus fort.

Mais finalement, ma critique s’adresse plus à Diderot  qu’à Mouret. A voir quand même, pour de France et Baer, et pour Mouret, le discret metteur en scène.

ET DEMAIN, UN COLLAGE TOUT SIMPLEMENT

 

 

Les vacances du petit Lorenzo – 1

Voici ce qu’a écrit Lorenzo en exergue de son petit recueil de souvenirs de vacances dans la villa Mektoub à Tharon-Plage, Loire-Inférieure.

 Ce ne sont que de banals souvenirs d’enfance comme tant d’autres mais que l’on ne peut se résoudre à effacer de notre mémoire. Les vacances à Tharon-Plage en Loire-Inférieure, une station balnéaire récente et sans charme, construite de bric et de broc, une clientèle populaire vivant les premiers bonheurs d’après-guerre et la poésie méconnue de René-Guy Cadou à l’image de ce pays, simple mais si vraie. C’est là que j’ai grandi.

Parmi les courts textes qui composent les souvenirs de Lorenzo, j’ai choisi d’en publier certains, ceux qui m’ont rappelé mon Tharon-Plage à moi. Et le vôtre ? Où était-il ?

 LES GROSSES VAGUES

Moi, ce que j’aimais par dessus tout, c’était les grosses vagues. Au début, quand j’étais petit, il y en avait souvent. Puis la fréquence de cet événement tant attendu diminua au fur et à mesure que j’approchais de mes un mètre quatre vingt dix définitifs. Mais, pour mon plus grand bonheur, il y eut toujours des grosses vagues au moment des grandes marées du quinze Août. C’était terrible et merveilleux ! Le vent soufflait fort et il faisait presque froid. La plage était déserte et une fine pellicule de sable courait au ras du sol et nous piquait les mollets. La mer était déchaînée et nous n’avions devant nous qu’un mur ininterrompu et mouvant d’écume blanche qui roulait inlassablement vers nous. Parfois une vague énorme se creusait, montait vers le ciel et explosait dans un fracas assourdissant. Il n’était pas difficile de se mettre à l’eau car nous étions vite trempés par l’écume que soufflaient les rafales venant de l’Ouest. Et puis le grand jeu commençait : d’abord se laisser renverser en riant puis plonger au dernier moment quand la vague s’annonçait trop violente et qu’il fallait passer au dessous pour ne pas être happé et broyé par la force du rouleau. Enfin, suprême plaisir, réussir à attraper le sommet de l’une d’entre elles et se laisser porter en surfing jusque sur la plage. Les échecs étaient nombreux et cuisants, les culbutes violentes et douloureuses dont on se relevait étourdi, courbatu et la peau éraflée au contact du fond sablonneux et des coquillages. On restait des heures à rouler et plonger, se relever et repartir, convaincus que la prochaine vague serait encore meilleure, c’est à dire plus effrayante que les précédentes. Et nous jouions ainsi jusqu’à ce que la marée descendante atténue peu à peu la violence des flots. L’angoisse nous prenait alors en même temps que les premiers frissons. Connaîtrions-nous encore des jours à grosses vagues ? Telle était la terrible question de nos cœurs d’enfant que nos cœurs d’adulte se poseraient à nouveau la cinquantaine venue.

 

ET DEMAIN, MADEMOISELLE DE JONCQUIERES