Journal de Campagne (20)

Journal de Campagne (20)
Samedi 4 avril 2020

Depuis les événements des Gilets Jaunes, je ne regarde plus les informations télévisées et depuis que je suis à la Campagne, je n’ai plus de télévision du tout.

Mais je me tiens quand même informé. Pour cela, j’ai les alertes de FranceInfo et celles du Figaro, et quelques fois, la radio RTL au hasard de mes passages dans la salle de bain. L’autre jour, il devait être 13h30, tandis que je me rasais — je fais ce que je veux — j’ai écouté presque à mon insu, quelques minutes de l’émission Les auditeurs ont la parole. Je n’ai connu ce titre que plus tard quand je suis allé le vérifier sur la grille des programmes RTL. Des gens en colère, râleurs, ironiques, paranoïaques, complotistes, experts en tout, critiques sur tout s’y exprimaient à longueur d’ondes généreuses, indifférents aux timides objections du présentateur quand leurs affirmations étaient vraiment trop énormes.

Ce même matin, après avoir parcouru une alerte de FranceInfo sur l’intervention du Premier Ministre devant la mission d’information de l’Assemblée nationale, j’avais lu les commentaires des lecteurs-auditeurs. Des gens en colère, râleurs, ironiques, paranoïaques, complotistes, experts en tout, critiques sur tout s’y exprimaient à longueur de colonnes, sans modération et cette fois-ci sans modérateur.

Pourquoi ne retrouve-t-on dans ces interventions du public que les mêmes raccourcis, accusations, théories, fausses nouvelles et amalgames que ceux qui courent déjà sur Internet ?

L’Esprit Gilets Jaunes s’est propagé à une vitesse surprenante dans la population. Il régnait déjà dans beaucoup de domaines, l’économie, la politique, la diplomatie…  Il vient d’ajouter à son empire ceux de la santé et des sciences. Si quelqu’un trouve quelque chose d’injuste ou de scandaleux au principe d’Archimède, qu’il parle et il sera écouté. Et suivi.
À présent, tous, nous connaissons au moins une personne proche touchée par ce virus pour lequel on n’a encore trouvé ni remède ni vaccin. Certains disent qu’à moins d’un confinement absolu et d’une fermeture définitive de Facebook, 80% de la population sera atteinte, dont plus de la moitié irrémédiablement.

Cet état d’esprit laisse mal augurer des mois et peut-être des années qui vont suivre la fin de la crise sanitaire. Nous aurons alors, en même temps qu’une crise économique, une crise morale.

Ah, ben ! On peut pas parler de Proust tous les matins.

Bientôt publié
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Journal de Campagne (19) et NOUVELLES DU FRONT – 3 avril 2020

Journal de Campagne (19)
Vendredi 3 avril 2020

Hier, à propos de la Campagne et plus particulièrement de Champ de Faye, je me suis fait une petite envolée sur la mémoire volontaire, l’involontaire, l’édifice immense du souvenir et tout le toutim. Cet exercice n’est pas facile et il devient vite casse-gueule quand on se laisse entrainer par la philosophie ou par la poésie si on n’est pas équipé pour. Donc, je vais laisser tomber pour un temps, bien que je sache que j’y reviendrai toujours, à ces gouttelettes impalpables qui portent le fameux édifice.

Revenons un peu aux bons vrais et simples souvenirs, à ce livre d’images que l’on peut tirer de la mémoire volontaire. Dans ce domaine, je m’aperçois qu’en six années de JdC, j’ai déjà beaucoup donné. En effet, tout ce que j’ai Continuer la lecture de Journal de Campagne (19) et NOUVELLES DU FRONT – 3 avril 2020 

Journal de Campagne (18)

Journal de Campagne (18)
Jeudi 2 avril 2020

Dans mon 14ème Journal de Campagne, celui de Dimanche dernier, je vous avais parlé de la mémoire et des souvenirs. J’avais annoncé que, sitôt qu’il ne se passerait plus rien ici qui soit digne d’être raconté, je me lancerai à la recherche des souvenirs de Champ de Faye.

Ce temps est arrivé et, entre un essai de reprise de mon Cujas , la tentative avortée de réparation d’un banc de jardin et le visionnage de la nouvelle saison de la série Ozark, j’ai essayé. Croyez-moi, j’ai essayé de les retrouver, ces souvenirs, honnêtement, laborieusement. Et ils sont revenus, certains d’entre eux tout au moins : le premier jour seul dans cette maison glacée, les enfants glissant et tombant dans la gadoue, les tas de bois, les cabanes, les arcs fabriqués avec de la ficelle et du noisetier, les feux dans la cheminée, les mois de juin aux tisons, les parties de football avec le chien, les balades en forêt , les jeux de sociétés, les jeux de piste, les œufs en chocolat dans l’herbe mouillée, les weekends entre amis, l’herbe qui pousse et qu’il faut tondre, les rapports d’expertise sur la table de la cuisine, la neige sur les champs, le givre sur les arbres, les taupes, les chevreuils, les tracteurs qui passent, les vaches qui paissent et les veaux qui grandissent, les retours du dimanche soir…

J’aurais peut-être pu en faire un je me souviens. Je l’avais déjà fait avec mon enfance et mon adolescence, mais pour Champ de Faye, il est Continuer la lecture de Journal de Campagne (18) 

Journal de Campagne (17)

Journal de Campagne (17)
Mercredi 1er avril 2020 – 16h47

Favorisée par cette période de crise et par l’anxiété qui en découle, cette année, on peut craindre que des poissons d’avril contaminés n’arrivent en masse sur les étals de nos marchés et que, pour ceux qui les ingurgiteront, le goût n’en soit amer.

Attention, ne pas confondre — NPC ! écrivait en gros sur le tableau vert mon prof de mathématiques, qui aimait bien les acronymes — ne pas confondre un poisson d’avril et une blague.

Depuis des semaines, les blagues sur le Coronavirus foisonnent et circulent librement. Et c’est un bien, parce que, qu’elles soient drôles ou minables, les blagues sont nécessaires pour traverser les temps difficiles. Tant que des blagues tournent, tant que l’on fait preuve d’un peu d’humour en les racontant ou en en souriant, c’est que le fond n’est pas atteint. Je ne crois pas du tout à cet aphorisme, attribué Continuer la lecture de Journal de Campagne (17) 

Quand et comment

Quand il éternuait, c’était dans un énorme cri poussé sur trois notes, un Tcha central encadré par deux gigantesques Ha, rugissement complexe souvent suivi d’un soupir de soulagement.

Quand il se mouchait, c’était la tempête, la trompette, bruyante, prolongée, avec une secousse de la tête pour terminer. Ensuite, il regardait autour de lui en souriant, comme pour s’excuser, les yeux encore pleins de larmes.

Quand il riait, c’était ses yeux qui commençaient. Ensuite un rire étouffé montait par secousses dans sa gorge puis dans son nez. Enfin, le rire éclatait au grand jour pour se terminer en une toux violente. Car il fumait beaucoup.

Quand il fumait… Non, on ne peut pas dire quand il fumait car il fumait tout le temps, des Favorites, cigarettes brunes à bout de liège, ou des Mecarillos, petits cigares aigres et bon marché, mais aussi des Monte Christo ou des Coïbas. Il fumait aussi la pipe. Il en avait une dizaine. Elles étaient disséminées partout. Bien rangées sur Continuer la lecture de Quand et comment 

Journal de Campagne (16)

Journal de Campagne (16)
Mardi 31 mars 2020 -16h47

Je ne sais pas vous, mais moi, hier, il s’est passé plein de trucs :

08h30 – remplacé la bouteille de butane
09h45 – vu s’envoler deux perdreaux devant nous pendant l’une de nos promenades quotidiennes
11h50 – remarqué une livraison Chronopost chez un voisin
15h05 – vu passer furtivement un coq faisan piétant dans une allée forestière avec envol simultané de deux canards lors de notre seconde promenade,
16h35 – vu passer devant chez nous un attelage composé d’une Continuer la lecture de Journal de Campagne (16) 

À Moissac

Géraldine C. nous écrit de Moissac en Occitanie

Moissac – 27 mars 2020

Ce matin l’air pique aux narines. Sitôt tourné le coin de la rue, j’aperçois le canal qui exhale un voluptueux panache blanc de vapeur d’eau. L’éveil des jardins se fait aujourd’hui sous une fine pellicule de gelée. Les premières fleurs de pivoine semblent se serrer les unes aux autres pour se tenir chaud. Çà et là dans les jardins, les premiers prunus arborent de frileuses petites fleurs fuchsias. Tout est calme. J’entends une mésange qui répète son couplet du matin. Tous les volets des maisons sont fermés. Le soleil qui pointe son nez réchauffe mon visage et j’accueille avec délectation ce frôlement si réconfortant. Je prends la rue à gauche, puis la rue à droite puis encore la rue à gauche. Je laisse mes pas me guider au rythme de Continuer la lecture de À Moissac