Les faux British – Critique aisée n° 126

Les faux British
Théatre Saint Georges 

Une troupe de comédiens présente une pièce policière de Sir Arthur Conan Doyle.
Un meurtre est commis dans un salon entièrement fermé.
Classique !

Mais la troupe est faite de complets amateurs, l’auteur n’est pas le créateur de Sherlock Holmes, la mise en scène est catastrophique et le décor ne tient pas debout. Tout aussi classique !

Car ce n’est pas la première fois qu’on nous fait le coup des mauvais acteurs jouant mal un texte stupide dans un décor chancelant — et je ne compte pas les fois où ce n’était pas volontaire.

Les moins jeunes se souviendront peut-être des Branquignols, d’Helzapoppin ou de certains sketches de Roger Pierre et Jean Marc Thibault, tandis que les contemporains se souviendront  surement de Thé à la menthe ou t’es citron.

Il ne s’agit pas ici de comparer ces spectacles passés aux Faux British. A quoi cela servirait-il ? Aujourd’hui qui se souvient de Robert Dhéry, de Colette Continuer la lecture de Les faux British – Critique aisée n° 126 

Ah ! Les belles boutiques – 29


Hotel Boutet
22 rue Faidherbe Paris 11°

Dans la Rue Faidherbe, à Paris, dans le onzième arrondissement, au numéro 22, il y a un hôtel. C’est l’Hôtel Boutet. Quand on cherche un peu, on trouve facilement que cet hôtel fait partie du Groupe Accor, qu’il est classé 5 étoiles par le Ministère du Tourisme, qu’il a 80 chambres et tous les accessoires qui vont avec le nombre d’étoiles, et qu’une chambre pour deux personnes y coute de 250 à 300 Euros par nuit.
Mais ce qui est intéressant dans cet hôtel, c’est sa façade. Si on examine la photo qui surmonte ce texte, on pourra y lire dans des panneaux de carreaux émaillés : « Boutet » « PANNEAUX CONTREPLAQUÉS » « SCIAGE » « PONÇAGE » « PLACAGE » « TRANCHAGE » « BOIS EXOTIQUES » et surement d’autres inscriptions qui n’ont pas pu rentrer dans la photo.
En fait, cet immeuble est l’ancienne succursale des Etablissements Boutet, dont le siège était à Vichy et dont l’activité était clairement affichée sur sa façade parisienne.
Un peu de Wikipedia, et vous saurez que ce magnifique bâtiment industriel avait été conçu pour la maison Boutet en 1926 par Achille Champy, architecte (1858-1950). Il fut occupé ensuite de 1944 à 1983 par une chocolaterie. On peut aujourd’hui remercier le Groupe Accor pour avoir arraché cet immeuble aux gratte-papiers de la RATP qui l’occupèrent de 1989 jusqu’en 2015. Merci Accor ! (J’espère que cet apostrophe me vaudra une réduction sur ma prochaine chambre de Novotel)

La série « Ah ! les belles boutiques »
L’objectif : rendre hommage aux commerçants qui réussissent à conserver l’aspect traditionnel de leur façade de magasin, et les encourager à persévérer.
Le contenu : une photo de la devanture d’un magasin, avec si possible l’adresse et, très éventuellement, un commentaire sur la boutique, ou son histoire, ou son contenu, ou sur l’idée que s’en fait le JdC.

ET DEMAIN, LA CRITIQUE AISÉE DES FAUX BRITISH 

Le Poète et le Printemps

A partir de janvier 1968, les dirigeants de l’URSS suivent avec inquiétude l’évolution de la libéralisation en Tchécoslovaquie (cessation de la censure et de la surveillance par la police politique) menée par Alexander Dubcek. Cette période est appelée le Printemps de Prague. Après plusieurs tentatives de renversement de Dubcek, la Russie prépare l’invasion de la Tchécoslovaquie. Les puissances de l’OTAN regardent sans rien faire. Quelques intellectuels commencent à protester, aussitôt insultés par le Parti Communiste Français. L’intervention des chars soviétiques devient de plus en plus certaine. Depuis 1953, Aragon est Directeur de la revue Les Lettres Françaises qui appartient au Parti Communiste. Le 1er aout 1968, Paul Morand rencontre Claude Gallimard qui lui dit :

« Aragon s’est efforcé de fonder un comité franco-tchèque, pour sauter dans le dernier wagon. Les tchèques ont répondu qu’il avait accepté sans broncher le régime stalinien et qu’ils ne voulaient pas de lui. »(1)

Le 21 aout, les armées du Pacte de Varsovie envahissent la Tchécoslovaquie mettant fin pour vingt ans au Printemps de Prague.

(1) Paul Morand – Journal inutile – 1er août 1968

ET DEMAIN, L’HOTEL BOUTET

Les photos, les motos, les autos et les vélos

Post it n°22

 Les photos, les motos, les autos et les vélos
Vous allez dire que j’écris toujours la même chose , mais… me voilà, une fois de plus, assis à la terrasse du Rostand. Elle n’est encore que peu occupée. Il est dix heures. L’air est encore frais de l’orage de cette nuit. Je m’assieds entre deux dames âgées mais pas autant que moi et un homme d’âge indéfinissable. Les deux dames caressent le chat de la maison en lui parlant doucement. L’homme indéfinissable doit être grec, car c’est avec cet accent qu’il me demande si la fumée de sa cigarette me dérange. Je lui dis que non, pas du tout. Mais il doit être vraiment grec, pour n’avoir pas compris ma réponse, ou vraiment perspicace, pour avoir compris qu’elle n’était pas sincère : il s’éloigne de deux tables.  Donc, comme souvent dans ces circonstances — beau matin frais, calme terrasse parisienne, café-tartine comme il faut — tout va bien.

Alors, pour que ça continue, j’essaie de ne pas voir les photos qui me font face, désespérément accrochées aux grilles du Luxembourg. J’essaie, parce que chaque photo est une insulte à mes yeux : dégoulinante de couleurs, contrastée à l’excès, spectaculaire en diable.  Si l’une d’entre elles — allez, j’irais même jusqu’à trois ou quatre — était projetée un soir après dîner chez un de vos amis de retour d’un trek dans l’ile de Sumatra, ce serait acceptable. Chaque photo serait saluée d’exclamations d’admiration polie, teintée, dès la troisième, d’un peu de lassitude. Mais, ici, placardé devant le plus beau jardin de Paris, ce n’est pas l’ennui que ce diaporama flamboyant, archétype du mauvais goût, suscite, c’est une légère nausée teintée d’exaspération. Ces volcans en éruption, ces canyons au coucher du soleil, ces sommets vertigineux sous l’orage me rappellent les faons et les biches buvant l’eau d’une mare au milieu d’une clairière éclairée  par un rayon de soleil traversant providentiellement  la ramure tandis que le cerf, dans l’ombre, assure la sécurité, que l’on trouvait accrochées aux murs populaires des années cinquante.

J’essaie aussi de ne pas entendre les motos. Toutes les trois minutes, comme on lève une vanne pour libérer l’eau d’un canal d’irrigation, le feu rouge du haut de la rue devient vert et libére une horde de motos et scooters dans la rue de Médicis. Elles luttent pour prendre le virage en tête en hurlant leur mépris de mes oreilles. Bruit profond ou éclatant des grosses cylindrées, bruit métallique ou martelé des scooters, bruits aigus et perforant des petites cylindrées, sans oublier de temps en temps les décibels de hard-rock qui semblent sortir par centaines d’une paire de sacoches à franges. Chaque passage de moto est une insulte à ma sérénité, une provocation à ma bonne humeur, chaque ouverture de vanne me sort du livre avec lequel j’ai réussi à rompre mon jeûne littéraire de plusieurs mois (Un homme, un vrai de Tom Wolfe, dont je vous parlerai dès que je l’aurai terminé). Pas une moto qui soit silencieuse ou simplement discrète. Non, ils sont là, les centaures tonitruants, et ils tiennent à vous le faire savoir.

Les autos… que peut-on dire des autos ce matin ? Rien ! Il n’y a pas d’embouteillage et, quand la vanne s’ouvre, les autos glissent doucement dans le sillage des monstres rugissants sur l’asphalte qui file en pente douce vers l’Odéon.

Et les vélos ? Les vélos, c’est simple, il n’y en a plus. Madame Hidalgo leur a réglé leur compte.

 

 

ET DEMAIN, UN TABLEAU DE SEBASTIEN

¿ TAVUSSA ? (44) – Les Vélibs et Monsieur Arnaud.

J’avais l’intention d’écrire un long article sur l’échec de Smovengo, mais vous ne l’auriez pas lu. Alors j’en ai fait un résumé que je vous présente avant de vous faire part d’une nouvelle de dernière heure qui va surement faire bouger les choses, vous verrez.

Résumé :
Le Velib nouveau n’est pas arrivé.  Ça ne marche pas.
L’exploitant Smovengo des nouveaux Velibs de Paris est incapable de remplir ses obligations contractuelles.
Ce n’est pas près de s’arranger.
On en est là parce que la Mairie n’a pas fait son travail de présélection des candidatures.
Et aussi parce que l’appel d’offre était orienté vers une défaite de JC Decaux, ou une victoire de Smovengo, ou les deux.
Toujours est-il que des Vélibs, on en n’a pas.
Et qu’on peut se demander si l’adjudicataire ne va pas se mettre en faillite, ce qui serait pour lui une manière de limiter la casse.
C’est très agaçant.

Mais ce qui est encore plus agaçant quand on lit un peu les nouvelles par-ci par-là, c’est d’apprendre que l’un de ceux qui ont participé à l’élaboration des termes de l’appel d’offre est le propre frère du patron de Smovengo.
C’est aussi de réaliser que personne du syndicat Autolib’Vélib’Métropole ne s’est rendu chez Smovengo avant l’adjudication, ne serait-ce que pour vérifier les capacités techniques réelles du candidat.
C’est aussi de comprendre que le contrat signé par la Mairie a établi une solide barrière juridique entre Smovengo, petite société montpelliéraine, et ses très puissants actionnaires, Vinci, Mulliez, Mobivia et ATU, de telle sorte qu’il ne sera pas possible de faire appel à ces derniers en cas de mise en faillite de Smovengo.
La mise en faillite de Smovengo, incapable d’assurer le service et de payer les pénalités de retard, suivie de la reprise de l’activité par la Municipalité me paraissent, à moi, inéluctables, comme les conséquences sur les impôts des Parisiens.

Vous pouvez aussi aller relire UNE CATASTROPHE INDUSTRIELLE ET MUNICIPALE 

La dernière heure dont je vous parlais tout à l’heure est la suivante :

Le 1er juin dernier, Monsieur Arnaud Marion a rejoint Smovengo avec la fonction de Délégué Général. « Bon, me direz-vous, et alors ? » Eh bien, sur le conseil d’un ami, je suis allé sur Google voir un peu qui est ce Monsieur Arnaud Marion. J’ai appris que des sociétés de toutes sortes et non des moindres ont fait ou font appel à lui pour son expertise dans l’aide aux entreprises dans des situations difficiles. Le journal Les Echos dit de lui qu’il est très recherché « par les actionnaires aux abois qui veulent éviter une Bérézina financière dans une entreprise exsangue« . Il a notamment réglé quelques cas des plus variés et des plus difficiles comme Arcométal, Le Lido, les poulets Doux, La Salle Pleyel ou Heuliez. Attention, Monsieur Marion le dit lui-même : il n’est pas un dirigeant d’entreprise, mais un dirigeant de crise. Il n’est pas là pour longtemps et, si j’ai bien compris, comme Jules César, il vient, il voit, et retourne ou liquide l’entreprise. Alors, voilà ce que j’imagine qu’il va faire (aux bons entendeurs, salut) :

il va préparer le dépôt de bilan de Smovengo de façon brutale et strictement contractuelle, en protégeant les actionnaires que sont ceux que j’ai cité plus haut.

Avec cette arme bien visible dans sa main droite, il va de sa main gauche agiter les conséquences du dépôt de bilan aux yeux des employés d’une part et de la Mairie d’autre part. Abattus par ces conséquences financières pour les uns, ou terrorisée par les conséquences électorales pour l’autre, les uns et l’autre seront trop contents d’accepter les quelques concessions que leur fera Monsieur Marion. Les employés rentreront chez eux et dans le rang avec une indemnité décevante, et la Mairie acceptera non seulement d’effacer les pénalités déjà imposées à Smovengo, mais aussi soit de municipaliser le système en reprenant le personnel et en rachetant les investissements déjà faits par Smovengo, soit de modifier sensiblement les termes du contrat de concession.

Et que tout le monde soit vainqueur ne sera qu’une question de présentation.

Donc, tout le monde sera content, sauf moi. Parce que vous, vous vous en foutez, n’est-ce pas ?

ET DEMAIN, UN PEU DE BEAUMES-DE-VENISE

Dernière heure : Autolib et Velib, même combat (ou presque)

Dernière heure : Autolib et Velib, même combat (ou presque)
Samedi 16 juin

La Mairie de Paris veut mettre fin au contrat Bolloré qui exploite les Autolibs. Le Groupe Bolloré prend acte mais entend faire appliquer les clauses du contrat signé. Selon ce contrat, la ville devra rembourser à Bolloré la somme de 240 millions €, soit les 300 millions de déficit total d’Autolib diminués de 60 millions forfaitaires restant à la charge de l’exploitant.

En ce moment, tout lui réussit, à Hidalgo.

ET DEMAIN, NOUS PARLERONS DES VELIB : IL SE PASSE DES CHOSES…

Remèdes de bonne sœur

Les remèdes de santé d’Hildegarde de Bingen :

ELOCUTION
Tenir dans le creux de sa main une pierre de calcédoine, la réchauffer de son haleine et la lécher avant le discours (et pendant si possible)

CHUTE DE CHEVEUX
Brûler de la paille de blé ou de seigle. Mélanger la cendre avec du saindoux. S’en frotter le crane tout entier et particulièrement les endroits où les cheveux commencent à tomber. Renouveler l’opération aussi souvent que possible en gardant la pommade aussi longtemps que possible sur le crâne.

Hildegarde de Bingen  1098 – 1179
Religieuse bénédictine mystique, compositrice et femme de lettres franconienne, saint de l’Église catholique du XIIème siècle.

ET DEMAIN, LES VELIBS, ÇA VA BOUGER 

Les portraits de Lorenzo (1)

Avant de se consacrer presque complètement à la photographie et à l’écriture, Lorenzo dell’Acqua a été médecin. Tout en exerçant, il a dressé des portraits de ses patients, d’une écriture souvent légère ou parfois grave. Ces portraits, il les a réunis en une galerie dont il nous donne d’abord sa conception :

« Ce serait une suite de petites nouvelles, souvent plus petites que des nouvelles, réduites parfois à une seule ligne, à parcourir comme des impressions de voyages ou les photos d’un album. L’ensemble serait un tableau fait d’une simple palette de peintures où chaque patient aurait déposé une trace de couleurs, primaires et simples pour certains, délicates et complexes pour d’autres.

Cette galerie de portraits est mon trésor de guerre pudique et je voudrais exprimer ainsi ma reconnaissance à tous les patients qui m’ont confié ce qu’ils avaient de plus précieux : leur vie. J’écris pour leur dire merci.

Et je me souviendrai aussi de tous ces gentils patients que j’ai condamnés à mort et qui ne le méritaient pas. J’écris pour leur demander pardon. »

Et maintenant, une première série de portraits

Les portraits de Lorenzo (1)

Madame Élise C. n’a pas toujours donné la même date de naissance et elle a donc plusieurs dossiers à mon cabinet. La raison est qu’elle ne veut pas vieillir. A quatre-vingt six ans, il faut reconnaître qu’elle y arrive assez bien. Curieuse coïncidence, je lui ai découvert une affection du tube digestif qui survient d’habitude avant l’âge de vingt ans. Cela lui a fait plaisir d’avoir une maladie de jeune !

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Yannick Bellon était une metteur en scène connue dans les années 70-80. Elle est venue me voir sur les conseils de deux de ses proches qui ne se connaissaient pas : madame L., son amie de toujours, et monsieur X., son professeur de gymnastique. La conversation fut passionnante avec cette femme à l’intelligence et à la vivacité intactes malgré ses quatre-vingt-douze ans. Le thème de son dernier film sur le retour à la vie normale d’une femme ayant eu un cancer du sein, « L’amour nu » avec Marlène Jobert, nous concerne ma femme et moi. A la fin de la consultation, elle m’a dit : « Je suis venue chez vous pour une troisième raison. On m’a dit que vous étiez photographe« . Merci, Madame Bellon.

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Jean-François H. est un aristocrate, c’est-à-dire un homme important resté modeste. J’en ai connu quelques-uns, peu, et je les aime tout particulièrement. Ancien Directeur de la Caisse des Dépôts et ami intime de Simone Veil, c’est devenu avec le temps un hypocondriaque courtois. Nous parlons souvent de peinture et de littérature, des prémices de la guerre de quatorze et des richesses de la Toscane. Pourquoi aime-t-il mes photos ? Je ne le sais pas mais sa femme m’a dit qu’il était ému comme devant des tableaux. Aujourd’hui il va bien mais la première fois que je l’ai vu en 1990, je l’avais oublié mais lui s’en souvient, je crois bien que je lui ai sauvé la vie.

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ET DEMAIN, LES PETITS TRUCS D’HILDEGARDE