Désintoxication – 2ème partie

Désintoxication  — Deuxième partie

Le patient, dont la fatigue nous avait conduit hier à interrompre l’interview, se porte beaucoup mieux ce matin. Nous reprenons donc notre entretien. Il vous est bien entendu toujours possible d’en réentendre la première partie en cliquant ici.

  • … ?
  • Oui, oui, j’ai passé une bonne nuit, je vous remercie. Nous pouvons reprendre.
  • … ?
  • Tout à fait ! C’est bien ce mot qui a déclenché ma petite crise d’hier soir. D’ailleurs, je tiens à m’en excuser auprès de vous. Mais que voulez-vous, il m’a échappé et vous avez pu voir qu’il provoquait encore chez moi des automatismes douloureux.
  • C’est cela, nous parlions de Dallas et je vous disais que je me faisais une fierté de n’avoir jamais vu un seul, comment dire, un seul morceau de Dallas. Ceci dit, nous étions peu nombreux à résister à ce que nous considérions encore comme une simple mauvaise habitude, pas plus grave que celle qui consiste à boire trop de café au bureau. Pourtant la souche du virus était là, bien qu’encore peu virulente. En effet, pour voir Dallas, il fallait attendre le jour et l’heure de la semaine, et il n’y avait aucun moyen d’en abuser, mis à part l’enregistrement sur magnétoscope. Mais là, il fallait vraiment être …
  • … ?
  • Dites-donc, vous sortez d’où, vous ? Un magnétoscope, enfin ! Un truc moche et encombrant qui servait à enregistrer sur des bandes des tas de trucs qu’on ne regardait jamais… Vous ne voyez pas ? Bon, passons ! De toute façon, ça n’a aucune Continuer la lecture de Désintoxication – 2ème partie 

Désintoxication – 1ère partie

Désintoxication — Première partie

  • Ah ! Bonjour, jeune homme !
  • … ?
  • Ah, oui ! Ça va beaucoup mieux, merci. Aujourd’hui, j’ai pu lire une demi-heure… au moins. Ça n’a pas été facile et ça m’a fichu une belle migraine ophtalmique, mais c’est une vraie victoire. Quand je pense que la semaine dernière, je n’arrivais même pas à lire la carte postale que m’avait envoyée mon beau frère de Montalivet-les-bains ! Non, c’est vrai, ça va mieux.
  • … ?
  • Pour la suite ? Aïe ! Je vous en prie, n’utilisez pas ce mot. Quand vous le prononcez devant moi, c’est comme si vous allumiez une cigarette devant un grand fumeur repenti. On ne parle pas de corde dans la maison d’un pendu, voyons ! Faites attention, s’il vous plait.
  • … !
  • Bon, bon, ce n’est pas grave… Mais de quelle humhum vouliez-vous parler ?
  • Ah ! Ce qui va se passer ensuite !
  • … ?
  • Non, non, je supporte très bien le mot ensuite. Quand même, il ne faut pas exagérer, je ne suis pas atteint à ce point ! Donc, ensuite ? Eh bien mais, je vais sortir d’ici dans quatre ou cinq semaines et, ensuite, je reprendrai peu à peu une vie normale.
  • … ?
  • Eh bien, mais ça veut dire : chez moi, avec ma femme, mes enfants, mes livres…
  • … !
  • Mais si ! Justement ! Avec mon ordinateur, mon iPad, mon iPhone. Ça sera le vrai test de réussite du traitement. J’ai confiance, j’y arriverai. Je peux le faire !
  • … ?
  • Ah, non ! Pas le travail ! Pas tout de suite, en tout cas. Pour ça, il faudra attendre cinq ou six mois, dans le meilleur Continuer la lecture de Désintoxication – 1ère partie 

Qu’est-ce qu’ils sont moches, ces magasins ! (1)

Symétrique, parallèle et opposée (1) à ma série « Ah ! les belles boutiques », voici ma nouvelle déclinaison sur les façades de commerces. Elle s’intitule « Qu’est-ce qu’ils sont moches, ces magasins !« . Conscient d’avoir beaucoup plus d’opportunités pour remplir cette série que l’ancienne, j’essaierai de faire un tri sévère afin ne pas vous submerger d’horreurs.
Pour commencer, voici la façade du magasin Sonia Rykiel du 175 boulevard Saint Germain.

Le magnifique bâtiment qui abritait autrefois un restaurant, celui des Saints-Pères, a été acquis en 1985 par Sonia Rykiel pour y installer ses bureaux et surtout un commerce de vêtements en rez-de-chaussée. Une des principales initiatrices de l’envahissement de Saint Germain par les fringues, Madame Rykiel avait tenté d’amoindrir le coup qu’elle portait aux intellectuels germanopratins en décorant sa boutique avec une quantité industrielle (c’est le mot) de bouquins, vrais ou factices, je n’en sais rien. Piètre consolation…

En revanche, l’immeuble avait été ravalé proprement, la façade du magasin demeurait modeste et l’enseigne relativement acceptable.

Mais tout cela a changé. Je ne sais pas si la mort de la patronne y est pour quelque chose, mais la maison Rykiel a carrément abandonné l’esprit Saint-Germain pour adopter l’esprit Marketing.

Question à la Marie de Paris : quand on sait qu’il faut un permis de construire pour placer un de ces fenêtres de toit sur un versant de couverture invisible de la rue, on se demande si de telles transformations de façades sont autorisées ?

Ce n’est pas de l’anti-féminisme mais, avec tout le respect que je dois à une défunte, je déclare quand même : Sonia, tu nous  gâche le paysage ! (2)

Note 1 : J’attends de pied ferme les commentaires des matheux sur cette succession osée d’épithètes.

Note 2 : Mais après tout, peut-être n’est-ce que du provisoire, le cache misère  d’une nouvelle rénovation de vitrine, probablement digne de rentrer  un jour dans cette série. 

ET DEMAIN, ENTREZ EN CURE, IL N’EST PAS TROP TARD

 

Dernière heure : Air France, au fou !

Dernière heure
16 mai 2018

Air France : au fou !

Y a-t-il un pilote à Air France ? Non, il n’y en a plus. Surestimant sans doute l’esprit de discernement du personnel de la Compagnie, le PDG a lancé un référendum hasardeux et, par-dessus le marché, il a mis sa tête dans la balance. Lourde erreur, et le pilote qui avait réussi à redresser la compagnie, alors en piqué, a sauté de l’avion, probablement avec un parachute doré comme il se doit.

Y a-t-il un pilote au syndicat des pilotes d’Air France ? Il est maintenant évident que non : il n’y a plus de pilote, ou alors il est fou. Ou suicidaire, comme le commandant de bord du vol Barcelone-Dusseldorf de la Germanwings ou bien, et c’est maintenant une hypothèse sérieuse, comme le commandant du vol MH370 de la Malaysia Airlines. Suicidaire le pilote qui va écrabouiller le bel avion au milieu d’on ne sait quel océan de bêtise ou, plus surement, contre la chaine de montagne des avantages acquis.

Au fou !

L’Amérique – (Joan Didion) Critique aisée n°123

Critique aisée n°123

 L’Amérique – Chroniques
Joan Didion

Très étonnant petit livre que ce recueil de chroniques sur l’Amérique de Joan Didion. Je n’en ai lu que les cent premières pages, mais cela m’a suffi pour oser l’abandonner en chemin.
Je ne me permettrai pas de juger cette romancière reconnue sur ce seul petit opuscule, mais je me permets de juger ces chroniques sur leurs cents premières pages, parce qu’après tout, ici, c’est chez moi.

Bien sûr, dans ces pages, on trouve quelques fulgurances de phrases hachées, courtes, pointues dans des descriptions implicites pour initiés de situations de l’Amérique hippie de cette époque. Mais, finalement, c’est assez désespérant. Désespérant sur deux plans, celui de la société décrite et celui de l’écrivain.

Désespérante, la société décrite, l’Hollywood et le San Francisco des Continuer la lecture de L’Amérique – (Joan Didion) Critique aisée n°123