Les vacances du petit Lorenzo – 3

LES BASSINS

La tradition familiale enfouie dans la nuit des temps avait instauré un rythme de vie qui posait de sérieux problèmes à  mes petits camarades. Eux remontaient de la plage pour aller déjeuner quand nous, nous y descendions vers treize heures, moment béni où nous y étions seuls. A ce moment de la journée, le sable brûlait nos pieds et la mer n’était pas toujours là pour nous rafraîchir. C’était épouvantable quand, petit, je m’apercevais que tant d’efforts pour parvenir jusqu’à la plage n’étaient pas récompensés : un vide à perte de vue sans une goutte d’eau où tremper un orteil. On était bien obligés de construire des bassins. Ce sont les ainés qui transmettaient aux plus jeunes et aux nouveaux venus la technique assez complexe de la construction des bassins. Au départ, de toute façon, il n’y avait vraiment pas d’eau. On creusait une petite rigole non pas parallèle à la plage mais inclinée vers l’endroit où on allait ensuite établir le réservoir ou bassin. La rigole ne pouvait se creuser qu’avec une pelle enfoncée à quarante cinq degrés dans le sable que l’on tirait jusqu’à épuisement. On refaisait la même manœuvre de l’autre côté ce qui formait sur le sol un angle obtus dont le sommet était situé en bas vers la mer et les deux cotés s’évasaient vers le haut de la plage. Le miracle pour l’enfant naïf que j’étais se renouvelait chaque fois. Imperceptiblement, sans que l’on puisse en saisir le moment ni le siège exacts, apparaissait dans la rigole un mince filet d’eau qui s’amplifiait avant d’atteindre le réservoir construit à cet effet en amassant du sable en arc de cercle. Les adultes étaient abasourdis par l’ingéniosité de ces petits bonshommes mais n’osaient tout de même pas aller se tremper dans l’eau froide et limpide qu’ils avaient accumulée pour leur usage personnel. Il y avait toutes les tailles possibles et l’on pouvait même réunir des bassins voisins ou superposés, y faire naviguer des voiliers ou tenter d’y noyer les intrus. Et puis il y avait la fin du bassin quand d’un coup de pelle rageur, l’un d’entre nous désigné par ses pairs ou plus souvent auto-désigné, rompait le barrage de sable faisant jaillir l’eau vers la mer qui venait d’ailleurs à sa rencontre. La marée ne respectant jamais nos constructions même les plus ambitieuses, il valait mieux les sacrifier nous-mêmes. Les bassins étaient une bonne occupation quand on s’ennuyait ou quand il fallait occuper nos propres enfants ou encore quand on voulait épater des parisiens de passage.

La transparence – Critique aisée 16

Il y a un peu plus de quatre ans, j’avais écrit ce petit texte, en révolte contre la volonté affichée de transparence à tous les étages. A la surprise générale, ma diatribe n’a eu aucun effet que l’on puisse constater sur les moeurs actuelles.
A mon grand regret, je me vois donc dans l’obligation de la publier à nouveau :

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, la transparence n’est pas que le contraire radieux de la sombre dissimulation.

Dans le domaine privé, la transparence n’est souvent qu’une facilité, un moyen d’éviter la réflexion, promu par le souci du moindre effort et la négation de la sensibilité de l’autre, une façon négligente de lui balancer en vrac une part de sa vérité et de le laisser se débrouiller avec.

Dans le domaine social, c’est aussi une mode, lancée un jour par un censeur de Canal+ en quête de rigueur morale, un pilier de la pensée unique, un mot d’ordre dicté par les journalistes dans le seul intérêt de leur profession. « Moi, journaliste, j’exigerai de mes sujets une totale transparence dans tous les domaines sinon je créerai dans le public une suspicion légitime à leur encontre ».

Dans le domaine politique, la transparence serait le remède à tous les maux, mots tordus, pots de vins, compromissions, hypocrisies, échecs et lâchages inhérents à cette profession en décomposition. Mais, dans ce monde-là, la transparence n’est que l’artifice du prestidigitateur qui montre sa main droite pour qu’on ne prête pas attention à ce que fait sa main gauche.

La transparence…Méfiez-vous en !
Et ne la pratiquez qu’avec parcimonie et à bon escient.

Homère, la mort et les poux

Avec Marcel Proust et Raymond Chandler, Homère est l’un de mes auteurs favoris. Si on sait tout du petit Marcel et presque tout du grand Raymond, on n’en sait que très peu sur Homère.

On ne sait même pas s’il a vraiment existé. Certains auteurs savants prétendent qu’Homère était en fait plusieurs personnes. D’autres, encore plus savants, précisent qu’il est une création pure de poètes épiques qui se seraient forgés un ancêtre dont ils seraient les descendants, formant ainsi l’École des Homérides.

A supposer qu’il ait existé, était-il vraiment grec ? La question parait stupide, pourtant, selon des sources différentes et tout aussi savantes, il se pourrait bien qu’il Continuer la lecture de Homère, la mort et les poux