Dernière heure : assaut d’élégance au Conseil de Paris

Dernière heure : assaut d’élégance au Conseil de Paris

Je dois avouer que Rachida Dati et Anne Hidalgo me sont aussi antipathiques l’une que l’autre. Entre l’agressivité latente de l’une et la vulgarité sous-jacente de l’autre, je n’ai jamais eu de mal à ne pas choisir. 

Leurs origines, leur formation, leurs mentors, leur parcours et leur sensibilité politique, tout les oppose. Néanmoins, leurs fonctions les obligent à se retrouver de temps en temps  au Conseil de Paris où elles ont tout loisir de s’engueuler. Les conseillers en ont  l’habitude, les journalistes aussi. Mais cette fois, elles ont réussi à surprendre tout le monde. 

C’est Cruella qui a attaqué la première. En passant la parole à son amie de toujours, elle a précisé sur un ton d’ironie appuyé avec énorme clin d’oeil à l’attention de ses groupies : « … la parole est à Mme Rachida Dati qui, je le rappelle, n’a jamais gagné une élection de sa vie ! » 

En d’autres temps, une attaque de ce type en séance publique dans n’importe quel hémicycle aurait été suivie d’un brillant échange de réparties plus spirituelles et venimeuses les unes que les autres. On aurait entendu évoquer Cicéron, Shakespeare et Talleyrand et tout le monde en serait sorti ravi, les deux belligérants d’avoir terrassé leur adversaire d’un imparfait du subjonctif bien venu ou d’un subtil calembour des familles, les auditeurs d’avoir assisté à un instant très parisien et la presse d’avoir enfin quelque chose d’interessant à raconter. 

Mais ce jour-là au conseil de Paris, c’est plutôt une dispute entre deux filles de CM2 qu’il a été donné d’assister à l’assemblée parisienne et, par le truchement de la presse, à toute la France ricanante. 

Bravo Mesdames ! Vous avez, s’il en était besoin, mis en évidence votre manque de contrôle, d’humour, d’esprit de répartie et, surtout, de tenue, pour ne pas dire de classe. 

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Demain, 07:47 Douce France (6)
9 Juil, 16:47 Un couple inachevé (16)
10 Juil, 07:47 TABLEAU 402
11 Juil, 07:47 Un couple inachevé (17)

 

Un couple inachevé (15)

5 minutes

Il aurait voulu pouvoir étaler tout cela devant lui, là, sur la table, tous les éléments de la société, les examiner avec calme et méthode, prendre des notes, dessiner des cercles avec des clients, des rectangles avec des moyens, des ellipses avec des objectifs, relier le tout par des flèches rouges et vertes et bleues et tirer de tout ça des orientations, des conclusions, une organisation, des actions,. Mais il lui manquait l’organigramme. Il ne pouvait pas travailler sérieusement sans ce foutu organigramme !
Il rabattit violemment l’écran de son PC et, abandonnant ordinateur et petit-déjeuner sur la table, il rentra dans la maison et retourna se coucher.

15 – Les petits souliers d’Aurélie

 Le lendemain matin, quand il arriva au bureau, il était presque dix heures. Il n’avait que peu dormi. Debout vers six heures, il avait volontairement trainé deux bonnes heures avant de prendre sa douche et de s’habiller. Déjà fin prêt à neuf heures moins le quart, il aurait pu aisément être au bureau à neuf heures comme c’était l’usage pour la Direction, c’est à dire pour son père et pour lui. Mais, inconsciemment, il voulait que cette première journée sans Bernard Combes s’organise aussi sans lui, sans qu’il ait à intervenir. Qu’ils se débrouillent, on verra bien ce que ça pourra donner ! Tête basse, engoncé dans son épais manteau aux revers relevés, il passa sans un mot devant la standardiste. La porte du bureau de son père était grand ouverte, comme un jour normal. Un peu plus loin dans le couloir, il croisa Fertin, le responsable de la maintenance, qui s’effaça pour le laisser passer. Jean-François affecta de ne pas le voir. Il sentait bien que ce n’était pas une bonne façon de commencer sa première journée de patron, mais il se dit qu’on mettrait son attitude sur le compte du chagrin. Il avait bien le droit d’avoir de la peine, quand même ! Il entra dans son bureau et s’y enferma. Trois minutes plus tard, sa secrétaire lui apportait son café.

— Bonjour Monsieur, dit-elle d’un ton compassé. Toutes mes condoléances… Nous aimions beaucoup Monsieur Bernard, vous savez…

— Merci, Françoise. Qu’est-ce que vous voulez…. C’est la vie…. Bon, écoutez, je ne vais pas pouvoir faire ma tournée dans l’Ouest, bien sûr. Faites le nécessaire pour tout annuler, les clients, les hôtels. Dites à Mercier que je l’appellerai dans la journée. Et surtout, soyez très aimable avec lui.

— Bien sûr, Monsieur. Mademoiselle Millon voudrait vous voir, si possible dans la matinée.

— Dites-lui de venir dans mon bureau dans une demi-heure. J’ai quelques affaires à régler avant.

Jean-François n’avait rien d’autre à faire que de recevoir Aurélie, mais il jugeait préférable d’avoir l’air occupé. Depuis des années, il savait qu’Aurélie était la maîtresse de son père, mais il ne lui en voulait pas. La veille, il avait même contrarié sa mère en refusant de “se débarrasser enfin de cette fille” comme elle le lui avait suggéré à plusieurs reprises au cours du week-end. Il était conscient du rôle important qu’Aurélie tenait dans la société et il espérait qu’elle pourrait l’aider à prendre l’entreprise en main.

— Mademoiselle Millon pensait que vous seriez mieux dans le bureau de Monsieur Bernard.

— D’accord, d’accord, répondit Jean-François sur un ton exaspéré. Dans le bureau de mon père, alors ! Dans une demi-heure !

A l’heure dite, quand Aurélie frappa à la porte du bureau directorial, Jean-François était prêt : sa veste était accrochée au porte-manteau, sa cravate noire était desserrée, son col de chemise ouvert et ses manches légèrement remontées. A gauche de son ordinateur, il avait posé le registre des Assemblées Générales et, à droite, une édition de l’organigramme de Combes & Fils. Il avait fini par le retrouver et il y avait porté au hasard quelques traits de crayon rouge. Il espérait donner ainsi l’image du patron efficace en plein processus de décision. Ainsi déguisé, il verrait bien ce que la jeune femme avait à lui dire.

De son côté, Aurélie était prête, elle aussi. Son objectif était de convaincre Jean-François, le nouveau patron de droit divin, de ne rien changer à l’organisation actuelle. Mais elle ne voulait surtout pas le brusquer.

— Bonjour Jean-François.

Dans l’entreprise, les gens des ateliers appelaient le fils Combes « Monsieur Combes » ou, pour les plus anciens « Monsieur Jean-François », mais ceux qui travaillaient dans les bureaux l’appelaient Jean-François, à part sa propre secrétaire dont il avait souhaité qu’elle l’appelle Monsieur.

— Bonjour Aurélie. Asseyez-vous, je vous prie.

— J’ai beaucoup pensé à vous pendant ce weekend, vous savez ? Ça a dû être difficile pour vous. Votre père était un homme tellement…, comment dire… tellement…

Aurélie était sincèrement émue. Après tout, Bernard Combes avait été son mentor et son amant depuis ses débuts dans la société. Elle l’avait bien aimé, Bernard.

— Je sais, Aurélie, je sais, dit Jean-François d’un air sévère. Toute la famille sait ce qui vous unissait à mon père. Ma mère m’en parlait encore hier soir.

Jean-François fut assez satisfait de sa réponse improvisée. Elle mettait la jeune femme dans une situation délicate et donc en position d’infériorité pour la négociation à venir. Parce que Jean-François était persuadé qu’Aurélie venait le supplier de ne pas la licencier. Tout en parlant, il avait rabattu d’un coup sec l’écran de son PC et s’était renversé dans le fauteuil de son père. Il poursuivit :

— Bien ! Qu’est-ce que je peux faire pour vous, Mademoiselle Millon.

Pas mal, le “Mademoiselle Millon”, glacial à souhait ! Elle devait être dans ses petits souliers, la pauvre petite.

A SUIVRE

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11 Juil, 07:47 Un couple inachevé (17)
12 Juil, 16:47 Douce France (7)

Humour, ironie et laconisme

Morceaux choisis

Le jour où Jaromil montra ses poèmes à sa mère, elle attendit en vain son mari, et elle attendit aussi vainement le lendemain et les jours suivants.
Elle reçut en revanche de la Gestapo un avis officiel lui annonçant que son mari était arrêté. Vers la fin de la guerre, elle reçut un autre avis officiel comme quoi il était décédé dans un camp de concentration.
Si son mariage avait été sans joie, Continuer la lecture de Humour, ironie et laconisme

Un couple inachevé (14)

6 minutes

Son souffle était court, il sentait la transpiration lui couler sur les tempes, dans les yeux, le long du nez, sur les joues, entre les omoplates. En trois secondes, il fut trempé de sueur. Il se mit à frissonner et un bourdonnement sourd naquit dans ses oreilles. Il se renversa en arrière jusqu’à toucher des épaules le mur glacial et tenta de respirer à fond, mais son souffle se bloqua. Incapable d’expirer, il s’évanouit.

14 – L’organigramme

Quand il se réveilla, la lumière lui fit mal aux yeux. Sa femme était penchée sur lui et lui donnait des gifles. Dans son affolement, elle ne voyait pas que son mari avait rouvert les yeux et qu’il tentait de lever un bras devant son visage, tant pour se protéger de la lumière que des coups qu’elle lui portait. Il réussit à articuler :

— Arrête… ça va… arrête, bon sang…

— Jean-François ! Tu m’entends maintenant ? Tu m’entends ?

­— Ça va, oui. Ça va aller.

— Mais qu’est-ce que tu m’as fait, là. Tu avais Continuer la lecture de Un couple inachevé (14)

Un couple inachevé (13)

5 minutes

Les affaires ne marchaient pas trop mal et son père lui laissait de plus en plus la main sur toute la partie commerciale. D’Audi Q4 en BMW Série 5, de club de tennis en club de golf, de vacances à Oléron en longs week-ends à Méribel, de déjeuners d’affaire à Clermont-Ferrand en voyages de prospection en Provence, Jean-François aimait sa vie. Il aimait sa vie, sa femme, ses enfants, sa maison, son métier, son père, sa voiture, son chien. Bref, il s’aimait bien. Il avait trente-sept ans et il était heureux.

13 – La mort du père

Il le fut encore quelques années jusqu’à ce jour de novembre 2014 où un conducteur de camion-citerne espagnol s’endormit au volant l’espace de quatre secondes sur l’autoroute A20 entre Razès et Bessines-sur-Gartempe. Quand la roue avant gauche du semi-remorque heurta la glissière de sécurité, l’avant du camion fut renvoyé brutalement sur la droite, tandis que la remorque se désolidarisait du tracteur pour Continuer la lecture de Un couple inachevé (13)

Un couple inachevé (12)

5 minutes

Après quelques mois de vacances, qu’il passa en grande partie avec Anthoine entre les propriétés de sa famille à Val d’Isère et à Bormes les Mimosas et quelques excursions en Italie, en Espagne et à Paris, Jean-François finit par se résoudre à rentrer à Saint-Yrieix pour annoncer à son père qu’il était désormais prêt à entrer chez Combes & Fils.

12- Heureux Jean-François

 La chose se fit en grandes pompes. Bernard Combes était tellement heureux d’accueillir son fils dans l’entreprise qu’il tint à organiser un cocktail auquel il invita tous les employés de la maison ainsi que ses principaux clients et fournisseurs. Un buffet avait été dressé dans l’atelier de finition. On avait ouvert en grand la porte à double battant qui donnaient sur le parking où Abadil, le magasinier, préparait des brochettes et des merguez sur un demi bidon de deux-cents litres transformé en barbecue. Bien que l’objet de la réunion ait été Continuer la lecture de Un couple inachevé (12)

Dernière heure : Young Cassidy goes to Senate

temps de lecture : 6 minutes
Dernière heure : Young Cassidy goes to Senate

Maintenant que, par la grâce de ceux qui ont voulu “donner une bonne leçon à E.Macron”, la démocratie française est coincée pour longtemps entre un parti d’extrême droite et un parti révolutionnaire de style cubain, je n’ai plus vraiment envie de commenter la politique intérieure nationale.
Maintenant que la guerre en Ukraine n’est plus pour les Français qu’une sorte de bruit de fond agaçant qui les empêche de se concentrer sur les vrais problèmes, à quoi bon continuer à m’énerver sur les mensonges et exactions russes ?
Maintenant qu’Anne Hidalgo se fait plus discrète dans la vie publique que l’écureuil dans la ramure, pourquoi persisterais-je à dénoncer ses errements urbanistiques et totalitaires ? 

Heureusement, il me reste la politique américaine.

Hier soir, j’ai assisté en direct et presque in extenso au témoignage de Cassidy Hutchinson devant la Commission d’enquête du Congrès Continuer la lecture de Dernière heure : Young Cassidy goes to Senate